II. prêtre, Lille
. . . J'ai lu avec grand plaisir, dans les trois énormes rcgislresque vous avez bien voulu me communiquer, les éloges qui vous ont été décernés et que vous méritez si complètement. A mon avis, ce qui vous honore le plus, ce ne sont pas Icscomplimcnts si flatteurs et si autorisés qu'on vous a prodigués, ce sont les persiflages et les injures de certains critiques. Les impertinences inoffensives de La Gironde, de Bordeaux et du Rapide, de Toulouse ; l'entrefilet de la Petite République et du. Petit Var ; les interminables blagues de La Vie Parisienne ; les insultes de Willy ; les mandarinades de La République Française et du Carrière délia Sera ; les pasquinades du Petit Bleu, etc., etc., constituent j pour un ccrWam cîiV\vo\\cv^t.j cV
— xxxn —
.surtout pour un prêtre, autant de titres de gloire. Si les mon- -dains et les ennemis de nos doctrines vilipendent votre œuvre, -c'est qu'elle fait du bien* Gomme dit le proverbe arabe : « On Jie. jette pas de pierres au noyer stérile »....
E. D., professeur, Cambrai.
Ce travail n'est pas une œuvre de liltéralure, de critique ou d'érudition ; il n'a même pas la prétention d'être une étude historique ou philosophique sur les principaux romans de noire époque. Comme l'indique son sous-tilre^ il est un essai de classification ; moins que cela encore, un catalogue raisonné, accompagné de quelques indications pratiques. Tout simplement.
11 ne s'adresse donc pas spécialement à des lettrés, mais à des consciences chrétiennes.
Des familles justement alarmées du dévergondage qui règne dans le roman contemporain, ont maintes fois demandé une liste d'ouvrages de ce g:enre pouvant être placés sans danger aux divers coins de leur table de lecture ;
Des esprits cultivés, désireux de se mettre au courant de la littérature par la lecture des livres en vogue, mais plus soucieux encore de sauvegarder la paix de leur conscience en observant les lois de la prudence chrélieuue, ouV ^OTvWvfc
2 AVANTfRRt>POS
le vœu de vph^. v'^taBlir un judicieux départ
entre le&roiïjaïjgà lire et les romans à proscrire ;
D€:3*.hdtnmes enfin^ qui^ par état, sont tenus
d'élreVceAseignés et sont souvent appelés à
••dôh^er une décision ou un avis sur les livres
\ :d[ônt on parle, se sont posé cette double ques-
• * tion : Que valent tous ces auteurs ? Quels sont^
parmi leurs ouvrages, ceux qu'on peut lire et
ceux qu'on ne doit pas lire ?
Le présent travail essaiera de répondre à ces sages et universelles préoccupations. . .
Nous ne nous dissimulons pas qu'une telle entreprise présente de graves et multiples difficultés ; nous sommes même persuadé que la Eublication de cet essai donnera lieu à de nomreuses critiques.
« Comment donc ! s'exclameront des lettrés respectueux à l'excès des privilèges souverains et inaliénables de la littérature, vous proscrivez des romans ! Il n'y a pas de romans à proscrire ! Ces écrivains dont vous faites des malfaiteurs sont la gloire de notre pays ! Leurs ouvrages sont des chefs-d'œuvre de style, de psychologie, d'observation, de construction dramatique, etc. Et vous les proscrivez ! n'est-ce pas pousser la sévérité jusqu'à l'injustice et la barbarie ? Un pareil ostracisme n'est-il pas un outrage à y esprit humain ? Et que deviendrait la littérature
tout entière, si elle devait renfermer ses élans, ses conquêtes, ses droits et ses jouissances dans le domaine étroit où la morale, régnant en usurpatrice, viendrait lui imposer des lois qui ne sont pas faites pour elle ? »
Assurément, ce langage n'est pas pour nous surprendre ; tous ceux qui ont affiché la prétention — et ils sont légion — d'émanciper l'art, la {)olitique, l'économie sociale, le mariage, etc., 'ont employé dans leurs manifestes avec peu ou point de variantes.
Oui, la littérature est indépendante de la morale, en ce sens qu'elle a son objet et son domaine à elle. Mais en tant qu'elle est l'œuvre d'un homme et qu'elle s'adresse à des hommes, elle relève des lois qui régissent l'homme même, et elle a la stricte obligation de s'y soumettre. Si illustre et si puissante qu'elle soit, elle n'a pas le droit de se mettre à la traverse sur le chemin que l'homme doit parcourir pour atteindre sa fin. Qu'elle s'abstienne de prier, de chanter les louanges du Seigneur et d'enseigner les devoirs imposés aux créatures, soit. Mais si elle n'a pas pour mission essentielle de psalmodier ou de catéchiser, il lui est rigoureusement interdit de blesser, d'aveugler, et surtout de souiller et d'égarer. Quand elle profère des blasphèmes ou étale des lubricités, eût-elle, pour apôtres et pour thuriféraires, des génies incomparables, elle devient un obstacle à la fin supérieure de l'homme. La morale a le droit de le dire, et appuyée sur l'histoire, elle a toute facilité de le prouver. En son noïUy les moraW^Ve^ ow\. V.
devoir de la proscrire. Il y a donc des romans à proscrire.
« Soit, dira quelqu'un, mais encore faut-il apporter dans celte œuvre de sélection un certain tempérament et ne pas pousser la sévérité jusqu'à la riei-ueur. Sans doute, la morale a des droits supérieurs à ceux de l'art et de Timag'ination, et elle est admise à les faire valoir. Mais n'est-ce pas la mal comprendre et la mal servir que de condamner eu son nom des ouvrages de valeur, alors que des critiques, en l'espèce très qualifiés, les jugent avec une réserve très respectueuse, alors que des journaux catholiques (oh! combien !) les recommandent à leurs lecteurs sans aucun scrupule ? Qu'on dérobe aux regards de la jeunesse des obscénités crues et des scènes troublantes, personne n'y contredira ; mais c'est mauvais calcul, ingénuité et injustice de forcer la plupart des vivants à lire exclusivement des berquinades sur la piété filiale, des romans à la guimauve et des sornettes sans valeur. »
Evidemment, ce sont des artistes qui parlent ainsi. Ils répondent par avance à ceux qui noui^ trouveront trop larges. Nous leur rendrons cette justice qu'ils tiennent compte, plus que d'autres imprudemment timorés, des exigences de l'art ; mais nous devons les avertir qu'ils font trop bon
hë?? exigences de l'âme.
""^ 'jute des hommes except'onnelle-
'>raux, des esthètes, qui, par
en vertu de je ne sais quelle
oblitération du sens moral, voient en tout exclusivement la forme du beau et le beau de la forme. Mis en présence de scènes voluptueuses ou d'impiétés perfides, du reste très bien décrites, ils laisseront tout le «contenu», pour ne voir que l'image abstraite ; ils se laisseront éblouir par la magie du style et l'habileté du styliste, sans se laisser émouvoir par la sensualité des peintures ou égarer par les sophismes de l'écrivain. Ces hommes existent, mais hâtons-nous d'ajouter qu'ils sont des exceptions.
La masse des lecteurs ne leur ressemble guère ; et ce serait par trop ignorer l'humanité de ne pas le reconnaître.
Ce serait oublier la faiblesse humaine que de la croire inaccessible, insensible aux séduisantes fictions du vice ou de l'erreur. Ce serait ignorer l'histoire aussi que de nier les ravages immenses et profonds, produits par la lecture de ces romans trop peu réservés qui, selon le mot de Jules Vallès, « font pleurer les mères et travailler les juges ».
C'est dans le but de prévenir, chez ceux qui voient, ces lamentables catastrophes, que nous proscrivons certains livres et que pour certains putres, nous demandons la prudence, en ne les permettant qu'à des lecteurs raisonnables et ph:s âgés.
« Comment établir ces catégories ? dira-t-on. Une œuvre aussi étendue et aussi délicate exige chez celui qui ose l'entreprendre el c\wv ^ V^
volonté de l'accomplir assez loyalement, pour la rendre utile, une vaste érudition,, beaucoup de lectures et une connaissance déliée de toutes les productions contemporaines, lesquelles sont parfois répugnantes, et en tout cas innombrables et chagiie jour plus nombreuses... Dès lors, peut-on espérer réussir ? »
En effet, le travail est immense, puisque, au témoignage des spécialistes, l'étude complète du roman contemporain exigerait la lecture de 4o.ooo volumes... Evidemment nous ne nous sommes pas imposé et nous ne pouvions nous imposer cette tâche surhumaine. Mais les notes que nous avons recueillies et soumises au contrôle de théoloofiens et de littérateurs autorisés J es collaborations sérieuses que nous nous sommes assurées, le concours que nous ont prêté des personnes du monde parfaitement compétentes, nous ont permis de porter sur un grand nombre de romans et de romanciers, un jugement sérieusement motivé.
De telle sorte que, si nous sommes le premier à reconnaître que l'ouvrage n'est pas exempt d'imperfections, les garanties dont il fut entouré et les approbations qu'il a reçues nous autorisent à espérer qu'il pourra rendre quelques services.
Du reste, il n'est pas définitif. On a dit (c'est M. Brunetière, si je ne me trompe) que l'on devrait considérer les premières éditions des œuvres comme des essais informes que ceux qui en étaient auteurs proposaient aux personnes de Jeiires pour en apprendre leur sentiment.
Bien volontiers, nous prenons pour nous celle observation et ce vœu. Si les lacunes et les défauts mêmes de cet ouvrage nous valent et nous rapportent des critiques, des contradictions, des leçons qui le rendent meilleur, nous remercierons Dieu et nos obligeants lecteurs.
Ceux-ci nous présenteront peut-être encore une dernière observation et ils diront: « Entre V Assommoir et V Auberge de l'Ange gardieriy il y a une distinction que tout le monde établit facilement. Mais entre le premier qui doit être proscrit et le second qui est moralement inoffensif, il y a des milliers d'ouvrag-es qu'il paraît impossible de « catégoriser » d'une manière absolue au point de vue moral. Gomment se reconnaître dans cette zone si étendue et si peuplée ? Comment oser la diviser en districts, de façon à déterminer, pour chaque série de livres, le genre de lecteurs qui lui convient? »
Les dangers et l'utilité des lectures sont en effet tout ce qu'il y a de plus relatif, de plus individuel et de plus difficilement déterminable. Chaque âge, chaque mentalité, chaque condition, chaque profession môme a ses goûts, ses besoins, ses dangers et ses droits. Ce serait témérité et folle présomption de prétendre y pourvoir d'une manière intégrale autrement que par des directions particulières.
Il y a cependant, au-dessus des lois qui doivent présider à cette œuvre individuelle, kee récjVme
moral, des lois générales et inflexibles qui constituent une hygiène nécessaire. Il y a, en dehors des dangers qui affectent des individualités, d'autres dangers auquels la majorité des âmes ne saurait se soustraire ; à côté des lectures qui sont dangereuses ou utiles respec^ tioCy comme s'expriment les théologiens, il y en a qui le sont absolute...
Ce sont ces lois que nous avons essayé de dégager et ce sont ces dangers que nous avons voulu conjurer en établissant notre classification et en rangeant par catégories distinctes les romanciers et les romans.
Les romanciers, d'abord ! nous avons essayé de les définir et de les distinguer par ce qui domine en eux. Et d'après ce critérium, nous n'avons rien trouvé de mieux que de les répartir, conformément au langage courant, en trois classes : les mauvais, les intermédiaires et les bons.
En premier lieu^ nous appelons mauvais tous ceux dont les ouvrages ont été même partiellement portés à VIndeœ ; dès lors que l'Eglise s'est prononcée sur le caractère dangereux d'un livre, nous devons nous incliner et condamner ce qu'elle a condamné elle-même. Si les auteurs frappés ont produit des ouvrages qui doivent trouver grâce devant la morale chrétienne comme devant les jugements ecclésiastiques, nous sommes tenus en justice de les signaler en leur âtinhusini la note qu'ils méritent, mais nous ne
AVAXT-PROPOS
pouvons pas oublier que la ceosure.de TEglise^ en atteignant un écrivain, le marque d'un Irait qui domine toute sa littérature et la rend un peu suspecte... C'est pourquoi, nous mettons tous ces auteurs dans une catégorie sjpéciale... C'est notre première liste de proscription.
Dans la seconde, nous avons rangé les romanciers qui, dans la généralité de leurs œuvres, combattent les doctrines religieuses ou les bonnes mœurs et font ainsi de leur littérature, intentionnellement ou non, un moyen de perversion. Ces auteurs sont, hélas ! très nombreux ; s'ils n'ont pas été personnellement censurés par l'Eglise, ils n'en sont pas moins condamnés... Les About, les France, les de Kock, les Malot, les Loti, les Mirbeau, les Prévost et bien d'autres, sont des contempteurs de notre foi, des pervertisseurs ; ils doivent être proscrits.
Dante les aurait plongés dans les <( cercles r> de son enfer avec l'ensemble de leurs œu\res. Pour nous, nous avons eu soin de distraire de ce bloc de géhenne, les ouvrages inoffensifs ou moins dangereux... Mais nous avons pensé qu'au total, il était juste de flétrir ces auteurs, et c'est à cause du caractère dominant de leurs écrits que nous les avons placés dans notre seconde liste de proscription.
Après les proscrits, les suspects ; après les mauvais, lès intermédiaires.
Ce sont ceux, qui ne faisant pas de l'irréligion et du vice un devoir et une Uabvludv^^ sv^wV
10 AVAXT-PROPOS
<5e pendant répréhensibles occasionnellement, soit en soutenant des thèses erronées sur des points secondaires, soit en jetant au milieu d'un livre sérieux et utile quelques pages trop libres, soit enfin en exaltiant Tamour outre mesure et en lui donnant trop d'influence sur le cœur, la conscience et la destinée de l'homme. Ce sont ceux qui, à côté de livres pernicieux, en ont publié de très bons ; ou encore ceux qui, après avoir évolué longtemps autour de la mare fang'euse du péché, paraissent s'en être définitivement éloignés pour semer dans de fertiles sillons un bon grain très peu mêlé d'ivraie.
Il nous a paru aussi injuste de proscrire absolument ces auteurs que de les recommander sans réserve. C'est pourquoi nous les avons réunis dans un « cercle » à part, le « purgatoire » de notre troisième catégorie.
Enfin, voici les bons auteurs ou plutôt les bons livres. Nous ne disons pas le « paradis », car il en est bien peu de parfaits ; nil ab omni parte ôeaturrij comme dit le poète... Si nous affirmons qu'ils sont à lire, nous ne prétendons pas, tant s'en faut, qu'ils soient toujours nécessaires au perfectionnement de l'homme ; nous voulons faire entendre surtout que ceux qui les fréquenteront sont sûrs de se trouver en honnête compagnie.
Cependant, hâtons-nous de le rappeler, ce qui est foncièrement et loyalement bon n'est pas ég'a]eïï}ent utile à tous. Aussi, comme les livres
dont il s'agit ici sont plus généralement confiés à des âmes jeunes où tout porte et tout reste, nous avons juffé éminemment pratique d'en dresser une triple liste, selon qu'ils conviennent surtout aux jeunes geps formés, aux adolescents, et aux enfants. L'importance de ce travail de sélection dont nous parlons d'ailleurs plus loin, paraîtra évidente à tous ceux qui comprennent notre but et réfléchissent tant soit peu sur l'infl.uencedécisive des lectures dansl'éducation...
Ces dernières pensées nous ont dirigé dans la classification des romans eux-mêmes. Dès les premières pages et dans tout le cours de ce catalogue, nous nous sommes trouvé en présence de livres variés, bons ou mauvais, qui pouvaient être utiles à quelques-uns^ inutiles ou nuisibles pour d'autres. Nous nous sommes appliqué à préciser la destination qui leur convenait le mieux, d'après les principes que nous exposons plus loin.
Ce n'est pas certes que nous ayons prétendu établir un régime de lectures ; l'entreprise serait téméraire et ce n'était pas notre but. Nous avons voulu uniquement marquer des limites et prévenir des dangers.
IjCs notes elles-mêmes que nous avons répandues à travers cette « armature » parfois boiteuse, n'ont pas d'autre objet. Si peu fouillées et si peu littéraires qu'elles soient, elles visent à être exactes et pratiques ; si sévères qu'elles paraissent, elles ne sont pourtant que très prudentes.
En réservant pour telle calégorve à^ V^çXfcVix^
tel livre ou tel auteur déterminé, soit dans les notes, soit dans la classification, nous n'avons pas eu, en effet, l'intention de l'interdire à tous ceux qui n'ont ni leur âge, ni leur maturité, nous avons seulement voulu dire : « Prenez garde, il y a probablement danger pour vous. »
A une époque où, dans les lectures, l'imprudence cause plus de désastres moraux que la perv^ersion, c'est quelque chose que d'essayer de la prévenir.
Ceux qui mépriseront nos conseils et qui, sans être assez sûrs d'eux-mêmes, s'engageront plus avant que nous le leur permettons, ne feront pas tous naufrage ; mais ils reconnaîtront peutêtre par expérience que, s'ils n'ont pas trop souffert, d'autres, moins avertis, s'exposeraient, en suivant la même route, à de sérieuses avaries, et, au nom de la charité qui unit en Dieu toutes les âmes chrétiennes, ils nous remercieront.
Fête de Saint-Michel^ 2g septembre jgo4-
ROMANS A PROSCRIRE en vertu des décrets de T Index
L'Eglise a, en vertu des pouvoirs qu'elle tient de son divin fondateur, le droit et le devoir de condamner Terreur et le mal partout où ils se rencontrent ; elle a aussi, par une conséquence naturelle, le droit de condamner les livres opposés à la foi ou aux mœurs chrétiennes ou ceux qui, sans être mauvais, sont dangereux à ce double point de vue.
Ce droit, l'Eglise l'a exercé de tout temps ; et, de nos jours encore, elle a pris soin d'indiquer, dans ses lois et dans son Index^ les ouvrages dont les fidèles doivent, sous peine de péché, s'interdire la lecture.
Il y a d'abord les livres dont la lecture est défendue sous peine d'excommunication réservée au Pape (Bulle Apostolicœ Sedis). Ce sont les livres nommément prohibés par Lettres apostoliques : le plus connu s'intitule Les paroles d'un croyant^ de Lamennais, condamné par une encyclique de Grégoire XVI, le 25 juin 1834.
♦ Ce sont ensuite les ouvrages ècfWs ^^\: ^^^
hérétiques ou des apostats et qui soutiennent rhérésie.' Il n'entre pas dans notre plan de poser et de résoudre tous les problèmes de casuistique que ce texte peut soulever. Toutefois il n'est pas sans intérêt d'observer que certains romans paraissent susceptibles d'être atteints par cette loi.
Sans doute, nous ne connaissons pas et il n'y a pas de romanciers qui aient été déclarés hérétiques et apostats par TEglise ; mais plusieurs d'entre eux, par exemple : Renan, Balzac^ Dumas^ etc. d'une part, Zola, d'autre part, ne doivent-ils pas être considérés à bon droit comme tels, soit parce qu'ils ont défendu les doctrines hérétiques, soit parce qu'ils se sont volontairement éloignés de la vraie religion ? Et certains de leurs ouvrages * d'imagination ne soutiennent-ils pas assez ouvertement l'hérésie pour que la lecture en soit interdite sous peine d'excommunication? * L'Ami du Clergé* répond par l'affirmative. Cependant, comme cette question est plutôt du ressort des canonistes et des théologiens que du domaine exclusivement pratique, nous passons outre.
Il y a, en second lieu, des écrits qui sont simplement à VIndeXy ou, plus exactement, qui sont condamnés par les décrets de la Congrégation de VIndex.
Ces décrets — il importe de le noter — ne sont
pas tous infaillibles, parce qu'ils ne sont pas
généralement publiés sous forme de bulle ou de
bref. Ils n'en ont pas moins une haute valeur
btft^trioale et force de loi dans l'Eglise universelle.
Quel est l'objet de cette loi ? Nous ne saurions mieux répondre à cette question qu'en résumant les commentaires de Texcellent « Ami du Clergé iX) * sur la constitution apostolique Officiorunt ac munerum^ du 24 janvier 1897.
Les livres nommément condamnés le sont in globo : V. g. -£milius Zola.: opéra omnia; partiellement : v. g. Alexander Dumas : omnes fabulce amatoriœ ; ou bien individuellement ; v. g. A.Lamartine \Jocelyn ; Voyage en Orient ; la Chute d'un ange.
Ces deux expressions : « omnes fahulœ amatoriœ .et « opéra omnia » appellent quelqueséclaircissements.
Quand tous les ouvrages d'un auteur sont condamnés en bloc par les mots « opéra omnia », il y en a cependant qui échappent à la condamnation. S'ils traitent des questions religieuses, ils sont tous effectivement prohibés et aucun d'eux ne peut être lu sans violation de la loi de l'Eglise, sauf dispense. Maiss'ils ne traitent pas de questions religieuses, et si, d'autre part, ils ne sont ni nommément condamnés, ni atteints par la loi générale, ils peuvent être lus aux conditions ordinaires. Exemple : Le Rêve, de Zola (2).
(1) Surtout tomes XIII, p. 473 et XIX, p. 729...
(2) Cette opinion, soutenue par Y Ami du Clergé, le Père Vermeesch et d'autres auteurs, n'est pas admise par tuus. D'excellents canonistes affirment au contraire que la formule « opéra omnia » équivaut à une condamnation absolue. (Note de M. le chanoine Evieux, professeur de droit canonique aux. Facultés catholiques de Lille).
Deuxièmement : certains auteurs ne sont condamnés que pour leurs fabulœ amatoricBy c'est-àdire, d'après des commentateurs autorisés, pour des romans d'amour impur, récits inventés et formellement obscènes.Parconséquent, les ouvrages de ces auteurs qui ne sont pas des romans d'amour impur, échappent aux rigueurs de la loi positive et doivent être exclusivement jugés d'après les principes de la loi naturelle. Exemples: leurs Comédies {UAmi du Clergé 1902, page 487), leurs Impressions et Récits de voyages, leurs -œuvres quelconques, comme Le Comte de Monte- ChrlstOy roman dû à Alexandre Dumas ; François le Champi^ La Petite Fadette^ La Mare au Diable^ romans champêtres de Georges Sand.
La Congrégation de X Index n'a pu condamner nommément qu'un nombre restreint de livres -condamnables, comme on peut en juger par la liste que nous donnons plus loin. Pour les autres, elle les a condamnés en vertu d'une loi générale. ,
Ce sont d'abord les ouvrages des auteurs quelconques, dans lesquels sont enseignés l'hérésie, le schisme, des vérités incompatibles avec la vraie religion, ou encore, dans lesquels sont -combattus les fondements de la religion, les vérités qui servent de base indispensable à la /évélation, telle que l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, etc.
Ce sont ensuite les œuvres impies qui s'attaquent à Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints, à
■ÉIBslIsi»
LCathoU^ue, au Culte, aux Sacrements et
au Saint-Siège apostoliaue ; les livres qui, de parti pris, attaquent la hiérarchie ecclésiastique et injurient Tétat clérical et religieux ; ceux qui -enseignent la licéité du duel, du suicide, du divorce ; ceux qui représentent la Franc-Maçonnerie et les Sociétés secrètes comme utiles ou inofifensives pour TEglise ou la Société civile ; ceux qui patronnent des erreurs condamnées par le Saint-Siège et spécialement par le Syllabus.
Ce sont enfin ceux qui sont ex professa obscènes (1), comme de nombreux romans.
Pour que ces derniers écrits tombent sous le <:oup de cette loi, il faut :
Qu'ils soient pornographiques et qu'il y soit <luestion de choses lascives et obscènes ;
Que Tauteur les traite, les raconte ou les enseigne ;
Qu'il le fasse ex professa^ c'est-à-dire formellement, ouvertement. Pour que le mot ex professe soit vérifié, dit La Revue théologiqtie française ^1807, p. 35), il faut que l'attaque aux mœurs soit directe, mais il n'est pas nécessaire qu'elle le soit explicitement, c'est-à-dire de l'avis de l'auteur, il suffit que l'ouvrage^ par sa nature et son contenu, attaque ouvertement les mœurs. Quelques lignes ne suffisent pas ; mais il n'est pas nécessaire que l'immoralité remplisse tout l'ouvrage, il suffit d'une partie notable.
En cgnséquence, si cette loi n'atteint pas tous
(1) Exception faite pour les hommes de lettres et les professeurs, ou, pour les élèves, après une sérieuse expurgation. (Articles 9 et 10).
les livres d'amour, tous les ouvrages galants, parce qu'on ne peut pas dire que tous, quoique plus ou moins dangereux, traitent, racontent, enseignent ex professa des choses obscènes, si les livres de chirurgie et d'anatomie y échappent certainement, il reste cependant qu'une grande partie de notre littérature contemporaine déjà condamnée par la loi naturelle, est de plus frappée par la loi positive de l'Eglise, (/wrf^^i:.* Titre H, Chapitre IV). Tel est du moins le sentiment du P. Desjardins. {Etudes Religieuses, 1897^ page 476 et suivantes) (1).
Contentons-nous de rappeler en passant que la loi de VIndex condamne de plus les journaux,, revues et périodiques de tous genres qui attaquent la foi ou les mœurs et recherchons de suite quelle est la gravité de toutes ces lois.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens du monde, il ne s'agit pas ici d'un simple conseil, d'une direction auxquels on peut impunément se soustraire ; il s'agit d'un précepte grave auquel tous les chrétiens, enfants de l'Eglise, sont en conscience obligés de se soumettre.
Il est donc défendu, sous peine de transgresser la loi positive de l'Eglise — et le plus souvent la loi naturelle — de lire, de garder et de prêter ces
(1) Le P. Génicot (Theologia Moralis, 1, page 433) dit pourtant que beaucoup de ces romans où sont racontées des amours impures, quoique condamnés pour la plupart par la loi natureUe, échappent à la condamnation de l'Eglise, parce qu'ils %i pas o|}scéncs ex professa.
écrits condamnés. De Tavis des théologiens, c'est désobéir gravement à TEglise et c'est commettre une faute de lire, dans un livre à VIndex,une seule page répréhensible, ou même cinq à six pages indemnes (1). Cest aussi commettre une faute de lire habituellement et sans raison sérieuse, ou même quelquefois, s'il y a danger grave de conscience, un journal, une revue, un périodique quelconque condamné par la loi générale.
Ces observations paraîtront peut-être à plusieurs des nouveautés inopportunes ; elles ne sont pourtant que Texpression de la volonté souverainement sage et respectable de « notre mère la sainte Eglise » concernant des auteurs ou des œuvres dont voici la nomenclature :
Honoré de Balzac* — Omnes fahulœ amatoride (16 septembre 1841 ; 28 janvier 4842 ; 5 avril 1842 ; 20 juin 1864).
Honoré de Balzac (1799-1850). Après une long:ue période de tâtonnements, d'insuccès et d'embarras pécuniaires, Balzac se rendit tout à coup célèbre par la publication de la Physiologie du mariage (chapitres licencieux) et de la Peau de Chagrin (œuvre bizarre et parfois graveleuse).
Travailleur infatigable, observateur patient, doué d'une imagination exceptionnelle et d'une heureuse mémoire, il voulut décrire les mœurs de sa nation
(I) II n'est même pas permis de donner son nom aux cercles, casinos, etc., dont la bibliothèque renferme des livres prohibés, ni de les soutenir de son argent. {Réponse de la Sacrée Pénitencerie, 8 avril 4898.)
comme Tavait fait Walter Scott, entassa pendant vingt ans volumes sur volumes et devint l'un des maîtres du roman moderne.
Tous ses romans ont été groupés sous le titre de Comédie humaine et répartis en différentes « scènes » (scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, de campagne). Ils reproduisent une grande variété de caractères (5000 personnages) longuement décrits, d'une vérité saisissante, mais souvent exagérée par « la perspective de théâtre » ; ils abondent en descriptions et en inventaires, et font jouer les premiers rôles à l'argent et aux femmes.
Parmi ses 97 ouvrages, nous signalons seulement :
1° Ceux qui sont nommément condamnés par les décrets ecclésiastiques dont nous avons rappelé plus haut les dates : Le lis dans la vallée ; Physiologie du mariage ; Le livre mystique ; Les cent contes drolatiques ; Nouveaux contes philosophiques ; Contes bruns ; UIsraëlite ; L'excommunié ; Un grand homme de province à Paris ; Berthe la repentie, conte drolatique; Jane la Pâle ; Le vicaire des Ardennes ; La femme supérieure ; La maison Nucingen ; La torpille ; Le père Goriot ; Histoire des treize [Ferragus ; La duchesse de Langeais ; La fille aux yeux d'or) ; Splendeurs et misères des courtisanes ; Esther heureuse.
2° Quelques autres romans d'amour impur, qui tombent vraisemblablement sous la condamnation portée par YIndex en ces termes : Omnes fabulœ iimatoriœ ; soit : La cousine Bette ; Honorine ; La femme vertueuse ; La femme abandonnée ; La femme de trente ans ; La fausse maîtresse ; Béatrix ; La grande Bretôche ; Le colonel Chabert ; Une passion dans le désert ; Contre-amour ; Sarrazine ; etc..
3° Ses romans à peu près chastes, qui peuvent être lus par des personnes d'âge raisonnable : César Birolteau (drame commercial) ; La recherche de Vab'
solu (l'alchiiniste qui cherche le moyen de tout transformer en or) ; Le médecin de campagne (résumé des doctrines de Tauteur ) ; Le curé de village ; L'illustre Gaudissart (le commis-voyageur) ; Eugénie Grandet (tableau incomparable des mœurs mesquines des petites villes ; Ursule Mirouet (même genre) ; Les Chouans (roman historique avec intrigue d'amour) ; La Vendetta (d'un dramatique achevé) ; Le cousin Pons (collectionneur d'objets d'art). Lire aussi Pages choisies (l).
Jules BoiS. Le Satanisme et la Magie. (21 août 1896) (2).
Jules Bois, poète, essayiste, journaliste, romancier, auteur dramatique, conférencier et enfin pèlerin d'Asie. Il est surtout connu comme le plus notable représentant, sinon le créateur d'une psychologie occultiste : Le Satanisme et la Magie (à l'index) ; Les petites religions de Paris ; Le -inonde invisible ; L'au delà ; Les forces inconnues sont des ouvrages manifestement inspirés par cette préoccupation.
Ses romans sur la femme et le féminisme : L'Eternelle poupée : V Eve nouvelle ; La femme inquiète; Une nouvelle douleur sont très suspects au point de vue moral.
Ses Visions de VInde renferment, à côté d'horribles tableaux et de scènes orientales, des notes
presque chrétiennes.
Quant à Hippolyte couronné, drame antique en vers, il a été représenté en 1904, au théâtre romain d'Orange, avec un immense succès.
(1) La librairie Colin a publié sous ce titre des recueils d'extraits empruntés aux œuvres des meilleurs auteurs. Nous les signalons, quand il y a lieu, à la suite de ces courtes notices. Ils n'ont pas toujours bon esprit et doivent être lus avec grand discernement.
(2) L'auteur s'est soumis à ce décret {\^ aoùVVWlV
Jean- Jacques Casanova de Seingalt* Mémoi res écrits par lui-même. (Décret du 28 juillet 1834).
Jean-Jacques Casanova (1723-1803;, aventurier célèbre, raconta dans ses Mémoires répugnants de dépravation et de libertinage, les scandales et les intrigues de sa vie errante et licencieuse...
Champfleury* Omnes fabulœ amatoriœ (28 juin 1864).
Ghampfleury (Jules-Husson Fleury, dit) (1821-1889). Est un des chefs de Técole réaliste outrancière. Ses ouvrages dans lesquels il a dépeint, en traits bizarres et grotesques, les mœurs parisiennes, bourgeoises, bohèmes, sont presque totalement délaissés. On trouve cependant dans certaines bibliothèques : Chien caillou (amour d'un jeune graveur, d'un lapin et d'une fillette) ; Les Aventures de M"« Mariette ; Les Bourgeois de Molinchart (mœurs bourgeoises et histoire d'une femme spirituelle qui finit par pécher), romans qui semblent bien être des fabulœ amatoriai ; Le réalisme (à l'index) ; Les Sensations de Josquin (nouvelles d'amour auxquelles s'ajoute l'inoffensif Bon/iomme Misère) ; La Succession Le Camus (chasse à l'héritage); Les Oies de Noël (un crime puni); et surtout Les souffrances du professeur Delteil (amour qui ne nous semble pas devoir être qualifié impur); Fanny Minoret (établit dans un récit touchant que l'éducation de l'enfant doit commencer avant la naissance).
Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy. Opéra omnia (Décret du 10 septembre 1827).
Collin de Plancy (1793-1881), littérateur français, né à Plancy et mort à Paris.
Dans la première partie de sa carrière, il publia de
nombreux écrits, empreints de la philosophie incré-
tdu/e et railleuse du XVIIP siècle, et où il déversait
le sarcasme sur la religion. Ce sont ces ouvrages qui «ont condamnés par VIndex.
En 1837, il revint aux croyances de sa jeunesse, rétracta son œuvre, et consacra son influence et sa plume à la propagande religieuse. Parmi les ouvrages appréciés de cette seconde manière, nous citons : Légendes de la Vierge ; Légendes de V histoire de France ; Légendes des vertus ; Légendes des croisades ; Légendes des philosophes ; Grande vie des Saints, -en collaboration avec l'abbé Darras.
Benjamin Constant de Rebecque. Commentaire sur Vouvrage de Filangieri; De la religion considérée dans sa source, ses formes et son développement. {Décret du 11 juin 1827).
Benjamin Constant (1767-1830), orateur et publiciste dont la vie aventureuse est assez connue. On a voulu en reconnaître quelques traits dans Adolphe, roman navrant où sont analysées les soufYrances de deux cœurs mal assortis et unis par un amour coupable.
Pierre Dufour. Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, (Décret du 20 avril 1852.)
Pierre Dufour, de son véritable nom Paul Lacroix (1805-1884), est un polygraphe qui signa aussi Antony Dubourgy et attacha ssurtout sa célébrité au pseudonyme plus connu de Bibliophile Jacob.
Sa fécondité fut merveilleuse. Tl fouilla les livres toute sa vie et réussit à rendre l'érudition attrayante, en donnant sur les arts et les mœurs des derniers siècles des ouvrages intéressants. Celui qui est condamné. par r/?ide.x fut, en son temps, saisi par la police, avec les Mémoires curieux qui en sont la suite.
Collaborateur de Dumas, il produisit aussi des romans historiques et des récits imaginaires parra^i lesquels nous choisissons, sans \es T^c»ovi\xîv^Tv^^"t^
les livres inofTensifs suivants : Les hauts faits de Charles d'Assoucy ; Le Dieu Pépitus ; Le revenant du Châtea.u ; Un p'tit^ homme ; Aventures d*un petit orphelin ; Contes littéraires à mes petits enfants ; Les histoires d'autrefois.
Alexandre Dumas, père. Omnes fabulœ amatoriœ^ (22 juin 1863).
Alexandre Dumas, père (1803-1870). Malgré ses nombreuses invraisemblances, ses atteintes à la morale et au bon sens, son style à la « diable », ses erreurs et contresens historiques très graves, il a été et il reste encore le roi des amuseurs, l'un de nos romanciers dont les ouvrages sont les plus fréquemment demandés dans les bibliothèques publiques. Il a écrit ou signé 257 volumes de rohians et 25 volumes de drames.
Son imagination si fertile, sa verve intarissable^ son joyeux entrain, la vivacité de son action théâtrale,, le naturel de son dialogue et de son récit, sa bonhomie charmante, son audace même et le vide de ses idées lui ont gagné les sympathies du peuple qui lit.
Parmi les drames pseudo-historiques, romans de cape et d'épée, où l'histoire travestie des phases le& plus troublées se mêle à des scènes d'amour, nous citons : La Reine Margot ; La Dame de Monsoreau ; Les Quarante-cinq (l'action se passe à la fin des Valois) ; Le Bâtard de Mauléon (rivalité de Pierre Ifr Cruel et de Henri de Transtamare) ; Les trois Mousquetaires (d'Artagnan et les autres ; occupe une place à part dans cette œuvre prodigieuse) ; Vingt ans après ; Dix ans plus tard ou le vicomte de Bragelonne (sous Louis XIII et la minorité deîLouis XIV) ; Le Chevalier d'Harmenthal (la conspiration de Gellamare sous la Régence) ; Le chevalier de Maison-Rouge ; Le collier de la Reine (préludes de la Révolution); Joseph Balsamo ou les Mémoires d'un médecin (Gagliostro) ;
Ange Pitou (la Bastille et les Journées d'octobre) ; San Félice (les Garbonari et la cour de Naples pendant la Révolution) ; Les compagnons de Jéhu (commencements de l'Empire) ; La guerre des femmes ; Olympe de Clèves ; La louve de MachecouL
Tous ces romans, spécialement visés par l'ancien Index à cause de leurs tendances protestantes, semblent ne pas tomber aujourd'hui sous la censure de l'Eglise, au moins comme fabulœ amatoriœ.
Il en est de même du Comte de Monte-Christo, roman d'aventures qui a encore un immense succès» (Le P. Vermesch, Dissertatio, ad calcem).
Quant à ses récits de voyage : Impressions de voyage en Suisse ; Excursions sur les bords du Rhin ; Une année à Florence ; Nouvelles impressions de voyage (midi de la France) ; Le Speronare (en Sicile) ; La villa Palmieri (midi de l'Italie) ; En Russie ; ils peuvent être lus avec précaution.
Citons encore les principaux romans de mœurs et d'amour : Isaac Laquedem (œuvre sacrilège) ; La salie d'armes (horreurs et amour); Le capitaine Paul ; Les Crimes célèbres (15 volumes) : Sylvandire ; Gabriel Lambert ; Amaury ; Fernande ; Une fille du Régent ; Les frères Corses ; Les deux Dianes ; etc., etc.
Et notons enfin que tout le monde peut lire : Histoire de mes bêies ; La Bouillie de la comtesse Derthe (pour enfants) ; Le capitaine Pamphile ; Jehanne la Pucelle (romans historiques qui offrent seulement quelques détails répréhensibles) ; Pages choisies.
Alexandre Dumas» fils. Omnes fabulœ amatoriîB (22 juin 1863). La question du Divorce (21 juin 1880).
Alexandre Dumas, fils naturel du précédent (1824- 1895), est surtout auteur dramatique.
Il entra dans la célébrité avec la Dame aux Camélias (une mondaine, Marguerite Gautier a pour amant Armand Duval... A la prière du pète àe ee\^l\-ç\^ ^'îi
26 ROMAKS A PROSCRIRE
Tabandonne et meurt de chagrin, non sans avoir revu un instant son Armand) et Diane de Lys [même ^enrei.
Ces deux romans transformés en drames et représentés avec succès, décidèrent de la vocation de Dumas. Il fit, pour le théâtre, de nombreuses pièces où il peignit les mauvaises mœurs, défendit le divorce et prêcha Tunion libre, avec un succès qui dure encore.
Il n'abandonna pas cependant le roman et produisit un certain nombre d'ouvrages que nous n énumérons même pas, parce qu'ils ne sont guère lus et sont certainement condamnés par TEglise, au même titre que La Dame aux Camélias et Diane de Lys, soit comme fabulas amatoriœ, soit comme défendant des thèses contraires à la doctrine de TEglise (article 14 de V Index).
Alphonse Esquiros* Les Vierges folles. (20 juin 1844). Les Vierges martyres (id). Les Vierges sages {id). L'Evangile du peuple (30 mars 1831).
Alphonse Esquiros (1814-1876) a fait des poésies et romans socialistes et licencieux. Lire malgré les idées fausses : L'Angleterre et la vie anglaise (4 vol.)
Ernest Feydeau» Omnes fabulœ a»ia/oria?(20 juin 1864).
Ernest Feydeau (1821-1873). Une des individualités les plus marquantes de Técole impressionniste. Ses romans qui abondent en descriptions et en analyses anatomiques, ont eu en leur temps une très grande vogue.
Le plus connu, c'est Fanny, roman poème d'un réalisme très sensuel qui obtint un immense succès de scandale. Il est certainement à VIndex, ainsi que Daniel ; Catherine d'Overmeyre ; et la trilogie pleine de turpitudes : Un début à VOpéra ; Monsieur de
Saint-Bernard ; Le mari de la danseuse. Quoi qu'en dise Fauteur, ce sont là, au témoignage des moins prudes, des choses qu'il ne faut pas écrire. Le reste ne vaut pas la peine d'être n^mmé.
— Georges, fils du précédent, gendre de Garolus Duran, est surtout auteur dramatique.
Gustave Flaubert. Madame Bovary (20 juin 1864). Salammbô (id).
Gustave Flaubert (1821-1880). Est appelé assez justement le père et le roi du roman moderne, à cause de la pureté de son style, et de l'exactitude documentaire de ses observations. Il n'a pourtant publié que quelques ouvrages :
La tentation de Saint- Antoine, rêverie philosophique et mystique ; L'éducation sentimentale, œuvre misanthropique ; Bouvard et Pécuchet, histoire assez fatigante de deux copistes qui s'appliquent successivement à toutes les sciences, à tous les métiers, y jouent partout de malheur et reviennent à leur premier état: Salammbô, roman étrange où l'histoire, l'archéologie, l'imagination évoquent dans des pages éblouissantes tout le vieux monde de Garthage. Mme Bovary est un chef-d'œuvre : c'est Thistoired'une femme romanesque et sentimentale ; dégoûtée de l'existence vulgaire que lui fait son mari, elle se laisse séduire par deux affections étrangères, ruine son intérieur et finit par s'empoisonner. L'éclat du style, l'habileté de la construction, la verve, la vérité des scènes et des portraits (v. g. Homais) font de ce roman une œuvre unique ; elle est malheureusement perverse. On en trouve de beaux extraits dans Pages choisies, et, si on veut faire plus ample connaissance avec Flaubert, on peut lire ses trois contes : Un cœur simple; Hérodias ; Saint Jean VHospitalier.
Victor Hugo. Notre-Dame de Paris (28 juillet 1834). Les Misérables (20 juin 1864V
Victor Hugo (1802-1885). Nous n'avons pas à le juger au point de vue littéraire ; nous n'envisageons que le côté religieux et moral. Il a célébré la religion en termes magnifiques ; mais à côté de ces splendeurs, que d'assertions mensongères, de blasphèmes, de calomnies contre l'Eglise, le pape, les évéques, le clergé ! Que d'immoralités !
Aussi la lecture de ses œuvres complètes est-elle dangereuse : elle ne peut être concédée qu'aux personnes d'âge mûr et pour des raisons sérieuses.
Parmi ses œuvres dramatiques, les jeunes gens sérieux peuvent lire Hermani, Ruy Blas, Les Burgraves, et, parmi ses poésies : Feuilles d'automne ; Odes et Ballades ; Les Voix intérieures ; Les Rayons et les Ombres; Les Châtiments; Les Contemplations ; La Légende des siècles (où les blasphèmes et les tendances panthéistes ne sont guère contagieux).
Quant à ses romans, ils renferment des pages superbes, à côté de développements intempérants et insipides ; mais, à les considérer dans leur ensemble, ils sont fatalistes, malsains et subversifs.
Par amour de l'antithèse et poiir des motifs moins avouables, l'auteur se plaît à donner le premier rôle et à prêter les plus beaux sentiments à deç êtres qu'il emprunte aux bas-fonds de la société vicieuse, v. g. Jean Valjean dans les Misérables , véritable épopée socialiste en prose, réhabilitation du forçat, de la fille-mère, de la Révolution.
Dans Notre-Dame de Paris, il calomnie odieusement le prêtre dans la personne de l'archidiacre Frollo, etc.
Bug Jargal, œuvre de début, est amusant et inofYensif. Les Travailleurs de la mer sont peut-être ensuite le roman le moins répréhensible ; mais les descriptions et les digressions en rendent la lecture fastidJeuse.
Ses plus belles poésies, les plus belles pages de soi! théâtre et de ses romans sont réunies dans les trois volumes d'Extraits, publiés chez Delagrave. Cependant, comme on ne s'est pas montré assez sévère dans le choix de ces morceaux, l'ouvrage ne doit être confié qu'à des jeunes gens formés.
Louis JaCOlliot* La Bible dans l'Inde ; Vie de Jeseus Christna, (Décret du 12 juillet 1869); Fétichisme, Polythéisme, Monothéisme ; La Genèse de l'humanité (Décret du 6 mars 1876» ; Les fils de Dieu; Genèse de V humanité ; Fétichisme, polythéisme, "inono théisme ; Histoire des vierges ; Le pariah dans l'humanité. (Décrets du 27 juin 1881.)
Louis Jacolliot (1837-1890), littérateur et voyageur, indianiste et philosophe. Président du tribunal de Chandernagor, il profita de son long séjour aux Indes pour en étudier la langue, l'histoire et les mœurs ; fut ensuite envoyé à Taïti, explora l'Amérique et l'Orient ; puis, de retour en France, publia de nombreux ouvrages sur les contrées qu'il avait visitées.
Ses ouvrages, et notamment la Bible dans VInde, ont pour objet de montrer que l'Inde est le berceau du monde, qu'on y trouve toutes les traditions politiques et religieuses des peuples anciens et modernes «t même l'Evangile. Ce système est aussi éloigné de la science et de la critique contemporaines (voir les travaux de Burnouf, Lassen, Max Mulier, Barthélémy Saint- Hilaire, de Harlez, etc.) que des données de la foi. C'est pourquoi, les savants ont condamné les fantaisies de Jacolliot, avec autant de sévérité que l'Eglise elle-même.
Alphonse de Lamartine. Jocelyn (22 septembre 1836). Voyage en Orient (id.). La chute d'un Ange (27 août 1838).
Alphonse de Lamartine (1790-1869) le graivd \s^^\.^^
a laissé en vers et en prose, des ouvrages de premier ordre.
Le sentiment religieux y occupe une large place ; malheureusement, la sentimentalité de l'auteur, ses élans de désespérance, son culte passionné de la nature, ses tendances au panthéisme, son pessimisme, ses rêveries mélancoliques le rendent facilement dangereux.
Les jeunes gens trop impressionnables ne liront de lui que le Recueil de chez Hachette. Les autres pourront lire impunément les morceaux choisis en vers et en prose, publiés par Robertet ; et quand ils auront 20 ans, les quatre grands recueils lyriques, [Harmonies, Méditations, Nouvelles Méditations), les Confidences, le Manuscrit de ma mère et certains de ses romans.
Ses romans en prose sont Le tailleur de pierres de Saint-Point, causerie de philosophie religieuse, parfois anticatholique ; Graziella, idylle d'un charme exquis, mais un peu passionnée; Geneviève^ touchante histoire d'une servante où il n'y a à reprendre qu'un fait scabreux ; Raphaël, qui renferme une intrigue troublante et des pages malsaines.
Ses "romans en vers sont de beaucoup les plus importants et les plus connus :
La chute d'un Ange : un angç se laisse séduire par une affection humaine et, après avoir cédé à cette tentation, devient un homme (Gédar). Il mène une vie d'aventures avec sa Daïdha ; celle-ci devient folle et lui se suicide.
Jocelyn est bien supérieur au précédent sous tous rapports ; c'est un poème achevé que Brunetière n'hésite pas à placer au sommet de notre littérature. Il renferme en effet des pages splendides sur la mission du prêtre, et des descriptions magnifiques ; mais aussi il respire la sensualité, et dénature le caractère sacerdotal.
EN UEBTU VBS DÉCRETS JJE L'INDEX 31
Les plus belles pages de ces deux dernières œuvres se trouvent dans les Extraits de Robertet.
On lira aussi Pages choisies et Lectures pour tous, extraits réunis par Lamartine lui-même et qui peuvent se donner à peu près à tous.
Auguste Maquet. Les prisons de l'Europe (Saint- Office, 12 juillet 1854).
Auguste Maquet (1813-1888), un des collaborateurs et des «généraux» de « la grande armée » de Dumas.
Il fît isolément La belle Gabrielle ; le roman pseudohistorique La maison du Baigneur, etc.
• Jules Michelet. Mémoires de Luther (6 avri) 1840). Du Prêtre, de la Femme, de la Famille (5 avril 1845). Uamour (H avril 1859). La Sorcière (26 janvier 1863). Bible de l'Humanité (11 juin 1866). Le Prêtre,, les Jésuites (21 août 1896).
Jules Michelet (1798-1874) n'est pas un romancier. C'est un historien ; mais ses livres sont bien moins d'un érudit que d'un Imaginatif, d'un romanesque et d'un lyrique. Son œuvre maîtresse, L'Histoire de France, peut se diviser en deux parties : la !'« (6 volu» mes, jusqu'à Louis XI) « ressuscite » le moyen Age, en reconstitue les mœurs dans des pages pleines de poésie et d'éloquence, où l'action de l'Eglise est exaltée, mais souyent méconnue et calomniée. Dans la 2°»« partie (10 volumes, jusqu'à Louis XVI), l'historien, par vengeance ou par souci de la popularité, fait place au démagogue et au pamphlétaire antichrétien. L'histoire de la Révolution (7 volumes) ; L'histoire de la Renaissance et des temps modernes (11 vol.) ; Le X/X« Siècle (3 vol.), s'inspirent de cette seconde manière, ainsi que ses œuvres polémiques : Etude sur les Jésuites ; le Prêtre, la Femme et la Famille (odieux pamphlet dirigé contre l'Eglise et son influence) ; le Peuple (pour lequel l'axa^Mt ^^\» Vs
remède du servage) ; la Sorcière (fantaisie excentrique et obscure contre l'Eglise) ; la Bible de VHumanité (salmi gondis de toutes les religions, à l'exclusion de celle de Jésus-Christ).
Quant à ses œuvres d'imagination, VOiseau ; rinsecte ; la Mer ; la Montagne, elles renferment des pages exquises, mais aussi des descriptions sensuelles et des erreurs doctrinales.
L'Amour ; la Femme ; nos Fils, étaient considérés par Michelet comme des livres d'éducation ; en réalité ils sont surtout physiologiques...
L'Histoire romaine (où la République seule est traitée) est l'unique ouvrage de Michelet oui puisse être mis aux mains de la jeunesse avec Pages choisies.
Jean-Hippolyte Michon. Le Confesseur (17 décembre 1866), le Jésuite (2 décembre 1867), le Maudit (15 mars 1864), la Religieuse (20 juin 1864), De la Rénovation de VEglise (id).
Jean-Hippolyte Michon (1806-1881) prêtre, prédicateur, graphologue, directeur des petits séminaires de Thébaudières et de la Valette, vint à Paris en 1848 et se fît remarquer par son exaltation. On n'apprit <iu'après sa mort qu'il était l'auteur de romans irréligieux signés de Uabbé ***.
Adam Mickiewicz. L'Eglise et le Messie ; L'Eglise officielle et le Messianisme. (Décret du 15 avril 1848).
Adam Mickiewicz, célèbre poète polonais (1798-1855), se fit en Hussie, à Rome, à Paris, le défenseur des libertés de son pays. Parmi les poèmes douloureux et essentiellement lyriques, qui consacrèrent sa gloire, nous citons : Le Livre des Pèlerins qui retrace le rôle de la Pologne dans le passé et dans l'avenir
et qui fut traduit par Montalembert ; Conrad Wallerod et surtout Les Aïeux,
Les deux livres de Mickiewicz condamnés par Vindex furent écrits dans un moment d'exaltation, occasionnée par la mort de sa femme et d'autres événements douloureux.
Henry Murger, Omnes fabulœ amatoriœ (20 juin 1864).
Henry Murger (1822-1861) mena longtemps la « vie de bohème » dans une mansarde, fit des vers, des articles, et enfin des romans naturalistes où il décrit avec une grande liberté de langage la gueuserie sociale. On ne lit plus guère ses fameuses Scènes de la vie de Bohême ; Scènes de la vie de jeunesse, et Le Pays latin, qui sont d'ailleurs à Vindex,
Charles- Antoine-Guillaume Pigault-Lebrun.
Le Citateur. (Saint-Oflîce, 22 novembre 1820 ; 20 janvier 1833). UEnfant du Carnaval (18 août 1828). La Folie espagnole {[S août 1828). Jérôme (id). Tableaux de société ou Fanchette et Honorine (id). Ro})ians (28 juillet 1834).
Pigault-Lebrun (Antoine de l'Epiney, dit) (1753-1835). Dragon, comédien, douanier, condamné pour mœurs, etc., décrivit, avec cynisme et en riant, les mœurs graveleuses qu'il avait observées.
George Sand. Omnes fabulœ amatoriie [Tl novembre 1840 ; 30 mars 1841 ; 5 avril 1842 ; 15 décembre 1863).
George Sand (Armandine-Aurore Dupin, baronne Dudevant, connue sous le pseudonyme de) célèbre romancière française, « berrichonne née à Paris par hasard », en 1804; mariée en 1822 à un ofTicier retraité, le baron Dudevant, dont elle eut un fils et une fille ; âéparée de son mari en 1832 *, venue \e^^ \^ vî\<i^«v^
temps à Paris où elle connut Sandeau, Chopin, Musset, Mérimée, etc. ; morte en 1876.
George Sand est la princesse du roman sentimental et passionnel : elle a prêté sa voix et son génie aux théories d'émancipation morale qui dirigeaient le» âmes depuis la Nouvelle Héloise ; elle a chanté avec plus d'âpreté, de hardiesse et d'insistance que . personne, la souveraineté absolue de l'amour, c'està-dire le droit pour l'individu de s'opposer, au non> de sa passion, aux conventions, aux convenances, au mariage bourgeois, à la société, à la famille, à Dieu, à tout. Indiana, dit-elle, « c'est l'amour heurtant so» front aveugle à tous les obstacles de la civilisation »; Mauprat, « c'est la glorification d'un sentiment exclu* sif, éternel, avant, pendant et après le mariage ».
Elevée dans l'irréligion et le culte des philosopheSr George Sand est encore la prêtresse de l'esprit laïque, de l'incrédulité et du scepticisme modernes. Ses romans sont de perpétuelles confessions sans remords, par exemple : Spiridion; Mlle La Quintinie (anticatholique) ; Histoire de ma vie (biographie del'auteur, documents intéressants pour la psychologie des enfants et des imaginatives, livre dangereux pour les jeunes personnes).
Démagogue et communiste, elle a écrit des roman» humanitaires, où elle expose l'âge d'or qu'elle a entrevu et qu'elle prétend voir se réaliser par l'égalité, la fraternité, la fusion des classes dans l'amour (Le péché de M. Antoine ; Le meunier d'Angibault ; Le compagnon du lourde France, etc.)
En pleine exaltation socialiste, elle revint pourtant à son culte de la campagne, chanta son cher Berry et nous donna : La Mare au diable ; La petite Fadette; François le Champi, trois chefs-d'œuvre de pastorale qui peuvent être lus à peu près par tout le monde, ainsi que Claudie, le Pressoir, comédie ; Promenades
dans le Berry ; Malgrétout (histoire chaste, pas d'impiétés) ; Contes d'une grand'mère (un peu de panthéisme et de boudhisme).
Ces idylles reposantes et le style admirable de George Sand ne rachètent pas cependant l'influence pernicieuse de son œuvre : cette romancière extraordinaire est presque partout éminemment dangereuse, non pas qu'elle trouble beaucoup les sens, mais surtout parce qu'elle égare le cœur et l'esprit.
Aussi, la Congrégation de l'Index, et par les décrets rappelés plus haut et par la formule omnes fabula; amatoriœf a-t-elle voulu atteindre la généralité de ses 83 volumes. Citons ceux qu'elle cite elle-même : Lélia ; Lettres d'un voyageur ; Les sept cordes de la lyre ; Gabriel ; Le secrétaire intime ; Uuscoque ; La dernière Aldini ; Simon ; Les maîtres mosaïstes ; Mawprat ; Jacques ; Leone Léoni ; Spiridion ; tous les livres publiés avant le décret du 15 décembre 1863, et enfin tous les romans d'amour impur.
Lire Pages choisies^ avec grande réserve.
AuRÉLiEN Scholl* Le procès de Jésus-Christ (16 septembre 1878).
Aurélien Scholl, né à Bordeaux en 1833, mort chrétiennement en 1902 ; fut en sa qualité de chroniqueur leste et brillant un des amuseurs attitrés des boulevards parisiens.
Ses nouvelles et chroniques réunies en volumes, sont souvent libertines en même temps qu'ingénieuses ; elles dénotent une absence complète de sens moral.
Ses pièces de théâtre sont presque toutes pornographiques.
Etienne- Pivert de Senancour. De Vamour selon les lois premières et selo7i les convenances de?, sociétés modernes (13. février 1838).
Etienne Pivert de Senancour (1770-1846) est un •mélancolique ; comme Tauteur d'Atala, il prêche le retour à la nature primitive ; comme Jean- Jacques Rousseau, il est Tennemi de l'ordre social et religieux. -Œuvres : Obermann; De VAmour...; Les libres Médi' talions ; Rêveries sur la nature primitive de Vhomme,
Frédéric Soulié. Omnes fabulœ amatoriœ (20 juin 1864).
Frédéric Soulié (1800-1847^, l'un des maîtres du Toman-feuilleton. Il s'est complu à décrire l'horrible, l'efYroyable et le criminel daAs Les deux cadavres <dont les personnages commencent leurs horreurs, meurtres, duels, viols, sur les deux cadavres de Charles I" et de Gromwell) ; Les Mémoires du diable (défilé ou plutôt bacchanale de toutes les atrocités et de tous les crimes, qui se termine parle triomphe du vice) ; Si Jeunesse savait, si Vieillesse pouvait ; et une quantité d'autres romans du genre fabulœ amatoriœ.
Le lion amoureux est une nouvelle d'amour de 100 pages, calme et d'un style plus soigné. (Ce lion €st, suivant le langage de l'époque, un élégant désœuvré).
Ses romans historiques: Le comte de Toulouse; Le vicomte de Béziers, etc., sont de violents pamphlets contre l'Eglise ; ils sont heureusement délaissés.
On peut lire : Le Martyre de Saint Saturnin ; Contes et récits de ma oraud'inère ; L'orpheli)i de Waterloo ; Le tainbour Bilboquet; Le petit pêcheur ; courts récits, pour la plupart publiés chez Ardant.
Stendhal. Omnes fabulœ amatoriœ (4 décembre 1828; 20 juillet 1864).
Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle (1780-184^2), fut successivement soldat, administrateur, diplomate, fit les guerres de l'Empire et apprit le libertinaj;e et rimpiété dans la lecture des philosop)ies.
Après avoir publié des études de critique : Rome, Naples et Florence (à l'Index) ; Histoire de la peinture en Italie ; Racine et Shakespeare ; Promenades dans Rome ; il lança des romans irréligieux et impurs : Armance (amour et fatalisme) ; Le rourje et le noir (lutte entre la Révolution et le parti prêtre), œuvre condamnée que Taine a lue, dit-on, plus de 60 fois ; La Chartreuse de Parme (amour « cristallisé ») (1); Uabbesse de Castro (effets de l'amour passionné).
Il termina sa carrière littéraire par Uamour, le^ Mémoires d'un touriste et quelques autobiographies orgueilleuses.
Cet homme vicieux, cet écrivain aride qui semble ne noter que de? idées, ce psychologue profond, ce philosophe supérieurement « détestable », comme dit Sainte-Beuve, a exercé une influence considérable sur la pensée contemporaine et s'est attiré de nombreux admirateurs. Balzac et Zola avaient un culte pour lui, et Bourget, dit-on, ne se lasse pas de le lire...
Laurence Sterne* Le r-toyage sentimental (6 septembre 1819).
Laurence Sterne, célèbre romancier anglais (1713- 1768). Nous le signalons à cause de la date de sa condamnation. Son Voyage sentimental déconcerte
(1) Cette théorie qui est devenue presque classique, rattache- Stendhal à l'école qu'on a appelée depuis « naturiste ». Voici en quels termes l'auteur l'explique : u Aux mines.de Salzbourg,. on jette dans les profondeurs abandonnées un rameau d'arbre effeuillé par l'hiver ; deux ou trois mois après, on le retire couvert de cristallisations brillantes ; les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une mésanfçcr sont garnies d'une infinité de diamants mobiles et éblouissants ; on ne peut plus reconnaître le rameau primitif. Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit qui tirc^ de tout ce qui se présente, la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections.... »
38 ROMAAS A PROSCRIRE
toute analyse : c'est la perfection du genre. Mais au point de vue moral, il n'est pas plus recommandable que son Tristan Shandy et son existence privée.
Eugène Sue* Omnes fabulœ amatorias (22 janvier 4833).
Eugène Sue (1801-1859), fît ses études de médecine, visita, comme major, TAsie, l'Amérique, les Antilles, fut à Navarin, revint à Paris, tout rempli d'admiration pour Byron et devint le romancier à la mode,
11 raconta ses impressions de voyage dans des romans maritimes pleins de couleur tapageuse et de mouvement : Plick et Plock ; La Salamandre ; Atar Gull ; La Coucaratcha ; La vigie de Koatven.
Il abandonna bientôt cette veine pour produire des romans mondains, véritables fabulse amatoriae où sa plume acérée décrit les désordres de la haute classe : Arthur ; Le marquis de Letorrière ; Le Morne au diable ; et surtout Mathilde,..
Ce dernier ouvrage mécontenta son public aristocratique et le jeta soudain du côté de la basse « pègre » . Les mystères de Pains (Histoire de Fleur de Marie, jeune fille abandonnée qui vit au sein de la dépravation ; portraits de M. et M"« Pipelet, etc.) ; Le Juif Errant (les Jésuites incarnés dans Rodin se rendent coupables de tous les crimes ; le roi Dagobert se dévoue pour les deux filles du colonel Rennepont,etc., etc ) ; Les sept péchés capitaux (15 volumes qui mettent en scène les théories philosophiques de Fourier). Les mystères du peuple ; parurent successivement, romans socialistes dans lesquels l'auteur s'acharne à détruire la religion, la morale, la responsabilité, au profit des doctrines humanitaires, fatalistes et passionnelles de Fourier ; pages voluptueuses et démagogiques où, décrivant la luxure j?rossière, comme il avait fait les « vices dorés », il offre, comme but de la
vie, les jouissances matérielles les plus abjectes, et fie donne comme le Messie des prolétaires.
Quant à ses romans semi-historiques, ils ne sont ^ue travestissement ej haine : Latréaumont l Jean Cavalier ; Thérèse Dunoyer, etc.
Eugène Sue « écrit mal et c'est une vilaine âme », dit F. Goppée. Cependant il a su captiver par des peintures de mœurs dépravées, et il a contribué à répandre dans le peuple les théories les plus dangereuses. Defunctus adhuc loquitur : ce sont ses livres <ïui ont égaré Ravachol et. bien d'autres. Il a écrit 43 volumes : nous n'en recommandons pas un seul.
Emile Zola* Opéra omnia (19 septembre 1894.
'25 janvier 1895, 27 août 1896, l^"" septembre 1898).
Emile Zola (1840-1902). Fils d'un ingénieur italien, né à Paris. Il entra en 1864 à la maison Hachette et prenant comme modèles Musset, Flaubert et Taine, tl s'essaya à écrire et ne tarda pas à devenir le plus célèbre des romanciers naturalistes.
Ses œuvres sont tellement ignobles que ses amis mêmes finissent j)ar en avoir la nausée. On y trouve une habile facture, mais elles sont toujours immorales et fausses, souvent d'une obscénité et d'une crudité répugnantes.
Son ouvrage principal est intitulé Les Rougon- Macquart et comprend de nombreux volumes. Dans tous ses romans, il y a un milieu, une brute et un ohceur composé de braillards. Tous ses héros sont des monstres : les ouvriers dans UAtisommoir ; les hommes du monde débauchés dans iVa?ia ; les bourgeois viveurs dans Pot bouille; les mineurs dans Germinal ; les paysans dans La Terre ; les financiers dans L'Argent ; les soldats dans La Débâcle, etc., etc.
Sur la fin de sa vie, il fit une trilogie anticatholique intitulée Les trois villes : Paris, Lourdes, Rome, et une trilogie matérialiste : Vérité, Tra\Da\l, FécoudUè,.
40 ROICANS A PROSCRIRE
Il a pris une part considérable à TafTaire Dreyfus e^ il est mort misérablement le 28 septembre 1902. Lire Pages choisies.
Quelques autres ouvrages à l'Index.
Nous croyons utile de citer, outre les œuvres des romanciers, quelques œuvres diverses assez généralement connues, qui sont également mentionnées a» catalogue de VIndex. Ce sont :
Anlard et Debidonr. — Histoire de France, à l'usage des écoles primaires et des classes élémentaires des lycées et collèges.
Béranger ''Pierre-Jean). — Chansons.
Bert (Paul). — L'instruction civique à Técole.
Bonnefon (Jean de). — Le Pape de demain.
Bonillet (Marie-Nicolas). — Dictionnaire universel d'histoire et de géographie. Est permise Tédition» publiée à Paris en 1855 et corrigée d'après le décret du 14 décembre 1854.
Buisson (Ferdinand). — La religion, la morale et la science : leur conflit dans l'éducation contemporaine.
Gompayré (Gabriel). — Cléments d'instruction morale.
Comte (Auguste). — Cours de philosophie positivë,^^
Consin (Victor). — Cours de l'histoire de la philosophie.
Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, par d'Alembert et Diderot.
Figuier (Louis). — Le lendemain de la mort ou la vie future selon la science.
Hamilton (Antoine). — Mémoires de la vie du comte de Grammont.
Havet (ëbnest). — Le Christianisme -et ses origines*
Heine (Henri). — De l'Allemagne ; De la France ; Reisebilder ; Neue Gedichte.
Houx (Henri des). — Souvenirs d'un journaliste français à Rome.
. Izoulet (Jean). — La cité moderne ; Métaphysique de la sociologie.
Kardec (Allan). — Le livre des esprits contenant les principes de la doctrine spirite ; Le livre des médecins ; Le spiritisme à sa plus simple expression.
LaméFleury (Jules-Raymond). — L'histoire ancienne ; [/histoire de France ; L'histoire moderne ; L'histoire du moyen âge ; L'histoire du nouveau Testament, racontée aux enfants ; L'histoire romaine.
Lamennais (Hogues-Félicité-Robert). — Paroles d'un croyant ; Affaires de Rome ; Le livre du peuple ; Discussions critiques et pensées diverses...; Esquisse d'une philosophie ; Amschaspands et Darvands ; Les Evangiles, traduction nouvelle.
Laronsse (Pierre). — Grand dictionnaire universel du XIX» siècle.
Hangin (Arthur). — L'homme et la béte, ouvrage illustré de 120 gravures.
Hartig (Emmanuel). — Manuel d'enseignement pour les écoles et les collèges.
Montaigne (Michel de). — Les Essais.
Montesquieu. — De l'esprit des Lois ; Lettres persanes.
Pascal. — Les Provinciales.
Payot (Jules). — La croyance ; Avant d'ervtrei: d^xv'a
la vie, aux instituteurs et institutrices, conseils et directions pratiques.
Prondhon (Pierre-Joseph). Opéra omnia,
Quinet (Edgar). — Ahasvérus ; Le génie des religions ; Allemagne et Italie ; philosophie et poésie ; La Révolution ; Mystères de l'Inquisition.
Renan cErnest): — Le livre de Job, traduit de l'hébreu ; Averroés et TAverroisme, essai historique ; Etudes d'histoire religieuse ; Histoire générale et •système comparé des langues sémitiques : De l'origine du langage : Le cantique des cantiques, traduit de l'hébreu ; Vie de Jésus ; Les Apôtres ; Saint Paul ; Questions contemporaines ; Les Evangiles et la seconde génération chrétienne ; L'antéchrist ; L'église x)hrétienne ; Ma^^c-Aurèle et la fin du monde antique; L'Ecclésiaste, traduit de l'hébreu ; Nouvelles études d'histoire religieuse ; Histoire du peuple d'Israël ; Souvenirs d'enfance et de jeunesse ; Feuilles détachées faisant suite aux souvenirs d'enfance et de jeunesse.
Revue spirite, journal d'études psychologiques.
Reynaud (Jean). — Philosophie religieuse : terre et ciel.
Rousseau (Jean-Jacques). — Emile, ou de l'éducation ; Du contrat social ; Lettre à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris ; Lettres écrites de la montagne ; Julie ou la Nouvelle Héloïse.
Simon (Jules). — La religion naturelle.
Sismondi (Simonde de). — Histoire des républiques italiennes du moyen âge.
Steeg (Jules). — Instruction morale et civique : l'homme, le citoyen, à l'usage de l'enseignement pri- ■Mai re.
Taine (Hippolyte). — Histoire de la littérature anglaise.
Tolstoï (Dmitry). — Le catholicisme romain en Russie ; études historiques. (Ne pas confondre avec Tolstoï, le romancier).
Yacherot (Etienne). — Histoire critique de l'école d'Alexandrie ; La Religion.
Yoltaire. — Lettres philosophiques ; Œuvres, nouvelle édition revue, corrigée et considérablement augmentée par l'auteur, h Dresde, 1748 ; Histoire des
'Croisades ; Abrégé de l'Histoire universelle ; Essai
•sur l'Histoire universelle ; Précis de l'Ecclésiaste et du riantique des Cantiques... ; Romans et Contes; Pensées de Pascal, avec notes de M. de Voltaire ; L'A B C, dix-sept dialogues; Catéchisme de l'honnête homme ; Collection de lettres sur les miracles ;
•Commentaire sur le livre des délits et peines; La défense de mon oncle ; Dictionnaire philosophique et portatif; Les droits des hommes; L'Evangile de la raison ; L'Evangile du jour; Examen important de milord Bolinerbroke ; L'homme aux 40 écus ; Nouveaux mélanges ; L'oracle des anciens fidèles ; Ouvrages philosophiques ; La Pucelle d'Orléans ; Les questions ^e Zapata ; La raison par Alphabet : Saûl et David ; "Sermon des cinquante ; Singularités de la nature ;
'Testament de Jean Meslier ; Traité sur la tolérance ; La voix du sage et du peuple ; Amabed ; Les lettres ; La philosophie de l'Histoire ; Essai historique et
-critique ; Le siècle de Louis XIV ; Lettre à ses frères ; Oiscours ; Candide ou l'optimisme.
ROMANS A PROSCRIRE «n vertu de la morale chrétienne.
Sunt bona^ sunt quœdam mediocria, sunt mala plura...
(Martial).
Nous rangeons dans cette catégorie tous les romanciers qui se sont érigés en peintres ou en apologistes du mal et de Terreur, et dont les ouvrages, parce qu'ils distillent le doute, l'impiété ou le libertinage, sont, sinon condamnés par la loi générale de Vlndex^ au moins interdits à un grand nombre de lecteurs par la loi naturelle et la morale chrétienne.
Tous ces écrivains atteignent le même but et -donnent à leurs romans le même caractère : ils pratiquent le corrumpi et corrumpere de Tacite, ils corrompent l'esprit, les moeurs ou la foi.
Cependant ils plongent plus ou rcvo\Tis> Ôl-ôccss.
cette . corruption littéraire et recourent à des^ procédés fort divers :
Les uns étalent le vice dans toute sa brutalité :ils empruntent leurs sujets aux cabarets, aux bagnes, aux lavoirs, aux mauvais lieux ; ils montrent leurs personnages affligés des dijBformités physiques et morales les plus hideuses ; et cesêtres exceptionnels, détraqués, hystériques, impulsifs, ils les font agir conformément aux instincts les plus pervers. Tels sont les romanciers naturalistes, passionnels, scatologiques^. physiologistes, pornographiques, etc. : Paul Adam, Ajalbert, Alexis, d'Annunzio, Roger de Beauvoir, Belot, l'auteur i' Amitié Amoureuse^, Bonne tain, les Bouvier, Case, Champsaur, Chavette, Cim, Corday, Cladel, Corrard, Denoinville,. Delvau, Descaves, Dubut de laForest, Ducray- Duminil, Poudras, Ginisty, les Concourt, de- Gourmont, Harte, Hennique, Hepp, de Kock, Landay, Lemonnier, Jean Lorrain, Louys, de Lys,. Malot, Matthey, Méténier, Mirbeau, Montégut,, Monteil, Nau, Noir, Reschal, Rosny, Ryner, Sylvestre, Taxil, Téramond, Tinayre, Uchard, etc.
Les autres tendent à corrompre les mœurs par la magie du style, et l'art extrême avec lequel ils savent présenter leurs tableaux et leurs thèses. Ils jettent sur le vice des fleurs et des gazes provocantes ; ils choisissent leurs héros et leurs héroïnes dans les ruelles « fin de siècle », dans les ateliers féminins, les salons et les boudoirsmondains, les villes d'eaux, les lieux de plaisirsau high-lije; et dans des contes à la Boccace, des-
variétés, des romans parfumés et illustrés, ils font parler au vice un langage tellement « abscons «^ qu'il n'est accessible qu'à certains initiés. Tels sont les auteurs de galanteries voluptueuses, passionnées, raffinées : Bergerat, Boylesve, Chavignaud, de Gastine, Loti, Gautier, Hermant, Houssaye, Junka, de Lano, Lavedan, Maizeroy, Margueritte, Marni, Maupassant, Mendès, Musset, Prévost, de Régnier, Renard, Tinayre, Vaudère,, Vivien, Willy, WolfF, etc. — « Oh ! les livres immoraux bien écrits, dit M. l'abbé Gibier, quel immense danger pour la jeunesse, pour les femmes, hélas ! et pour beaucoup d'hommes ! Mieux vaut Zola dans son purin, que tant d'autres écrivains fardés et pommadés, grimaçant et minaudant, romanesques ou psychologues, qui démolissent toutes, les pudeurs, avec des airs de vestales, et qui outragent la morale avec une phrase décente et chaste. La séduction de la phrase est plus dangereuse que le cynisme des peintures : car, tandis que le lecteur séduit n'est pas loin de croire qu'il ne goûte qu'un plaisir permis, délicat et distingué, il savoure en réalité, un plaisir honteux et abominable. »
Ces écrivains pervers ne se contentent pas de peindre le péché, sous les couleurs les plus hideuses ou les plus attrayantes ; ils s'appliquent encore à le justifier et c'est ce qui met le comble au scandale. Non seulement ils fascinent les sens et gâtent le cœur, ils pervertissent aussi les idées.
Pour garantir leurs lecteurs contre le remords intime et leurs œuvres contre le mépris public, ils prêchent, en s'inspirant de Rousseau, de Kant et de Goethe^ le droit de Thomme et de la femme au bonheur, ils proclament avec Voltaire (Epître à iï/^e de G... 1716) que
Le plaisir est l'objet, le devoir et le but De tous les êtres raisonnables.
Ils justifient les convoitises de la nature ; ils insinuent clairement que le mariage est un mal, le divorce un droit, Tadultère une nécessité ; ils proclament que Tamour voluptueux est une chaste ardeur, ses manifestations un entraînement pardonnable, un péché mignon ou un cas pathologique ; ils prêchent que les lois de la chasteté ne sont pas plus obligatoires que celles du manage, que la fidélité conjugale est une absurdité et une impossibilité. Ils tournent en ridicule l'honnête femme et réhabilitent la courtisane, ils mettent sur la même ligne les enfants légitimes et les enfants de la débauche. En un mot, ils appellent bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, ils exaltent le vice et flétrissent le devoir, ils renversent les notions les plus élémentaires de la morale évangélique et du droit naturel, ils corrompent les mœurs en faussant les idées Tels sont, en particulier, les
partisans plus ou moins avoués du divorce :
Berthold, Capus, Margueritte, Meredith, Ouida, Pert, etc., etc.
« La débauche serait une chose belle, si elle n'était un mensonge, a dit Flaubert. (Correspond àance, Tome II, page 296), et il est bon sinon de la
pratiquer, du moins de la rêver. » C'est cette affreuse maxime, véritable cri de la bête humaine, aussi contraire au droit naturel qu'à la doctrine •de l'Evangile, qui semble tenir lieu de loi aux romanciers dont nous nous occupons.
• Ils font plus. Mettant en pratique le conseil de Voltaire, ils mentent ; ils falsifient les vérités fondamentales de la philosophie, de l'histoire et de la religion.
Tels sont, par exemple, les voltairiens, les rationalistes obstinés, les déistes, les anticléri- -caux avérés, les pessimistes, les nihilistes, les railleurs, etc. : About, Charpentier, Flammarion, Anatole France, Loti, Mérimée, Meunier, Mirbeau, Péladan, Richepin, Rod, Thîaudière, Tolstoï, Vigny; les païens lettrés: M'"^ Adam, Banville, Judith Gautier, Harry, Houssaye, Loiiys, etc. ; les socialistes et les révolutionnaires : Paul Adam, d'Agoult, Brucker, Champseix, L. Michel, Pouchkhine, Tolstoï.
Combien de romans qui, à travers d'habiles et séduisantes fictions, expliquent par les seules forces de la nature, les mystères de la création, nient notre origine divine et nos immortelles destinées !
Combien de romans qui, bâtis sur des données historiques plus ou moins controuvées, réhabilitent les incrédules, les hérétiques célèbres, les persécuteurs^ raillent les héros et le rôle de l'Eglise.
: Combien de romans qui attribuent ^ la te\\?>.oTL
des dogmes qu'elle n'a jamais proches, des.
crimes qu'elle n'a jamais commis, des ambitions et des scélératesses dont elle ne s'est jamais rendu coupable 1 Combien de romans sceptiques et rationalistes surtout, qui remettent en question et considèrent comme des problèmes, les décisions de l'Eglise les plus indiscutables, et même les enseignements les plus autorisés de l'Evangile !
A vrai dire, il semble que le blasphème impudent ou plutôt le scepticisme absolu et les erreursreligieuses, soient plus répandus dans la littérature contemporaine que le vice et l'immoralité.
Et c'est ce qui la rend particulièrement pernicieuse. Sans doute, les ruines du cœur et les affaissements de la volonté, produits par la lecture de livres obscènes, sont des choses lamentables ; mais les ruines dé l'esprit sont plus lamentables encore, parce qu'elles sont plus précipitées, plus profondes, plus universelles et plus irréparables.
Les romans exclusivement immoraux attaquent la vertu et tendent à pervertir les mœurs ; mais ils ne pervertissent pas nécessairement les idées, ils laissent au lecteur enfin dégoûté et lassé, la. possibilité de revenir au bien et de réparer les défaillances passagères auxquelles il s'est abandonné.
Les romans qui distillent plus ou moins abondamment l'erreur, tarissent la vie morale dans sa source, et ils agissent avec une pénétration^ une facilité et une efficacité qui ne laissent presque
plus d'espoir de restauration. Nous sommes ainsi faits, dit encore M. Fabbé Gibier, à qui nous empruntons plusieurs de ces sages réflexions, que la négation nous ébranle et que l'objection nous impressionne. Notre esprit est d'une sensibilité, d'une délicatesse extrême, et quand le doute l'a blessé, la plaie est lente à se refermer, quelquefois inguérissable. L'expérience même démontre que les personnes du monde, habituellement trop peu pourvues d'instruction et de convictions philosophiques ou religieuses, sont, sans s'en rendre bien compte elles-mêmes, plus sensibles à des lectures irréligieuses, rationalistes ou voltairiennes qu'à des lectures obscènes. Un chrétien ou une chrétienne qui auront lu des romans frivoles et immoraux, reviendront assez facilement et intégralement à des habitudes plus sérieuses et plus conformes à la vertu ; mais s'ils se sont adonnés à des lectures impies, la ruine morale est complète : il semble que les fondations mêmes de l'édifice ont été arrachées, ou, pour rappeler un mot du poète incrédule, il semble que
La mer y passerait sans laver la souillure :
L'abime est immense et la tache est au fond.
Et ce sont ces écrivains qui, aux yeux de ceux qui les lisent ou qui les vantent, ont seuls qualité pour régner dans le domaine des lettres et gouverner le monde des âmes.
Certes, nous ne nions pas leur talent : la plupart en ont été richement dotés par la Providence. La poésie, l'éloquence, le sens le p\\x^ ôi^V\^ Ôl'^
robservation,ranalyse des sentiments, le prestige du style, l'art de la mise en scène, la psychologie la plus pénétrante, quand ils ne les égarent pas dans le faux, l'invraisemblable et l'outré, leur ont inspiré des pages qui seraient l'honneur de la littérature française, si elles n'étaient trop souvent gâtées par le voisinage de scènes luxurieuses.
Malheureusement, ils ont profané tous les dons de leur esprit par leur libertinage et ne s'en sont servi que pour mieux séduire leur public.
C'est par millions que depuis 50 ans (1), ces livres ont été répandus dans les masses, et jusque chez les peuples les plus lointains. Chaque auteur a trouvé sa veine, et chaque catégorie de lecteurs a choisi dans cette immense pléiade, Técrivain qui répondait le mieux à ses goûts littéraires ou plutôt à ses caprices libertins et intellectuels.
(1) Une statistique vient de nous révéler qu'on publie en France, chaque année, treize mille ouvrages nouveaux, dont trois mille cinq cents romans !
Quelque fantastique que paraisse ce chiffre, il est, paraît-ii, inférieur à la production annuelle de romans qu'on a constatée de 1875 à 1890. Cette diminution tient à un double phénomène: les mondains et mondaines lisent moins de romans, parce que depuis quelques années, ils consacrent préférablement leurs loisirs aux sports et à la lecture des livres d'histoire et mémoires...
L'impulsion vers le rétrospectif semble avoir pris naissance avec la publication des Mémoires de Marbot ; elle est devenue depuis, une passion et une manie. Le public superficiel s'est attaché à des œuvres qui, en d'autres temps, n'auraient eu droit de cité que dans les académies et les écoles : sa curiosité en éveil a pris intérêt aux ouvrages de premier ordre de Houssaye, Albert Vandal, Albert Sorel, Frédéric Masson, Leuôtre, Nolhac, Funck-Brentano, Arvéde Barine, etc.
Les étudiants, les gens du peuple, les bourgeois oisifs, les blasés du plaisir, les petites apprenties, les ouvrières, les employés des deux sexes, les collégiens, les jeunes filles, les habitués des hôtels, des casinos, des salons de lecture et des bibliohèques publiques, les liseurs et les liseuses qui prennent tout ce qui jse présente, les uns par curiosité malsaine, les autres par passe-temps, les uns en cachette, les autres sans vergogne, se sont livrés et se livrent encore, impunément et à très bon marché, aux silencieuses orgies de la pensée, avec la foule des malfaiteurs littéraires.
Le succès est d'autant plus facile, que des dirigeants de tout ordre, accueillent, écoutent, fêtent et glorifient ces auteurs et leurs ouvrages avec un ensemble, une insistance, et une sympathie qui en imposent chaque jour davantage. Le monde, qui est, selon Jules Lemaître, cette association élégante et riche pour le plaisir, où fleurissent naturellement la sensualité.la galanterie, la vanité, la curiosité physique et morale, le monde leur accorde droit de cité, comme à des amuseurs, des directeurs et des éléments indispensables de la vie heureuse. Des revues très féminines, des magazines très chics et d'autres revues non moins fi ivoles, qui se vantent d'avoir 130 mille abonnés, consacrent à ces idoles du jour, outre des illustrations, des notices et des éloges chargés d'hyperboles et de répétitions. Toute une société, formée en bonne partie de catholiques pratiquants, considère comme une nécessité de bon ton de lire tous les romans à la mode, et sous prétexte que r.artpurifte xoux, ç\v\!\S.
faut bien tout connaître et se tenir au courant, fréquentent les auteurs impies et immoraux avec la même assurance que les bals de famille et les sports mondains.
Nous n'aurons pas la faiblesse d'approuver cette défaillance de la conscience chrétienne, ces erreurs et ces déplorables manies. Nous estimons, au contraire, que les romanciers de notre secqnde catégorie, avec la plupart de leurs ouvrages, méritent d'une manière générale, comme ceux de la première, d'être flétris au nom de la morale, d'être « boycottés » impitoyablement et bannis de toutes les familles honnêtes.
C'est un principe qu'il faut fuir le mal, en d'autres termes, qu'il faut éviter tout ce qui est un obstacle au salut de notre ûme, tout ce qui nuit en quelque manière à la conservation et au développement normal de notre vie naturelle et surnaturelle.
Or, les romans dont nous nous occupons, renferment, soit le mal de l'intelligence, c'est-à-dire des erreurs ; soit le mal de la volonté, c'est-à-dire des immoralités. Ce mal, ils le dépeignent, ils s'y complaisent, ils le rendent séduisant jusqu'à y attacher le lecteur, jusqu'à produire ordinairement dans son àme une tentation ou une chute. C'est un fait.
Il faut donc exclure, interdire et proscrire ces livres. C'est notre conclusion.
Est-ce h dire, cependant, que tous ces romans
-soient à proscrire dans la mCme mesure? Non pas. Nous Tavons dit plus haut, les livres opposés à la foi sont ordinairement, pour les personnes du monde, plus perfides et plus pernicieux que les livres contraires aux bonnes mœurs, parce qu'ils ^'attaquent à l'esprit et que Tesprit est essentiellement plus accessible au mal et plus réfractaire à, la conversion que la volonté. Il nous a donc paru nécessaire d'infliger une note plus sévère aux auteurs qui tendaient, intentionnellement ou non, ri ébranler les fondements de la saine philosophie et de la vraie foi.
Il y a, en outre, toute une catégorie très nombreuse d'ouvrages qui, tout en peignant le mal ont pour but de le rendie odieux. En soi, cette' exhibition du mal est bonne, et dans certaines conditions qu'il n'est pas possible de supposer et de réunir, elle peut être bienfaisante. Il importe <îependant de faire observer que cette exhibition, bonne en soi, constitue pour beaucoup de lecteurs une tentation, une séduction, un mal ; la théorie spécieuse de V ilote ivre^ surtout quand il s'agit de la plus délicate des vertus, est souvent tout à fait vaine et pernicieuse. C'est pourquoi, s'il est équitable de rendre hommage aux intentions de ceux qui y recourent, il est prudent et sage de n'en faire Tapplication que sous bénéfice d'inventaire...
Est-ce à dire ensuite que tous ces romans soient à proscrire absolument et universellement ? Non ■encore et cent fois non. Les livres les plus mauvais, si on les considère en eux-m6me^,^^>\\^\NX.
être, si on les considère relativement à tel lecteur^ de la plus complète innocuité.
Les œuvres d'Anatole France, par exemple, si imprégnées de scepticisme subtil, peuvent être inoffensives pour un catholique très instruit ou un théologien sérieux qui n'y apprendront rien^ sinon des objections, qu'ils réfuteront illico, sans subir aucun dommage du fait de ce détestable contact.
Les romans pornographiques, foncièrement voluptueux ou obscènes, comme ceux de Gabriele d'Annunzio, de Belot, de Théophile Gautier, etc., etc., sont évidemment dangereux, en règle gênéraie. Il y a cependant bien des personnes qui peuvent les lire sans contracter de souillure morale.
Il serait aussi ridicule d'interdire aux professeurs, aux critiques, aux professionnels de la littérature, la lecture de certains livres en soi très mauvais, que d'interdire à un médecin la lecture des livres de médecine : ces lectures sont pour eux un devoir d'état dont Taccomplissement n'est pas toujours sans danger, mais auquel il serait téméraire et injuste de les soustraire a priori.
Un roman voluptueux de Prévost, de Loti et tîitti quanti, pro^lmi ordinairement une impression très fâcheuse et occasionne des troubles très graves chez les personnes jeunes ou âgées, qui^ par disposition de tempérament, privilège d'éducation, sensibilité d'âme, délicatesse de conscience ou grâce de Dieu, ont été préservées de tout contact avec les parfums du vice. Supposez^
au contraire, un vieux liseur, une liseuse d'âge respectable, habitués aux relâchements mondains, aux lectures perverses, blasés de tout, et chez qui la répétition des actes, Tintensité des sensations, l'endurcissement du sens moral ont émoussé toute délicatesse. Assurément, ces âmes sont coupables de s'être ainsi atrophiées et mutilées; mais pourrait-on affirmer que la lecture d'une nouveauté de Loti ou de Prévost produira en elles le même effet que sur des jeunes gens ou de jeunes dames qui n'ont jamais pris contact avec le poison ; et, conséquemment, pourrait-on a priori leur interdire ce déplorable passe-temps avec autant de rigueur qu'à d'autres catégories de lecteurs?
Tout en appréciant avec sévérité le cas de ceux qui Hsent des livres plus ou moins obscènes, il faut donc se rappeler qu'il y a dans ces livres, dans les motifs auxquels obéissent ceux qui les lisent et les dangers auxquels ils s'exposent, des nuances infiniment variées.
Ces motifs et ces dangers, c'est à chaque conscience qu'il appartient ae les examiner. Pour nous, nous devons nous contenter, avant de citer les romans susceptibles d'être interdits à la masse des lecteurs, de rappeler les quelques règles élémentaires qui peuvent, en ces matières, éclairer le jugement de ceux qui nous liront.
1° Tout livre — fut-il en soi excellent — qui du fait du dommage déjà produit en des circonstances analogues ou du dommage à prévoir , ç;^x.^ç>\i.x:
un lecteur une occasion prochaine de pécher gravement, est un livre pratiquement mauvais que ce lecteur doit s'interdire sous peine de faute grave. Et il doit se l'interdire avec plus ou moins de rigueur, selon qu'il prévoit des périls ou a des motifs plus ou moins sérieux.
2° Les précautions à prendre, qu'il s'agisse de sauvegarder la foi ou la vertu, sont en réalité plus minutieuses qu'on ne le croit généralement. Il y a même des cas, où personne ne peut, de sangfroid^ étant donnée la faiblesse de notre nature viciée, s'exposer au contact de certaines lectures, sans s'exposer en même temps à compromettre la plus précieuse ou la plus fragile des vertus.
3° Beaucoup de livres qui ne sont pas mentionnés au catalogue de V Index, sont cependant condamnés par les lois de l'Eglise, et c'est, sauf dispense, les enfreindre gravement que de garder ou lire ces livres-là, même s'ils sont par ailleurs inoffensifs pour l'intéressé.
C'est à la suite et sous le bénéfice de ce long
préambule, que nous donnons la deuxième liste des romanciers à proscrire.
Nous n'avons pas l'inutile prétention de citer ici tous les auteurs connus, et nous ne commettrons pas l'imprudence de faire à ceux qui ne le sont guère une réclame dangereuse. Il nous a semblé suffisant de faire figurer dans notre liste les plus féconds, les plus lus et les plus remarquables : et si nous avons joint à leur nom une >courte notice qui explique le pourquoi de notre
appréciation, nous y avons évité avec soin tout détail ou titre dont Ténoncé ou le souvenir constituerait, pour les faibles, à certaines heures, un véritable péril.
On s'étonnera peut-être de ne point rencontrer, dans la présente catégorie, des hommes qui seraient classés par plusieurs parmi les « malfaiteurs littéraires », et d'autres qui devraient être bannis de toute bibliothèque sérieuse.
Mais on voudra bien se rappeler que, dans l'espèce, Texcès de la sévérité serait peut-ôtre plus dommageable que Texcès d'indulgence ; et, d'autre part, que nous faisons bien moins une nomenclature d'écrivains qu'un catalogue raisonné d'ouvrages. C'est pourquoi, comme ces auteurs ont publié, soit quelque livre irréprochable, soit un ensemble d'œuvres inoffensif pour une catégorie de lecteurs, nous avons jugé plus logique et tout naturel de les mentionner là même où nous rangeons leurs romans à lire.
Edmond About (1828-1885), le romancier de la bourgeoisie frondeuse et voltairienne. Il ressemble à Voltaire, non seulement par son style lumineux, facile, étincelant de verve, mais surtout par ses tendances agressives son parli pris, et son impiété.
Il attaqua l'Eglise et le catholicisme dans ses articles de journaux et dans deux pamphlets débordants de passion : Rome cou tenqjo raine ; La quet^tion romaine.
Dans ses romans, sa réserve ne brille pas davantage : Tolla, récit poétique très passionné ; Getinaine, sujet mfilpropre habilement traité : Le Turco (recueil de nouvelles, dont deux au moins contiennent autant de piment que de sel), etc., etc.
On ne rencontrera cependant que quelques mots de trop dans les trois folies amusantes qui s'appellent : Le nez d'un notaire ; Le roi des Montagnes ; L'homme à Voreille cassée ; et dans Le Roman d'un brave homme ; Trente et Quarante ; Les mariages de Paris ; La Grèce contemporaine ; De Pontoise à Stamboul ; Alsace...
Paul Adanif né à Paris en 1862, d'une vieille famille artésienne, particulièrement mêlée aux événements et aux guerres qui agitèrent la France sous la Révolution et l'Empire. Auteur très en vogue.
Romans historiques : Le temps et la rie (histoire de la société française depuis la Révolution) ; La force ; L'Enfant d'Austerlitz ; La Ruse ; Soleil ^ de Juillet (histoire d'une famille française de 1800 à 1830^ ; Etre (la vie féodale et la magie au XIV® siècle) ; Histoire de Byzance ; Histoire de la Papauté. On dirait que l'auteur est possédé du besoin de scandaliser, tant il prodigue dans ses récits les gravelures et les sales images. L'un de ses procédés les plus habituels et les plus particuliers, dit M. Doumic, consiste à faire des scènes licencieuses la continuation et l'aboutissement des autres.
Romans philosophiques, socialistes, politiques etc. : La glèbe (vie brutale des paysans) Essence de soleil (la ploutocratie) ; Cœurs noureaux (le communisme) ; La force du mal (dévouement d'un médecin pendant le choléra) ; La bataille d'Uhde (roman de stratégie) ; Les lettres de Malaisie (la société phalanstérienne idéale); Robes rouges (réquisitoire contre la magistrature) ; Le serpent noir ;un monstre d'égoïsme et de brutalité qui se débarrasse de la morale pour pouvoir agir et devenir un surhomme selon Nietzsche).
Romans de psychologie passionnelle : Chair Molle, ouvrage naturaliste pour lequel l'auteur fut, à la demande dé Francisque Sarcey, traduit en justice et
condamné à la prison et à Tamencle ; En décor (autobiographie) ; L'année de Clarisse (vie joyeuse d'une actrice) ; Le troupeau de Clarisse (même genre) ; etc., -etc.
Contes à thèses : Le conte futur ; La parade amoureuse : Tentatives passionnées....
Tous les ouvrages de Paul Adam sont d'une profonde originalité ; mais ils sont, dit M. Adolphe Brisson, copieux, encombrés de végétations parasites, désordonnés et fatigants jusqu'à congestionner le lecteur. — Le génie de révolte indéterminée et de luxure qui est en lui est presque son tout (Jules Lemaitre, Echo de Paris, 7 mars 1899). Ne laissez jamais votre femme lirei Les romans perdent le cœur •en vantant la corruption et le sentiment (Paul Adam, La force du mal, page 179).
Madame Edmond Adani) de son nom de jeune fille Juliette Lamber, née en 183G, femme de lettres « salonnière », fondatrice de la. Nouvelle Rcoue.
Ses nouvelles, esquisses et romans sont pleins de charmantes descriptions et traversés de souffle patriotique: Mon village; Récits d'une paysainic ; Voyage autour du Grand Pin (paysages de Cannes) ; Dans les Alpes ; La Sainte Russie. M™« Adam est une amante de la nature.
Elle est assez souvent appelée « la grande française » ; elle a en effet, au dire de ses amis et d'après ses mémoires récemment parus (Roman de mo)i enfance et de ma jeunese et surtout Mes j^remlères <irmes), rendu de grands services à son parti et à son pays, en faisant aimer là République, — une République franchement libérale — et en faisant aimer la France aux étrangers.
Mais ce qui caractérise l'ensemble de son œuvre, c'est la doctrine païenne et antichrétienne, qu'on a appelée assez improprement le néo-hellénisnv^» L!\\^V-
ROMANS A PROSCRIRE b2
lénisme, dit Jules Lemaitre, est pour les hommes d'aujourd'hui, un rêve de vie naturelle et heureuse, dominée par l'amour et la recherche de la beauté surtout plastique^ et débarrassée de tout soin ultraterrestre. Ce rêve passe, à tort ou à raison, pour avoir été réalisé jadis par les Hellènes.... » Mais peu importe, le néo-hellénisme est païen ; et M"»* Adam, qui en est devenue l'apôtre, est païenne, t Je suis païenne, dit-elle elle-même, (1) et c'est ce qui me distingue des autres femmes ». « Le paganisme de M™*" Juliette Lamber, ajoute Jules Lemaitre, est au fond une protestation passionnée contre ce qu'il y a, dans la croyance chrétienne, d'hostile au corps et à la vie terrestre, d'antinatarel et de surnaturel, et pour préciser encore, contre le dogme du péché originel et de ses conséquences... »
Comtesse d'Agoult (Marie de Flavigny, dite Daniel Stem ou), femme auteur et « salonnière » (1805-1876). Ses articles et romans, violemment attaqués par Proudhon, rappellent les idées socialistes de George Sand et ne sont plus guère lus que par de» spécialistes.
Jean Ajalbert, né en 1863, avocat et écrivain gouailleur, exalté, voluptueux, qui a décrit l'Auvergne et le Laos, dans quelques romans. La fille Elisa, tirée du roman de Goncourt, est un drame réaliste qui fut condamné par la censure et discuté à la Chambre : Mgr Freppel sortit, pendant qu'on en lisait quelques passages très crus.
Paul Alexis (1847-1901) fut un ami, un disciple et
(1) Dans Laide et dans Païenne, livre très hardi qui scandalisa Le Gil Blas et Le Voltaire.
un admirateur de Zola. C'est assez dire qu'il appartient à Técole ultra-naturaliste.
Claude Anety homme du monde, et écrivain de talent dont Les Bergeries ont pris une bonne place dans la littérature rosse.
Gabriele d'AnnunziO, célèbre poète et romancier italien, né en 1864. Ses premiers écrits, d'une hardiesse excessive, provoquèrent dans toute la péninsule une profonde émotion. « La louange m'enivra, dit Vauteur : je me jetai dans la vie éperdument, avide de plaisirs et avec toute l'ardeur de ma jeunesse. » Il n'y réussit que trop : ses égarements, ses aventures scandaleuses et particulièrement ses démêlés avec la Duse, qui occupèrent la presse pendant de longues semaines, firent du jeune débauché, selon le mot de l'Ami du Clergé^ l'un des plus répugnants personnages qui soient entrés dans l'histoire littéraire.
Et TécrivAin? C'est, d'après les critiques, un réaliste brutal et impudique, un psychologue passionné qui analyse à fond les sensations, un baudelairien qui mêle le catholicisme à la volupté, un disciple de Tolstoï et de Nietzsche, un descriptif séduisant, un naturaliste qui représente l'amour comme un transport physique et met en scène, avec une complaisance marquée, des Don Juan sans vergogne, des fauves intellectuels...
Ces histoires voluptueuses, ces romans tout traversés de la fièvre des sens, où « coule, comme un fleuve grisant, la symphonie de la chair et des parfums » (le protestant Edouard Schuré, dans la Revue bleue} ont été pour la plupart traduits en français, et introduits chez nous en 1895 par M. de Vogué qui fit de leur auteur l'artiste éponyme d'une renaissance latine !
Alfred Assolant (1827-1886). Il a écrit pour la jeunesse certains récits de voyages et quelques romans aussi instructifs que dramatiques, mais neutres: Aventures du capitaine Corcoran : Le docteur Jxulassolin (la guerre de 1870); Montluc le Rouge ; Pendagron (Histoire d'Alexandre-le-Grand et d'un gaulois chevaleresque). Fy-aîi^îo/x Buchamor ; Histoire du célèbre Pierrot : La chasse aux lions. Malheureusement, comme About son maître, il se réclame et se ressent trop de Voltaire dans la plupart de ses autres, œuvres !
Oeouuks Auriol, humoriste qui conte des historiettes saugrenues et incongrues.
Gomme Gourteline, J. Renard, Gapus, Tristan Bernard, Veber,Willy, Grosclaude, Ghavette, Théo-Gritt, et toute une catégorie d'auteurs gaiS, Auriol sème ses livres d'épii^odos déplacés, de propos égrillards, de détails grossiers, d'allusions polissonnes, de mots indécents... 11 est périlleux, pour un homme d'esprit, de vouloir, à tout prix, l'aire rire : outre que le rire ne s'adresse guère aux facultés les plus nobles de l'homme, il est d'expérience que la plupart des humoristes ont souillé leurraient et leur plume en faisant appel aux mauvais instincts. Cest pour ces raisons que nous les avons placés dans cette catégorie.
L'Auteur d'Amitic a)nniircn.<c, de son vrai nom Mad.vme LeCOmte du Nouy, n'a publié que des romans d'amour a où elle se joue dos .<ujets traités d'immoraux par la morale courante ■. Ce jugement est emprunté à L'lr:'o.i:iift''ffr i!c< «m'.'.< './•' Lettre^ l : il s'appUque même à certain livre dédié à une Jeune lille.
^\ VInformateur est un juunial profo^ssioiuK»! iîo< ôo ri vains, diri^ô par M-* Camille IVrt ; il est absL lum-jiit iiidépcudant au point do vue moral.
Théodore de Banville (1823-1891), poète lyrique, auteur de Contes et de Souvenirs en prose (15 volumes).
Gomme poète, c'est un magicien, idolâtre de la rime, qui n'a vécu que de mots et de cadences, « comme les divines cigales senourrissentde leurs chants.»
Dans ses contes et ses comédies, autant que dans ses vers, il a mêlé les allégories grecques aux choses modernes.
Nous ne le proscrivons que dans la mesure où il •est à propos de bannir la vie et la mythologie antiques ; la fameuse pièce Gringoire est même souvent représentée dans les œuvres catholiques.
Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1899), critique original et violent, penseur de haute race, écrivain qui rappelle Tacite et Saint-Simon, historien de la Basse Normandie,.romancierdont les œuvres remplies de catholicisme exalté, de satanisme, d'horreurs, de morbidesses etde dandysme (1) ne sauraient convenir ■à des lecteurs non prévenus.
Violent et paradoxal, il fut souvent excessif, injuste et faux, mémedansson catholicisme: Lamartine l'avait surnommé le duc de Guise de la littérature.
« J'ai beau faire, dit Jules Lemaître, rien ne me semble moins chrétien que le catholicisme de M. d'Aurevilly... Son œuvre entière respire les sentiments les plus opposés à ceux que doit avoir un «nfant de Dieu, entre autres, l'admiration la plus éperdue pour les forts et les superbes, fussent-ils des ennemis de Dieu, de grands mondains, des viveurs et des Don Juan » {Les Contemporains.^^ série).
Ce catholicisme bâtard est mêlé d'hystérie, de
(1) Gomme études de dandysme, nous citons Brummel ; L'iximour impossilfle ; La bague d*Annibal.
sadisme et surtout de diablerie. D'après le même critique, le satanisme de d'Aurevilly consiste à voir le diable partout, à nous raconter avec complaisance des actes d'impiété ou des cas surprenants de perversion morale (Le bonheur dans le crime ; Ce qui ne meurt pas ; Une histoire sans nom ; Le rideau cramoisi ; A un dîner d'athées, etc.) ; ou encore à nous montrer l'action directe du diable dans des faits inexplicables [L'ensorcelée; Une vieille maîtresse ; Les diaboliques, etc.)
Les deux chefs-d'œuvre de ce « maître-écrivain » sont Le Chevalier des Touches et Le Prêtre marié r le premier ne contient qu'une nudité au dénouement^ le second est beaucoup moins inquiétant que son titre.
Roger de Beauvoir (Edouard-Roger deBuUy^ dit) (1809-1866). Poésies, comédies, feuilletons nombreux.
Adolphe Belot, né à la Pointe-à-Pitre en 1829, mort en 1890. Vint à Paris faire son droit et dut son premier succès à une comédie célèbre : Le Testament de César Girodot. Il est l'auteur de Mademoiselle Ctiraud, ma femme, et ses 40 ou 50 romans sont tellement émaillés de détails physiologiques, qu'ils lui valurent le nom de « Dupuytren de la littérature. » Cependant Le pigeon (recueil de nouvelles) convient même aux enfants.
Emile Bergerat, né à Paris en 1845, a épousé une fille de Théophile Gautier. Il publia au Voltaire, sous le pseudonyme de l'Homme masqué, des articles impies ; il est surtout connu par les chroniques qu'il signe Galiban au Figaro et par les articles estimés qu'il fournit au Gaulois,
Dans ses poésies, ses pièces de théâtre et ses
TomanS) il sème beaucoup trop de mots corrupteurs, à la manière de son beau-père, pour que nous puissions le recommander. Gîtons Le petit Moreau (roman audacieux contre les unions consanguines, thèse exagérée) ; Les Soirées de Calibangrève (assez honnête) : Fauhlas malgré lui (sujet malpropre).
Frédéric Berthold, écrivain brutalement réaliste, qui expose les inégalités sociales et les misères physiologiques dans Enigme fatale, défend la cause du divorce dans Enchaînés^ et ne se montre pas irréprochable au point de vue moral dans Rivaux (rivalité entre époux, homme et femme de lettres) et dans Ce qu'honneur veut (roman-feuilleton très dramatique).
Georges Bonnamour a tour à tour étudié les perversités féminines dans des romans psychologiques, et les violences anarchistes dans une trilogie sociale intitulée Révolte et Liberté,
Paul Bonnetain (1858-1899), officier d'infanterie de marine, qui vécut au Soudan et en Extrême-Orient.
Après avoir publié deux romans absolument ignobles (Autour de la caserne, Chariot s'amuse), il étudia dans divers ouvrages malsains (Au Tonkin ; Dans la brousse ; Amours nomades ; L'opium) la vie coloniale avec ses fièvres, ses gaietés et ses désordres.
Elémir Bourges, né en 1852, collaborateur au Journal des Débats et à la Revue des Deux-Mondes, romancier artiste et pessimiste.
Le crépuscule des dieux (amalgame historique peu intéressant, (mais beaucoup loué) ; Les rois en exil ; Sous la hache (genre du 93 de Victor Hugo) ; La nef ; Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent^ ont pour thème fondamental la « maladie de l'infini » 1 Jja luxure, le meurtre, l'ambition et le dégoût y bouîl-
lonnent au travers de pages harmonieuses et parfois languissantes.
Alexis Bouvier (1836-1892), ancien ciseleur en bronze. Ses chansons, ses pièces de théâtre et ses nombreux romans-feuilletons ne sont ni d'un raffiné, ni d'un délipat. Ce sont des récits mouvementés, touffus, naturalistes, qui peignent surtout les mœurs du peuple vicieux.
Jean Bouvier, un jeune qui signe ^ussi Jean de la Noë. Contes, nouvelles et romans. Ses derniers ouvrages ont pour titres : Sécularisée et Le droit de vie ; le premier est dirigé contre les congrégations qui maintiennent les vœux des religieuses, et le second traite du malthusianisme.
René Boylesve, né à la Haye-Descartes, en 1867, écrivain qui semble avoir pris pour tâche de renouveler le roman de la vie de province.
Le Médecin des dames de Néans ; Sainte Marie des Fleurs ; Le parfum des Iles Borromées ; La becquée ; La leçon d'amour dans un parc sont des romans de volupté, souvent licencieux. Mfiiff Cloque et L'enfant k la balustrade et Le bel avenir^ études de la vie provinciale, sont beaucoup plus réservés.
Il n'en est pas moins vrai qu'au total, René Boylesve est, selon le mot de Charles Maurras, un ami très libertin.
Raymond Brucker (1805-1874). Successivement ouvrier, journaliste, poète, romancier, tribun, apôtre de la foi, il publia d'abord une trentaine de volumes impies et révolutionnaires. Après une série de luttes intimes, que Paul Féval a décrites dans Les Etapes d'une conversion (1" partie), il triompha enfin de lui-même enl839, et brûla ce qu'il avait adoré. DepaïB cM^'^^^tÊm» il a beaucoup agi et parlé ; il
s'est contenté d'écrire Les Docteurs du jour devant la. famille^ terrible pamphlet contre Quinet, Michelet et leur école.
Camille Bruno, de son vrai nom, M"»" la baronne de la Tombelle, grande dame du monde parisien.
Ses romans sont en général passionnés, voluptueux, scabreux: Uimposture ; L'essai du bonheur : La fin d'une amante (Mémoires de femme, parus dans Le Journal) ; Madame Florent (un peu plus honnête).
Ses vingt nouvelles réunies sous le titre En désordre sont plus réservées.
Quant à ses recueils de poésies, nous savons seulement que leurs titres commencent tous par Vi : Vignes vierges ; Vivantes ; Vibrantes.
Victor-Edouard Cadol (1831-1898), romancier qui met dans ses ouvrages tous les piments des romans à sensation. Sa bonne humeur continue a pu lui gagner des sympathies ; nous croyons cependant que ses œuvres sont à proscrire, sauf Gilberle ; Mademoiselle ; Secrétaire particulier (12 nouvelles médiocres).
Théodore Cahu» officier, a publié sous son nom et sous le pseudonyme de Théo-Critt, des livres de différentes classes : farces militaires qui n'ont rien des sentimentalités roucoulantes du capitaine des dragons Florian ; romans-feuilletons d'amour f V^e?idus à l'ennemi ; La rançon de Vhonneur ; Les drames de Kermor ; etc.) ; récits irréprochables au point de vue moral (Perdus dans l'espace; L'héritage dans les airs) ; badinages pour enfants (Mémoires de Cigarette) ; et plus récemment, un ouvrage dont nous ne voulons pas même citer le titre.
Alfred CapUS, né en 1858, ancien élève de^V^j^^oX^
des Mines. Journaliste, romancier et conteur, auteur dramatique.
Il a collaboré à divers journaux, et donne encore au Figaro des articles de fantaisie et des dialogues malicieux, reproduits avec complaisance par la presse de province.
Outre deux recueils de nouvelles tr^s répréhensibles (Les honnêtes gens et Monsieur veut rire), il a publié trois romans : Qui perd gagne ; Faux départ ; Années d'aventures, où il raconte, sans la flétrir, l'histoire des jeunes gens instruits qui, ayant raté leur carrière, mènent en redingote une vie de bohèmes, de joueurs et de fôtards.
Dans ces œuvres et dans les comédies à succès qui les ont suivies (Les 'maris de Léontine ; Les deux écoles ; Xotre jeunesse), Alfred Gapus, s'attachant à décrire la vie, en traite les réalités avec un optimisme souriant et un imperturbable sang-froid ; mais il affecte une désinvolture distinguée, et d'autant plus pernicieuse, à l'égard de la vie régulière et du mariage.
Jules Case, né à Sens en 1856. Romans libertins et irréligieux ; pièces parmi lesquelles La Vassale est encore actuellement jouée avec succès.
Félicien Champsaur» né en 1859, a fait des pièces, des poésies et des romans-feuilletons. Ceux-ci, très touffus et immoraux, ont été interdits dernièrement par la justice belge. Quant à ses nouvelles, elles sont pleines d'entrain et de vice.
Tous ses livres, dit Maurice Barrés, [Les chroniques, septembre 1887) sont des confessions, poèmes brutaux ou mieux encore afïiches d'amour.
^£me Champseix, de son nom de jeune fille LÉONiEBérSL, (1829-1900). Très liée avec Benoit
Malon, le docteur socialiste, elle s'est rendue célèbre par ses équipées et des écrits révolutionnaires qu'elle «igna André Léo.
Elle préconisa dans ses œuvres la réforme de l'éducation de la jeune fille, les droits de l'amour souverain, la conscience de la femme supérieure à la « banalité de la vertu », en un mot, tous les principes du féminisme outré.
Armand Charpentier, violent adversaire de la religion, a écrit au Souverain Pontife pour le supplier de supprimer « les dogmes surannés et les superstitions », et a développé dans plusieurs romans {l'Evangile du Bonheur, dédié à Léon XIII, etc. des idées opposées à la doctrine et à la morale chrétiennes.
Eugène Chavette, pseud. d'EuGÈNE Vachette, (1827-1902), a la spécialité du genre gai : c'est le Monnier des concierges. Ses nouvelles à la main, ses vaudevilles, ses romans, d'ailleurs solidement charpentés, sont souvent railleurs et indécents.
LÉON Chavignaud, né en 1861, fils d'un imprimeur de Ghâteaulin. A recueilli dans ses voyages en Orient, en Amérique, et dans les différents pays de l'Europe, des observations nombreuses qu'il a éparpillées dans des romans mondains, pimentés et très voluptueux.
Albert Cim (Albert Cimochow^ski, dit) journaliste et romancier français, né en 1845.
Au point de vue littéraire et moral, il semble ne viser qu'au déballage: aussi ses œuvres sont-elles très variées. Il figure dans les bibliothèques naturalistes avec toute une collection d* livres brutaux, joyeux ou très lestes, en même temps qu'il intéresse la jeunesse pair Mes amis et moi ; Grand' mère el\>ç,VvV-
fils; Mademoiselle Cœur d'Ange: Spectacles enfantins; Entre camarades ; Contes et Souvenirs de mon pays ; Fils unique ; Le petit Léveillé.
LÉON Cladel (1834-1872). Fils d'un bourrelier de Montauban. Après avoir été clerc d'avoué et homme de peine, il se mit à écrire. Il présenta, dans un style rutilant, échevelé, horrifîque, les paysans du Quercy, les miséreux et les va-nu-pieds. Clovis Hugues, soa « copain », dit que c'est un sauvage ; nous ajoutons qu'il est immoral et impie.
Michel Corday, de son vrai nom M. Pollet,né
en 1870. Ancien officier du génie, critique littéraire à La Lanterne.
Il publia d'abord, sur la vie intime des officiers, une quantité de nouvelles qui remplissent quatre volumes : Femmes d'officiers ; Cœurs de soldats; Intérieurs d'officiers ; Les Bleaux.
Depuis, il a surtout trait«^ les sujets physiologiques, dans des romans sans valeur littéraire, où les collégiens gâteux et les vieilles dames en enfance cherchent des émotions inavouables.
Pierre Corrard, un tout jeune parisien qui rimait à 10 ans, et, à 15, avait déjà échafaudé plusieurs tragédies. Depuis, il a appris à considérer les tenants de la morale comme « des bétes hargneuses et préhistoriques attardées dans notre civilisation », et il a publié des romans qui sont de vrais codes de débauche.
Georges Courteline (Georges Moinaux, dit).
Un humoriste bouffon qui fait manœuvrer l'insolite et le baroque avec îe sang-froid d'un pince-sans-rire et souvent avec la grossièreté d'un pioupiou sans retenue. Ses recueils de scènes militaires (Le train
\È!j£Li
de 8 heures kH', etc*), et surtout ses petites pièces de théâtre : Le gendai^me est sans pitié (convenable), etc, ont obtenu un vif succès : mais ils sont, dit Gilbert, « caractérisés par la recherche du scabreux et Vamoralité inconsciente. »
Il vient de publier un roman intitulé Les hannetons.
Achille Daisème, né à Nice en 1840, publiciste politique et romancier. Son roman L'Orgueil de la chair est immoral ; Le Monsieur des Antipodes est honnête.
Eugène Demolder, écrivain belge, de l'école naturaliste. Ses quelques œuvres ont pour objet d'évoquer les horreurs morales du passé: Contes d'Yperdamme (les mœurs du moyen âge flamand : ses rêveries mystiques et son pantagruélisme, ; Route d'Emeraude (la vie luxurieuse et païenne de la Hollande, à l'époque de la Renaissance) ; Le jardinier de la Pompadour (la galanterie et les massacres, à la fin du XVllI® siècle) ; Quatuor (recueil de nouvelles naturalistes).
Alfred Delvau (1825-1867), étudia les mœurs parisiennes dans les cabarets, les « Gythères > et les académies de langue verte, et les traduisit hardiment dans ses œuvres.
Georges Denoinville, de son vrai nom Georges Besnus, né à Paris en 1864, fils d'un peintre paysagiste.
Nous ne citerons pas ses romans : l'auteur est un nouvelliste du Supplément.
Lucien DeSCaves, né en 1861, romancier et auteur dramatique, s'est surtout rendu célèbre par un roman antimilitariste, intitulé Les sous-ofjs, pour lequel il fut traduit en cour d'assises et acquitté.
Ses autres œuvres sont dans le même ton et contiennent des violences excessives.
Maurice Donnay, né en 1859, ancien élève de •Centrale. Débuta au Chat-Noir, et devint, en 1892, l'un de nos auteurs dramatiques les plus populaires : Le torrent ; L'autre danger ; Le retour' de Jérusalem ^ ont fait de lui un vrai Juvénal du théâtre.
Les scènes dialoguées, qu'il a publiées dans Le Journal et La vie parisienne, n'offrent que des leçons de morale très relative.
Jean-Louis Dubut de la Forest, né en 1853, ancien conseiller de préfecture, romancier anticlérical et obscène, se donna la mort en se jetant du 4°»« étage où il habitait (1902).
Il s'attacha surtout à exciter la curiosité publique, en peignant les mauvaises mœurs, les dessous répugnants de Paris et les cas tératologiques. Il provoqua de tels scandales, qu'il fut traduit pour un de ses livres, devant le jury de la Seine, et condamné à deux mois de prison et 1000 francs d'amende (15 mars 1886).
Edouard Ducoté, vient de se signaler à Tattention des intellectuels de la critique officielle par Le servage (asservissement d'un enfant, fils unique, par des parents bourgeois et cléricaux). Il avait précédemment publié quelques récits symboliques et libres: Aventures ; Merveilles et moralités; et des poésies égrillardes.
Georges Eckhoud» célèbre écrivain belge, né à Anvers en 1854. Dans un style heurté et puissant, il a célébré les « polders » de sa terre natale et décrit avec admiration les vices et les goinfreries.
Ses premiers ouvrages, à savoir Kermesses ; Kees JDoorich; Les fusillés de Matines ; et même La Nou-
velle Carthage, sont honnêtes. Les autres sont pessimistes, malsains et souvent répugnants.
Edouard £staunié, ancien polytechnicien, débuta dans la littérature par Un simple (il apprend, après de longues investigations et angoisses que sa mère adorée se conduit mal, et il se suicide). Il publia successivement Bonne Dame (sorte de belle-mère Goriot) : L'empreinte (pamphlet dirigé contre l'éducation donnée par les Jésuites) ; L'épave, (antichrétien, essai de morale indépendante) ; Le ferment.
Camille Flammarion, né en 1842, est Tapôtre de rastronomie et son œuvre tout entière a pour but de vulgariser cette science.
Ses théories scientifiques sont exposées avec enthousiasme et d'une manière séduisante ; le malheur est qu'elles ne sont point irréprochables, soit au point de vue critique, soit au point de vue religieux.
Beaucoup devrais savants ont reproché à Flammarion d'avoir trop souvent mêlé l'imagination et la science ; par exemple, il affirme à tout propos la pluralité des mondes habités, l'existence des Martiens, etc.
Les catholiques, de leur côté, regrettent qu'il ait inséré, dans la plupart de ses œuvres, des thèses et des idées philosophiques et religieuses, dont les unes sont fort contestables, et d'autres tout à fait inadmissibles.
Flammarion n'est pas athée, ni même absolument panthéiste ; son livre Dieu clans la nature atteste, dans de très belles pages, sa croyance à l'existence de Dieu et son spiritualisme ; mais il laisse presque sans réponse les questions de la destinée, de la vie future et d'autres qu'il est amené à traiter.
De plus, il nie la révélation positive ; il soutient les transmigrations des âmes et leurs èpreMN^^ ^>\ç.^^^-
sives dans les astres, l'éternité de Tunivers matériel^ (par exemple, dans La fin du monde, où il se moque en passant de la croyance catholique), Torigine simienne de l'homme (dans L'astronomie populaire et Les contempUitioi^s scientifiques, où il contemple surtout Vénus), la pluralité de Tespèce humaine ; il prétend expliquer le labarum et toutes les croix lumineuses d'une manière naturelle ; il plaisante sur la Bible à laquelle il rend hommage en d'autres occasions ; il commet des bévues théologiques et attribue à la science sacrée, pour la mieux combattre, Iles thèses qu'elle n'a jamais défendues ; il demande aux astres des leçons de sensualité {Stella, roman) ; etc., etc.
Toutes ces erreurs ne sont pas également opposées à l'enseignement de l'Eglise ; elles ne sont pas non plus la partie la plus importante des livres de Flammarion ; enfin, elles ne sont pas répandues dans la même mesure, au travers de son œuvre ; Les merveilles célestes ; La pluralité des mondes habités ; L'astronomie des Dames ; La planète Mars et ses conditions d'habitabilité ; L\itm().<phùre ; La terre, la Unie et le soleil, pourraient môme être recommandés sans restriction, si le nom et l'action de Dieu n'en étaient exclus. Cependant, nous persistons à penser que la lecture des œuvres complètes de cet auteur doit être interdite à tous ceux qui n'auraient pas — et ils sont légion dans le monde — des idées précises et des convictions sérieuses sur les points fondamentaux de la doctrine catholique.
Marquis de Foudras (1800-1872) fit du journalisme légitimiste, des vers et de nombreux romans où il décrit, avec une grande distinction de style, les mauvaises mœurs du grand monde. Il a produit jusqu'à trente livres en un an, et il... est tombé dans l'oubli. On peut lire : Jacques de Briançon ; Suzanne'
d^EstouviltiB ; Les gentilshommes chasseurs ; Madame de Miremont.
Anatole France (Anatole-François Thibault, dit) poète, romancier et critique littéraire, né en 1844. Membre de l'Académie Française. « Il est, d'après une revue ecclésiastique très autorisée, le plus mauvais des écrivains d'aujourd'hui. Chez aucun, Timpiété n'est aussi complète, ni l'immoralité aussi animale. » (L'Ami du Clergé, 1897, page 246). Quelques mots sur sa carrière littéraire suffiront à justifier cette appréciation.
Anatole France débuta par des poésies, toujours élégantes, mais aussi toujours licencieuses et impies : Les poèmes dorés ; Les noces corinthiennes, (cri de rage contre le christianisme, ce « spectre qui vient troubler les fêtes de la vie, etc. »), ou frondeuses et révolutionnaires : Les légions de Varus, etc.
Il se consacra bientôt à des romans et à des contes de genres fort divers. Ce sont des inventions baroques, ou des histoires du monde ancien, qui servent de prétextes à des peintures voluptueuses : Le lys ^-ouge (pèlerinage de deux amants en Italie ; mélange immonde de débauche et de piété) ; Thaïs, qui se résume dans cette déclaration empruntée textuellement à l'ouvrage : « La matière première de la sainteté est la concupiscence, l'incontinence, toutes les impuretés de la chair et de l'esprit » ; Le jardin d'Epicure (idée générale : il n'y a rien au monde qui soit digne d'amour ni même de pensée) ; etc., etc.
Ce sont aussi des romans philosophiques où conversent, dans un cadre de fantaisie, des hommes ironiques, désabusés, sceptiques. Les héros de ces romans parlent toujours et raillent tout : la métaphysique qui est un rêve, la religion qui est un mensonge, la morale qui n'est qu'hypocrisie, la chasteté qui n'est qu'une sottise. Ils inclinent même à croite c\v)l^\^n\^
idéale est celle des animaux à qui la nature a donné un sûr instinct pour se procurer du plaisir et pour fuir la douleur. La Rôtisserie de la reine Pédauque, et Les Opinions de Jérôme Coignard, sont, à ce titre, des livres cyniques.
Il y a quelques années, Anatole France entreprit d'écrire une « Histoire contemporaine », et créa alors le type de M. Bergeret, oui, d'abord pédant ridicule, devint sceptique autant que France lui-même. Cette série compte plusieurs volumes : L'Orme du Mail, satire du Clergé que La Revue Bleue (6 février 1897) trouve très choquante ; Le Mannequin d'osier ; L'anneau d'améthyste ;M. Bergeret à Paris.,.
Elle fut interrompue par la part que prit M. France à « l'Affaire », et depuis, à toutes nos luttes politiques et religieuses. Le « fin lettré », se fit alors anarchiste et apôtre du jacobinisme, accusa dans ses manifestes la religion catholique d'être immorale et les congrégations de corrompre la jeunesse (Opinions sociales, 2 volumes). Il alla plus loin encore, il parla à la « fête inaugurale pour l'Emancipation », à la fête en l'honneur de Diderot (1902), devant la statue de Renan, à Tréguier (1903), écrivit pour les discours de M. Combes une préface lyrique, et se jeta avec ardeur dans la lutte antimilitariste, anticléricale et antirusse.
En pleine campagne, il vient d'écrire un roman intitulé Sur la pierre blanche. C'est du France première manière : quelques amis assis sur la pierre blanche, à Rome, au milieu du peuple des songes, s'entretiennent de Saint Paul (qui ne savait pas ce qu'il disait), des origines du christianisme (la religion catholique est une impiété et la plus grande de toutes, dit l'un d'eux), de la guerre russo-japonaise (vivent les nippons !) et entrevoient, pour l'an 2.270, une société basée exclusivement sur la science, le socialisme et l'internationalisme... Son Histoire comique est une
fantaisie macabre mêlée de tableaux grivois et de dissertations pessimistes.
Entre temps, Anatole France a rédigé les chroniques hebdomadaires du Tem-ps^ réunies depuis en volumes sous le titre La vie littéraire; il devint Thagiographe habituel de VEcho de Paris (Le puits de Sainte Claire, mélange de christianisme et d'impureté ; etc.) Il collabore encore aujourd'hui assidûment aux Annales politiques et littéraires.
En résumé : Par son scepticisme, son dédain du christianisme et de la chasteté, son fatalisme, son « renanisme » ondoyant, voluptueux et faux, Anatole France est Fun des écrivains les plus malfaisants de notre époque. Il ne respecte rien de ce qui est respectable : son ironie perfide cause plus de ruines dans les convictions et les croyances que les attaques brutales et franches des autres libres-penseurs. {!»• édition de cet ouvrage).
Son esprit de malice, son impiété, son scepticisme confinant au nihilisme, le plaisir satanique de comprendre, de nier, de douter, cette galerie de héros et d'héroïnes qui vont uniquement à leur plaisir et que Tauteur absout tous ensemble : voilà ce qui, d'après Jules Lemaitre, caractérise la littérature d'Anatole France. {Les Contemporains, 6« série).
Son œuvre témoigne de bien enviables qualités littéraires, mais elle est de nature à fausser l'esprit et à corrompre la sensibilité des jeunes gens qui la lisent. (Abbé Delfour, La religion des contemporains).
Je ne crois pas qu'un honnête homme puisse goûter un plaisir sans mélange aux livres de M. Anatole France. (Abbé G. Lecigne, Rci:ue de Lille).
On pourra lire cependant : Le crime de Sylvestre Bonnard ; Pages choisies ; Albums pour la jeunesse, publiés chez Hachette^ et peut-être Abeille ; Nos enfants ; Le livre de mon ami.
Jules de Gastyne (Jules Benoit, dit), né en 1847. Articles dans les journaux monarchistes, Tom ans-feuilletons, pièces de théâtre.
Théophile Gautier (1811-1872), poète, peintre, romancier, archéologue, dramaturge, portant l'originalité et Textravagance dans ses costumes et ses mœurs comme dans ses livres, a laissé une œuvre très éparpillée, assez vaste pour remplir 300 volumes.
En littérature, c'est un fantaisiste. Il jette sur le .papier des mots rares, des expressions, des phrases harmonieuses et éblouissantes, avec l'arrière-pensée -d'émerveiller le lecteur, et l'œuvre est faite : c'est du bibelot, c'est du Gautier. Le vrai chef-d'œuvre de ce genre, c'est Le capitaine Fracasse, savant mélange de fantaisie échevelée et de réalisme trivial.
En morale, il cultive l'art pour l'art, il se pose luimême en « dilettante du scandale », et, comme tel, écrivit Mademoiselle de Maupin, roman très licen- •cieux.
Lire avec prudence Pages choisies ; Ménagerie intime ; Constantinople ; Voyage en Espagne.
Judith Gautier» fille ainée du grand Théo, née en 1850, épousa, en 1866, Catulle Mendès, dont elle s'est depuis séparée.
Elle se familiarisa de bonne heure avec les littératures de l'Extrême-Orient ; elle apprit le chinois, le japonais, le persan, et, dans ses livres, se fît une spécialité de la peinture des mœurs orientales. Oyez ces quelques titres : Le dragon impérial (épopée héroïque et galante des Boxeurs, quelques détails risqués seulement) ; Princesses d'amour, courtisanes japonaises ; Poèmes de la libellule ; Le roman de la Momie ; Le Paravent de soie et d'or ; Le collier des jours (souvenirs autobiographiques) ; etc.
évidemment, la morale n'a rien à faire en ces
récits exotiques ; et pour que personne ne se méprenne, Judith Gautier dans son Livre de la foi nouvelle, a eu soin de nous montrer l'identité du bien et •du mal.
Lire Les Mémoires d'un éléphant blanc.
Madame de Genlis (1746-1830), éducatrice des princes d'Orléans, et de celui qui devait être le roi Louis-Philippe, maîtresse de Philippe-Egalité, célèbre par ses filles naturelles qu'elle éleva à la mode de Jean-Jacques Rousseau. Exilée en Allemagne, elle écrivit, pour se créer des ressources, des romans d'amour libre : Les premières rivales ; Alphonsine ; Les parvenus, etc.
Les livres qu'elle écrivit pour ses élèves sont honnêtes. On lira spécialement son ouvrage pédagogique Les veillées du château (prendre l'édition corrigée) et M^^^^ de Clermont^ nouvelle très intéressante qui cependant ne convient pas aux toute jeunes iilles.
Paul Ginisty» né en 1855, littérateur et directeur -de rOdéon, collaborateur du naturaliste Gil Blas, Romans, études de mœurs et pièces très lestes.
de GonCOUrt Edmond, (1822-1896) et Jules (1830- 1870). Deux frères, historiographes, critiques, auteurs •dramatiques et romanciers qui, sérieusement, (témoin leur Journal et leur académie) se sont crus les premiers écrivains de leur siècle.
Ils se sont attachés à décrire « la vie » ; mais toutes leurs œuvres paraissent suinter cette « fièvre hallu- •cinatoire «, qu'ils se procuraient, en restant enfermés plusieurs jours de suite, sans voir un vivant.
Leurs ouvrages historiques sur le XVIII« siècle, abondent eh menus détails souvent scandaleux, fourmillent d'anecdotes et ne s'attachent qu'à la surface
des choses. Ils ont été composés, comme les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, avec des échantillon» de robes et des menus de dîners.
Leurs œuvres de critique d'art s'attachent avec la même minutie à la joliesse de la Renaissance et du XVIIP siècle.
Dans leurs romans, les Concourt ont pris comme décor les endroits mal fréquentés et les coins les plu& perdus de Paris ; comme héros, des types d'exception, bohèmes de l'art ou des lettres, des malades, des nerveux et des détraqués, impuissants à vouloir et à. résister au mal {Charles Demailly) ; incapables de se débarrasser d'une passion {Coriolis) ; des hystérique» obscènes (Ger7ni?iie Lacerteux) ; des mystiques morbi* des [Sœur Philomène, Madame Gervaisais) ; des névrosées qui se font mourir à petit feu (Chérie),
Quant à leur style, baptisé par eux-mêmes « l'écriture artiste », il est bizarre, excentrique, maquillé de mots et de détails puérils. Selon l'expression de: M. Doumic, c'est du papillotage.
Lire Pages choisies.
Etienne Grosclaude^ né à Paris en 1858, humoriste bouiïon, l'un des princes de l'acrobatie intellectuelle. 11 ne respecte, dans ses Gaietés de Vannée^ ni la vertu, ni la douleur, ni la mort, et il pratique, à l'égard de tout, l'indifférence la plus absolue.
Remy de Gourmont, né dans la Normandie eiv 1858. Gomme ses ancêtres, les graveurs et artistes du moyen âge, il est érudit, philologue et ymagier.
Ses romans et ses contes, enluminés de figures symboliques, font, pour la plupart, « palpiter et soupirer la luxure » (Camille Mauclair) ; nous exceptons cependant Mciiette, son premier ouvrage.
Parmi ses études, Joujou-Patriotisme a pour but de 2>réconiser l'accord franco-allemand ; Le chemin de
velours est dirigé contre la morale des Jésuites ; Le problème du style est un réquisitoire contre M. Albalat ; La gloire et l'idée de Vimmortalité (paru dans le Mercure de France), a pour objet de combattre le dogme de l'immortalité de l'âme.
Gustave Guiches, né en 1800. Ses romans et ses chroniques accusent une certaine ferveur pour le genre de Zola dont il fut quelque temps le disciple : Céleste Prudhommat (œuvre remarquable, roman d'une institutrice laïque ; bonnes intentions et obscénités) ; Uimprévu (situations répugnantes); L'ennemi, mœurs de irrovince (le phylloxéra honnête), Philippe J^estal (triste ! ) ; Bonne fortune (mondanités et libertinages) ; Cœur discret (qui sauve une femme doublement compromise).
Aime myrlam Harry, alias M°»« Perrault, cosmopolite, née à Jérusalem, voyageuse, polyglotte, ^^jourd'hui collaboratrice du Journal et grande ^^nie du monde parisien.
■^^ conquête de Jérusalem, qui l'a rendue célèbre, est ^^^ ïoman qui tend à réhabiliter les cultes antiques, ^ ^^t-à-dire le naturalisme païen, au détriment des ^^ligions trop sévères, lisez le christianisme. C'est à ^^ roman que le jury féminin de La Vie heureuse a ^^erné, en 1905, le prix destiné à récompenser le T^ Pilleur livre de femme paru durant Tannée précé- "^^lite !
Francis-Bret Harte (1839-1902), chercheur d or ^^ romancier des grandes sierras. Ses livres, très ^Onnus en Amérique, présentent, avec un relief frapï^ant, mais sans souci de la moralité, les mœurs brutales et sauvages des «prospecteurs» de la Gahfornie. Lire cependant Le blocus des neiges ; La Veine du Que du diable ; Uépave du Bois rouge, et les nouvelles reproduites par des périodiques honnêtes.
LÉON Hennique, né à la Guadeloupe en 1852. Un des cinq b disciples de Zola, avec Céard, Maupassant, Huysmans (1" manière) et Alexis.
Ses œuvres sont naturalistes et ne sont guère lues. Nous citons seulement Peuf, l'histoire d'un sapeur condamné à mort, malgré l'intervention d'une chanteuse et d'un enfant.
Alexandre Hepp, né dans le Bas-Rhin en 1857.
Quelques-uns de ses romans très hardis ont bruyamment ouvert la voie à l'auteur des Avariés et des Remplaçantes ; ils paraissent sincères et sont vigoureusement écrits. Ses Contes, Etudes et Portraits ; Voyages ; Quotidiennes, ont également un caractère social. Ceux qui s'occupent du danger national que font courir à notre pays les féodaux financiers liront plutôt Chaos, satire sanglante assaisonnée de libertinages.
Abel Hermanty romancier et auteur dramatique, né à Paris, en 1862. Après avoir été l'hôte de toutes les écoles et après avoir touché à tous les genres, il paraît s'être ùxé dans la peinture des mœurs aristocratiques.
Monsieur Rabosson (le monde universitaire) ; La 7nission de Cruchod ; Le cavalier Miserey (roman militaire, crudités, mépris de l'armée) ; Nathalie Madoré ; La sur in tendante, appartiennent à la manière naturaliste.
Cœurs à part ; Amour de tête ; Serge ; Ermeline ,; Les Confidences d'une aïeule (très perverses) ; Les Confessions d'un enfant d'hier ; La Confession d'un homvfie d'aujourd'hui ; Les Transatlantiques (les Américains, leurs défauts et leurs mœurs) ; etc., sont d'une psychologie généralement voluptueuse.
La carrière ; Le sceptre ; Le char de l'Etat ; L'es- ^àrouffe ; Les souvenirs du vicomte de Courpières ;
Monsieur de Courpières marié, etc., ressortent de la troisième manière de l'auteur : ce sont les aventures galantes des « grands ».
Ses pièces de théâtre {L'empreinte, Le faubourg, etc.) ; et Les Mépris, recueil de vers, d'inspiration baudelairienne, sont, au point de vue moral, aussi répréhensibles que ses romans.
Pour tous : Eddy et Paddy ; Le bon roi Henry.
Arsène Houssaye (1815-1896). Critique, romancier etdramaturge,qui produisit plus de 100 ouvrages. Il se montre spiritualiste dans les Destinées de Vâme, ouvrage philosophique où il disserte en souriant du mystère de l'éternité.
Dans ses poésies, il chante surtout les roses, la jeunesse, les plaisirs folâtres de la vie, les fictions voluptueuses de l'antiquité.
Quant à ses romans et à ses œuvres pseudo-historiques, ils sont des récits de la vie galante, musqués, élégamment libertins. Arsène Houssaye s'est plu à y mettre en scène les courtisanes, les élégantes demimondaines : il a été justement surnommé le peintre des belles pécheresses et le Brantôme des dames galantes de notre époque.
11 est aussi, a-t-on dit, un païen du temps d'Aspasie égaré dans le XIX* siècle ; en efïet, sa République athénienne du temps d'Alcibiade renferme une profession de foi candidement païenne : « Entre la religion de la laideur et celle de Phidias, d'Apollon, mon choix est fait », dit-il. C'est l'inspiration de la prière «ur V Acropole que les Lanson, les Croise t et consorts recommandent comme une des plus belles pages de notre langue.
Lhistoire du 4i« fauteuil est cependant utile à lire, et moralement presque irréprochable : elle a eu un regain de popularité, lors delà réception à Vkc^^^-
mie de son fils Henri, critique d'art et historien remarquable : i8i4 (1 volume) et 1815 (3 volumes).
Gérard d'Houville, de son vrai nom M™» Henri de Régnier, fille de M. de Hérédia.
L'inconstante, son premier roman, est, d'après un critique bienveillant, un chef-d'œuvre impur. Le second, intitulé L'Esclave^ est une histoire d'une élégante indécence dont l'héroïne « sauvage et presque animale ne garde plus rien de civilisé ».
Eugène Joliclerc de Rollice, directeur de La Famille des artistes^ auteur de romans sentimentaux et obscènes.
Paul Junka» de son vrai nom M"« Forpomès, ancienne institutrice. Quelques romans scandaleux, (Le vicaire parisien ; La fausse amante ; etc).
Henry Kistemaeckers, né en 1873, fils d'un éditeur, a déjà pubHé, sous son nom et sous le pseudonyme de Jeannine, une vingtaine de romans, plusieurs pièces et une foule de chroniques. Au total, littérature voluptueuse.
Paul de Kock (1794-1871). Romancier et auteur dramatique, d'une gaieté intarissable et polissonne, qui partage avec Eugène Sue et Alexandre Dumas, le triumvirat de l'ancien roman-feuilleton.
11 publia, dès l'âge de 19 ans, Uenfantde ma femme, et ensuite ce qu'il appelle « ses poèmes de joie », c'està-dire de nombreux ouvrages débordants de gaieté rabelaisienne, sans distinction de langage, sans style et surtout sans pudeur. 11 a été beaucoup lu : mais il est délaissé, depuis qu'il est remplacé par des écrivains beaucoup plus immoraux que lui. On réédite de temps en temps, dans les journaux, Tinvraisemblable légende d'après laquelle ses œuvres auraient été, sous Grégoire XVI, approuvées par l'Eglise.
Son fils Henri (1819-1892) fut un fournisseur de romans-feuilletons qui dépassa son père en grivoiserie et en naturalisme.
Jean de la Hire, de son vrai nom Adolphe <l'£piey ancien éditeur parisien. Il n'a que 25 ans, et il a déjà produit une dizaine de volumes où s'étalent les brutalités du vice, tel qu'il se pratique à la caserne et dans les environs.
Maurice Landay, jeune romancier. Après avoir fustigé, dans Les robes^ les règlements barbares de Tordre des avocats, il est entré dans la littérature chirurgicale, où tant de jeunes gens modernes se meuvent avec cette assurance que les jeunes gens d'autrefois affectaient en montant au Parnasse ; il a même repris, dans plusieurs romans, la thèse des Avariés de Brieux.
Pierre de Guéheneuc de Lano, mort à la fleur de IVige en 1904. Livres galants sur la cour de Napoléon III et de Berlin ; romans-feuilletons voluptueux. Pour tous : Terr'ncuva,
Emile Laurent, dit Colombey, littérateur, né àColombey en 1819, mort en 1897, bibliothécaire à la Chambre des Députés. Outre la publication des Archives parlementaires (plus de 100 volumes) et de nombreux articles, on lui doit un certain nombre de livres sur des personnes et des milieux trop peu recommandables.
Henri Laved,an, né à Orléans en 1859, membre de l'Académie française, romancier et auteur dramatique, dont toutes les œuvres constituent l'histoire naturelle du « fêtard nouveau jeu ».
La saveur particulière des écrits de M. Henri Lavedan, je crois l'entrevoir, dit Jules Lemaitre. La
b» ROMANS A ,PROSCRIRE
Haute et Le Nouveau jeu, Leur cœur et Nocturnes, Le prince d'Aurec et Viveurs, c'est la surface brillante et pourrie de la société contemporaine, décrite par un esprit aigu...
Le 28 décembre 1899, lors de la réception de l'auteur à l'Académie, M. Costa de Beauregard, chargé de souhaiter la bienvenue au nouvel élu, lui infligea, sous toutes les formes du beau langage, une flétrissure ineffaçable : « Vos oeuvres sont d'un, joli cynisme, lui dit-i), vous aimez à promener votre esprit sur les pires marécages..., vous vous complaisez à peindre des âmes pourries..., votre rire fait des cadavres... » Ce discours qui souleva les clameu^'s d'une certaine presse parisienne ne saurait cependant viser certains instantanés cruels et hélas ! trop exacts : Lydie ; Sire (roman satirique contre les partisans de la survivance) ; et Le duel, comédie qui est presque un chef-d'œuvre.
Marius-Ary Leblond, nom commun à deux auteurs. Ecrits avec obscurité et affectation, ses romans de <• grande ville », de « mœurs électorales », « de couleur I), etc., ne sont guère lus davantage que son ouvrage : La Société française sous la 3'' République,, d'après les romanciers contemporains ; ils sont du reste socialistes. A ajouter Les Sortilèges (récits de mœurs malgaches immoraux).
Camille Lemonnier, né à Ixelles en 1844, fîl& d'avocat, écrivain puissant et fécond, qu'on pourrait appeler le Zola de la Belgique.
Dans ses ouvrages, écrits avec magnificence et imprégnés de sensualisme violent, il a défendu « le respect de la vie intégrale », et placé les libres instincts de la nature corrompue au-dessus de l'idée chrétienne, de la notion du devoir et même du senti-
ment. Aussi fut-il poursuivi trois fois comme pornographe.
Parmi ses 60 volumes, nous ne pouvons nommer que La vie belge ; La, Belgique, vaiste poème descriptif; et quelques recueils de nouvelles exquises : Les jouets ^parlants ; La Comédie des jouets ; Noëls flamands ;
Contes flamands et wallons (légèrement voltairiens) ;
Un coin de village...,
Camille Le Senne, né en 1851, est un de ces auteurs qui exploitent les actualités scandaleuses pour les grossir jusqu'aux proportions d'un volume et les servir à la curiosité malsaine du public. 22 volumes de romans, 3 volumes de variétés, 5 volumes de l'histoire du théâtre, feuilletons du Siècle, etc.
Lorenty, de son vrai nom M«"« Fernande Lasmartes» une toute jeune fille de Toulouse. Occultiste et auteur de romans inquiétante.
Jean Lorrain (Paul Duval, dit) né en 1855. Il se vante d'écrire des « pages de grande luxure » ; ses vers, ses pièces, ses nouvelles, ses récits, ses romans, peignent en effet, d'après nature, les types des fortifs, des bastringues d'assassins et des bouges.
a Jean Lorrain, dit M. Ernest Charles dans la Reçue Bleue, cultive « l'orchidée du cadavre rare » ; et il met beaucoup de femmes autour. Il écrit des romansfeuilletons de mauvais lieux. Il est notre Ponson du Sérail... »
Pierre Loti (Julien Viaud, dit) né à Rochefort en 1850, fils d'un ministre protestant, célèbre romancier descriptif, membre de l'Académie française
Pierre Loti est d'abord un puissant charmeur. 11 séduit ses lecteurs et ses lectrices par la rêverie vague et flottante de sa pensée, par la mélancolie
sensuelle dont il les pénètre, par les voluptueuses et enlaçantes caresses de sa phrase, savamment rythmée. Ces petits récits dont il tire de profondes émotions, ces descriptions féeriques de l'Océan infini, de l'Orient mystérieux, de tous les pays exotiques, charment jusqu'à enivrer.
« Je viens de relire les six volumes de Pierre Loti, <iit Jules Lemaitre, et je me sens parfaitement ivre. » La plupart de ses œuvres ont, en effet, comme pre- . mier trait caractéristique, d'amollir et d'alanguir par i'érotisme du style et des peintures.
Aussi, la lecture de ces livres contribue-t-elle à •déprimer les âmes, non seulement en leur procurant des émotions artificielles très vives, mais encore en laissant cette impression que toutes les beautés et toutes les énergies sont dans les choses, que la nature agit en nous et sur nous, et que nous ne pouvons rien contre elle.
Les idées de Loti sont encore plus perfides et plus malfaisantes que ses descriptions et ses procédés. A 17 ans, il adressait à son ami, William Brown, une profession de foi que toutes ses admiratrices doivent connaître : « Croyez-moi, mon pauvre ami, écrivaitil,le temps et la débauche sont deux grands remèdes... 11 n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de morale ; rien n'existe de ce qu'on nous a enseigné à respecter ; il y a une vie qui passe, à laquelle il est logique de demander le plus de jouissances possible... J'ai pour règle de conduite de faire toujours ce qui me plaît, en dépit de toute moralité, de toute convention sociale. Je ne crois à rien, ni à personne ; je n'aime personne, ni rien ; je n'ai ni foi, ni espérance... »
Voilà la dogmatique de Loti : il ne croit à rien, ■sinon peut-être aux philosophies indoues : « Sur les mystères de la vie et de la mort, dit-il, les sages de Bénarbs détiennent les réponses qui satisfont le
mieux à l'interrogation ardente de la raison humaine.» iUbide sans les Anglais).
La mort c*est Tanéantissement (voir Le livre de la pitié et de la mort, etc.) ; tout s'écoule autour de nous, il faut donc jouir le plus possible ; la débauche est d'ailleurs efficace, tous nos efforts sont inutiles contre la nécessité cruelle de l'amour. Voilà la morale de Loti, et ses héros ne se font point faute de la mettre en pratique.
Nous savons bien qu'en dépit de ces doctrines éminemment subversives, Pierre liOti a écrit des pages magnifiques, exquises, émues, sur le dévoûment, l'abnégation, le devoir, la foi... Il n'en reste pas moins, dans l'ensemble de sa littérature, immoral et irréligieux : La trilogie : Le désert, Jérusalem, Galilée ; Le roman d'un spahi ; Ramuntcho, sont à ce dernier point de vue, très significatifs.
Et ses livres réputés honnêtes ? Oserons-nous les recommander à tous ?
Le roman d'un enfant a deux pages lestes ; Frère Yves dépeint, avec la générosité des marins, leur vie facile ; Pêcheur d'Islande même renferme deux scènes voluptueuses ; Vers Ispahan est légèrement sensuel... et nous' ne regardons pas comme absolument inoffensifs pour les jeunes gens Les derniers jours de Pékin ; V Inde sans les Anglais ; Escales au Japon ; Pages choisies ; ni surtout La troisième jeunesse de Ma<iame Prune,
Au théâtre, Loti a fait représenter plusieurs adaptations de sçs romans : Judith Renaudin et Le roi Lear {traduit de Shakespeare).
Pierre Louys» né le 10 décembre 1870. En religion, protestant ; en littérature, styliste impeccable, écrivain féru d'antiquité grecque, poète, romancier, conteur; en morale, plaide ardemment pour toutes les licences.
Tous ses ouvrages sont faits de cette littérature et de cette morale. Nous citons seulement Aphrodite, roman d'amours antiques, tiré à 125 mille exemplaires, queRemy de Gourmont lui-même apprécie ainsi : « livre de chair et revendication du romanesque sensuel ».
Georges de Lys» dans l'armée le commandant Georges Fontaine de Bonnerivé, actuellement en garnison à Mamers. Né à OuUens en 1855. Romancier et poète.
. Le logis (couronné par l' Académie) ; Enfants des rues (tous deux publiés chez Lethielleux) ; et La trempe, sont des livres honnêtes.
Ses récits et nouvelles, pour la. plupart militaires, sont fort mêlés.
Les autres, et surtout ses trois romans de mœurs antiques, sont voluptueux ou dangereux au point de vue moral.
René Maizeroy, pseud. du baron Toussaint^
né à Metz en 1856, d'abord officier, composa des romans et des nouvelles très nombreuses où il peint de la manière la plus lascive et dans un langage « élégamment obscène et innocemment corrompu »^ les mœurs de la vie parisienne. Collabore aussi à des journaux conservateurs.
Henri Malot, né en 1830. S'occupa d'abord de critique et se consacra ensuite au roman. Ses œuvres, lancées par M. Taine, ne sont guère plus morales que celles de Balzac auxquelles elles ressemblent par la langue, la variété des situations et les habiles intrigues.
La petite sœur ; En famille ; Romain Kalbris ; Sans /a??iille, gui eut un immense succès, sont les seuls
de ses 60 volumes que tout le monde puisse lire, avec Pages choisies.
Nous citons pour les grandes personnes : Une bonne a,ffa.ire (quelques mots seulement contre les pensionnats chrétiens et le mariage religieux) ; Rose Pompon ; La petite sœur (intéressant, quelques pages libres) ; Paulette (quelques descriptions hardies des désordres conjugaux) ; Marichette (thèse sérieuse sur la recherche de la paternité, détails scabreux) ; Micheline (adultère, puis scènes attendrissantes) ; Le lieutenant Bonnet (l'officier pauvre) ; Mariage riche (recueil de nouvelles).
Georges Mareschal de Bièvre, romancier dont les œuvres ne figurent qu'au petit marché littéraire :
Berthe et Berthine (scènes risquées, idées dangereuses) ;Angette (moral, mais détails libres) ; Tante Bébé (marivaudage honnête) ; Reine bicyclette (sport et sentiment) ; Destinée cVavfimr ; Cousine ma mie..,
Jeanne Marni, de son vrai nom M"»" Marnière, dame du grand monde parisien. Romans voluptueux, dialogues de courtisanes, etc.
Paul Margueritte, né en 1860 à Laghouat, fils du général de ce nom qui se distingua à la guerre de 1870, (voir le livre intitulé Mon père).
Enrégimenté d'abord dans l'école naturaliste qui inspira son premier roman, il rompit solennellement avec Zola en 1887, et commença une série d'ouvrages d'un ton dilYérent, mais d'une morale non moins suspecte.
Associé à son frère Victor depuis 1896, il produisit des contes rapides et pittoresques, de grands romans et surtout des récits militaires. Noue citons :
Parmi ses contes et nouvelles : Le cuirassiev (il;x.wç,.
(assez honhête, mais suivi d'autres nouvelles imprégnées de sensualisme et de pessimisme à la Loti) ; La, Mouche (très peu édifiant) ; L^'^tTii (une poitrinaire guérie par l'amour de son médecin) ; Simple histoire (27 récits dont plusieurs répréhensibles) ; La pariétaire (25 morceaux en style précieux) ; Le jardin du roi (idylle très jolie) ; Ame d'enfant ; Poum et Zette (récits déplaisants sur et non pour les enfants).
Parmi ses romans : La tourmente (psychologie conjugale) ; Tous quatre (nombreuses scènes de libertinage) ; La confession posthume, suivie de L'impasse (livre dépravé) ; Pascal Géfosse (adultère et pessimisme) ; Femmes nouvelles (adultères, thèse imprécise) ; Ma grande et Le poste des Neiges (honnêtes) ; Les deux vieSf (mise en scène de son manifeste scandaleux en faveur du divorce par la volonté d'un seul des deux époux) ; Le prisme (la course au mariage riche, tend à montrer que le mariage étant une affaire d'argent, constitue un contrat frauduleux qui appelle fatalement le dicorce) ; Le carnaval de Nice (idée générale : l'atmosphère de Nice, surtout à cette époque de l'année, est tellement irrésistible que la vertu y est impossible même pour les jeunes époux).
Ses récits militaires, réunis soub le titre &Une époque, comprennent quatre volumes (Le désastre ; Les tronçons du glaive ; Braves gens; La Commune) : ils présentent, en certaines pages, des idées théistes et favorables au divorce, et de plus des scènes d'une lubricité révoltante.
Victor Margueritte, frère du précédent, né à Blidah en 1867. 11 s'était déjà révélé poète tandis qu'il portait Tépée, 11 quitta l'armée en 1896 pour collaborer avec son frère Paul : la fusion des deux écrivains est tellement intime, que, dans leur commun labeur, il serait impossible de reconnaître la part de l'un et de l'autre.
Matthey» pseudonyme et nom de la première femme de Arthur Arnould,(1833 1895), professeur, membre de la Commune. Contes, nouvelles, romansfeuilletons, ouvrages historiques, articles théosophistes.
Guy de Maupassanty né en 1850, filleul de Flaubert, « le plus grand romancier réaliste de notre siècle » (Emile Faguet). Il s'occupa de spiritisme et mourut fou le 6 juillet 1893.
Il est surtout célèbre comme conteur. Ses conte» tantôt gais, tantôt tristes, et souvent très brutaux, ont été et sont encore, pour notre génération, ce que furent les contes de Lafontaine pour ses contemporains : ce sont, dit Jules Lemaître, des histoires de filles, de paysans rapaces et de grotesques bourgeois... les faits divers d'une humanité élémentaire et toute en instincts. (Les Contemporains, 6" série). Guy de Maupassant, continue Téminent critique, aime et recherche les manifestations les plus violentes de Tamour physique, de l'égoîsme, de la brutalité, de la férocité naïve.,. Il est extraordinairement sensuel ; il l'est avec complaisance, avec fièvre et emportement. (Les Contemporains, l'® série, page 300).
Ce conteur si peu moral a cependant joui d'une vogue immense : la vente de ses œuvres a, dit-on, rapporté en 1901, 45.000 francs à Me"^ Simone de Maupassant, nièce et légataire universelle de l'auteur.
Tout le monde reconnaît à ces contes une valeur littéraire de premier ordre ; mais le public les lit moins à cause du prestige du style qu'en raison de leur indécence. La réflexion est de M. Jules Lemaître.
Les dernières œuvres de Maupassant sont, au point de vue moral, beaucoup moins répréhensibles : Au Soleil ; Sur Veau ; Pierre et Jean.., La librairie Ollendorf a publié, sous le titre Contes de Maupassant, une Belle choisie pour la jeunesse.
Catulle Mendès, né en 1840, épousa, en 1866, jVIeiie Judith Gautier, fille de Théophile, se sépara d'elle quelques années après, et associa sa vie à une poétesse qui s'appelle M°>« Jane Catulle Mendès.
Ses poésies, ses drames, ses romans, en un mot tous ses livres, qui sont pour la plupart des recueils de nouvelles, constituent une bibliothèque d'alcôve et de chaise longue, où la veine libertine coule à pleins bords, et dans laquelle la préciosité la plus raffinée le dispute à l'indécence subtile.
Nous ne ferions exception que pour Les mères ennemies ; Grande-Maguet (extravagant, non obscène).
Georges Mérédith, romancier anglais qui n'offre -de populaire que sa proposition de «mariage à bail »,
Il a abordé à peu près tous les grands problèmes -de notre époque : mais la profondeur de ses analyses, l'étrangeté de son 8tyle, la complexité de sa pensée le rendent inaccessible au grand public.
Sur ses 20 volumes, deux seulement ont été, <îroyons-nous, traduits en français : L'égoïste (dont le moi haïssable est le point de mire de deux sentimentales) ; Comédiens tragiques (^tude fouillée sur le socialiste Fernand Lassalle).
Prosper Mérimée, (1803-1870), auteur dramatique, conteur et nouvellier célèbre dont les œuvres sont presque toutes immorales ou impies.
Les récits de ce puissant auteur se distinguent d'abord par leur caractère horrible : ce sont des meurtres, des brigandages et des tueries épouvantables, des hommes carnassiers et lubriques; Colomba, même, qui peut être lue à peu près par tous, est l'histoire tragique d'une vendetta.
En dehors de ce petit chef-d'œuvre, Mérimée n'a guère produit que des ouvrages pernicieux : sceptique tranquille, déflftigneux, élégant et discret, il a couvert
de mépris les choses de la religion (Le carosse du Saint- Sacrement) ^ les prêtres et les moines au même litre que les seigneurs et les bandits (La Jacquerie ; La Chronique de Charles IX) ; enfin, dit Jules Lemaitre, il s'est montré, vis-à-vis de l'univers et de la •cause première, quelle qu'elle soit, poli, retenu, dédaigneux.
Il n'a pas traité la morale avec plus de respect que i'Eglise et l'histoire ; il aime à voir se développer librement, bonne ou mauvaise, la bête humaine, dit ■encore Jules Lemaitre, et, quand elle est belle, il n'est pas éloigné de lui croire tout permis.
Oscar Méténier, né en 1859, romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire d'un commissaire de police de Paris. Toutes ses œuvres ont pour sujet le monde spécial du désordre.
Lucien- Victor Meunier, directeur de La France de Bordeaux, s'est acquis, sous le pseudonyme de Montfermeil, une certaine célébrité. La satire sociale intitulée : Un apôtre de grand chemin, porte, ^n épigraphe, cette déclaration significative qui justifie notre proscription : « Cléricalisme et militarisme sont les deux ulcères de l'Etat. »
Louise Michel, la femme révolutionnaire, (1833- 1905). Fille naturelle d'un châtelain de la Haute- Marne, elle vint de bonne heure à Paris, et entra dans renseignement. Elle prit part à la Commune, fut envoyée à Nouméa où elle reçut le nom de Vierge rouge qui lui resta...
Ses livres (une douzaine de volumes) sont traversés d'un souffle révolutionnaire violent, et témoignent, malgré tout, que cette « apôtre de la guerre civile » ■est surtout une générosité dévoyée, victime de toutes les influences malsaines et de la rapacité de ses amis.
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Octave Mirbeau, né en 1848. Ecrivain malpropre et sectaire écœurant. Ses romans Le Calvaire, Uabbé Jules, Sébastien Roch, Le roman de ma femme de chambre, etc., etc.), sont d'unq brutalité révoltante et parfois blasphématoires et impies.
Ses pièces de théâtre sont moins mauvaises : Les affaires sont les affaires, celle qui a fait sensation la saison dernière, renferme cependant des attaques contre la religion.
Voici ce qu'écrit, sur cet auteur, un critique qui n'est certes pas un tenant de la pruderie catholique : « Il a Tàme d'un sous-officier qui a rengagé trois fois et qui a mangé sa prime avec les femmes... Sa littérature autoritaire et incohérente^ prétentieuse et grossière, trahit ses désenchantements assez bas et ses espérances assez plates. Elle est d'un cerveau médiocre et d'une âme qui n'est pas supérieure au cerveau ». Et plus loin ! « Il blesse par l'accumulation voukie des malpropretés... Rien n'est plus significatif que le plaisir que Mirbeau a visiblement pri& à ajouter des malpropr.etés inutiles au sujet... >> (Ernest-Charles, La littérature française d'aujourd'hui y page 271).
Maurice Montégut, né en 1855, rédacteur à divers journaux pornographiques, romancier naturaliste ironique. Drames en vers ; 12 volumes de contes; romans.
Edgar Monteil» né en 1845, naguère préfet de la Haute-Vienne, a publié des écrits irréligieux et dfes romans pornographiques. Ses ouvrages pour adolescents sont « laïques », mais non obscènes : François François; Histoire du célèbre Pépé ; Le roi Bou-Bou; Les trois du Midi l Jeanne la Patrie (préface dangereuse pour la jeunesse].
Eugène Montfort, un jeune auteur naturiste.
Ses livres, qui sont des classiques pour Técole qu'il représente, appartiennent à la littérature voluptueuse.
Alfred DE Musset, (1810-1857), le célèbre poète. Sous le rapport littéraire, il a égalé et parfois dépassé Lamartine et Hugo. Mais au point de vue moral ?.... Il a vécu dans la volupté et il a chanté sa vie... Aussi est-il particulièrement pernicieux. Il exprime souvent la vanité des plaisirs, mais il en trace des peintures palpitantes de vie, abreuvées de vraies larmes, émail- 'ées de mots corrupteurs, qui troublent profondément les âmes.
La confession d'un enfant du siècle, espèce de roman en prose, où il déplore cyniquement de ne plus goûter les joies d'un amour pur, est toujours malsain et souvent insipide. Ses contes en vers et en prose sont intéressants et quelques-uns exquis ; mais beaucoup sont immoraux. Ses pièces de théâtre méritent la même note.
On a publié un recueil de morceaux choisis, qui, à cause de certaines pages, ne peut être confié qu'à des personnes d'âge mûr. Lire Pages choisies.
Paul de Musset (1804-1880), frère aine d'Alfred, dont les pièces, nouvelles et romans sont d'une morale souvent légère... Il défendit la mémoire d'Alfred en répondant à Elle et Lui de George Sand par Lui et Elle, Un auteur plaisant prit part à la querelle et écrivit Eux brouillés... Tout le monde peut lire Monsieur le Vent et Madame la Pluie ; Bavolette-.
John-Antoine Nau, un jeune qui obtint en 1903 le prix Goncourt pour son roman La force ennemie. Cette œuvre étrange met en scène un fou qui *se sait fou. c'est-à-dire possédé par une force en.ne\xv\^^N«\fc
âme tombée d'un astre lointain! Nous ne connaissons pas Le Prêteur d'amour.
M"^' LA COMTESSE MATTHIEU dc NoalUeSy grande dame du monde parisien, dont le portrait et le panégyrique illustrent les plus belles pages des revues frivoles, et dont les œuvres ont provoqué dans certaine presse une « folie furieuse d'admiratibn ».
M^* de Noailles est poète ; elle est même, au dire d'un critique, le plus grand poète de l'aristocratie contemporaine. Et, comme telle, elle a proposé à « l'émerveillement de l'élite », premièrement Le cœur innombrable et deuxièmement L'ombre des jours : deux recueils de vers qui rappellent les audaces des idylles antiques, chants et rêve d'une « âme de faunesse » (le mot est de M™« la comtesse) qui aspire, ainsi qu'une parfaite et sensuelle panthéiste, à
Se mêler vivante au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par le corps I
]\|me ç{q Noailles est romancière : elle a publié trois romans. Parlant du premier (La nouvelle espérance)^ et en même temps de L'Inconstante, par M^^" Henri de Régnier, Le Journal de Genève, organe protestant, disait : « Ils sont d'une telle licence que des critiques, qui ne sont pas atteints, comme ils disent, d'huguenotisme féroce, en sont révoltés et crient bien haut que toute mesure est dépassée et qu'il est temps d'enrayer ». (Cité par François Garez, Etudes et portraits contemporains, page 135). Depuis lors, M°»' de Noailles n'a rien « enrayé ». Au contraire. Elle a écrit Visage émerveillé et La domination, roman naturiste et très voluptueux.
Louis Noir, pseud. de Louis Salmon (1837-1901), exerça divers métiers, fut zouave, rédacteur au Peuple et romancier à la Ponson du Terrail.
EN VERTU DE LA MORaLEc "CHRÉTIENNE lOl
Richard O'Monroy, de son vrai 'nom Le vicomte de Saint-Geniès, né en 1849, ancien capîtainç de cuirassiers. Ses pièces, récits et nouvelles,' faLbiit valu le surnom de « Gyp militaire » : ils sont* 'ë.iX moins voluptueux. " '-
JosÉPHiN Péladan, né en 1859, d'une famille nimoise. Occultiste, artiste, écrivain étrange qui se proclama, vers 1893, mage et sâr. « Il est absurde, si vous voulez, et fou, tant qu'il vous plaira, dit A. France; mais il a du talent. »
Toutes ses œuvres « féeries sans raison et pleines de poésie », ont été réparties en diverses séries.
Décadence latine (18 volumes) ;
Amphithéâtre des sciences mortes; Comment on devient mage, éthique ; Comment on devient fée, erotique ; Comment on devient Artiste, esthétique ; L'occulte catholique (essai de réconciliation entre l'occultisme et la religion), etc. ;
Décadence esthétique (études sur les salons et l'art contemporain) :
Les idées et les formes ; La terre du Sphinx ; La terre du Christ, etc., etc. ;
Pièces de théâtre ; Supplique à S. S. le pape Pie X, sur la réforme des canons en matière de divorce.
« J'aurais peur pour ma raison de vivre avec de pareils livres », dit Charles Le GofTic (Les romanciers d'aujourd'hui, page 286). Un jeune homme sérieux qui aurait cependant la témérité ou plutôt le courage de les lire, devrait craindre en outre pour sa foi et pour ses mœurs. Les lecteurs expérimentés trouveront dans certains de ces ouvrages un écrivain ardent qui peint avec abondance les vices de notre civilisation pour les flétrir.
Ouida (M«»« LouisA de la Ramée ^dÂiçi\,^^xî^'ô2c^''
102 RQÎWAN'a A PROSCRIRE
cière an^lafee>.iîee en 1840. Son style alerte, enlevé, la raçpr>tche* 'de Gyp. Ses thèses, sa manière et sa pppifyçit^ l'ont fait surnommer par certains critiques ,^ î^'^etfrge Sand de l'Angleterre. Elle est parfois brous- •*. ;>8âilleuse et trop touffue, mais généralement son **\ * pinceau, comme celui de notre romancière, trace des tableaux superbes. Pourquoi faut-il qu'il soit mis au service des idées malsaines, rationalistes et anticatholiques (Pascarel; Le roman étrusque ; Fille du diable ^ La comtesse Vassali ; Puck ; Ariana ; La princesse Zouroff ; Le colonel Sabretache).
Parmi les œuvres de cette authoress originale, nous signalons aux personnes d'âge raisonnable: Scènes de la vie de château ; Le chemin de la gloire ; La filleule des fées ; Gésualdo ; Les Fresques ; Les Clarencieux ; Cigarette ; Amitié.
Et aux plus jeunes : Moufflon (enfantin) ; Le petit comte ; Le tyran du village ; Umilta ; Sainte Rosalie aux bois.
Benito Ferez GaldOS» né en 1845, romancier espagnol que le caractère de son œuvre et de sa manière ont fait comparer à Dickens et Erckmann- Ghatrian.
Nous ne connaissons guère ses romans, fictions historiques, peintures de mœurs madrilènes et pamphlets politiques ; nous voulons seulement retenir que cet abondant écrivain a attaché son nom à Electra, drame antireligieux dont la représentation a naguère excité tant dé haines et de troubles.
Camille Pert, de son nom véritable I.ouise-Hor- TENSE Rougeul, née Grille, romancière à thèses, fondatrice de L'Informateur des gens de lettres et des lettrés.
Ses romans très hardis roulent sur les questions sociales, ou la psychologie conjugale ; ils défendent»
au nom de la morale indépendante, les droits de la femme, avec une bonne foi, une logique, une sûreté •d'observation et un style dignes d'une meilleure cause. La loi de Vamour ; Leur égale ; Mariage rêvé ; Les florifères ; La camarade; Le dernier cri du savoirvivre ; Le livre de la femme (Enquête sur le travail féminin) ; romans-feuilletons dans les grands journaux.
Charles Pettit. Déclassé (peu intéressant, plutôt mal édifiant) ; Les amours de Li-Ta-Tchou (tableau de la Chine contemporaine ; massacres et vices décrits avec couleur et sincérité) constituent ses principaux titres littéraires.
Charles-Louis Philippe, un jeune candidat au prix Concourt. Œuvres galaAtes et licencieuses, d'un style étrange, obscur et difforme.
Poinsot et Normandy ont signé ensemble quelques romans de détraqués : Uéchelle, étude sur le développement de la cruauté, nous montre un névrosé, fils d'un éthéromane qui finit par devenir fou furieux ; La mortelle impuissajice, roman du dilettantisme et La faillite du rêve ne sont pas plus sains. Tant s'en faut...
Alexandre Pouchkine (1799-1837), poète et romancier russe, disciple de Byron, dont les oeuvres révolutionnaires et licencieuses ont eu, en leur temps, chez les Russes, un succès considérable. Tout le monde peut lire, dit-on, La fille du capitaine,
Marcel Prévost, né en 1862 à Paris, fils d'un sous-directeur de contributions indirectes. Elève des jésuites, polytechnicien, ingénieur des tabacs jusqu'au jour où il obtint par ses romans le grand succès dont il jouit encore aujourd'hui.
Marcel Prévost est Tun des romanciers les plus pervers que nous ayons aujourd'hui, dit UAmi du Clergé ; mais comme il est aussi pour tout un public féminin trop peu averti, un docteur ès-sciences de l'amour et de la... morale, nous croyons utile de nous appesantir un peu sur son œuvre.
Romans, nouvelles, contes, lettres forment une vingtaine de volunîes. Ils sont presque tous à proscrire.
Les uns nous font assister à Téveil ou à la hantise de l'amour chez les adolescents. Les autres étalent des âmes qui ont conservé de leur éducation première la notion nette de leurs devoirs moraux, des âmes religieuses et féminines pour la plupart qui, après avoir ressenti et analysé longuement, très longuement, les sensations de la volupté, sont travaillées par le remords et finissent par conclure contre tout ce qu'elles ont fait et aimé. « Ce qu'elle est exquise et d'un raffinement bien corrompu cette idée du péché, dit un critique anticlérical, surtout lorsqu'elle est ressentie par ces âmes jeunes et ardentes d'adolescents Ce leur est — et c'est aux lecteurs aussi,
par ricochet — une singulière volupté que de mêler au trouble de l'amour l'émoi profond et perfidement exquis de la conscience qui n'est plus en repos et qui s'efforce de retenir l'être tout entier, grisé d'avance et entraîné par une force magique vers celle qu'il a élue. Nous y sentons un raffinement du plaisir, une exaltation du sentiment de la volupté par celui de la faute... » (Jules Bertaut).
lies procédés de Marcel Prévost sont donc, au point de vue moral, éminemment pernicieux. Les sujets qu'il choisit ne le sont pas moins. « Ils sont constamment scabreux, dit Ernest Charles ; ils le sont systématiquement... Ce ne sont même pas des histoires d'amour; ce sont des histoires de femmes, qu'il étale
devant nous, comme du linge sale, mais parfumé... Il traite de l'amour sensuel et il ne retient de l'amour sensuel que ce qu'il y a de plus choquant... C'est un commis-voyageur pervers et désobligeant qui, dans ses histoires, fait intervenir l'Eglise et le clergé... » (La littérature française d'aujourd'hui, page 174).
« Je vois bien, dit. Jules Lemaitre, que, dans ces romans, il y a moins de gros mots que dans les livres de M. Zola, mais je doute parfois qu'il y ait pluff de chasteté. » (Les Contemporains, 6" série, page 334).
Nous épargnerions volontiers ces flétrissures aux Viei^ges folles (Léa, Frédérique) : ces deux volumes sont, en effet, moins sensuels, et ont, de ce fait, obtenu moins de succès que les autres.
Cependant Les Lettres à Françoise qui ne sont point licencieuses et renferment de bons conseils mondains, ont provoqué un élan d'enthousiasme inouï : des perruches troublées ont écrit à l'auteur une multitude de lettres qui ont servi à augmenter la 60" édition de l'ouvrage et à en faire un bréviaire pour l'éducation !
L'accordeur aveugle décrit l'amour étonnamment chaste d'un jeune pianiste aveugle et d'une jeune dame devenue malade, à la suite des désordres de son mari qui l'a abandonnée.
Michel Provins, de son vrai nom M. Lagros de Lageron^ romancier et auteur dramatique, ancien secrétaire de Waldeck-Rousseau. Né en 1861. Romans et nouvelles dialoguées sur la haute société parisienne ; le tout, très libre.
Hugues Rebella de son vrai nom A. Grassalr
(1869-1905). Romans très licencieux ; œuvres de critique littéraire qui n'envisagent guère que l'influence des femmes ; L'Union des trois aristocraties^ brochure dirigée contre les Universités ^o^xA^vc^'s».
Paul Reboux, jeune poète et romancier. 15 volumes de vers et quelques romans dont le dernier La maison de danses roule sur les danseuses de l'Espagne du sud avec une modération relative.
Henri de Régnier, né à Honfleur en 1864, marié à M»^"» de Hérédia (en littérature Gérard d'Houville), poète, conteur, romancier, collaborateur à La Revue des Deux Mondes, à La Revue de Paris, au Gaulois, etc. 14 ou 15 volumes de vers, quelques volumes de contes, 6 ou 7 romans.
Au point de vue littéraire, il a imité et très habilement pastiché le XVIII' siècle ; son style, ses tendan- •ces, ses mémoires et ses anecdotes l'ont fait comparer à Hamilton.
Au point de vue moral, l'un de ses amis le juge ôinsi : « 11 ne tombe jamais dans ce travers à la mode qui e§t de vouloir un but moral à la littérature... il" se nourrit de libertinage et d'épicurisme » (Paul Léautaud). Aux premières pages a'un de ses derniers romans, il dit lui-même : « Je n'ai jamais cheï^ch^, en écrivant, quoi que ce soit d'autre que le plaisir délicieux et toujours nouveau d'une occupation inutile (Les rencontres de M. de Bréot, préface).
Jules Renard» né en 1864, romancier et humoriste, l'un des fondateurs du Mercure de France.
Ses romans et nouvelles, même ceux où il dépeint avec une grande finesse et une vraie saveur les paysans et les enfants, sont généralement obscènes. Nous ne faisons exception que pour Les Bucoliques ; Histoire naturelle ; et Poil de carotte, histoire d'un pnfant roux et laid, maltraité par sa mère, livre qui consacra sa réputation. Son dernier ou /rage, Le vigneron dans sa vigne, est un petit chef-d'œuvre où l'auteur, sous forme de contes, de dialogues et de monologues, peint, tour à tour, l'homme, les bêtes et
les choses ; mais là, comme ailleurs, il y a des pages inconvenantes et malpropres.
Antonin Reschaly de son vrai nom Antonin Arnaud. Sa littérature, dit un critique ami, est comme ses héroïnes, parfumée au trèfle incarnat, parfum peu délicat et peu distingué, mais très fort et très agréable à la clientèle des journaux passionnels.
Xavier de Ricard, poète et écrivain languedocien, né en 1843. Fils du général de ce nom, actuellement conservateur d'une annexe du Musée du 1-ouvre, il n'a guère fait que de mauvaise politique et de mauvais livres ': Idylle d'une révoltée ; etc.
Jean Richepilly né à Médéah en 1849, normalien, romancier, auteur dramatique, et avant tout poète à l'imagination exubérante et au verbe sonore.
Parmi ses poésies, nous citons La chanson des gueux, qui lui valut un mois de prison et 500 francs d'amende ; Les blasphèmes, débordants d'impiétés.
Dans ses œuvres en prose comme dans ses vers, Jean Richepin se distingue par son admiration à l'égard des révoltés, ses crudités rabelaisiennes, la hardiesse et l'étrangeté de ses peintures de mœurs, et enfin par ses préférences envers les êtres anormaux ou dépravés, les saltimbanques, les bohémiens, etc. 11 voit obscène, dit Jules Lemaitre ; ses images deviennent toujours et invinciblement grossières viles, choquantes, même aux yeux les plus païens du monde.
Edouard Rody littérateur et romancier français, né à Nyons (Suisse), en 1857; professeur à la Faculté de Genève, pendant quelques années.
D'abord fervent disciple de Zola, il appliqua, dans ses premiers romans, la formule Tla\^3ît^^\^\.^^V^^^^^^^^^
Veulard; Tatiana Leiloff ; Côte à Côte (pages libres^ satire du catholicisme et du protestantisme) ; etc.
En 1885, il abandonna la manière de cette école, et fît ce qu'il appelle de Tintuitivisme : La Course à la mort ; Le sens de la vie ; Les trois cœurs ; Névrosée, qui appartiennent à cette série, tendent à montrer que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Ils sont pessimistes et tristes : c'est du Schopenhaiier en action, dit un critique.
Tous ses autres livres dégagent plus ou moins le même relent ; ils laissent cette impression que le devoir, même héroïquement accompli, ne rend pas heureux ; par exemple Le silence. Ils font conclure qu'il est souvent dangereux d'être honnête, et ils assignent le suicide comme dernier refuge (c'est le titre d'un roman dont les deux héros se tuent), comme seule issue d'une vie triste et inutile. Même M«''« Annette, qui est un roman honnête, tend à prouver que le sacrifice est vain et qu'il doit trouver en luimême sa récompense, s'il veut en avoir une.
Les intentions de l'auteur peuvent être bonnes. Le sacrifice est même un livre noble et réconfortant ; au fond, il a, ainsi qu'il s'exprime lui-même, l'âme d'un croyant tombé dans le scepticisme ; il semble même se rapprocher du catholicisme, et ses romans sont, au fond, l'apothéose de la bonne conduite ; s'il étale le vice, c'est pour nous en faire rougir. Mais cet étab^^e de désordres, cette exaltation de l'amour, mailre souverain de la vie, ses études du cœur humain creux et plein d'ordures, selon le mot de Pascal, ses tendances calvinistes, son scepticisme, ses complaisances pour l'orgueil, gâtent ses meilleurs ouvrages et neutralisent tout Teffet de ses bonnes intentions.
Dans un roman, où cet écrivain calviniste étudie la responsabilité de l'auteur qui publie des ouvrages jnalsains/Au milieu du chemin), on lit cette réflexion :
« Une paisible lampe éclaire le travail du penseur penché sur sa page blanche, l'âme pleine d'infini. Pendant qu'il accomplit son œuvre..., des phalènes étourdies papillonnent autour de la lampe et se brûlent contre le verre. Fallait-il donc éteindre la lampe, fermer le cahier, laisser mourir les idées ? » •Quoiqu'il en soit, Edouard Rod continue son œuvre : toutes les « phalènes étourdies •», qu? circulent dans le rond de lumière que Tabat-jour projette devant lui, ne mourront pas toutes : mais elles seront toutes frappées....
Cependant, les jeunes gens très sérieux pourront lire avec M«'^c Annette et Là-Haut, les deux romans sociaux récemment parus : Le vainqueur ; L'indocile.
J. H. Rosny, un seul auteur en deux personnes, de leur vrai nom Justin et Joseph-Henri Boëx, frères par le sang et par le talent.
Nell horn (mœurs londoniennes dans tous les milieux), son premier roman, s'inspira de l'école naturaliste à laquelle il appartint d'abord.
En 1887, après le manifeste des Cinq, Rosny créa un genre nouveau dont le fondement est le culte de la science. Dans les romans de cette série, toutes les sciences sont représentées, même la préhistoire, tous les personnages sont des savants ou demi-savants qui agissent d'après les principes scientifiques.
Ses ouvrages de la dernière manière sont moins a extrahumains » : mais ils ne sont pas moins subversifs et immoraux. (Daniel Valgraive ; L'impérieuse bonté ; Indomptée, etc.)
Les livres de Rosny ne sont guère lus : ils sont heurtés, incohérents, farcis de sciences et de néologismes, et construits en dehors de tous les procédés courants. Ils ne sont pas à lire, parce qu'ils sont opposés à la foi et aux mœurs : ils tendent à substituer au culte de Dieu le culte de l'humanité, ils raraèxv<i\\\. V^
morale à un principe scientifique, et la résument dans le sequi naturam ; enfin ils font de l'adultère ou de l'amour coupable, «l'indomptable instinct qui veut un renouvellement de la sélection. »
Cependant Les retours du cœur et La Fugitive (recueils de nouvelles) sont moins agités : Le docteur Harambur ; Les Corneilles ; L'aiguille d'or; Le Millionnaire et Les Fiançailles d'Yvonne peuvent être lus à peu près par tous.
Marie-Letizia deRute,(princesse Bonaparte-
Wyse, princesse de Solms» puis comtesse Ratazzi, et enfin M'"»"), née en 1833, a publié des travaux littéraires de tous les genres, et sous de nombreux pseudonymes : vicomte d'Albens, vicomte de Tresserve, Camille Bernard, baron Stock, Louis Kelner ; elle a fondé aussi La Nouvelle Revue internationale. Toutes ses œuvres sont médiocres et ses romans mauvais.
Han Ryner, de son vrai nom Hans Ryner ou Henri Ner, ancien professeur, philosophe et littérateur, né en Algérie d'une famille norvégienne.
« Insoucieu-x des convenances, tragique et fangeux comme la vie, brutal et simple comme une étude médicale » tel est, d'après la préface de Tauteur, l'ouvrage intitulé Le soupçon; tel est aussi l'ensemble de ses œuvres.
LÉOPOLD Sacher-Masoch, célèbre romancier viennois de race juive (1835-1895), dont les œuvres nombreuses ont eu beaucoup de vogue en France et à l'étranger.
ïl a dépeint, avec une rare perfection de style, la vie et les mœurs des Galiciens, des Polonais et des Petits-Russiens ; au point de vue littéraire, on l'a comparé à Charles Nodier,
EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE 11 î
En morale, il procède de Schopenhauer, du boudhisme et de Darwin : il envisage l'amour comme la guerre des sexes, la propriété comme une injustice, la guerre comme un meurtre, Teflort comme le seul bonheur, et la mort comme la seule libératrice. Mettons seulement à p'drt Le nouveau Job (biographie vraiment édifiante d'un paysan galicien).
Saint-Georges de Bouhélier chef de l'école naturiste. Cette école nous montre que « ces phénomènes spirituels, si singuliers, dans lesquels les âmes se rejoignent, s'influencent, se fécondent et enfin se séparent, ne sont, en somme, guère différents de ceux qu'expose la chimie ». (Préface du roman Julia). D'autres romanciers, dissertant de l'amour et de la vie morale, ont emprunté à la cristallographie, à la métallurgie, à la géométrie, à Télectricité, à l'astronomie, etc., des théories, des analogies et des lois qui
expliquent et même justifient les pires désordres
L'idée est ancienne ; elle porte en littérature le nom nouveau de naturisme !
Inutile d'ajouter que les romans de cette école sont dangereux ou immoraux.
Edouard Schuré, philosophe, poète, romancier et hi:«torien. né à Strasbourg, en 1841, collaborateur à la Revue des Deux Mondes.
Parmi ses romans, nous citons L'Ange et In Sphinge, roman-poème sensuel, qui conclut à l'impossibilité de retrouver la paix pour une âme souillée par les passions ; Le double (roman étrange et vigoureux, semble prouver que le bonheur et la liberté résident dans le sacrifice et la bonté).
Marcel Schwob, jeune littérateur et poète, mort en mars 1905.
C'est un lettré raffiné, mais corrompu^ dvt <^Vv^\\^^
Maurras. Ses quelques œuvres dénotent une connaissance approfondie de l'antiquité et du moyen-âge ; anais elles ne sont pas morales.
Armand Silvestre ^838-1901), poète lyrique et surtout célèbre conteur dont les œuvres éparses rempliraient 20 volumes.
Il s'est inspiré des fabliaux du moyen âge qu'il a revêtus de son style harmonieux et attrayant ; et il a composé une quantité de gaudrioles grassouillettes, , pantagruéliques et sales, contes de corps de garde, incongrus et mal odorants.
On ne peut pas dire qu'il est intentionnellement, dans l'ensemble de ses contes, voluptueux, lubrique et sensuel. Il l'est souvent» mais ce qui le caractérise, c'est la scatologie. C'est dans ce genre qu'il s'est fait un nom : ses types, ses périphrases, ses mots feront longtemps les délices des amateurs de haute graisse.
Il semble que de là au Parnasse (le rapprochement, ou, si l'on veut, le jeu de mots, est d'un critique très académique) il y ait très loin : le conteur mal élevé fut cependant poète, et ses recueils lyriques, rêveries de panthéiste, en valent, dit-on, bien d'autres au point de vue littéraire.
« La gaieté de nos pères et d'Armand Silvestçe est parmi les choses les plus fétides qui soient, étant donné qu'elle trouve ses meilleurs effets dans la scatologie, la pornologie et la gynécologie » (P. Véber, Vie de Bill Sharp).
Nous trouvons seulement en dehors de ce dépotoir: Floréal et La Russie, impressions, portraits, paysages,
Léo Taxil (Gabriel Jogand-Pagès, dit) né en 1854. Après avoir attaqué la religion et l'Eglise dans des romans immondes qui lui valurent plusieurs condamnations, il se déclara converti en 1885 et -entreprit contre la Franc-Maçonnerie une lutte
retentissante au succès de laquelle de nombreux catholiques contribuèrent largement... Cette volteface n'était, hélas ! que mystification, ainsi qu'il le déclara cyniquement dans une réunion publique, en 1897 : il fut dans cette circonstance traité de « crapule ». Le mot convient à l'homme et à ses œuvres.
Gilbert- Augustin Thierryi fils d'Amédée Thierry et neveu d'Augustin, né en 1843. Partant de ce principe que « le roman doit être une enquête sur l'inconnu », il est arrivé à publier sur l'occultisme, la suggestion, etc., des œuvres étranges qui tendent à nier le libre arbitre : Mar/a, le palimpseste ; La Tresse blonde ; etc.
Guy de Téramond, de son vrai nom Edmond Gautier. Outre Schmamha (scènes algériennes) et Glorieuse canaille (c'est ainsi que l'auteur appelle le« soldats des compagnies de discipline), il a publié des Tomans voluptueux et même immoraux, où il semble se complaire à d'audacieuses révélations conjugales et aux sujets les plus scabreux. La Revue Fémina où il donne Le seuil du bonheur l'appelle « un jeune et délicat romancier ».
Edmond Thiaudière, ancien avocat, poète, romancier, philosophe humanitaire et publiciste, né en 1837,
Ses ouvrages, publiés sous son nom ou sous les pseudonymes de Edmond Thy, de Lord Humour et de Frédéric Stampf, sont irréligieux ou immoraux. Son dernier volume La réponse du Sphinx, notes pessimisteSf accuse chez l'auteur que ses confrères appellent « le bon Thiaudière », une orientation sérieuse vers les idées chrétiennes.
Marcelle Tinayre, romancière artiste qui a
mis au jour cinq romans voluptueux dont l'un tend à. démontrer Tincompatibilité du christianisme avec la. vie.
LÉON Tolstoï, né en 1828, écrivain et réformateur russe, d'une renommée universelle.
11 a entrepris d'enseigner au monde une doctrine nouvelle, mélangée de mysticisme, de socialisme, de rationalisme et de nihilisme, dont il vaticine les dogmes, envers et contre tout, au mépris même du saint, synode qui Ta « excommunié. »
H porte, en conséquence, sa réflexion sur toutes les manifestations de l'âme humaine, et comme il trouve^ à tout des inconvénients, il détruit tout : pas de lois» pas de juges, pas d'armée, le retour à l'ignorance, à, la simplicité d'esprit et à la vie austère, l'affranchissement de toute délicatesse et de tout confortable.. Voilà sa morale. Et cette morale, il s'efforce de l'appliquer lui-même : il s'est dépouillé volontairement de tous ses biens et, plus d'une fois, après avoir sollicité, en faveur des affamés, les générosités des nations, ila tenu table ouverte aux miséreux.
Cette morale, où tout n'est pas à rejeter, manque malheureusement d'appui : Tolstoï ne croit même pas à la vie future. Quant à la religion, bien qu'il la mêle à tout dans la vie, il ne la respecte pas ; et, s'il a de belles pages sur l'Evangile, il en fait un système abstrait et impersonnel d'où le Christ ert absent.
Comme tous les écrivains de sa race, Tolstoï est. atteint de cette commisération qui va surtout aux gens dépravés et qu'on a appelée « la pitié russe » : il attendrit ses lecteurs presque exclusivement sur les détresses du bagne et des mauvais lieux, comme si le malheur n'était touchant que dans le crime et l'abjection. (Maslewa dans Résurrection, etc.)
Ces doctrines subversives et ces immoralités d'ailleurs peu dangereuses n'empêchent pas La guerre et la paix; Anna Kèrénine et Résurrection, d'être des chefs-d'œuvre d'art et de littérature.
On pourra lire, en outre : Souvenues d'enfance, Tourmente de neige, Katia, Y van le Terrible, Mort d'Y van le Terrible, Le prince SerabHany, Poulihoucka. Pourquoi Von tient à la vie, La mort, etc., etc., Pages choisies. On y trouvera des épisodes atroces à la manière slave et peut-être des détails répréhensibles ; il n'y en a pas de scabreux.
Mario Uchârd (1824-1893), graveur, musicien, romancier et auteur dramatique, qui eut une vie très agitée.
Sa pièce la plus célèbre est Fiammina, Parmi ses romans, qui sont presque tous immoraux, nous ne recommandons même pas M''*« Dlaisot et Joconde Berthier.
Louis Ulbach (1822-1889), littérateur qui pose en directeur de conscience à la manière de Dumas fils. Ses ouvrages très nombreux sont suspects ou immoraux. On peut lire cependant L'Espion des Ecoles ; Le parrain de Cendrillon (chrétien).
Pierre Valdagne, de son vrai nom Lucien Louis» collaborateur de La Vie Parisienne, auteur de romans immoraux.
Jane de la Vaudère, auteur de romans passionnels où sont décrits de préférence les combats, les tortures et les débauches de l'Inde, de l'Indo- Ghine, du Siam et de l'ancienne Egypte.
L'Anarchiste (et 5 autres nouvelles étranges, mais propres) ; L'Expulsée (histoire d'une ai^çî\eTvwe ^î\feM'^
des religieuses) tranchent cependant sur cette littérature exotique et voluptueuse.
Pierre Véber, né en 1869. auteur dramatique et humoriste satirique, collaborateur à de nombreux journaux. Tous ses ouvrages ne sont pas également étrangers à la morale ; et nous ne prétendons pas mettre au même rang Amour ! Amour /... et Chez les S7io6s; (satires bur la littérature et Tameublement). Cependant, nous appliquerions volontiers, aux uns comme aux autres, ce. mot que l'écrivain prête à une blanchisseuse, dans un de ses romans : « Vrai, on n'a plus envie d'être honnête ».
Paul Vigne d'Octon, né en 1859, médecin, député radical de l'FIérault, romancier.
Débuta comme beaucoup d'autres par des sujets scandaleux et répugnants: {L'Eternelle Blessée ; Fauves amours ; Le Journal d'un Marin ; L'Amour et la Mort, Lorsqu'il fut en possession d'un certain succès, il abandonna ce genre incongru et composa des écrits plus anodins, honnêtes même, mais non moins mal écrits: Le Roman d'un Timide; Amours de Nine ; En buissonnant.,.
Alfred de Vigny (1797-1863), poète et romancier, fut au XIX« siècle, « le plus résolu des fatalistes et le plus indomptable des ennemis de Dieu ». (Ami du Clergé, 1897,. page 248).
L'ensemble de ses œuvres et surtout ses poèmes dénotent un esprit antichrétien, froidement impassisible et orgueilleux (Les destinées). Ses autres poésies sont nobles et alanguissanteS:
Parmi ses livres en prose, nous citons : Servitude et grandeur militaires (le soldat est le paria de la société, mais il a aussi sa grandeur ainsi que le prouvent trois superbes récits) ; Stello (montre
par trois exemples que le poète est aussi un paria et qu'il n'a rien à espérer du monde ; Cinq Mars (roman historique attachant, cruautés et grandeur de Richelieu)
Renée Vivien, femme de lettres et surtout poète. Elle est, en poétique, le disciple et Témule de Sapho dont elle a traduit les œuvres : elle chante la femme et l'amour des vierges. JDans ses œuvres, en prose comme dans ses vers, elle est voluptueuse.
Willy, de son vrai nom Henri Gautiers-Vil-
lars, né à Villers-sur-Orge (geine-et-Oise) en 1859. Fils d'un éditeur scientihque, il s'occupèi d'abord de poésie, d'histoire et de sciences ; il collabora ensuite à divers journaux et y créa un genre de critique musicale, semée de fantaisies sarcastiques et de calembours. (Les lettres de Vouvreuse, etc.)
Ses romans et surtout ses quatre Claudme, (Claudine à l'école ; Claudine à Paris ; Claudine en ménage ; Claudine s'en va) ont eu un succès immense. Nous ne pouvons pas dire qu'ils sont immoraux. La Croix de Reims (octobre 1903), pour avoir osé le prétendre, fut obligée par l'irritable et facétieux auteur, d'insérer tous les jugements critiques rectifiant son appréciation. Nous nous contenterons donc de citer quelques témoignages : Vivante à la façon des bêtes, Claudine obéit à tous ses instincts fHeuue do?'ée,novembre 1902) ; il émane d'elle une volupté inavouable (Gil Blas) ; Willy est parvenu à se faire classer comme auteur systématiquement immoral, parlons net, comme un écrivain faisant métier de pornographie. ..Les Claudine sont évidemment des livres malsains, pervers, scabreux, scandaleux... Minne n'est qu'une réplique industrielle à l'heureuse série terminée des Claudine, Les égarements de Minne sont d'une immoralité dont on peut seulement dire pour l'excuser cvw'^VV'Si ^'^\.
loyale. Quant à la Morne Picrate, à La Maîtresse du prince Jean, à Maugis amoureux, ils constituent exactement ce que Ton nomme par tous pays de la littérature pornographique. (Revue bleue, 7 octobre 1905, page 476).
Lire Uodyssèe d'un petit Cévenol, publié sous le ,nom d'Henry Gauthier- Villars, et La Dayadère,
Albert Wolff (1835-1891), un des oracles du Figaro, romancier et auteur dramatique dont on connaît surtout Les Mémoires d'un Parisien (6 volumes). L. Veuillot Va appelé « Lupus le respectueux », et J. Lemaître « le Georges Ohnet de la Chronique » : il a eu, en effet, comme chroniqueur, le talent de plaire à ses lecteurs, en leur parlant toujours de manière à ne pas les heurter, ni les dépasser.
Pierre, son neveu, fait des livres du même genre.
A la suite de ces auteurs qui sont plus généralement connus, nous croyons utile de dresser une liste d'écrivains, dont les romans, moins nombreux ou moins répandus, méritent la même note au point de vue moral, ou sont au moins très suspects :
Paul d'Âigremont, de son vrai nom M™« Léon de Roussen. — Léonie Andreieff, dans Le Gouffre, — Paul Avenel (1823-1902), chansonnier, auteur dramatique et romancier. — Hippolytk Babou. — Jacques Ballieu. — Le fumiste Tristan Bernard — Paul Bertnay, feuilletoniste du Petit Par isieîi. — Emile Blavet, chroniqueur. — Jean Bosc, auteur du Vice Marin. -— M"» Amélie Bosquet, auteur du Roman des Ouvrières, morte en 1904 et enterrée civilement. — Alexandre Boutique, très mauvais.— Paul Brulat, un agressif qui proclame
la souveraineté absolue de l'écrivain. — MAunrcE Enret. — Jean Carol, de son vrai nom Louis Westhauser, dont les descriptions: Chez les Hovas; Au pays rouge, sontintéressants.— M™« J.-H. Caruchet.— M«"« Cécile Oassot. — Nonce Casanova, dans ses roman» physiologiques et antiques, très brutaux. — H. Géard, ami de Zola. — Ghincholle (1843-1902), au moins dans ses romans. — André Couvreur, dans ses romans médicaux et obscènes. — Gaston Derys. — Diraison, aliàs Olivier Seylor, auteur des Maritimes, etc. - Laurent DoiUet. — Ducray-Duminil. — Louïs Dumar, poète et auteur de' Pauline, — Victorien Dussaussay. — René Emery, romancier passionnel. — Francis Enne (1844- 18DI), dans ses infâmes Brutalités. — Etincelle, de son. vrai nom M"« la comtesse de Peyronuy, auteur de L'irrésistible, etc. - Rorert Kude. — Maxime Formont, dans ses romans, nouvelles et poésies. — Ferri-Pisani, neveu de (leorge Sand, un lycéen auteur des Pervertis, -'M'^^Marie-Loiji^e Gagneur 1832- 1902), romancière anticléricale, dont. les ouyrapres furent interdits dans les bibliothèques des ^ares, en 1874. — Alphonse Georget, dans sa collection : Paysages de la vie contemporaine, '— Auguste Germain. — Emmanuel Gon- 2alès. — Emile Goudeau. — Gustave Guition, auteur de romans physiologiques et antialcooliques. — Charles- Henri Hirsch, dans ses œuvres de galanterie. — Jules Hoche. — Clovis Hugues, poète, romancier et député dans ses quelques romans [Les chansons de Jeanne d'Arc sont admirables). — Gustave Kahn, poète symboliste et romancier. — Paul Lacour, analyste de l'âme et de la chair féminines. — Ernert Lajeunesse.— Le comte Gabriel de La Rochefoucauld, descendant de Tauteurdes MaximeSy dans V Amant et le Médecu\. —
Paul Léautand. — Jules Lermina, dans ses romans spiri* tes et historiques ; nous ne connaissons pas ses romans d'aventures. — Auguste Luchet, le destructeur de la famille. — Valentin Madelstamm. — Paul Mahalin. — Henry Maisonneave. — Marc Mario, de son nom de famille Maurice Jogand.— René Hassia.— Jules Moinanx. (1825-1896), père de Gourteline, humoriste outrancier qui a produit de bonnes choses : Les deux Aveugles, etc., etc. — M. A. Monnet. — Jean Morgan. — Michel Morphy, feuilletoniste souvent pornographique. — Félix Platel, alias Ignotns, exception faite des Hommes de mon temps (deux séries de Portraits). — M"^® Jean Pomerol. — Octave Pradels, dans ses romans gais et dans ses poésies. — Rachilde, de son vrai nom Marguerite Eymery, femme d'Alfred Valette, directeur du Mercure de France^ qui se plaît à étudier les Messalines modernes. — G. de Raulin, dont les œuvres sont de la « crapulerie parfumée ». — Ernest Renan, danb L'abbesse de Jouarre. — Restif de la Bretonne (1734-1806), écrivain étrange et très fécond, qui publia 150 volumes où il raconte ses écarts et ceux des créatures dépravées, justement nommé le Jean-Jacques du Ruisseau. — Daniel Riche. — Paule Riversdale. — Henri Rochefort. — M'® Rolland. — Le marquis de Sade (1740-1814), mort à Charenton, où Bonaparte l'avait fait enfermer, célèbre par son érotisme morbide et cruel , qu'on a appelé depuis le sadisme. — Sainte-Beuve (1804-1869), le célèbre cr.Hique et poète, auteur de Volupté, roman fameux d'un rêveur sensuel. — Camille de Sainte-Croix. — Saint-Juirs. — Robert Scheffer, dans Le chemin nuptial, Misère royale^ Idyle d'un prince, romans très hardiment licencieux. — Laurent Snrville. petit neveu de Balzac. —
EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE l2î
Léopold Stapleanx et ses Viveuses. — M™« Thilda dans Les péchés capitaux. - Fernand Yandérem, auteur de La cendre, des Deux rives, etc. — M™« Claire Yautier. — Valéry Vernier. — Pierre Véron (1831-1900), l'auteur de Paris vicieux. — F. Yillars. — Maxime Villemer, alias M™« Violet, feuilletoniste, -— Xanrof, de son vrai nom LÉON Fourneau, romancier et auteur dramatique à grosses fantaisies, dont tout le monde peut lire cependant La vocation du petit Paul.
ou
romanciers dont certaines œuvres
peuvent figurer
dans la bibliothèque des gens
du monde
et être lues par des personnes
d'un âge et d'un jugement mûrs.
Souviens-toi de te méfier.
(Devise de Mérimée).
Nous rangeons, sous cette même enseigne, les feuilletonistes, les psychologues, les analystes, les romanciers à thèse, les écrivains politiques et sociaux, les peintres de la grande vie, etc., en un mot, les auteurs mondains qui, sans être à proscrire — au moins avec autant de rigueur que les précédents, — prennent, dans leurs romans passionnés, légers, tant de libertés avec la morale ou le vrai, qu'ils doivent être considérés plus ou moins comme suspects, et ne peuvent pas être lus sans danger, sinon par des esprits prévenus, par des personnes d'un âge et d'un jugement, mûrs.
Il y a d'abord les bâcleurs de « copie », les producteurs de « littérature marchande », dont les noms s'étalent sur des affiches affriolantes de toutes couleurs, et dont les œuvres s'éditent, en deux ou trois parties, au rez-de-chaussée des journaux à grand tirage.
Ces écrivains, qui veulent surtout atteindre la foule, ne dépeignent pas généralement l'abjection innommable ; ils détestent Tobscénité, mais ils poussent très loin l'analyse de la passion, ils mettent en scène le vice courant,ils l'interprètent d'une manière courante, ils le font agir en des pages plus ou moins lascives au milieu de scènes de poignard, de prison, de *duel^ de trahison, eu brochant sur le tout, ils jettent une littérature quelconque, une psychologie de convention et toujours une intrigue à effet où la fameuse théorie des * pêches à 15 sous » joue le principal rôle. Tels sont Boisgobey, Decourcelle, Mary, Montépin, Richebourg, Capendu, Delpit, Demesse, Guéroult, Révillon, Sales, etc., etc.
Vient ensuite toute une série d'analystes, de psychologues et de romanciers à thèse. L'anatomie morale est aujourd'hui la grande force et l'un des procédés les plus en vogue de la littérature romanesque ; elle a remplacé ou plutôt transformé le roman de sentiment où le récit se développait assez souvent avec la limpidité d'une vie toute simple et toute paisible, et elle a inspiré toute une collection d'ouvrages où la vertu ne joue qu'un rôle de comparse ou d'utilité.
ROMANS MONDAINS l25
Ces écrivains sont portés à considérer la vertu comme Tapanage d'êtres exceptionnels, et en tout cas co;Time un « lieu » dépourvu d'esthétique et* d'intérêt littéraire ; ils veulent en ignorer le prix et même ils prétendent en ignorer l'existence. A l'instar des reporters de Jaits t//^'^5 journaliers^ qui laissent dans l'ombre les beaux et multiples gestes de la probité, du dévouement et de la charité, pour ne relater que les assassinats et les beaux vols, ils se portent de préférence vers les âmes agitées par le vice, et, parmi les vices, ils choisissent souvent le plus perfide et le plus susceptible d'émouvoir les mauvais instincts .. ' Mais on n'aborde pas impunément de pareils sujets, et les livres dont nous parlons portent la peine de leur ennoblissement scientifique. Ils sont généralen^pnt frivoles, légers, passionnés et, à certaines pages, très scabreux ; s'ils peuvent fournir à quelques-uns une leçon efficace ou une récréation passagère, ils renferment pour la plupart des âmes un immense danger.
En effet, si ces romanciers ou presque tous, feuilletonistes et analystes, démasquent et flétris • sent les vices, c'est après en avoir tracé des descriptions qui engendrent dans l'esprit du lecteur une tentation toujours renaissante. Ils dépeignent l'amour-passion en traits fort vifs et avec une complaisance qui se confond aux yeux du lecteur avec une deini-complicité ; ou bien ils jettent au milieu de leurs œuvres, souvent remarquables par ailleurs, quelques pages ç^x^N^^îOife^t^
d'une odeur sensuelle plus ou moins discrète, en vue d'amorcer ou de retenir un public toujours avide du fruit défendu et qui trouve « bébête * un livre qui n'en porte pas une petite trace ; ou bien enfin ils développent avec chaleur une intrigue tourmentée destinée à préparer le mariage classique de la fin.
Ces préoccupations, si naturelles et si sincèrement traduites qu'elles soient, paralysent ou laissent trop dans l'ombre le côté élevé de la vie que devrait révéler un livre « fait de main d'ouvrier. »
En principe, l'effet de pareilles lectures n'est donc pas moral. On voit bien au bout de la route la censure, la défaite, la punition du vice. Mais, pour le lecteur trop peu averti, la route est si belle, si douce à parcourir, bordée de tableaux si séduisants, et d'autre part les châtiments sont si lointains et à ses yeux si hypothétiques, qu'il espère bien pouvoir les éviter si, par éventualité et tout en cheminant, il devait lui-même les mériter.
C'est pourquoi, nous pensons qu'en fait, ces peintures de mœurs si vivement représentées^ ces péripéties amorales, ces analyses sentimentales, ces thèses ou conclusions d'une moralité flottante, ne peuvent pas sans danger être mises entre les mains de lecteurs trop jeunes ou trop impressionnables.
Ces écrits présentent du reste, dans leur ensemble, un autre péril qui, pour être moins sensible
et d'un effet plus lent, n*en est pas moins digne d'être signalé, parce qu'il constitue, à différentsdegrés, le grand mal d'une partie de cette littérature.
Ce qui, dans ce siècle, a perverti le plus de cœurs et perdu le plus d'imaginations, ce qui a enfanté le plus de misère, le plus de vices, le plus de crimes, ce qui arrivera devant le trône de Dieu avec le plus lourd cortège de malédiction,, ce sont les romans.
Tous ou presque tous tendent à fausser la foi,, la conscience et la piété ; ils sèment, dans les esprits, le scepticisme, l'indifférence ou le mépris pratique à l'égard de tout ce que la religion représente de sacrifices et de renoncements ; ils rendent les liseurs incapables de toute réflexion sérieuse, ils les dégoûtent des instructions et des pratiques religieuses, ou bien ils donnent à leur piété un caractère purement sentimental et faussement émotif
Ils tendent à fausser le jugement. Ilsprésentent comme ordinaires des êtres et des états d'âmes exceptionnels, ils égarent les esprits dans l'ordre chimérique, et en les habituant h vivre dans le rêve, leur font perdre la juste orientation de la vie.
Ils faussent enfin l'âme tout entière, en exaltant l'imagination au détriment des autres facultés. Aussi les personnes qui les fréquentent assidûment ou presque exclusivement, prennent en dégoût ce qu'elles appellent le terre à terre de l'existence; elles rêventde situations imçQSs\b\.<i.^^.
et parfois, en s'eflForçant de les conquérir, tombent dans Textravagance, sinon dans la honte.
Combien de jeunes gens et de jeunes filles ont été ainsi transformés par ces lectures passionnantes et décevantes ! Combien de mondaines oisives ont trouvé dans la vulgaire saveur du roman naturaliste des germes de perdition !
Combien surtout de bourgeois et de gens du peuple, après une lecture mondaine ou passionnée, ont entendu retentir dans eux ce cri amer que la Geneviève de George Sand jetait à ses livres : « Vous avez changé mon âme, il fallait donc aussi changer mon sort ».
Ecrivains néfastes, s'écrie un critique dans la préface d'un livre trop célèbre (1) voilà votre œuvre ! Ce n'était pas assez et de la faim, et du froid, et des maladies, et de tout ce qui accable les malheureux, vous avez doublé la somme de leurs douleurs, vous y avez ajouté lés souffrances qui sont les sœurs du luxe et de l'oisiveté, vous avez popularisé la mélancolie ! Et alors nous l'avons vue, cette misère de grand seigneur, monter les escaliers déserts qui mènent aux mansardes, et venir s'asseoîr au foyer des pauvres, comme si les pauvres avaient le temps de rêver et de pleurer. Eh ! qui pourrait te résister.
(1) John Lcmoîne, (5tude sur Manon Lescaut (nouvelle édition, 1864). Ce roman de l'abbé Prévost, chef-d'œuvre de style et de sentiment, s'il montre qu'une âme entièrement possédée par l'amour est «ne âme perdue, laisse cependant cette impression que les victimes de la passion méritent plus de pitié <jue de blâme. Rien qu'à ce titre, il est éminemment dangereux pour la jeunesse.
fatale et chère enchanteresse, quand tu viens comme Armide agiter devant nous ta tête souriante à travers les larmes, et secouer sous notre visage ébloui les perles de tes yeux !...
Pour se faire une idée des ravages que produisent, dans la société tout entière, certains livres qui faussent et exhalent ces tristes mœurs, il suffit de regarder autour de soi et de voir le succès qu'obtiennent les journaux à trois ou quatre romans, les illustrés, les livraisons et les brochures à 20, 60 ou 95 centimes...
Cest pourquoi, ,si nous ne pouvons pas condamner en bloc tous ceux qui liraient quelques volumes de nos romanciers mondains, nous ne pouvons cependant recommander à personne la plupart des livres de cette catégorie; nous déplorons que des jeunes gens et même des hommes faits, instruits ou non, sans moyen de contrôle et sans contre-poids, fassent ou refassent leur éducation morale et intellectuelle avec un pareil régime de lectures, et nous concluons que la plupart des ouvrages de ces auteurs ne peuvent ^ire donnés qu'avec une grande circonspection et lus que par des personnes d'un âge et d'un jugement mûrs.
Il y a pourtant, dans cette catégorie, certains noms qu'il faut marquer d'un trait tout différent.
Ce sont les convertis, ou plutôt les écrivains qui, après avoir offert au public des livres regrettables, paraissent s'être ralliés à une manière qui est, à notre point de vue, plus acceptable ;
tels, par exemple, Jean Aicard, Paul Bourget^ Boyer d'Agen,Huysmans, Jules Lemaître, Hugues Le Roux, Talmeyr. etc.
Ce sont les auteurs qui portent habit de deux paroisses, comme on disait au XVI^ siècle, en d'autres termes qui dédient une partie de leurs œuvres aux mondains, et Tautre partie à la jeunesse candide ou aux bonnes mamans ; par exemple, Léon Barracand, Georges Beaume^ Gabrielle Réval, etc., etc..
Ce sont aussi des auteurs de romans politiques et sociaux. Il nous a semblé que ces thèses, dont les développements présentent du reste assez souvent des pages scabreuses, seraient au moins inutiles à certains jeunes gens et conviendraient plus spécialement à cette seconde catégorie d'ouvrages.
On trouvera enfin dans cette liste nécessairement amalgamée, des noms qui auraient pu figurer, avec autanfde raisons, parmi les précédents , et même parmi les suivants. Cette confusion n'est pas sans excuses. Ceux qui liront avec attention la synthèse de notre œuvre, constateront avec nous que si le principe operatio sequitiir esse peut rendre de grands services en philosophie et en psychologie, il devient, quand il s'agit de certains auteurs ondoyants et divers^ d'une application très difficile... Tantœ molis erat ! A vrai dire et au point de vue pratique, il importe peu que notre classification soit parfois en défaut; puisque nos lecteurs se soucient bien plus des œuvres que de leur auteur, et que ces œuvres sont toujours — à quelque endroit qu'elles soient
citées — appréciées avec toute l'exactitude possible, notre catalogue n'en garde pas moins son utilité...
Paul Acker, jeune écrivain qui vient de mener dans un grand journal uue vigoureuse campagne en faveur de Lourdes. Il a donné, comme romancier, quelques volumes qui obtiendront difficilement l'entière sympathie du public catholique : Amant de cœur ; Petites âmes ; etc.
Jean Aicard» né en 1848. Un vrai méridional, le poète de la Provence et de Tenfance.
Ses poésies (Miette et Noré, etc.) et ses romans (Le Diamant noir ; Notre Dame dfam.our ; Le roi Camargue ; L'ibis bleu ; Fleur d'abîme ; Le pavé d'amour ; Don Juan 89 ; etc.) renferment, pour la plupart, à côté de descriptions magnifiques et de sentiments très purs, des peintures lascives, sensuelles et malsaines, et sont, à des degrés divers, dangereux au point de vue moral : telle la côte méditerranéenne avec ses splendides décors et ses étangs pestilentiels.
Cependant, l'ensemble de ses œuvres témoigne que l'auteur est travaillé par le problème religieux : JèsuSj par exemple, est inspiré par une foi confuse, mais sincère et généralement respectueuse ; La chanson de Venfant est un recueil d'aimables poésies.
Tata, son avant-dernier ouvrage, trahit, au plus haut point, cette noble préoccupation : c'est un roman de mœurs provençales et d'éducation enfantine, supérieur au beau Livre des petits, presque un roman chrétien, peut-être l'aube d'une autre âme et, en tous cas, une date dans la vie littéraire de Jean Aicard.
Antoine Albalat» professeur et romancier. L'art d'écrire et Le travail du style ont plus de mérite que ses romans : Un adultère (immoral) ; Marie (réaliste, mais honnête et intéressant) ; L'impossible pardon (une fiancée qui faute avec un autre, tue sa mère et aime son mari. Ce n'est qu'en mourant que la malheureuse obtient son pardon) ; L'inassouvie^ etc.
Henri d'Alméras, ancien professeur de lycée, actuellement critique littéraire à La Presse,
Pamphlétaire ardent, il dirigea ses attaques contre rUniversité (Fabrique de x>ions ; Aima mater), contre les a républicoquins » (Le citoyen Machavoine).
Gomme critique littéraire, il a étudié dans Avant la gloire, les débuts des lettrés les plus connus de notre époque.
Plus récemment, il a publié une série d'ouvrages intitulée : Les Romans de l'histoire ; Cagliostro ; Les chemises rouges, le demi-monde sous la Terreur ; Les Dévotes de Robespierre ; Fabre d'Eglantine,
René d'AnjOU, de son nom de famille M'^e GOUraud d'AblanCOUrt. Romans patriotiques {Cœur de France, etc.), et romans très passionnés (Intuitif amour, etc.)
■^[me Henri ArdeL On trouve, dans certaines bibliothèques catholiques, les romans suivants : Au retour ; Renée Orlis ; Tout arrive ; Rêve blanc ; La faute d'autrui ; Cœur de sceptique (bien étudié) ; Seule ; Mon cousin Guy ; L'heure décisive ; Le mal d'aimor qui tend à montrer — ce qui est trop absolu — que la femme ne peut remplir sa vie, si elle n'aime d'amour conjugal. Paix aux œuvres de bonne volonté !
Paul Arène (1843-1896). Maître d'études et ensuite journaliste (Figaro, Petit Journal, Evénement), l'un des auteurs qui ont, avec Daudet, le mieux décrit la Provence. Ses pièces de théâtre, ses idylles méridionales et ses romans consacrés à cette « gueuse parfumée », peuvent griser autant qu'ils embaument: les jeunes personnes se contenteront donc des iVoiiveaux contes de Noèl.
Art Roé, de son vrai nom M. Mahon, capitaine d'artillerie. Dans ses romans militaires, il envisage surtout le problème moral ; il attribue à l'officier une mission d'éducation et il considère la valeur morale comme la grande force de nos armées. Ces idées sont excellentes ; mais Art Roé ne sait pas toujours les mettre en œuvre. Citons : Le journal d'un officier d'artillerie ; Sous Vétendard (L'assaut de Loigny) ; Racheté (récit intéressant de la retraite de Russie qui se termine par une banale idylle) ; Pingot et moi ; Mon régiment russe ; Papa Félix,
Arvède Barine, de son vrai nom M°^« Charles Vincens, femme de lettres, d'origine russe, née en IMO, décorée de la Légion d'honneur, collaboratrice de La Revue Bleue, de La Revue des Deux Mondes et du Journal des Débats.
Ses récits, ses contes et ses fantaisies : Princesses et grandes dames ; Portraits de femmes ; Essais et fantaisies ; Bourgeois et gens de peu, ont un charme infini. Leur naturel, leur grâce et leur finesse extrême qui touche sans jamais appuyer, font penser aux lettres de M"f^- de Sévigné.
Ses œuvres historiques : La jeunesse de la grande Mademoiselle ; Louis XIV et la grande Mademoiselle ; son roman Névrosés ; ses biographies f^A/""® de Carhjle; (3/me Gœthe; Saint François d'Assise) sont dans le même ton et offrent le même mérita \\llét^Yt^,
Au point de vue moral, tous ces livres contiennent, à côté de quelques passages trop réalistes pour la jeunesse, des considérations renanistes très accusées.
Philibert Audebrand, né en 1815, polygraphe dont la plume fertile a brossé un nombre incalculable de chroniques et s'est essayée dans tous les genres. Tout le monde peut lire : Un petit-fils de Robinson; Voyages et aventures autour du monde de Robert Kergorieu.
Maxime Audouin, pseudonyme d'EuGÈNE Delacroix qui signe aussi Jean Pouliguen. Romans dramatiques, sentimentaux et historiques ; nouvelles et contes souvent reproduits par des journaux de nuances diverses.
LÉON Barracand, romancier dauphinois. Il se flatte d'éprouver un vif sentiment religieux ; mais il est parfois agnostique, souvent stendhalien et voluptueux.
La belle Madame Lenain (se corrompt pendant que son mari le député s'enrichît par des moyens peu scrupuleux) ; Trahisons (conjugales d'un notaire de province et de sa femme) ; Les hésitations de Mw« Planard (situations audacieuses) ; Le mayiuscrit du sous- lieutenant (quelques fausses notes seulement) ; La cousine (quelques pages libres) ; Vicomtesse (très passionné, mais très littéraire) ; Mariage mystique (amitiés chastes d'un aumônier et d'une pensionnaire hystérique) ; Un barbare (peu intéressant) ; Romans Dauphinois (huit récits dont plusieurs très libres) ; Le Bonheur au Village (mondain et honnête) ; Histoire de Vivette (moral, mais systématiquement neutre au point de vue religieux) ; Roberte (passionné et honnête) ; L'adoration (recueil de nouvelles dont une au moins très impie) ; Un monstre (sujet risqué) ; Un
grand amour ; Le roman nuptial ; sont plus ou moins répréhensibles.
Tout le monde peut lire : Épée brisée (énergique protestation contre l'expulsion des Chartreux) ; Dormilhouze la jeune (publié dans Le Mois) ; Hilaire Gervais, (histoire d'un enfant) ; Servieune (histoire d'une servante) ; La rançon de la gloire ; et beaucoup La loi des cœurs ; Amour oblige.
Maurice Barrès, né en 1862, à Charmes (Vosges), ancien député, romancier analyste.
Son œuvre, comme celle de nombreux écrivains contemporains, ofTre des traits, des tendances et des idées singulièrement contradictoires : des sentiments religieux et patriotiques, et des sentiments païens et anarchiques ; des idées françaises et des idées allemandes ; le culte de Jeanne d'Arc, de Bernadette, de la Lorraine, et celui de Voltaire et de Stendhal ; de Tégotisme et de l'apostolat nationaliste ; des scènes immorales et des pages exquises.
Ce qui met cependant Barrès hors de pair, c'est sa conception de c l'énergie » : il est partisan de l'énergie, c'est-à-dire, en dernière analyse, de l'instinct, de l'impulsion naturelle, de la sensation, jusqu'à rêver d'un état où « ni une cité, ni un Dieu nous imposent leurs lois ». Les paysages même sont des états d'âme : la Lorraine, dans L'homme libre, Aigues- Mortes dans Le jardin de Bérénice, l'Espagne, « le pays le plus effréné du monde » dans Du sang, de la volupté et de la mort, servent successivement de moyen pour aiguiser les sensations, créer des empreintes et déterminer des drames...
Sous Vœil des Barbares, le vade-nvecvrccv ^^ ^'^'^
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admirateurs, et L'ennemi »ies f<!>i> trahissent le même égotisme antisocial 1 .
Les romans de l'énergie nationale L^s 'Jéracinés ; L'Appel av. j^oldat ; Leuts figures- marquent cependant une évolution, que Les Bastions de l'Est, An senrice de l'Allemagne . Les atnitiés fi'anraises, et?,, ont accentuée et qui font espérer que Barres, se souvenant de sa mère, finira par s'agenouiller.
Cet auteur obscur, compliqué et profond, compte de nombreux amis et aussi de nombreuses victimes : tel jeune homme qui l'a lu. l'a appelé son « assassin adoré ». Hélas ! et holà ! même pour certaines grandes personnes.
Georges Beaume inaugura son œuvre par des
romans très passionnés ou naturalistes, pleins de
chaleur et de coloris : Lirette : Le pêche : Cyniques
scènes brutales rappelant La terre de Zola : Les
amou eux.
Les vendanges : Les j:irdins : Ln»^ ro.ce : etc., évoquèrent dans des pages ardentes l'àme d'une race et d*u»:e terre, le Languedoc, avec ses vignes, ses oliviers, ses cigales sonores et son ciel d'or et d'azur.
Parmi toutes ses œuvres. Les Quissera sont presque inolîensifs ainsi que Au p-nj^ des Cigales 15 nouvelles; : Corbeille d/or 16 nouvelles : Le maudit recueil de nouvelles .
Les deux Rivales ; Rosière et moi ; Petite princesse peuvent être mis entre toutes les mains.
André Beaunier, écrivain détalent qui s'est fait une bonne place dans la presse et le roman. Nous
1 An i>'jiiit (le vue de l'égulisme. l'œuvre pliilnsuphique de Haiiv^. peut >e résumer ainsi : I. Dôlinitiuii du moi et des Barbare'» qui sont le non-moi : Soiis l*œil Ofs Barbare!i ; —