‹ RomaniaChapitre 64 sur 98 · Miens · texte numérisé non relu

Miens

Uk vueil ung livre commencier Et a ma dame l'envoyer,

Ainsi que je lui ay promis,

Ou serontitous mes faiz escripz, Non pas tous, maiz une partie Diray de ma mellencolie.

Amours, par vostre bon vouloir Vous a pleu moy faire savoir Que je choisisse une maistresse.

Choisy l'ay plaine de jeunesse, De biens, de beaulté accomplie, De doulceur(s) et de chiere lie.

Son regard est doulx a merveille.

Sur toutes est la non pareille.

Et pour ce l'ay voulu choi Esperant que deusse advenir

Au haultain bien des amoreux.

Maiz trop me trouvay.! angoisseux Par hardement de trop parler ;

Car dit luy ay tout mon penser, Cuidant qu'il m'en deust estre mieuls.

Mais Reffuz le tresennuieulx

Est contre moy de sa puissance, Dangier d'autre costé s’avance

Et y est quant g'y doy venir;

Lors ne sçay je que devenir.

Quant 2 elle cuide parler

Emprés elle huche Dangier,

Et Refuz est d'autre cousté :

En ce point suis je gouverné ;

Adoncq je n'ose plus mot dire.

Mais plus me plaist son escondire

Que d'avoir tous les autres biens

Du monde qui point ne sont siens ?.

Jusqu'a la mort la vucil servir

Et toutes errieres bannir

De moy pour elle seulement.

Sien en vueil estre ligement

À la servir de cuer et d'ame

Douleur m'assault et me guerroye; De desespoir suis en la voye,

se retrouve dans le manuscrit de Westminster Abbey qu'a décrit M. Paul Meyer dans le Bulletin de la Société des anciens textes (875, p. 30). Une lettre en prose, mais sans grand intérêt, est adressée par Grandson « au sire [Jehan] de Cornoaille ». Le poème se termine dans le manuscrit 1727 par le rondel

suivant :

Celle qui est belle, doulce et plaisant,

Toute bonne, des autres non pareille,

Vostre renom m'a tout emply l'oreille,

Mes yeulx ne voient que vous que j'ayme tant.

Desir me va nuyt et jour atisant

Et me dit : Ayme, car je le te conseille

Celle qui est belle, doulce et plaisant.

Et puis qu'Amours a qui suis obeissant

Veult que du tout a amer m'apareille

J'aymeray tant que ce sera merveille

Et serviray son honneur a croissant,

Celle qui est belle, doulce et plaisant,

14. Fol. 124 v°. Complaincte d'amours et responce faicte par maistre Alain Charretier, secretaire du roy. — Fol. 130.

Belle que: bon renom et loz Font saige de tous appeller.

C'est le poème imprimé dans l'édition Du Chesne, pp. 684- 694, sous le titre de Complaincte d'amours et response. Pierre Le Caron l'avait intitulé : Comment l'amoureux deprie sa dame et est fort repugnant a la belle dame sans mercy selon maistre Alain.

J'ai depuis longtemps réuni quelques notes, que je publierai un jour, sur la Belle dame sans merci et les nombreux poèmes qu’elle a plus ou moins directement inspirés. La Complainte d'Amours se trouve dans un grand nombre de manuscrits sous les titres de La Belle dame a mercy, La Belle dame qui eut mercy de son amant, Complainte d'amant a amye. On en possède plusieurs éditions gothiques :.

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