C. F., homme de lettres, Paris
Votre livre sera un guide précieux qu'aimeront à consulter tous ceux qui ont à. di)'iger lecteurs et lectrices. Mais il y aurait une amélioration à apporter et veuillez me permettre de vous exprimer mon désir qui est celui d'un grand nombre. Ne pourriez-vous pas classer les romans d'iiprès le but à obtenir ?...
B., curé (Var).
I/abbé X... qui écrivit un livre que vous eonnaissez peut-êti'e, me disait récemment, en me nnrlnnt de votre livre qu'il n'avait pas lu, que le titre était
^ ^ PRÉFACE
Irop absolu. L'objection était sérieuse : elle ne tient pas, lorsqu'on ^a lu votre ouvrage.' Vos cat^égories sont faites d'une façon fort intelligente et par un juge éclairé qui sait de qui et de quoi il parle. Ce n'est pas si commun qu'on le croit. En punition de sa faute, (ui^ jugement téméraire), il faudra que Tabbé X... avale votre volume et je suis bien convaincu qu'il trouvera que la pénitence est douce.
P., romancier, Paris.
Vous avez reçu des approbations si autorisées et si flatteuses que la mienne n'importe guère. Je tiens néanmoins à vous féliciter de la manière judicieuse, sobre et délicate dont vous caractérisez ces innombrables productions de la littérature contemporaine. Cela représente un travail considérable que .peu d'hommes seraient en goût d'affronter. Vous avez donc rendu un véritable service à tous ceux qui sont, par profession, les conseillers des mères de famille.
R., prêtre, Lille.
...J'ai lu avec grand plaisir, dans les trois énormes registres que vous avez bien voulu me communiquer, les. éloges qui vous ont été décernés et que vous méritez si complètement. A mon avis, ce qui vdtis honore le plu?, ce ne sont pas les compliments si flatteurs et si autorisés qu'on vous a prodigués, ce sont les persiflages et les injures de certains •critiques. Les impertinences inoffensives de La Gironde, de Bordeaux, et du Rapide, de Toulouse ; l'entrefilet de la Petite IW'inihiique et du Petit Vnr : les inteiTuinables blagues de La liéptthlique Française vi du Carrière délia Sierra ; les pa.«îquinades du Petit filen, etc., etc., constituent, pour un écrivain catholique, et surtout pour im prêtre, autant de titres d-r gloire. Si les mondains et les ennemis de nos doctrines vilipendent votre œuvre, c'est qu'elle fait rhi bien. Comme dit le proverbe arabe : « On iw ]('tic pas do pioi-ros au noyer stérile »...
E. D., professeur, Cambrai.
Ce travail n'est pas une œuvre de littérature, de critique ou d'érudition ; il n'a même pas la prétention d'être une étude historique ou philosophique sur les principaux romans de notre époque. Comme l'indique son sous-titre, il est un essai de classification : moins que cela encore, un catalogue raisonné, accompagné de quelques indications pratiques. Tout simplement.
// ne s'adresse donc pas spécialement à des lettrés, mais à des consciences chrétiennes.
Des familles justement alarmées du dévergondage qui règne dans le roman contemporain, ont maintes fois demandé une liste d'ouvrages de ce genre pouvant être placés sans danger aux divers coins de la table de lecture ;
Des esprits cultivés, désireux de se mettre au courant de la littérature par la lecture des livres en vogue, mais plus soucieux encore de sauvegarder la paix de leur conscience en observant les lois de la prudence chrétienne, ont formulé
le vœu de voir s'établir un judicieux départ entre les romans à lire et les romans à proscrire :
Des hommes enfin qui, par état, sont tenus d'être renseignés et sont souvent appelés à donner une décision ou un avis sur les livres dont on parle, se sont posé cette double question : Que valent tous ces auteurs ? Quels sont, parmi leurs ouvrages, ceux qu'on peut lire et ceux qu'on ne doit pas lire ?
Nous ne nous dissimulons pas qu'une telle entreprise présente de graves et multiples difficultés ; nous sommes même persuadé que la publication de cet essai donnera lieu à de nombreuses critiques.
Comment donc ! s'exclameront des lettrés respectueux à l'excès des privilèges souverains et inaliénables de la littérature, vous proscrivez des romans ! Il n'y a pas de romans à proscrire ! Ces écrivains dont vous faites des malfaiteurs sont la gloire de notre pays ! Leurs ouvrages sont des chefs-d'œuvre de style, de psychologie, d'observation, de construction dramatique, etc. Et vous les proscrivez ! n'est-ce pas pousser la sévérité jusqu'à l'injustice et la barbarie ? Un pareil ostracisme n'est-il pas un outrage à l'esprit humain ? Et que deviendrait la littérature tout
AVANT-PROFOS
emiére, si eue devait renfermer ses élans, ses conquêtes, ses droits et ses jouissances dans le domaine étroit où la morale, régnant en usurpatrice, viendrait lui imposer des lois qui ne sont pas faites pour elle ? »
Assurément, ce langage n'est pas pour nous surprendre ; tous ceux qui ont affiché la prétention — et ils sont légion — d'émanciper Vart, la politique, V économie sociale, le mariage, etc. y Vont employé dans leurs manifestes avec peu ou point de variantes.
Oui, la littérature est indépendante de la morale, en ce sens qu'elle a son objet et son domaine à elle. Mais en tant qu'elle est l'œuvre d'un homme, et qu'elle s'adresse à des hommes, elle relève des lois qui régissent l'homme mêrne^^ et elle a la stricte obligation de s'y soumettre. Si illustre et si puissante qu'elle soit, elle tl'^à pas le droit de se mettre à la traverse sur le chemin que l'homme doit parcourir pour atteindre sa fin. Qu'elle s'abstienne de prier, de chanter les louanges du Seigneur et d'enseigner les devoirs imposés aux créatures, soit. Mais si elle n'a pas pour mission essentielle de psalmodier ou de catéchiser, il lui est rigoureusement interdit de blesser, d'aveugler, et surtout de souiller et d'égarer. Quand elle profère des blasphèmes ou étale des lubricités, eût-elle pour apôtres et pour thuriféraires, des génies incomparables, elle^ devient un obstacle à la fin supérieure de l'homme.
La morale a le droit de le dire, et appuyée sur l'histoire, elle a toute facilité de le prouver. En son nom, les moralistes ont le devoir de la proscrire. Il y a donc des romans à proscrire.
(( Soit, dira quelqu'un, mais encore faut-il apporter dans cette œuvre de sélection un certain tempérament et ne pas pousser la sévérité jusqu'à la rigueur. Sans doute, la morale a des droits supérieurs à ceux de l'art et de V imagination et elle est admise à les faire valoir. Mais n'est-ce pas la mal comprendre et la mal servir que de condamner en son nom des ouvrages de valeur, alors que des critiques, en l'espèce très qualifiés, les jugent avec une réserve très respectueuse, alors que des journaux catholiques (oh ! combien 1} les recommandent à leurs lecteurs sans aucun scrupule ? Qu'on dérobe aux regards de la jeunesse des obscénités crues et des scènes troublantes, personne n'y contredira ; mais c'est mauvais calcul, ingénuité et injustice de forcer la plupart des vivants à lire exclusivement des berquinades sur la piété filiale, des romans à la guimauve et des sornettes sans valeur. »
Evidemment, ce sont des artistes qui parlent ainsi. Ils répondent par avance à ceux qui nous trouveront trop larges. Nous leur rendrons cette justice qu'ils tiennent compte, plus que d'autres
imprudemment timorés, des exigences de Vart ; mais nous devons les avertir qu'ils font trop bon marché des exigences de Vâme.
Il y a sans doute des hommes exceptionnellement doués, des cérébraux, des esthètes, qui, par tempérament ou en vertu de je ne sais quelle oblitération du sens moral, voient en tout exclusivement la forme du beau et le beau de la forme. Mis en présence de scènes voluptueuses ou d'impiétés perfides, du reste très bien décrites, ils laisseront tout le <( contenu », pour ne voir que l'image abstraite ; ils se laisseront éblouir par la magie du style et l'habileté du styliste, sans se laisser émouvoir par la sensualité des peintures ou égarer par les sophisme s de l'écrivain. Ces hommes existent, mais hâtons-nous d'ajouter qu'ils sont des exceptions.
La masse des lecteurs ne leur ressemble guère ; et ce serait par trop ignorer l'humanité de ne pas le connaître.
Ce serait oublier la faiblesse humaine que de la croire inaccessible, insensible aux séduisantes fictions du vice ou de l'erreur i^ Ce serait ignorer l'histoire aussi que de nier les ravages immenses et profonds produits par la lecture de ces romans, trop peu réservés qui, selon le mot de Jules Vallès, ajoni pleurer les mères et travailler les juges )K^
C*est dans le but de prévenir, chez ceux qui ^voient, ces lamentables catastrophes, que nous
proscrivons certains livres et que pour certains autres, nous demandons la prudence, en ne les permettant qu'à des lecteurs raisonnables et plus âgés.
(( Comment établir ces catégories ? dira-t-on. Une œuvre aussi étendue et aussi délicate exige chez celui qui ose V entreprendre et qui a la volonté de l'accomplir assez loyalement, pour la rendre utile, une vaste érudition, beaucoup de lectures et une connaissance déliée de toutes les productions contemporaines, lesquelles sont parfois répugnantes et en tout cas innombrables et chaque jour plus nombreuses... Dès lors, peuton espérer réussir ? ».
En effet, le travail est immense, puisque, au témoignage des spécialistes, Vétude complète du roman contemporain exigerait la lecture de 40.000 volumes... Evidemment nous ne nous sommes pas imposé et nous ne pouvions nous imposer cette tâche surhumaine. Mais les notes que nous avons recueillies et soumises au contrôle de théologiens et de littérateurs autorisés, les collaborations sérieuses que nous nàus sommes assurées, le concours que nous ont prêté des personnes du monde parfaitement compétentes, nous ont permis de porter sur un grand nombre de romans et de romanciers, un jugement sérieusement motivé.
AVANT-PROPOS iM
De telle sorte que, si nous sommes le premier à reconnaître que V ouvrage n'est pas exempt d'imperfections, les garanties dont il fut entouré et les approbations qu'il a reçues nous autorisent à espérer qu'il pourra rendre quelques services.
Du reste, il nest pas définitif. On a dit {c'est M. Brunetière, si je ne me trompe) que l'on devrait considérer les premières éditions des œuvres comme des essais informes que ceux qui en étaient auteurs proposaient aux personnes de lettres pour en apprendre leur sentiment.
Bien volontiers, nous prenons pour nous cette observation et ce vœu. Si les lacunes et les défauts mêmes de cet ouvrage nous valent et nous rapportent des critiques, des contradictions, des leçons qui le rendent meilleur, nous remercierons Dieu et nos obligeants lecteurs.
Ceux-ci nous présenteront peut-être encore une dernière observation et ils diront : u Entre l'Assommoir et l'Auberge de l'Ange gardien, il y a une distinction que tout le monde établit facilement. Mais entre le premier qui doit être proscrit et le second qui est moralement inoffensif, il y a des milliers d'ouvrages qu'il paraît impossible de (( catégoriser » d'une manière absolue au point de vue moral. Comment se reconnaître dans cette zone si étendue et si peuplée ? Com-
ment oser la diviser en districts, de façon à déterminer, pour chaque série de livres, le genre de lecteurs qui lui convient ? »
Les dangers de VutilUé des lectures sont en effet tout ce qu'il y a de plus relatif, de plus individuel et de plus difficilement déterminable. Chaque âge, chaque mentalité, chaque condition, chaque profession même a ses goûts, ses besoins, ses dangers et ses droits. Ce serait témérité et folle présomption de prétendre y pourvoir d'une manière intégrale autrement que par des directions particulières.
Il y a cependant, au-dessus des lois qui doivent présider à cette œuvre individuelle, à ce régime moral, des lois générales et inflexibles qui constituent une hygiène nécessaire. Il y a, en dehors des dangers qui affectent des individualités, d'autres dangers auxquels la majorité des âmes ne saurait se soustraire ; à côté des lectures qui sont dangereuses ou utiles respective, comme s'expriment les théologiciens, il y en a qui le sont absolute...
Ce sont ces lois que nous avons essayé de dégager et ce sont ces dangers que nous avons voulu conjurer en établissant notre classification et en rangeant par catégories distinctes les romanciers et les romans.
Les romanciers, d'abord ! nous avons essaye de les définir et de les distinguer par ce qui domine en eux. Et d'après ce critérium, nous
n'avons rien trouvé de mieux que de les répartir, conformément au langage courant, en trois classes : les mauvais, les intermédiaires et les bons.
En premier lieu, nous appelons mauvais tous ceux dont les ouvrages ont été même partiellement portés à /'Index ; dès lors que V Eglise s'est prononcée sur le caractère dangereux d'un livre, nous devons nous incliner et condamner ce qu'elle a condamné elle-même. Si les auteurs frappés ont produit des ouvrages qui doivent trouver grâce devant la morale chrétienne comme devant les jugements ecclésiastiques, nous sommes tenus en justke de les signaler en leur attribuant la note qu'ils méritent, mais nous ne pouvons pas oublier que la censure de l'Eglise, en atteignant un écrivain, le marque d'un trait qui domine toute sa littérature et la rend un peu suspecte... C'est pourquoi nous mettons tous ces auteurs dans une catégorie spéciale... C'est notre ^ première liste de proscription.
Dans la seconde, nous avons rangé les romanciers qui, dans la généralité de leurs œuvres, combattent les doctrines religieuses ou les bonnes mœurs et font ainsi de leur littérature, intentionnellement ou non, un moyen de perversion. Ces auteurs sont, hélas ! très nombreux ; s'ils n'ont pas été personnellement censurés par l'Eglise, ils n'en sont pas moins condamnés... Les About, les France, les de Kock, les Malot, les Loti, les
"^i ANANT-PROPOS
Mirbeau, les Prévost et bien d'autres, sont des contempteurs de notre foi, des pervertisseurs ; ils doivent être proscrits.
Dante les aurait plongés dans les « cercles ^ de son enfer avec Vensemble de leurs œuvres. P'jur nous, nous avons eu soin de distraire de ce bloc de géhenne ^ les ouvrages inoffensifs ou moins dangereux... Mais nous avons pensé qu'au total, il était juste de flétrir ces auteurs : et c'est à cause du caractère dominant de leurs écrits que nous les avons placés dans notre seconde liste de proscription.
Après les proscrits, les suspects : après les mauvais, les intermédiaires.
Ce sont ceux, qui ne faisant pas de l'irréligion et du vice un devoir et une habitude, sont cependant répréhensibles occasionnellement, soit en • soutenant des thèses erronées sur des points secondaires, soit en jetant au milieu d'un livre sérieux et utile quelques pages trop libres, soit enfin en exaltant Vamour outre mesure et en lui donnant trop d'influence sur le cœur, la conscience et la destinée de l'homme. Ce sont ceux qui, à côté de livres pernicieux, en ont publié de très bons : ou encore ceux qui, après avoir évolué longtemps autour de la mare fangeuse du 'péché, paraissent s'en être définitivement éloignes
pour semer dans de fertiles sillons un bon grain très peu mêlé d'ivraie.
Il nous a paru aussi injuste de proscrire absolument ces auteurs que de les recommander sans réserve. C'est pourquoi nous les avons réunis dans un a cercle » à part, le « purgatoire » de notre troisième catégorie.
Enfin, voici les bons auteurs ou plutôt les bons livres. Nous ne disons pas le « paradis », car il en est bien peu de parfaits : nil ab omni parte beatum, comme dit le poète... Si nous affirmons qu'ils sont à lire, nous ne prétendons pas, tant s'en faut, qu'ils soient toujours nécessaires au perfectionnement de l'homme ; nous voulons faire entendre surtout que ceux qui les fréquenteront sont sûrs de se trouver en honnête compagnie.
'Cependant, hâtons-nous de le rappeler, ce qui est foncièrement et loyalement bon n'est pas également utile à tous. Aussi, comme les livres dont il s'agit ici sont plus généralement confiés à des âmes jeunes où tout porte et tout reste, nous' avons jugé éminemment pratique d'en dresser une triple liste, selon qu'ils conviennent surtout aux jeunes gens formés, aux adolescents, et aux enfants. L'importance de ce travail de sélection dont nous parlons d'ailleurs plus loin, paraîtra évidente à tous ceux qui comprennent notre but
AVAiNT-l'liOPOS
et réfléchissent tant soit peu sur l influence décisive des lectures dans V éducation...
Ces dernières pensées nous ont dirigé dans la classification des romans eux-mêmes. Dès les premières pages et dans tout le cours de ce catalogue, nous nous sommes trouvé en présence de livres variés, bons ou mauvais, qui pouvaient être utiles à quelques-uns, inutiles ou nuisibles pour d'autres. Nous nous sommes appliqué à préciser la destination qui leur convenait le mieux, d'après les principes que nous exposons plus loin.
Ce n'est pas certes que nous ayons prétendu établir un régime de lectures ; l'entreprise serait téméraire et ce n'était pas notre, but. Nous avons voulu uniquement marquer des limites et prévenir des dangers.
Les notes elles-mêmes que nous avons répandues à travers cette « armature » parfois boiteuse n'ont pas d'autre objet. Si peu fouillées ef si peu littéraires qu'elles soient, elles visent à être exactes et pratiques ; si sévères qu'elles paraissent, elles ne sont pourtant que très prudentes.
En réservant pour telle catégorie de lecteurs tel livre ou tel auteur déterminé, soit dans les notes, soit dans la classification, nous n'avons pas eu, en effet, l'intention de l'interdire à tous ceux qui n'ont ni leur âge, ni leur maturité, nous avons seulement voulu dire : Prenez garde, il y a probablement danger pour vous.
AVANT-PROPOS ^i (
A une époque où, dans les lectures, Vimpruàence cause plus de désastres moraux que la perversion, c'est quelque chose que d'essayer de la prévenir.
Ceux qui mépriseront nos conseils et qui, sans être assez sûrs d'eux-mêmes, s'engageront plus avant que nous le leur permettons, ne feront pas tous naufrage ; mais ils reconnaîtront peut-être par expérience que, s'ils n'ont pas trop souffert, d'autres, moins avertis, s'exposeraient, en suivant la même route, à de sérieuses avaries, et au nom de la charité qui unit en Dieu toutes les âmes chrétiennes, ils nous remercieront.
Fête de Saint Michel, 29 Septembre 1904.
Romans à proscrire
EN VERTD DES DECIIETS DE L INDEX
L'Eglise a, en vertu des puiivuiis qu'elle tient de son divin Fondateur, le droit et le devoir de condamner l'erreur et le mal partout où ils se rencontrent : elle a aussi, par une conséquence naturelle, le droit de condannier les livres opposés à la foi ou aux mœurs chrétiennes ou ceux qui, sans être mauvais, -ont dangereux à ce double point de vue.
Ce droit, l'Eglise l'a exercé de tout temps ; et, (le nos jours encore, elle a pris soin d'indiquer, dans ^es lois et dans son Index, les ouvrages dont les fidèles doivent, sons piMin- (1< |H'(iié, s'interdire la l(Mtiire.
Il \ a d'abord les livres dont la lecture est défen- (iii<> sous peine d'excommunication réservée au Pape (Huile ApostoUcœ Sedis). Ce sont les livres nommément prohibés par Lettres apostoliques : le plus connu s'inlilule « Les paroles d'un croyant ». de Lamennais, "ondamné par une encvelique de Grégoire XVL le '25 juin I8.3i.
Ce sont eusuile des ouvrages eriils par des hérétiques ou des apostats et qui soutiennent l'hérésie.
Il n'entre pas dans notre plan de poser et de résoudre tous les problèmes de casuistique que ce texte peut soulever. Toutefois, il n'est pas sans intérêt d'observer que certains romans paraissent susceptibles d'être atteints par cette loi.
Sans doute, nous ne connaissons pas et il n'y a pas de romanciers qui aient été déclarés hérétiques et apostats par l'Eglise ; mais' plusieurs d'entre eux, par exemple, Renan, Balzac, Dumas, etc., d'une part, Zola, d'autre part, ne doivent-ils pas être considérés à bon droit comme tels, soit parce qu'ils ont défendu les doctrines hérétiques, soit parce qu'ils se sont volontairement éloignés de la vraie religion ? Et certains de leurs ouvrages d'imagination ne soutiennentils pas assez ouvertement l'hérésie pour que la lecture en soit interdite sous peine d'excommunication ? (( L'Ami du Clergé » répond par l'affirmative. Cependant, comme cette question est plutôt du ressort (](}^ ranonisles et des tliéologiens que du domaine exclu- ^-iv^'inonf pratique, nous passons outre.
Il y a. PII sr<T»iid lieu, des écrits qui soiil simplement à Vltidcr, ou, plus exactement, qui sont condamnés par les décrets de la Contrréiration de yjndcr.
Ces décrets — il importe de le noter - - ne sont pas tous infaillibles, parce qu'ils ne sont pas généralement publiés sous forme de bulle ou de bref. Ils n'en ont pas moins une haute valeur doctrinale et force de loi dans l'Eglise universelle.
Oucl est l'objet de cette loi ? Nous ne saurions
Mieux répondre à cette question qu'en résumant les 'ommentaires de l'excellent « Ami du Clergé » sur la constitution apostolique Officiorvm ac munerum, lu 24 janvier 1897.
liCs livres tiomniénient condamnés le sont globalement, comme par exemple, ceux de Zola : ^Emilius /iOLA : opéra omnia ; — partiellement, par exemple, ouK de Dumas : Alfxandim Dimas : omnes fabulœ miatoriœ ; - ou bien individuellement, par exemitle, ceux de Lamartine : A. Lamartine : « Jocelyn » ;
Voyage en Orient » ; « la Chute d'un ange ».
Ces deux expressions : omnes fabulœ amatoriœ I opéra omnia appellent quelques éclaircissements.
Quand tous les ouvrages d'un auteur sont condamnés (I bloc par les mots : opéra omnia, il y en a ceuondant qui échappent à la condamnation. S'ils traînant des questions religieuses, ils sont tous effectivement prohibés et aucun d'eux ?!»• peut être lu sans violation de la loi de l'Eglise, sauf dispense. Mais ^'ils ne traitent pas de questions religieuses, et si, •l'antre part, ils ne sont ni nommément condamnés, ni atteints par la loi générale, ils peuvent être lus AUX conditions ordinaires. Exemple : « Le Rêve », 1.^ Zola (1).
Oeuxiémernent : certains auteurs no sont condamnés
(i) Cette opinion, soutenue par l'Ami du Clergé, le Père Vermeersch et d'autres auteurs, n'est pas admise par tous. D'excellents canonistes affirment ao contraire que la formule t oftrm iftinim » équivaut à une condamnation absolue. (Note de M. le
hanoine Evieux, professeur de droit canonique aux Facultéi
Atholiques de Lille).
Il ^>.
;i2 ROMANS A PROSCRIRE
que pour leurs fabulœ amatoriœ, c'est-à-dire, ^ c,^,. des commentateurs autorisés, pour des romans d'amour impur, récits inventés et formellement obscènes. Par conséquent, les ouvrages de ces auteurs qui ne sont pas des romans d'amour impur, échappent aux rigueurs de la loi positive et doivent êlre exclusivement jugés d'après les principes de la loi naturelle. Exemples : leurs comédies et œuvres dramatiques, (« L'Ami du Clergé », 1902, page 487), leurs « Impressions » et « Récits de voyages », leurs œuvres quelconques, comme « Le Comte de Monte-Christo », roman dû à Alexandre Dumas ; « François le Champi », « Lii Petite Fadftte ». « La Mare au Diable » romans champêtres de Georges Sand.
La Congrégation de VIndex n'a pu condamner nommément qu'un nombre restreint de livres condamnables, comme on peut en juger par la liste que nous donnons plus loin. Pour les autres, elle les a condamnés en vertu d'une loi générale. 1° Ce sont d'abord les ouvrages dans lesquels sont enseignés Phérésie. le schisme, des doctrines incompatibles avec la vrai»religion, ou encore, dans lesquels sont combattus les fondements de la religion, les vérités qui servent de base indispensable h la révélation, telle que l'existenrr de Dieu, la spiritualité de l'Ame, etc.
â*» Ce sont ensuite les œuvres impies qui s'attaquent -^ Dieu, à la Sainte Vierge, aux Saints, à l'Eglise catholique, au Culte, aux Sacrements et au Saint-Siège apostolique ; les livres qui, de parti pris. attaquent la hiérarchie ecclésiastique et injurient Péta» clérical et religieux ; ceux qui enseignent la licéité du duel, du suicide, du divorce ; ceux qui représentent la Fmnc-Maçonnerie rf Ip? Sociétés secrètes romm^^
utiles ou inoi'i'ensives pour 4'Eglise ou la Société civile ; ceux qui patronnent des erreurs condamnées par le Saint-Siège et spécialement par le Syllabus.
3° Ce sont enfin ceux qui sont ex-professo obscènes (1), comme de nombreux romans.
Pour que ces derniers écrits tombent sous le coup de cette loi, il faut :
Qu'ils soient pornographiques et qu'il y soit question de choses lascives et obscènes ;
Que l'auteur les traite, les raconte ou les enseigne ;
Qu'il le fasse ex-professo, c'est-à-dire formellement, ouvertement. Pour que le mot ex-professo soit vérifié, dit « La Revue théologique française » (1897, p. 35), il faut que l'attaque aux mœurs soit directe, mais il n'est pas nécessaire qu'elle le soit explicitement, c'està-dire du fait de l'auteur ; il suffit que l'ouvrage, par sa nature et son contenu, attaque ouvertement les mœurs. Quelques lignes ne suffisent ' pas ; mais il n'est pas nécessaire * que l'immoralité remplisse tout l'ouvrage, il suffit d'une partie notable.
En conséquence, si cette loi n'atteint pas tous les livres d'amour, tous les ouvrages galants, parce qu'on ne peut pas dire que tous, quoique plus ou moins dangereux, traitent, racontent, enseignent ex-professo des choses obscènes, ;si les livres de chirurgie et d'anatomie y échappent certainement, il reste cependant qu'une grande partie de notre littérature contemporaine déjà condamnée par la loi naturelle, est de plus frappée par la loi positive de l'Efirlise. (Index, Titre II. Chapitre W). Tel est du moïns le sentiment
(i) Exception faite pour les hommes de lettres et les professeurs, ou, pour les élèves, après une sérieuse expurgation
CArticles 9 et 10).
34 ROMANS A I^KOSI.MIHK
du V. Desjardins (« Eludes^ Uciigicuses », iH^l, page 4-76 el suivantes) (1).
i" Contentons-nous du rappeler en passant que la loi de VIndex condamne de plus les journaux, revues et périodiques de tous genres qui attaquent la foi ou les mœurs et recherchons de suite qneile est la gravité de toutes ces lois.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens du monde, il ne s'agit pas ici d'un simple conseil, d'une direction auxquels on peut impunément se soustraire ; il s'agit d'un précepte grave auquel tous les chrétiens, enfants de l'Eglise, sont en conscience obligés de se soumettre.
Il «'st donc défendu, sous peine de transgresser la loi pr>sitive de l'Eglisi .M le plus souvent la loi
naturelle de lire, de garder et de prêter ces écrits condamnés. De l'avis des théologiens, c'est désobéir gravement à l'Eglise et c'est commettre une faute df lire, dans un livre à VIndex, une seule page répréhensible, ou même cinq à six pages indemnes. C'est aussi commettre une faute de lire habituellement et sans raison sérieuse, ou même quelquefois, s'il y a danger grave de conscience, un journal, tme revue, un périodique quelconqiie condamné .par la loi générale
(.<> observations paraîtront peut-êtrt' à plusieurs i\rs nouveautés inopportunes ; elles ne sont pourtant
i) Le P. Génicot {Theologia Moralit, /, pag« 4)j) dit poartaat nu' ijoaucoup de- CCS rom.ins où sont racontées des amours impures, quoique condamnés pour la plupart par la loi natarelle, échappeot \ }n condamnation dr l'EgUse, parce qu'ils ne sont pas ob«cèa««
que l'expression de la volonté souverainement sage et respectable de « notre mère la sainte Eglise » concernant des auteurs ou des œuvres dont voici la nomenclature :
Gabriele d'Annunzio. — Omnes fabulœ amatoriœ, iomans et nouvelles ; Omnia opéra dramatica ; Prose scelle (Décret du 9 mai 1911).
Gabriele d'Annunzio, célèbre poète et romancier italien, né en 1864. Ses premiers écrits, d'un© hardiesse excessive, provoquèrent dans toute la péninsule une profonde émotion. « La louange m'enivra, dit l'auteur : je me jetai dans la vie éperdument, avide de plaisirs et avec toute l'ardeur de ma jeunesse. » Il n'y réussit que trop : ses égarements, ses aventures scandaleuses et particulièrement ses démêlés avec la Duse, qui .occupèrent la presse pendant de longues semaines, firent du jeune débauché, selon le mot de l'Ami du Cergé, l'un des plus répugnants personnages qui soient entrés dans l'histoire littéraire.
Et l'écrivain ? C'est, d'après les critiques, un réaliste brutal et impudique, un psychologue passionné qui analyse à fond les sensations, un baudelairien qui mêle le catholicisme à la volupté, un disciple de Tolstoï et de Nietzche, un descriptif séduisant, un naturaliste qui représente l'amour comme un transport physique et met en scène, avec une complaisance marquée, des Don Juan sans vergogne. Ses derniers ouvrages. Terre Vierge et For se che si, for se che no restent dans la même note.
Ces histoires voluptueuses, ces romans tout traversés de la fièvre des sens, où <( coule, comme un fleuve grisant, la symphonie de la chair et des parfums ^> (le protestant Edouard Schuré, dans la Be-
•i<J ROMANS A PROSCRIRE
vue bleue) ont été pour la plupart traduits en français, et introduits chez nous en 1895 par M. de Vogué qui fit de leur auteur l'artiste éponyme d'une renaissance latine !
Honoré de Balzac. — Omnes fabulœ amatoriœ. (Décrets de l'Index, en date des 16 septembre 1841 ; 28 janvier 1842 ; 5 avril 1842 ; 20 juin 1864).
Honoré de Balzac (1799-1850). Après une longue période de tâtonnements, d'insuccès et d'embarras pécuniaires, Balzac se rendit tout à coup célèbre par la publication de la Physiologie du mariage (chapitres licencieux) et de la Peau de Chagrin (œuvre bizarre 8t parfois graveleuse).
Travailleur infatigable, observateur patient, doué d'une imagination exceptionnelle et d'une heureuse mémoire, il voulut décrire les mœurs de sa nation comme l'avait fait Walter Scott, entassa pendant vingt ans volumes sur volumes, et devint l'un des maîtres du roman moderne.
Tous ses romans ont été groupés sous le titre de Comédie humaine et répartis en différentes « scènes »> (scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, de campagne). Ils reproduisent une grande variété de caractères (5.000 personnages) longuement décrits, d'une vérité saisissante, mais souvent exagérée par <( la perspective de théâtre » ; ils abondent en descriptions et en inventaires et font jouer les premiers rôles à l'argent et aux femmes. En 1843, le journal La Sylphide le représenta, dans une caricature, dégïiisé en serpent tentateur de femmes.
Parmi ses 97 ouvrages, nous signalons seulement :
1° Ceux qui sont nommément condamnés par les décrets ecclésiastiques dont nous avons rappelé plus haut les dates : Le lis dans la vallée ; Physiologie du mariage ; Le livre mystique ; Les cent contes drolatiques : Nouveaux contes philosophique. s ; Contes
bruns ; V Israélite ; V Excommunié ; Un grand homme d" province à Paris ; Berthe la repentie, conte drolatique ; Jane la Pâle ; Le vicaire des Ardennes ; La femme supérieure ; La maison Nucing^n ; La torpille ; Le père Goriot ; Histoire des treize {Ferragus ; Li duchesse de Langeais ; La fille aux yeux dor) ; Splendeurs et misères des courtisanes ; Esther heureuse.
2° Quelques autres romans dTamour impur, qui lombent vraisemblablement sous la condamnation portée par VIndex en ces termes : Omnes fabulœ imatoriœ ; soit : La cousine Bette ; Honorine : La •emme vertueuse ; La femme abandonnée; La femme de trente ans ; La fausse maîtresse ; Béatrix ; La irande Brétêche ; Le colonel Chabert ; Une passion tans le désert ; Contre-amour ; Sarrazine, etc.
3° Ses romans à peu près chastes, qui peuvent être tii3 par des personnes d'âge raisonnable : César Birotteau (drame commercial) ; La recherche de Vat)^ solu (l'alchimiste qui cherche le moyen de tout transformer en or) ; Pierrette (facile à expurger pojr feuilletons) ; Le médecin de campagne (insinuations contre le clergé ; vilaines amourettes) ; Le curé de village ; Villustre Gaudissart (le commis voyageur) ; Eugénie Grandet (tableau incomparable des mœurs mesquines des petites villes) ; Ursule Mirouet (quelques pages assimilent Jésus à un magnétiseur) . Une ténébreuse affaire (roman policier inoffensif) ; Les Chouans (roman historique avec intrigue d'amour) ; La Vendetta (d'un dramatique achevé) ; Le cousin Pons (collectionneur d'objets d'art). Lire aussi Pages choisies (1). .
(i) La librairie Colin a publié sous ce titre des recneils d'exraits empruntés aux œuvres des meilleurs auteurs. Nous les ignalons, quand il y a lieu, à la suite de ces courtes notices.
Ms n'ont pas toujours bon esprit et doivent être lus avec çrand "n^ment.
Jules Bois. — Le Satanisme et la Magie. (Mis « l'index p^r \m décret du 21 août 1896) (1).
Jules Bois, né à Marseille en 1870, poète, essayiste, journaliste, romancier, auteur dramatique, conféren cier et enfin pèlerin d'Asie. Il est surtout connu comme le plus notable représentant, sinon le créa^ teur d'une psychologie occultiste : Le Satanisme tf ht Magie (à l'index) ; Uau delà et les forces incon nves ; Le miracle moderne (où il prétend démontre^ entre autres choses que le miracle est en nous I) sont des ouvrages manifestement inspirés par cette préoccupation.
Ses romans sur la femme et le féminisme : VEttrnelle poupée ; VEve nouvelle ; la Femme inquiète Une nouvelle douleur sont très suspects au point dp vue moral ; L'Amour doux et cruel publié en 191o. chante un hymne à la passion chamelle. Quant à sas Visions de VInde, elles renferment, à côté d'horribles tableaux et de scènes... orientales, des notes presque chrétiennes.
Jean-Jacques de Casanova de Seingalt. — Mémoires écrits par lui-même. (Mis à l'index par un décret du 2S juillet 1834).
Jean-Jacques Casanova (1725-1803), aventurier célè bre, raconta dans ses Mémoires répugnants de dépra vation et de libertinage, les scandales et les intriguede sa vie errante et licencieuse...
Champfleury. — Omnes fabulœ amatoriœ (Décret de l'index en date du 28 juin 1864).
Champfleury (Jules-Husson Fleury, dit) (1821-1889). Est un des chefs de l'école réaliste outrancière. Ses vilaines anecdotes dans lesquelles il a dépeint, en traits bizarres et grotesques, les mœurs parisiennes.
(x) L'auteur s'est soumis à ce décret Ug août 190s).
bourgeoises, bohèmes, sont presque totalement délaissées. On trouve cependant, dans certaines bibliothè- ([ues : Chien caillou (amour d'un jeune graveur, d'un lapin et d'une fillette) ; Les Aventures de*M"« Mariette (aventures d'uns courtisane) ; Les Bourgeois de Mj- Unchart (mœurs bourgeoises et histoire d'une femme spirituelle qui finit par pécher), romans qui semblent bien être des fabulœ amatoriœ ; Le réalisme (à l'index) ; Les Sensations de Josquin (nouvelles d'amour auxquelles s'ajoute l'inoffensif Bonhomme Misère) ; La Succession Le Camus (chasse à l'héritage) ; Les Oies de Noël (un crime puni) ; et surtout Les souf frances du professeur Delteil (amour qui ne nou*? semble pas devoir être qualifié impur) ; Fanny Minoret (établit dans un récit' touchant que l'éducation do l'enfant doit commencer avant la naissance).
Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy. — Opéra o-mnia (Décret de la Sacrée Congrégation de l'Index. 10 septembre 1827).
Collin de Plancy (1793-1881), littérateur français, né à Plancy et mort à Paris.
Dans la première partie de sa carrière, il publia de nombreux écrits, empreints de la philosophie incrédule et railleuse du XYIII® siècle, et où il déversait le sarcasme sur la religion. Ce sont ces ouvrages qui sont condamnés par VIndex.
En 1841, il revint aux croyances de sa jeunesse, rétracta son œuvre, et consacra son influence et sa plume à la propagande religieuse. Parmi les ouvrages appréciés de cette seconde manière, nous citons : Légendes de la Vierge ; Légendes des commandements de Dieu ; Légendes des sept péchés capitaux , Légendes des vertus ; Légendes ^e Vhistoire de France (La cour du roi Dagohert ; Les douze convives du chanoine de Tours ; Godefroi de Bouillon, etc.) : Lé-
iO ROMANS A PROSCRIRE
gendes des philosophes ; Grande vie des Saints, on collaboration avec l'abbé Barras.
Benjamin Constant de Rebecque. — Commentaire
sur Vouvrage de FUangieri ; De la religion considérée dans sa source, ses formes et son développement. (Décret du 11 juin 1827).
Benjamin Constant (1766-1830), orateur et publiciste dent la vie aventureuse est assez connue. On a voulu en reconnaître quelques traits dans Adolphe, roman navrant où sont analysées les souffrances de deux cœurs mal assortis et unis par un amour coupable.
Pierre Dufour. — Histoire de la prostitution ch*z tous les peuples du monde depuis iL^ntiquité la plu< reculée jusqu'à nos jours. (Décret du 20 avril 1852)
Pierre Dufour, de son véritable nom Paul Lacroix (1805-1884), est un polygraphe qui signa aussi Antony Dubourg, et attacha surtout sa célébrité au pseudonyme plus connu de Bibliophile Jacob.
Sa fécondité fut merveilleuse. Il fouilla les livres toute sa vie et réussit à rendre l'érudition attrayante, en donnant sur les arts et les mœurs des derniers siècles des ouvrages intéressants. Celui qui est condamné par V Index fut, en son temps, saisi par la police, avec les Mémoires curieux: qui en sont la suite.
Collaborateur de Dumas, il produisit aussi des romans historiques et des récits imaginaires parmi lesquels nous choisissons, sans les recommander, îes livres inoffensifs suivants : Les hauts faits d'Assou- C' ; Le Dieu Pépitus ; Le revenant du Château ; Un p'fil homme ; Aventures d'un petit orphelin ; Contes littéraires à mes petits enfants ; Les histoires d'autrefois.
Alexandre Dumas, père. — Omnes fabulœ amatoricp (Décret du 22 juin 1863).
EN VERTU DES DÉCRETS DE L'I^fDEX i^
Alexandre Dumas père (1803-1870). Malgré ses nombreuses invraisemblances, ses atteintes à la moral© et au bon sens, son style à la « diable », ses erreurs et contre-sens historiques très graves, il a été et il reste encore le roi des amuseurs, l'un des romanciers dent les ouvrages sont les plus fréquemment demandés dans les bibliothèques publiques. Il a écrit ou signé 257 volumes de romans et 25 volumes de drames.
Son imagination si fertile, sa verve intarissable, r^on joyeux entrain, la vivacité de son action théâtrale, le naturel de son dialogue et de son récit, sa bonhomie charmante, son audace môme et le vide (le ses idées lui ont gagné les sympathies du peuple <^ui lit.
Parmi les drames pseudo-historiques, romans de ^^ape et d'épée, où l'histoire travestie des phases les [)lus troublées se mêle à des scènes d'amour, nous dtons : La Reine Margot ; La Dame de Montsoreau ; les 'Quarante-Cinq (l'action se passe à la fin des Valois) ; Le Bâtard de Mauléon (rivalité de Pierre le LFuel et de Henri de Transtamare) ; Les trois Mousquetaires (d'Artagnan et les autres ; occupe une place à part dans cette œuvre prodigieuse) ; Vingt ans après ; Dix ans plus tard ou le vicomte de Bragelonne (sous Louis XIII et la minorité de Louis XIV) ; Le chevalier d'Harmenthal (la conspiration de Cellamare sous la Régence) ; Le chevalier de Maison-Roug^ ; Le collier de la Reine (préludes de la Révolution) ; Joseph Balsamo ou les Mémoires d'un médecin (Cagliostro) ; Ange Pitou (la Bastille et les Journées d'octobre) ; San Félice {\es Carbonari et la cour de Naples pendant la Révolution) ; Les compagnons de Jéhu (commencement de l'Empire) ; La guerre des femmes ; Olympe de Clèves ; La louve de Mnchecoul.
Tous ces romans, spécialement visés par l'ancien
t2 ROMANS A PROSCRIRE
Index à cause de leurs tendances protestantes, seiti blent ne pas tomber aujourd'hui sous la censure de l'Eglise, au moins comme fabulœ amatoriœ. Il en est de même du Comte de Monte-Christo, roman d'aveu tures qui a encore lui immense succès.
Quant à ses récits de voyage : Suisse ; Excursion.^ sur les bords du Rhin ; Une armée à Florence ; Le Midi de la France ; Le Speronare (en Sicile) ; La villa Palmieri (midi de l'Italie) ; En Russie ; etc., 'Is peuvent être lus avec précaution.
Citons encore les principaux romans de mceiirs fn d'amour : Issac Laquedem (œuvre sacrilège) ; La salle d'armes (horreurs et amour) ; Le capitaine Paul ; Les crimes célèbres (15 volumes) ; Sylvandire ; Gabriel Lambert ; Amaury ; Fernande ; Une fille du Régent ; Les frères Corses ; Les deux Dianes ; etc., etc.
Et notons enfin que tout le monde peut lire : Histoire de mes bêtes ; la Bouillie de la comtesse Berthe (pour enfants) ; Le capitaine Pamphile ; Jehanné la Pucelle (romans historiques qui offrent seulement quelques détails répréhensibles) ; Histoire d'un cassenoisette ; Le Père Gigogne ; Pages choisies.
Alexandre Dumas, fils. — Omnes fabulœ amatoriœ (Décret du 22 juin 1863). La question du divorce (Décret du 21 juin 1880).
Alexandre Dumas, fils naturel du précédent nR?i 1895), est surtout auteur dramatique.
Il entra dans la célébrité avec la Dame aux l amenas (une mondaine, Marguerite Gautier, a pour amant Armand Duval.... A la prière du père de celuici, elle l'abandonne et meurt de chagrin, non sans avoir revu un instant son Armand) et Diane de Lys (même genre).
Ces deux romans, transformés en drame et repré-
sentes avec succès, décidèreut de la vocation de Dumas. Il fit, pour le théâtre, de nombr-euses pièces où il peignit les mauvaises mœurs, défendit le divorce et prêcha l'union libre, avec un succès qui dur© encore.
Il n'abandonna pas cependant le roman et produisit un certain nombre d'ouvrages que nous n'énuraérons même pas, parce qu'ils ne sont guère lus et sont certainement condamnés par l'Eglise, au même titre que la Dame aux Camélias et Diane de Lys, soit i^omme fabulœ amatoriœ, soit comme défendant des thè&es contraires à la doctrine de l'Eglise (article 14 <lc V Index).
Alphonse Esquiros. — Les Vierges folles. (20 juin 1844). Les Vierges martyres (id). Les Vierges sages id). L'Evangile du peuple (3 mars 1831).
Alphonse Esquiros (1814-1876) a fait des poésies et lomans socialistes et licencieux. On peut lire, malgré les idées fausses : L'Angleterre et la vie anglaise 4 vol.).
Ernest Feydeau. Oiniu'n fabulœ amatoriœ (Dé-
ret du 20 juin 18(>4).
Ernest Feydeau (1821-1873). Une des individualités les plus marquantes de l'école impressionniste. Ses romans qui abondent en descriptions et en analyses inatomiques, ont eu en leur temps une grande vo- ^ue.
Le plus connu, c'est Fanny, roman-poème d'un réaisme très sensuel qui obtint un immense succès de >randale. Il est certainement à V Index, ainsi que Daniel, Catherine d'Overmeyre, et la trilogie pleine de turpitudes : Un début à VOpéra ; Monsieur de Saint- Rernard ; Le. mari de la danseuse. Quoi qu'en dise l'auteur, ce sont là, au témoignage des moins prudes, fies choses qu'il ne faut pas écrire. Le reste ne vaut :)ns la peine d'être nommé.
— Georges, fils- du précédent, genre de CaroliLs Duran, est surtout auteur dramatique. Nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Gustave Flaubert. — Madame Bovary (Décret du
20 juin 1864). Salammbô (id).
Gustave Flaubert (1821-1880). Est appelé assez justement le père et le roi du roman moderne, à cause de la pureté de son style et de l'exactitude documentaire de ses observations. Il n'a pourtant publié que quelques ouvrages :
La tentation de Saint- Antoine, rêverie philosophique et mystique ; L'éducation sentimentaley œuv'e misanthropique ; Bouvard et Pécuchet, histoire assez fatigante de deux copistes qui s'appliquent successivement à toutes les sciences, à tous les métiers, y jouent partout de malheur et reviennent à leur premier état ; Salammbô, roman étrange où l'histoire, l'archéologie, l'imagination évoque dans des page^ éblouissantes tout le vieux monde de Carthage. Af" ' Bovary est un chef-d'œuvre : c'est l'histoire d'une femme romanesque et sentimentiale ,; dégoûtée de l'existence vulgaire que lui fait son mari, elle 5« laisse séduire par deux affections étrangères, ruine son intérieur et finit par s'empoisonner. L'éclat du style, l'habileté de la construction, la verve, la vérité des scènes et des portraits, en particulier le portrait ùe Homals, font de ce roman une œuvre unique , elle est malheureusement perverse. On en trouve de beaux traits dans Pages choisies, et, si on veut faire plus ample connaissance avec Flaubert, on peut lire avec prudence ses trois contes : Ur^ rmir Hnniifi Hérodias ; Saint Jean VHospitalier.
Antonio Fogazzaro. — Il Santo, romanzo (Décrv»! du 5 avril 1906) , Leila (Décret du 9 mai 1911). Antonio Fogazzaro, (1842-1911), sénateur d'Italie.
EN VERTU DES DECRETS DE L INDEX *i>
l'un des représentants les plus en vu« du catholicisme libéral et des pius fêtés parmi les poètes et romanciers de son pays.
Le Saint est moins une œuvre d'art qu'une œuvre de passion et un manifeste moderniste : il renferme sur la foi, le miracle, l'autorité de l'Eglise et l'obéissance qui lui est due, des erreurs capitales qui l'ont fait condamner.
Ses œuvres précédentes : Un petit monde d'autrefois ; Petit monde d'aujourd'hui ; Daniele Cortis . Malombra ; Fedele, si elles accusent moins les mêmes tendances, dégagent une impression de pessimisme qui n'est pas tout à fait sans danger.
Victor Hugo. — Notre-Dame de Paris (Décret «fti 28 juillet 1834). Les Misérables (Décret du 20 juin 1864).
Victor Hugo (1802-1885). Nous n'avons pas à le juger au point de vue littéraire ; nous n'envisageons (jue le côté religieux et moral. Il a célébré la religion en termes magnifiques ; mais à côté de ces splendeurs.
de d'assertions mensongères, de blasphèmes, de calomnies contre l'Eglise, le pape, les évoques, le clergél Que d'immoralités I
Aussi la lecture de ses œuvres complètes est-elle dangereuse ; elle ne peut être concédée qu'aux personnes d'âge mûr et pour des raisons sérieuses.
Parmi ses œuvres dramatiques, les jeunes gens sérieux peuvent lire Hemani, Puy-Blas, les Burgraves, et parmi ses poésies : Feuilles d'automne ; Odes et Ballades ; Les Voix intérieures ; Les Bayons et les Ombres ; les Châtiments ; Les Contemplations ; La Légende des siècles (où les blasphèmes et les tendances panthéistes ne sont guère contagieux.)
Quant à ses romans, ils renferment des pages superbes, à côté de développements Intempérants et in-
it» ROMANS A PROSCRIRE
sipides ; mais à l-es considérer dans lear ensemble, ils sont tatalistes, malsains et subversifs.
Par amour de l'antithèse et pour des motifs moins avouables, l'auteur se plaît à donner le premier rôle et à prêter les plus beaux sentiments à des êtres qu'il emprunte aux bas-fonds de la société vicieuse, v. g. Jean Valjean dans les Misérables, véritable épopée socialiste en prose, réhabilitation du forçat, de la tllle-mère, de la Révolution.
Dans Notre-Dame de Paris, il calomnie odieusement le prêtre dans la personne de l'archidiacre FroUo, etc.
Bug Jargal, œuvre de début, c6i amusant et inoffensif. Les Travailleurs de la mer sont peut-être ensuite le roman Je moins répréhensible, mais les descriptions et les digressions en rendent la lecture fas^ tidieuse. *>
Ses plus belles poésies, les plus belles pages ^^ .^.^ théâtre et de ses romans sont réunies dans les trois volumes d'Extraits, publiés chez Delagrave, Cependant, comme on ne s'est pas montré assez sévère dans lie choix de ces morceaux, l'ouvrage ne doit être confia qu'à dps jeunes gens formés.
Loi is Jacolliot. — La Bible dans VInde ; Vie fie
.lAsus Christna (Décret du 12 juillet 18G9) ; Fétichisme, Polythéisme, Monothéisme ; La Genèse de Vhumanité (Décret du 6 mars 1876) ; Les fils de Dieu . Genèse de Vhumanité ; Fétichisme, polythéisme, m,onothéisme ; Histoire des vierges : Le /r*-"^'* ^^' Vhumanité (Décrets du 27 juin 1881).
Louis Jacolliot (18:^7-1890), littérateur ei voyageur, indianiste et philosophe. Président du tribunal de Chnndernagor, il profita de son long séjour aux Indes pour en étudier la langue, l'histoire et les mœurs : fut ensuite envoyé à Taïti, explora l'Amérique pt
EN VERTU DES DECRETS DE L INDEX 4 i
l'Orieiit ; puis, de retour en France, publia de nombreux ouvrages sur les contrées qu'il avait visitées.
Ses ouvrages, et notamment la Bible dans VInde, ont poiu' objet de montrer que l'Inde est le berceau du monde, qu'on y trouve toutes les traditions politiques <et religieuses des peuples anciens et modernes o.i même l'Evangile. Ce système est aussi éloigné de la science et de la critique contemporaines (voir les travaux de Burnouf, Lassen, Max Muller, Barthélémy Saint-Hilaii-^e, de Hurlez, etc.) que des données de la loi. C'est pourquoi les savants ont condamné les fantaisies de .Tacolliot, avec autant de sévérité que l'Eglise elle-même.
Alphonse de Lamartine. — Jocelyn (22 septembre 1836). Voyaffc en Orient (ici). La chute d'un Ange (?7 àoùt 1838).
Alphonse de Lamartine (1700-18G9) le grand poète, .1 laissé en vers et en prose, des ouvrages de premier (Dxlï'e.
Le sentiment religieux y occupe une large place : malheureusement, la sentimentalité de l'auteur, ses élans de désespérance, son culte passionné de la nature, ses tendances au panthéisme, son pessimisme, <+^3 rêveries mélancoliques le rendent facilement dangereux.
Les jeunes gens trop impres.sionnables ne lieront de lui que le Recueil de chez Hachette. Les autres pcun'ont lire impunément les Morceaux choisis en vers et en prose, publiés par Robertet ; et quand ils auront 20 ans, les quatre grands recueils lyriques, (Harmonies, Méditations, Nouvelles Méditations), les Confidences, le Manuscrit de ma mère et certains d^e ses romans.
Ses romans en prose sont Le tailleur de pierres de Saint-Point, causerie de philosophie religieuse, parfois anticatholique ; Graziella, idylle d'un charme ex-
ivS ROMANS A PROSCRIRE
quis, mais un peu passionnée ; Geneviève, touchante liistoiie d une ber.vante où ii n'y a à reprendre qu un lait scabreux ; Raphaël, qui renferme un-e intrigne troublante et des pages malsaines.
Ses romans en vers sont de beaucoup J portants et les plus connus.
La chute (Vun Ange : un .ange se laisse seuuii e pur une affection hmnaine et, après avoir cédé à cetta tentation, devient un homme (Cédar). Il mène une vie d'aventures avec^sa Daïdha ; cell«-ci devient folle et lui se suicide.
Jocelyn est bien supérieur au précédent sous tuus les rapports ; c'est un poème achevé que Brunetière n'hésite pas à placer au sommet de notre littératuie. Il renfeiTne en effet des pages splendides sur la mission du prêtre, et des descriptions magnifiques ; mais aussi il respire la sensualité, et dénature le caractère sacerdotal.
Les plus belles pages de ces deux dernières œuvresse trouvent dans les Extraits de Robertet
On lira aussi Pages choisies et Lectures pour toi/ s. extraits réunis par Lamartine lui-même et qui peuvent se donner à peu près à tous.
Maurice Maeterlinck, — Omnia opéra (Dec. 29 janvier 1914).
Maurice Maeterli-nck, né à Gand en 1862, avocat, poète, philosophe et dramatiste, dont le nom a été révélé en France, il y n 18 ans, à grand renfoil de réclame.
La doctrine philosophique de ce <( Gerson laïque » est tellement drapée d'oripeaux littéraires et couverte' de fleurs par l'université des critiques complaisants, qu'il est bien difficile d'en dégager le caractère et la moralité. Si nous la comprenons bien, elle tend à assimiler les lois de la morale à celle de la poésie. Le po?^te obéit à l'élaboration de ses œuvres, aux in«-
EN VERTU DES DÉCRETS DE LINDEX -iV>
pirations inconscientes de son génie ; il est inspiré plus qu'il ne s'inspire, il laisse se construire ses poèmes plus qu'il ne les construit. De même, l'homme vertueux doit, dans sa conduite, rester étranger aux mouvements de la raison et de la conscience, obéir aux lois de l'inconscient et se laisser faire... Ce système fataliste qui fait du vicieux un être très respectable, Maeterlinck, peintre et docteur de l'inconscient, le distille dans des pages obscures et faussement mystiques. A ce titre, La saycase et la destinée; Les abeilles ; Le trésor des humbles ; Le double jardin, roman ; etc., constituent un réel danger.
En outre, la plupart de ces ouvrages sont remplis d'erreurs pernicieuses contre la foi et les principes d? la Siiincî philosophie. La Mort surtout, qui a été si abondamment louée par la presse moderniste, écarte du problème les données chrétiennes et soutient la thèse d'une vague survivance dans la conscience miiverselle.
Ses drames et ses <( pièct^s ])()iir jnarionettes » sc)?it du Shakespeare ou du Poë reJiforcé et obscurci, et ijuelques-uris, des œuvres rhn([unntps :\u point de vue catholi(iue.
Auguste Maquet. — Les prisons de VEuropc (Dô-
r»et de la Cont^régation du Saint-Office, 12 juillet 183-i.).
Auguste Maquet r 1813-1888), un des collaborateurs et des « généraiM » de la (c grande armée » de Dumas. Il fit isolément T.a Belle Gabrielle ; le roman pseudohistori(|uo L^-a maison, du Iîa}<inrur, etc.
Jules Michelet. — Mémoires de Luther (G avril 1840), Du Prélrr, dn la Femme, de la Famille (5 avril l&i5). L'Amour (11 avril 1859). La Sorcière (26 janvier 18G3). Bible de V Humanité (11 juin 1808). Lr VrHrr, les lésuites (21 août 1896).
•'<' ROMANS A PROSCRIIU:
Jules Michelet (1798-1874) n'est pas uii romanciei. C'est un historien ; mais ses livres sont bien moins d'un érudit que d'un imaginatif, d'mi romanesque et d'un lyrique. Son œuvre maîtresse, L'Histoire Je France, peut se diviser en deux pailies : la V^ (6 volumes, jusqu'à Louis XI) <( ressuscite » le moyen-àge, en reconstitue les mœurs dans des pages pleines de poésie et d'éloquence, où l'action de l'Eglise est exaltée, mais souvent méconnue et calomniée. Dans la 2"" partie (10 volumes, jusqu'à Louis XVI), l'historien, par vengeance ou par souci de la popularité, fait piace au démagogue anti-chrétien. L'histoire de la Révolution (8 volumes) ; V Histoire de la Renaissance et des temps modernes (11 vol.) ; T^e XIX*" Siècle (3 vol.); s'inspirent de cette seconde manière, ainsi que ses œuvres polémiques : FAnde sur les Jésuites ; Le Prêtre, la Femme et la Famille (odieux pamphlet dirigé contre l'Eglise et son influence) ; Le Peuple (pour lequel l'amour -est le remède du sei*vage) ; La Sorcière (fantaisie excentrique et ohscure contre l'E^glise) : Lo Bible de rHumanité (sahnigondis de toutes les religion» à l'exception de celle de Jésus-Christ.
Quant à ses œuvres d'imagination, L'Oiseau. L'Insecte, La Mer, La Montagne, elles renfennent de.*^ pages exquises, mais aussi des descriptions sensuelle? et des erreurs doctrinales.
U Amour ; la Femme ; nos Fils, ét-aieni considérés par Michelet comme des livres d'éduct^^-v -- volité ils sont suiiout physiologiques...
L'Histoire Uomnine (où la Rrpuhliqur seult" est traitée) est l'unique vohime de Mi<'helet (pli puisse Atrr mis dans les iiinins de la jeunesse avec Page sies.
Jr.AN-IliPPOLYTK Michon. - Le Confesseur (Décret du 17 décembre ISGTi). Le Jéstiife (2 décembre 1867). Le
MaudU (15 mars 1864). La lieliij'teuse (20 juin 18(>4). De la Rénovation de L'EglUe (ici.)
Jean-Hippolyte :\Iichon, (180G-1881), prêtre, prédicateur, graphologue, directeur des petits séminaires de Thébaudières et de la Valette, vint à Paris en 1848 et se fit remarquer par son exaltation. On n'apprit (|u*après sa mort qu'il était l'auteur de romans irréligieux signés de i.'abhé'".
Adam Mickiewicz. — LEijlise et le Messie ; L'Eglise officielle et le Messianisme (Décret du. 15 i.vril 1848).
Adam Mickiewicz, célèbre poète polonais (1798- 1855), se fit en Russie, à Rome, à Paris, le défenseur des lil)ortés de son pays. Païuiii les poèmes douloureux et essentiellement lyriqu-tis qui consacrèrent "sa gloire, nous citons : Le livre des pèlerins qui retrace 1^ rôle de la Pologne dans le passé -et dans l'avenir cr, qui fut traduit par Montalembert ; Conrard Walle^ rod et surtout Les Aïeux.
Les deux livres de Mickiewicz condanmés par Vlndexy furent écrits dans un moment d'exaltation, occasioimée par la mort do sn fonimo ot d'autres événements douloui'eux,
Henry Murger. — Omnes fahidœ amatoriœ. (Décret du 27 juin 1864).
Henri Murger (18)^2-1861) mena longtemps la « vie dû bohème » dans une mansarde, fit des vers, des articles et enfin des romans naturalistes où il décrit avec une grande liberté de langage la gueuserie s)ciale. On ne lit plus guère ses fameuses Scènes de la vie de Bohême ; Scènes de la vie de jeunesse, et Le pays latin, qui sont d'ailleurs à V Index.
Charles-Antoine-Guillaume Pigault-Lebrun. — Le
Citateur (Décrets de la Congrégation du Saint-Office, 22 novembre 1820 ; 20 janvier 1833). L'Enfant du
bli ROMANS A PROSCRIRE
Carnaval (Décret de la Congrégation de l'Index, 16 août 1828). La Folie espagnole ^18 août 1828). Jérôme (id). Tableaux de sociélé on Fanchrilc ci Ilonorim: (id). Romans (28 juillet 18ai).
Pigault-Lebrun (Antoine de 1 Ei)iiiey, unj [iioô-ia.yoj. Dragon, comédien, douanier, condamné pour mœurb, etc., décrivit avec cynisme et en riant, les mœurs g
raveleuses qu'il ;ivait ol)S(>rvées.
George. Sand. — OmutA iithulœ aniuloiot. ^ijcwi^ides 27 novembre 18i0, 30 mars 1841, 5 avril 1842, l'y décembre 18G3).
George Sand (Armandine-Auroif Dupin, baronne Dudevant, connue sous le pseudonyme de), célèbre romancière française, u berrichoime née à Paris par hasard » en 1804, mariée en 1822 à un officier retraité, le baron Dudevant, dont elle eut im fils et une fille ; séparée de son mari en 1832 ; venue vers le même temps à Paris où elle connut Sandeaii. (.li" pin, Musset, Mérimée, etc. ; morte en 1876.
George Sand est la princesse du roman sentiment. il et passionnel : elle a prêté sa voix et son génie aux théories d'émancipation morale qui dirigeaient les Ames depuis la Nouvelle Hélo'ise elle a chanté avec plus d'âpreté, de hardiesse et d'insistance que i>ersonne, la souveraineté absolue de l'amour, c'est-à-dire le droit pour l'individu de s'opposer, au nom de sa* passion, aux conventions, aux convenances, au mariage bourgeois, à la société, à la famille, à Dieu, :'i tout. Indiana, dit-elle, <( c'est l'amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation »' : Mauprat, <( c'est la glorification d'un sentiment exclusif, éternel, avant, pendant, et après le mariage, v
Elevée dans l'irréligion et le culte des philosophes. George Sand est encore la prêtresse de l'esprit laïque, de l'incrédulité et du scepticisme modernes. Ses m-
«naiis suiit de perpétuelles confessions sans remords, par exemple : Spiridioii ; Mlle La Quintinie (anticatholique) ; Histoire de via vie (biographie de l'auteur, documents intéressants pour la psychologie des enfants et des Imaginatives, livre dang-ereux pour les jeunes personnes).
Démagogue et communiste, elle a écrit des romans humanitaires, où elle expose l'âge d'or qu'elle a entrevu, et qu'elle prétend voir se réaliser par l'égalité, la fraternité, la fusion des classes dans l'amour (Le péché de M. Antoine ; Le meunier d'Angibault ; Le compagnon du Tour de France, etc.)
En pleine exaltation .socialiste, elle revint pourtant à son culte de la campagne, chanta son cher BeriT" ex publia : La Mare au diable (supprimer la préface et les notes de la fin qui sont impies et anti-sociales) ; La petite Fadette ; François le Champi (dénouement choquant), trois chefs-d'œuvre de pastorale qui ne sont pas inoffensifs pour toutes sortes de personnes ; Claudie, le Pressoir, comédie ; Promenades dans le Berrij ; Malgré tout (histoire chaste, pas d'impiétés) ; Contes d'une grand'mcre (un peu de panthéisme et de bouddhisme).
Ces idylles reposantes et le style admirable <le George Sand ne rachètent pas cependant l'influence pernicieuse de son œuvre : cette romancière extraordinaire est presque partout éminemment dangereuse, non pas qu'elle trouble beaucoup les sens, mais -iirtout parce qu'elle égare le cœur et l'esprit.
Aussi, la Congrégation de l'Index, et par les décrets rappelés plus haut et par la formule omnes fahulœ amatoriœ, a-t-elle voulu atteindre la généralité de ses 83 volumes. Citons ceux qu'elle cite elle-même : Lélia : Lettres d'un voyageur ; Les sept cordes de la lyre ; Gabriel ; Le secrétaire intime ; Vuscoque ; La dernière Aldini ; Simon ; Les maîtres mosaïstes ;
'>^ ROMAND A PitOSClUHK
Mauprat ; Jacqucs-Leone Lconi ; Spiridion ; tous ie.slivres publiés avant le décret du 15 décembre 1863. et enfin tous les romans d'amour impur.
Lire Pages choisies, avec grande réser\'e.
AuRÉLiEN Schall. — Le procès de Jésus-Chriy cret du 16 septembre 1878).
Aurélien Scholl, né à Bordeaux en 1833, mort chrétiennement en 1902 ; fut en sa qualité ('e chroniqueur leste et brillant un des amuseurs attitrés des boulevaixis parisiens.
Ses nouvelles et chroniques réuni-es en volimies, sont souvent libertines en même temps qu'ingénieuses : elles dénotent une absence complète de sens moral.
Ses pièces de théâtre sont presque toutes pomogmphiques.
ETiEN.\F.-l'i\KHi de Senancour. - - De VauL.jui o.,./m les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes (Décret du 13 février 1838).
Etienne Pivert de Senajicour (1770-1846) est im mélancolique ; comme l'auteur d'Atala, il prêche le retour à la nature primitive ; comme Jean-Jacques Rousseau, il est l'ennemi de l'ordre social et religieux. Œuvres : Ohermann ; De V Amour... ; Les libres méditations ; Rêveries sur la nature primitive de Vhomme.
Frédp:ric Soulié. — Omnes fahulœ amatorl • cret du 20 juin 1864).
Frédéric Soulié (1800-iai7), l'un des max^xc.» m.. roman-feuilleton. Il s'est complu à décrire l'horrible , l'effroyable et le criminel dans Les deux cadavres (dont les personnages commencent leurs horreurs, meurtres, duels, viols, sur les deux cadavres de Charles I«' et de Cromwelî) ; Les Mémoires du Diable (défilé ou plutôt bacchanale de toutes les atrocités et de tous les crimes, qui se termine par le triomphe du
vice) , Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ; et une quantité d'autres romans du genre jabulœ amatoriœ.
Le lion amoureux est une nouvelle d'amour de lOU pages, calme et d'un styiie plus soigné, (Ce lion est, suivant le langage de l'époque, un élégant désœuvré).
Ses romans historiques : Le Comte de Toulouse ; Le vicomte de Béziers, etc., sont de violents pamphlets* contre l'Eglise ; ils sont heureusement délaissés.
On peut lire : Le martyre de Saint Saturnin ; Contes et récits de ma grand'mère ; L'orpheline de Waterloo ; Le tambour Bilboquet ; Le petit pêcheur, courts récits pour la plupart publiés chez Ardant.
Stendhal. — Omnes fabulœ amatoriœ (Décrets des 4 décembre 1828 et 20 juin 18(>4).
Stendhal, de son vrai nom Henri Beyie (1780-1842), fut successivement soldat, administrateur, diplomate, fit les guerres de l'Empire et apprit le libertinage et l'impiété dans la lecture des philosophes.
Après avoir publié des études de critique : Rome, i\' aptes et Florence (à l'Index) ; Histoire de la peinture en Italie ; Racine et Shakespeare ; Promenades dans Rome ; il lança des romans irréligieux et impurs : Armance (amour et fatalisme) ; Le rouge et le noir (lutte entre la Révolution et le parti prêtre), œuvre condamnée que Taine a lue, dit-on, plus de 60 fois. La Chartreuse de Parme (amour « cristallisé »); Vahbesse de Castro (effets de l'amour passionné).
Il termina sa carrière par L'Amour, Les mémoires d'un touriste et quelques autres autobiographies orgueilleuses.
Cet homme vicieux, cet écrivain aride, qui semble ne noter que des idées, ce psychologue profond, ce philosophe supérieurement « détestable », comme dit Sainte-Beuve, a exercé une influence considérable sur la pensée )ntemporaine et s*est attiré de nombreux
'J'» ROMANS A i'RU.'^CiUKL
adinirateui^. Balzac et Zola avaient un culte pour lui, et Bourget, dit-on, ne se lasse pas de le lire.
Laurence Sterne. — Le Voyage sentimental (Décret du 6 septembre 1819). Nous le signalons à cause de la date de sa condamnation. Son Voyage sentimental déconcerte toute analyse ; c'est la perfection du genre. Mais au point de vue moral, il n'est pas plus recommandable que son Tnstan Shandy. Quant à l'auteur, Taine l'a dépeint en trois mots : « Polisson, i-^ffiné et maladif »,
Eugène Sue. — uinm-.s jabuht: anuUuiiu-. i^Dtcixît du 22 janvier 1833).
Eugène Sue (1801-1859), fit ses études de médecine, visita, comme major, l'Asie, l'Amérique, les Antilles, fut à Navarin, revint à Paris tout rempli d'admiration pour Byron et devint le romancier à la mode.
Il raconta ses impressions de voyage dans des romans maritimes pleins de couleur tapageuse et de mouvement : Plick et Plock ; La Salamandre : Atar Gull ; La Coucaratcha ; La vigie de Koatven.
Il abandonna bientôt cette veine pour produire des romans mondains, véritables fahulœ amatoriœ où sa plume acérée décrit les désordres de la haute classe ; Arthur ; Le Marquis de Letorrière ; Le Morne au diable, et surtout Mathilde...
Ce dernier ouvrage mécontenta son public aristocratique et le jeta soudain du côté de la basse « pèî?re ». Les Mystères de Paris (Histoire de Fleur de Marie, jeune fille abandonnée qui vit au sein de la dépravation ; portraita de M. et M"*" Pipelet, etc.) : Le Juif Errant (les Jésuites incamés dans Rodin p*^ rendent coupables de tous les crimes ; le soldat Dacrobert se dévoue pour les filles du colonel Tl nt.
<^tc., etc.) ; Les sept péchés capitaux (15 v< ,ui
mett<>nt en scènes les ihéories philosophiques de Four-
jer) ; Les mystères du peuple parurent successivement. Ce sont des romans socialistes dians lesquels Tauteur s'acharne à détniir<î la religion, la marale, la responsabilité, au profit des doctrines humanitailes, fatalistes et passionnelles de Four\ier ; pagei> voluptueuses et démagogiques où, décrivant la luxure grossière, comme il avait fait les (( vices dorés », il offre, comme but de la vie, les jouissaïices matérielles les plus abjectes, et se donne comme le Messie des prolétaires.
Quant à ses romans semi-historiques, ils ne sont que travestissement et haine : Latréawnont ; Jean Cavalier ; Thérèse Dunoyer, etc.
Eugène Sue « écrit mal et c'est une vilaine àme ». dit F, Coppée. Cependant il a su captiver par des peintures de mœurs dépravées, et il a contribué à répandre dans le peuple les théories les plus dangereuses. IJefinictus adhiic loquUur : ce sont ses livres qui ont égaré Ravachol et bien d'autres. Il s, écrit x5 volumes : nous n'en recommandons pas un seul.
Emile Zola. — Opéra omnia (Décrets des 19 septembre 1894, 25 janvier 1895, 27 août 1896, l"'- septembre J898).
Emile Zola (1840-1902). Fils d'un ingénieur italien, ué à Paris. Il entra en 1864 à la maison Hachette et prenant comme modèles Musset, Flaubert et Taine, il s'essaya à écrire et ne tarda pas à devenir le plus célèbre des romanciers naturalistes.
Ses œuvres sont tellement ignobles que ses amis mêmes finissent par en avoir la nausée. On y trouve ime habile facture, mais elles sont toujours immorales et fausses, souvent d'une obscénité et d'une crulité répugnantes.
Son ouvrage principal est intitulé Les Roiigon- Mncqnart et comprend de nombreux volumes. Dans tous ses romans, il y a un milieu, une brute et un
cliœur i:uiupu.-e de braillards. Tous ses iieros ^dit des monstres : les ouvriers dans VAssoimnoir ; les hommes du monde débauchés dans Xana ; les bourgeois viveurs clans Pot houille ; les mineurs dans Germinal ; les paysans dans la Terre ; les financiers dans r Argent ; les soldats dans la Débâcle, etc., etc. Sur la fin de sa vie, il fit une trilogie anticatholique intitulée les Trois Villes : Paris, Lourdes, Rovtc, et une trilogie matérialiste : Yérité, Travail, Fécondité. Il a pris une part considérable à l'affaire Dr»v fus et il est mort misérablement le 28 septemî ■
QUELQUES AUTRES OUVRAGES à L'INDEX
Nous croyons utile de citer outre les œuvres dis romanciers, quelques œuvres diverses, assez généralement connues, qui sont également mentionnées au catalogue de VIndex. Ce sont :
Aulard et Debidour. — Histoire de France, à l'usage des écoles primaires et des classes él»'"^T^Ti*m>*^^ des lycées et collèges.
Béranger (Pierre-Jel\n). — Chamsons.
Bert (Paul). — L'instruction civique à l'écol'
Bonnefon (Jean de). — Le Pape de demain
Bouillet iMAmE-NicoLAs). — Dictionnaire uni\i;i.>^. d'histoire et de géographie. L'édition publiée à Paris en 1855 et corrigée d'après le décret du 14 décembre 1855 et toutes les éditions ultérieures sont autorisées.
Buisson (Ferdinand). — La religion, la morale et la science : leur conflit dans l'éducation contemporaine.
Compayré (Gabriei.). — Eléments d'instruction m* raie.
Comte (Auguste). — Cours de philosophie positiv.
EN" VERTU DES DÉCRETS DE l'INDEX 59
Cousin (Victor). — Cours de l'histoire de la philo- :phie.
Encyclopédie ou Dictiomiaire raisonné des scien- -^;, par d'Alembert et Diderot,
Figuier 'Louis). — Le lendemain -d^ la mort ou la vie ïuture selon la science.
Hamilton (Antoine'. — Mémoiin^^ do 1h. vio du coni- 1*:^ de Grammont.
Havet (Ernest). — Le Christianisme et ses ori^iies.
Heine (Henri). — De ]'Allemngn;e ; de la France ; ■RAÎsebilder ; Neue Gedichte.
Houx (Henri des). — Souvenirs d'un journaliste français à Rome.
Izoulet (Je.\n).— La cité moderne ; Métaphysique de la sociologie.
Kardec (All.4n). — Le livide des esprits contenajit les principes de la doctrine spirite ; Le livre des méile<'ins ; Le spiritisme à ^ta simple expression.
Lamé Fleury (Jules-Raymond). — L'histoire anci4>nne ; L'histoire de France : L'histoire moderne ; L'hi.*«toire du moyen âge ; L'histoire du Nouveau Testament, racontée aux enfants ; L'histoire i-omaine.
Lamennais i(HuGUÉfi-FÉLiciTÉ-RoBERT). — Paroles d un croyant ; Affaires de Rome ; Le livre du peu-
îfle : Discussions critiques et pensées diverses... ; Esquisses d'une philosophie ; Amsch^pands et Darvands ; Les Evangiles, traduction nouvelle.
Larousse (Pierre\ — Grand di-ctionnaire universt^l (hi XIX* siècle.
Mangin (Arthur). — I/homme et la bête, ouvrage |-7,^tré de 120 gravures.
Martig (EMM.4NLTX). — Ma.nuel d'enseignement iîx>ur les écoles et les collèges.
Montaigne (jVTichel de). — Les Essais.
Montesquieu. — De l'esprit des Lois : Lettres per^
Pascal. -- Les Provinciales.
Payot (Jules). — La croyance ; Avant d'entref
dans la vie, aux instituteurs et institutrices, conseils et directions pratiques.
Proudhon (Pierre- Joseph). — Opéra omnia.
Quinet (Edgar). — Ahasvérus ; Le génie des religions ; Allemagne et Italie ; Philosophie et Poéî>ie ; La Révolution ; Mystères de Tlnquisition.
Renan (Ernest). — Le livre de Job, traduit de l'hébreu ; Averroés et l'Averroïsme, essai historique ; Etudes d'histoire religieuse ; Histoire générale et système comparé des langues sémitiques ; De l'origine du langage ; Le cantique des cantiques, traduit de l'hébreu ; Vie de Jésus ; Les Apôtres ; Saint Paul , Questions contemporaines ; Les Evangiles et lif seconde génération chrétienne ; L'antéchrist ; L'église chrétienne ; Marc-Aurèle et la fin du monde antique ; L'Ecclésiaste, traduit de l'hébreu ; Nouvelles études d'histoire religieuse ; Histoire du peuple d'Israël ; Souvenirs d'enfance et de jeun-esse ; Feuilles détachées faisant suite aux souvenirs d'enfance et de jeunesse.
Revue spirite, Journal d'études psychologique-.
Reynaud (Jean). — Philosophie religieuse : terre
et ciel.
Rousseau (Ji-un- Jacques). — Emile, ou de l'éducation ; Du contrat social ; Lettre à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris ; Lettres écrites de la montagne ; Julie ou la Nouvelle Héloï^e.
Simon (Jules). — La religion natui'elit
Sismondi (Simonde de). — Histoire des Républiques italiennes du moyen-âge.
Steeg (Jules). — Instrui'tion morale et civique : l'hofiime, le citoyen, à l'usage de l'enseignement primaire.
Taine (IIifM'OLVTE). - Hisfoiir de in litfor.i: glaise.
Tolstoï (Dimitry), — Le ^.i.iio.M i-iut- i.au.i.,! ■ ii Russie ; études historitpies. (Ne pas confondre avec Tolstoï, le romancier).
Vacherot (Etienne). — Histoire critiqu.
d'Alexandrie ; La Religion.
Voltaire. — Lettres philosophiques ; Œuvvf
velle édition revue, corrigée et considérablement augmentée par l'auteur, à Dresde, 1748 ; Histoiro des Croisades ; Abrégé de l'Histoire universelle ; Essai sui' l'Histoire universelle ; Précis de l'Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques... ; Romans et Contes ; Pensées de Pascal, avec notes de M. de Voltaire ; L'A B C, dix-sept dialogues ; Catéchisme de l'honnête homme ; Collection de lettres sur les miracles ; Commentaire sur le livre des délits et peines ; La défense de mon oncle ; Dictionnaire philosophique et portatif ; Les droits des hommes ; L'Evangile de la raison ; L'Evangile du jour ; Examen important de Milord Bolingbroke ; L'homme aux 40 écus ; Nouveaux mélanges ; L'oracle des anciens fidèles ; Ouvrages philosophiques ; La Pucelle d'Orléans ; Les questions de Zapata ; La raison par Alphabet ; Saùl et David : Sermon des cinquante : Singularités de la nature ; Testament de Jean Meslier ; Traité sur la tolérance ; La voix du sage et <hi peuple ; Amabed : Les lettre.s : La philosophie de l'Histoire ; Essai historique et critique ; Le siècle de Louis XIV ; Lettre à ses frères ; Discours ; Candide ou l'optimisme.
Romans à proscrire
EH YERTD DE LR IHORALE CHRÉTIENNE
Sunt bona, xunt quœdam mediocria, suttt maLa pluta...
Martial.
Nous rangeons dans cette catégorie tous les roman- ' lers qui se sont érigés en peintres ou en apologistes du mal et de l'erreur, et dont les ouvrages, parce qu'ils distillent le doute, l'impiété ou le' libertinage, sont, sinon condamnés par la loi générale de 1' « Index », au moins interdits à un grand nombre de lecteurs par la loi naturelle et la morale chrétienne.
Tous ros écrivains atteignent le même but et donnent I leurs romans le même caractère : ils pratiquent le <i corrumpi et corrumpere » de Tacite, ils corrompent l'esprit, les iiupurs ou la foi.
(.ependanl, ils plongent plus ou moins dans cette corruption littéraire et recourent i\ des procédés fort riivers :
FjCS uns étalent le vice dans toute sa brutalité : ils mpruntont leurs sujets aux cabarets, aux bagnes, aux avoii.s, aux mauvais lieux ; ils montrent leurs personnages affli,£{és des difformités physiques et morales les plus hideuses : et ces êtres exceptionnels, détraqués, hystériques, impulsifs, ils les font agir conformément
6i ROMANS A PROSCRIRE
aux instincts les plus pervers. Tels sont les ronnancicrfl naturalistes, passionnels, sratologiques, physiologiques, pornographiques ; etc. : Paul Adam, Ajalbert, Alexis, d'Annunzio, Roger de Deauvoir, Belol, l'auteur d' « Ami tié Amoureuse », Bonnetain, les Bouvier, Case, Champsaur, Chavette, Cim, Corday, Cladcl, Corrard, Denoinville, Delvau, Descaves, Dubut de la Forest, Ducray- Duminil, Poudras, Ginisty, les Concourt, de Gourmont, Harte, Hennique, Hcpp, de Kock, Landay, Lcmonnier. Jean Lorrain, Louys, de Lys, Malot, Matlhey, Méténier, Mirbeau, Montégut, Monteil, Nau, Noir, Bcschal, Rosny, Ryner, Sylvestre, Taxil, Téramond, Tinayre, Uchard. etc.
Les autres tendent à corrompre les mœurs par la magie du style, et l'art extrême avec lequel ils savent présenter leurs tableaux et leurs thèses. Ils jettent sur le vice des fleurs et des gazes provocantes ; ils choisissent leurs héros et leurs héroïnes dans les ruelles « fin de siècle », dans les ateliers féminins, les salons et les boudoirs mondains, les villes d'eaux, les lieux de plaisirs du « high-life » ; et dans des contes à la Boccace, dos variétés, des romans parfumés et illustrés. ils font parler au vice un langage tellement « abscons ». qu'il n'est accessible qu*5 certains initiés. Tels sont les auteurs de galanteries voluptueuses, passionnées, raffinées : Bergerat, Boylesve, Chavignaud, de Gasline, Loti. Gauthier, lîermanf. ffoussayo. Junka, de Lano, Lavedan. Maizeroy, Margueritte. Marni, Maupassant, Mendès, Musset, Prévost, de Régnier. Renard, Tinayre, Vaudère, Vivien, Willy, Wolff, etc. — « Oh î les livres immoraux bien écrits, dit M. Tabbé Gibier, quel immense danger pour la jeunesse, pour les femmes, hélas ! et pour beaucoup d'hommes ! Mieux vaut Zola dans son purin, que tant d'autres écrivains fardés et pommadés, grimaçant et minaudant, romanesques et psycholosruos, qui démolissent toutes les pudeurs, avec des airs de vestales, et
EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENl^: 65
qui outragent la morale avec une phrase décente et 'haste. La séduction de la phrase est plus dangereuse jue le cynisme des peintures, car tandis que le lecteur séduit n'est pas loin de croire qu'il ne goûte qu'un plaisir permis, délicat et distingué, il savoure en réalité, un plaisir honteux et abominable. »
Ces écrivains pervers ne se contentent pas de peindre le péché, sous les couleurs les plus hideuses ou les plus attrayantes ; ils s'appliquent encore à le justifier et c'est ce qui met le comble au scandale. Non seulement ils fascinent les sens et gâtent le cœur, ils pervertissent aussi les idées.
Pour garantir leurs lecteurs contre le remords intime et leurs œuvres contre le mépris public, ils prêchent, en s'inspirant de Rousseau, de Kant et de Goethe, le droit de l'homme et de la femme au bonheur, ils proclament avec Voltaire (Epître à Mme de G... 1716) que
Le plaisir est l'objet, le devoir et le but De tous les êtres raisonnables.
Ils justifient- les convoitises de la nature ; ils insi-. nuent clairement que le mariage est un mal, le divorce un droit, l'adultère une nécessité ; ils proclament que l'amour voluptueux est une chaste ardeur, ses manifestations un entraînement pardonnable, un péché mignon ou un cas pathologique : ils prêchent que les lois de la chasteté ne sont pas plus obligatoires que celles du mariage, que la fidélité conjugale est une absurdité et une impossibilité. Ils tournent en ridicule l'honnête femme et réhabilitent la courtisane, ils mettent sur la même ligne les enfants légitimes et les enfants de la débauche. En un mot, ils appellent bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, ils exaltent le vice et flétrissent le devoir, ils renversent les notions
00 UOMANS A PROSCRIRE
les plus élémentaires de la morale évangélique et du droit naturel, ils corrompent les mœurs en faussant les idées... Tels sont, en particulier, les partisans plus ou moins avoués du divorce : Berthold, Capus, Mar- ^ueritte, Aferedith, Ouida, Pert, etc., etc.
« La débauche serait une chose belle, si elle n'était un mensonge, a dit Haubert {Correspondance^ Tome II, page i296), et il est bon, sinon de la pratiquer, du moins de la rêver. » C'est cette affreuse maxime, véritable cri de la bête humaine, aussi contraire au droit naturel qu'à la doctrine de l'Evangile, qui semble tenir Ijoii d'f loi aux romanciers dont n<^u< nous; ornipoiis.
■ Ils foril plus, ^lettant en pratique le conseil de Voltaire, ils montent ; ils falsifient les vérités fondamentales de la philosophie, de l'histoire et de la religion.
Tels sont, par exemple, les voltairiens. les rationalistes obstinés, les déistes, les anticléricaux avérés, les pessimistes, les nihilistes, les railleurs, etc. : About, Charpentier, Flammarion, Anatole France, Loti, Mérimée, Meuniei-, Mirbeau. Péladan, Richepin, Rod, Thiaudière. Tolstoï, Vigny ; les païens lettrés : Mme Adam, Banville. Judith Gauthier. Harry. Houssaye. Loûys : etc. ; les socialistes et les révolutionnaires : Paul Adam. d'Agoult, Rrucker, Champseix. t.. Michel. Poiichkhinc. Tolstoï.
Combien de romans (|ui. à travers d'habiles et séduisantes fictions, e\pli(|uent par les seides forces de la nature, les mystères de la création, nient nnh gine divine et nos immortelles destinées î
Combien de romans qui, bAlis sur des données his toiiqiies plus ou moins controuvéos. réhabilitent les incrédules, les hérétiques célèbres, les persécuteur», raillent les héros et le rAh' d( rF/jIi^i
Combien de romans qui attribuent à la religion des dogmes qu'elle n'a jamais prêches, des crimes qu'elle n'a jamais commis, des ambitions et des scélératesses dont elle ne s'est jamais rendue coupable ! Combien de romans sceptiques et rationalistes surtout, qui remettent en question et considèrent comme des problèmes, les décisions de l'Eglise les plus indiscutables, et même les enseignements les phis autorisés de l'Evangile • , .
A vrai dire, il sembla que le blasphème impudent ou plutôt le scepticisme absolu et les erreurs religieuses soient plus répandus dans la littérature contemporaine que le vice et l'immoralité.
Et c'est ce qui la rend particulièrement pernicieuse. Sans doute, les ruines du cœur et les affaissements de la volonté, produits par la IcrLure de livres obscènes, sont des choses lamentables ; mais 1rs ruines de l'esprit sont plus lamentables oncore, parce qu'elles sont plus précipitées, plus profondes, plus universelles et plua irréparabh^s.
Les romans exclusivement immoraux attaquent la vertu et tendent à pervertir les mœurs ; mais ils ne pervertissent pas nécessairement les idées, ils laissent au lecteur enfin dégoûté et lassé, la possibilité de revenir au bien et de réparer les défaillances passagères auxquelles il s'est abandonné.
Les romans qui distillent plus ou moins abondamment l'erreur, tarissent la vie morale dans sa source, pt ils agissent avec une pénétration, une facilité et une efficacité qui ne laissent presque plus d'espoir de restauration. Nous sommes ainsi faits, dit Mgr Gibier, h qui nous empruntons plusieurs de ces sages réflexions, que la négation nous ébranle et que l'objection nous impressionno. Notre esprit est d'une sensibilité, d'une
délicatesse extrême, et quand le doute l'a blessé, la plaie est lente à se refermer, quelquefois inguérissable. L'expérience même démontre que les personnes du monde, habilucliement trop peu pourvues d'inslruclion et de convictions philosophiques ou religieuses, sont, sans s'en rendre bien compte elles-mêmes, plus sensibles à des lectures irréligieuses, rationalistes ou vollairiennes qu'à des lectures obscènes. Un chrétien ou une chrétienne qui auront lu des romans frivoles et immoraux, reviendront assez facilement et intégralement à de^ habiludes plus sérieuses et plus conformes à la vertu ; mais s'ils se sont adonnés à des lectures impies, la ruine morale est complète : il semble que les fondations mêmes de l'édifice ont été arrachées, ou, pour rappeler un mot du poète incrédule, il semble que
La mer y passerait sans laver la souillure L'abtme est immense et la tache est au fond.
Et ce sont ces écrivains qui, aux yeux de ceux qui les lisent ou qui les vantent, ont seuls qualité pour régner dans le domaine des lettres et gouverner le monde des âmes.
Certes, nous ne nions pas leur talent : la plupart (■n ont été richement dolés par la Proviilrnce. La poésie, l'éloquence, le sens le plus délié de l'observation, l'analyse des sentiments, le preslige du style, l'art de la mise en scène, la psychologie la plus pénétrante, quand ils ne les égarent pas dans le faux, l'invraisemblable et l'outré, leur ont inspiré des pages qui seraient l'honneur de la littérature française, si elles n'étaient trop souvent gâtées par le voisinage de scènes luxurieuses.
Malheureusement, ils ont profané tous les dons de leur esprit par leur libertinage et ne s'en sont sen'i'î que pour mieux séduire leur public.
C'est par millions que depuis 50 ans, ces livres ont été répandus dans les masses, et jusque chez les peuples les plus lointains. Chaque auteur a trouvé sa veine, et chaque catégorie de lecteurs a choisi dans celle immense pléiade, l'écrivain qui répondait le mieux à ses goûts littéraires ou plutôt à ses caprices libertins et intellectuels.
Les étudiants, les gens du peuple, les bourgeois oisifs, les blasés du plaisir, les petites apprenties, les ouvrières, les employés des deux sexes, les collégiens, les jeunes filles, les habitués des hôtels, des casinos, des salons de lecture et des bibliothèques publiques, les liseurs et les liseuses qui prennent tout ce qui se présente, les uns par curiosité malsaine, les autres par passe-temps, les uns en cachette, les autres sans \ergogne, se sont livrés et se livrent encore, impunément et à très bon marché, aux silencieuses ori^ies de In pensée, avec la foule des malfaiteurs littéraires.
Le succès est d'autant plus facile que des dirigeants ■ le tout ordre accueillent, écoutent, fêlent et glorifient 1 i!s auteurs et leurs ouvrages avec un ensemble, une msistnnce et une sympathie qui en imposent chaque jour davantage. Le monde, qui est, selon Jules Lemaî- Ire, cette association élégante et riche pour le plaisir, où fleurissent naturellement la sensualité, la galanterie, la vanité, la curiosité physique et morale, le Mionde leur accorde droit de cité, comme à des amuseurs, des directeurs et des éléments indispensables de la vie heureuse. Des revues très féminines, dos magazines très chics et d'autres revues non moins frivoles, i^ui se vantent d'avoir 150 mille abonnés, consacrent à ces idoles du jour, outre des illustrations, des notices pt des éloges chargés d'hyperboles et de répétitions. Toute une société, formée en bonne partie de catholiques pratiquants, considère comme une nécessité de bon ton de lire tous les romans à la mode, et sous
prétexte que l'art purifie tout, qu'il faut bien tout connaître et se tenir au courant, fréquentent les auteurs impies et immoraux avec la même assurance que les bals de famille et les sports mondains.
Nous n'aurons pas la faiblesse d'approuver cette défaillance de la conscience chrétienne, ces erreurs et ces déplorables manies. Nous estimons, au contraire, que les romanciers de notre seconde catégorie, avec la plupart de leurs ouvrages, méritent d'une manière générale, comme ceux de la première, d'être flétris au nom de la morale, d'être « boycottés » impitoyablement et bannis de toutes les familles honnêtes.
C'est un principe qu'il faut fuir le mal, en d'autres termes, qu'il faut éviter tout ce qui est un obstacle au salut de notre Ame, tout ce qui nuit en quelque manière à la conservation et au développement normal dp notre vie naturelle et surnaturelle.
Or, les romans dont nous nous occupons renferment, soit le mal de l'intelligence, c'est-à-dire des erreurs : soit le mal de la volonté, c'est-à-dire des immoralités. Ce mal, ils le dépeignent, ils &'y complaisent, ils le rendent séduisant jusqu'à y attacher le lecteur, jusqu'à introduire ordinairement dans son âme une tentation ou une chute. C'est un fait.
11 faut donc exclure, interdire et proscrire' ces livres rVst notre conclusion.
Est-re à dire, cependant, que tous ces romans soient à proscrire dans la même mesure ^? Non pas. Nous l'avons dit pins haut, les livres opposés à la foi sont ordinairement pour les personnes du monjje, pins pci^ fides et plus pernicieux que les livres contraires aux
bonnes mœurs, parce qu'ils s'attaquent à l'esprit et que l'esprit est essentiellement plus accessible au mal et plus réfractaire à la conversion que la volonté. Il nous a donc paru nécessaire d'infliger une note plus sévère aux auteurs qui tendaient, intentionnellement ou non, à ébranler les fondements de la saine philosophie et de la vraie foi.
Il y a, en outre, toute une catégorie très nombreuse d'ouvrages qui, tout en peignant le mal, ont pour but de le rendre odieux. En soi, cette exhibition du mal est bonne, et dans certaines conditions qu'il n'est pas impossible de supposer et de réunir, elle peut être bienfaisante. Il importe cependant de faire observer que cotte exhibition, bonne on soi, constitue pour beaucoup de lecteurs une tentation, une séduction, un mal ; la théorie spécieuse de « l'ilote ivre », surtout quand il s'agit de la plus délicate des vertus, est souvent tout à fait vaine et pernicieuse. C'est pourquoi, s'il est équitable de rendre hommage aux intentions de ceux qui y recourent, il est prudent et sage de n'en faire l'application que sous bénéfice d'inventaire...
Est-ce à dire ensuite que tous cos romans soient à proscrire absolument et universellement ? Non encore et cent fois non. Los livres les plus mauvais, si on les considère en eux-mêmes, peuvent être, si on les considère relativement à tel lecteur, de la plus complète, innocuité.
Les OMivres d'Anatole France, par exemple, si imprégnées de scepticisme subtil, peuvent être inoffensives pour un catholique très instruit ou' un théologien sérieux qui n'y apprendront rien, sinon des objections, qu'ils réfuteront « illico », sans subir aucun dommage du fait de ce détestable contact.
Les romans pornographiques, foncièrement voluptueux ou pbscènes, cemme ceux de Gabriel d'Annunzio, de Befot. de Théophile Gautier, etc., etc., sont évi-
demment dangereux, en règle générale. Il y a cepeu danl bien des personnes qui peuvent les lire sans* contracter de souillure morale.
11 serait aussi ridicule d'interdire aux professeurs, aux criliques, aux professionnels de la lillcralure, la lecture de certains livres en soi très mauvais, que d'interdire à un médecin la lecture des livres de médecine : ces lectures sont pour eux un devoir d'état dont l'accomplissement n'est pas toujours sans danger, mais auquel il serait téméraire et injuste de les soustraire « a priori ».
Un roman voluptueux de Prévost, de Loti et « tutti quanti », produit ordinairement une impression très fâcheuse et occasionne des troubles très graves chez les personnes jeunesA ou âgées, qui, par disposition de tempérament, privilège d'éducation, sensibilité d'âme, délicatesse de conscience ou grâce de Dieu, ont été préservées de tout contact avec les parfums du vice. Supposez, au contraire, iln vieux liseur, une liseuse d'âge respectable, habitués aux relâchements mondains, aux lectures perverses, blasés de tout, et chez qui la répétition des actes, l'intensilé des sensations, l'endurcissement du sens moral, ont émoussé toute délicatesse. Assurément, ces âmes sont coupables de s'être ainsi atrophiées et mutilées ; mais pourrait-on affirmer que la lecture d'une nouveauté de Loti ou de Prévost produira en elles le même effet que sur des jeunes gens ou de jeunes dames qui n'ont jamais pris contact avec le poison ; et, conséquemmcnl, pourraiton « a priori » leur interdire ce déplorable passe-temps avec autant de rigueur qu'à d'autres catégories de lecteurs ?
Tout en appréciant avec sévérité le cas de ceux qui lisent des livres plus ou moins obscènes, il faut donc se rnpp'lnr qu'il y a dans ces livres, dans les motifs auxqnols obéissent veux qui les lisent et les dancjers auxquels ils s'exposent, des nuances infiniment variéef.
Ces motifs et ces dangers, c'est à chaque conscience qu'il appartient de les examiner. Pour nous, nous devons nous contenter, avant de citer les romans susfîeplibles d'ctre interdits à la masse des lecteurs, de rappeler les quelques règles élémentaires qui peuvent en ces matières éclairer le jugement de ceux qui nous lisent.
1° Tout livre — fût-il en soi excellent — qui, du fait du dommage déjà produit en des circonstances analogues ou du dommage à prévoir, est pour un lecteur une occasion prochaine de pécher gravement, <îst un livre pratiquement mauvais que ce lecleur doit s'interdire sous peine de faute grave. Et il doit se l'interdire avec plus ou moins de rigueur, selon qu'il prévoit des périls ou obéit à des motifs plus ou moins sérieux.
2° Les précautions à prendre, qu'il s'agisse de sauve- Lîarder la foi ou la vertu, sont en réalité plus minutieuses qu'on ne le croit généralement. Il y ,a même des cas où personne ne peut, de sang-froid, étant donné la faiblesse de noire nature viciée, s'exposer au contact de certaines lectures, sans s'exposer en même temps à romprometlre la plus précieuse et la plus fragile des vertus.
3° Beaucoup de livres qui ne sont pas mentionnés au catalogue de 1' « Index », sont cependant condamnés par les lois de l'Eglise, et c'est, sauf dispense, les enfreindre s^ravement que de garder ou lire ces livres-là, même s'ils sont par ailleurs inoffensifs pour l'intéressé.
...C'est à la suite et sous le bénéfice de ce long jwéambule que nous donnons la deuxième liste des romanciers à proscrire.
' i ROMANS A PROSCRIRE
Nous n'avons pas l'inutile prétention de citer ici tous les auteurs connus, et nous ne commettrons pas l'imprudence de faire à ceux qui ne le sont guère une réclame dangereuse. Il nous a semblé suffisant de faire Jigurer dans notre liste les plus féconds, les plus lus et les plus remarquables ; et si nous avons joint à leur nom une courte notice qui explique le pourquoi de notre appréciation, nous y avons évité avec soin tout détail ou titre dont l'énoncé ou le souvenir constituerait, pour les faibles, à certainc^s heures, un véritable péril.
On s'étonnera peut-être de ne point renconlrei-, dans la présente catégorie, des hommes qui seraient classés par plusieurs parmi les /( malfaiteurs littéraires ». et d'autres qui devraient étrp bonni<i dp u^ntr h\U]\n^]^^n^to sérieuse.
Mais on voudra bien se rappeler que, dans rcspèce, l'excès de la sévérité serait peut-être plus dommacfeable que l'excès d'indulgence ; et, d'autre part, que nous faisons bien moins une nomenclature d'écrivains qu'un f^ataloîîue raisonné d'ouvrages. C'est pourquoi, comme ces auteurs ont publié, soit quelque livre irréprochable, soit un ensemble d'œuvres inoffensif pour une catégorie de lecteurs, nous avons jugé plus logique et tout naturel de les mentionnnr là même on nn!j« --i^rmAMc lonr^ romans à lire.
Edmond About (1828-1885), le romancier de la bourgeoise frondeuse et voltairienne. Il ressemble à Voltaire, non seulement par son style luminexrx. facile, étmcelant de verve, mais surtout par ses tendances agressives, son parti-pris et son impiété.
Il attaqua l'Eglise et le catholicisme dans ses art! clés de journaux et dans deux pamphlets débordant.*^ de passion : Rome conff^'^r»^*"^'"^ • T^ rjupctim, m maine.
E^ VLRTl DE LA MORALE CHRETIENNE i,>
Dans ses romans, sa réserve ne brille pas davan- ,ge : Tolla, récit poétique très passionné ; Germaine, sujet malpropre habilement traité ; Le Turco (recueil <l3 nouvelles, dont deux au moins cou tiennent autant .i(' piment que de sel), etc., etc.
On ne rencontrera cependant que (iianques mots de op dans les trois folies amusantes qui s'appellent • Le nez d'un notaire : Le roi des Montagnes ; Vhovfim.e à Voreille cassée ; et dans Le Roman d'un brave homme ; Trente et Quarante ; Les mariages de Paris ; La Grèce contemporaine : Dr Pon toise à Stamboul ; Alsace. .
Paul Adam, né à Paris en 1862, d'uiae vieille famille artésienne, particuliènement mêlée aux événements et aux guerres (iiii agitèrent la France sous la Révolution et TEuipire. Auteur très en vogue.
Romains historiques : ï^e temps et la vie (histoire de l:i société française depuis la Révolution) ; La force ; i.'Enpmt dWuslerlitz : La Ruse ; Soleil de Juillet histoire d'une famille française de 1800 à 1830) ; Etre (la vie féixiale et la magie au XIV® siècle) ; Histoire de Byzancc ; Histoire de la Papauté. On dirait 'lue l'auteur est possédé du b&soin de scandaliser, tant il prodigue les gravelures et les sales images. L'un de ses procédés les plus habituels ' les plus particuliers, dit M. Doumic, consiste à
lire des scènes licencieuses la continuation et l'a-
Mitissement des autres.
Romans philosophiques, socialistes, politiques, etc.: Iji Glèbe (vie brutale des paysans) ; Essence de soleil (l 1. ploutocratie) ; Cœurs nouveaux (le communisme) ; La force dit mal (dévouement d'un médecin pendant le cholér-î) ; La bataille dlJhde (roman de stratégie) , Les lettres de Malaisir (la société phalanstérienno i(lpnlf^) • Robes royqps (réquisitoire contre la magis- Tj' scr]><'jii tioir (un monstre d'égoïsme et
de brutalité qui se débarrasse de la morale pour pou voir agir -et devenir un surhomme selon Nietzsche) Le trust.
Romans de psychologie passionnelle : Chair Molle, ouvrage naturaliste pour lequel l'auteur fut, à la demande de Francisque Sarcey, traduit en justice et condamné à la prison -et à l'amende ; En décor (autobiographie ; œuvre immorale rééditée sous le titre de Jeunesse et Amours de Manuel Héricourt) ; L'année de Clarisse (vie joyeuse d'une actrice) ; Lr troupeau de Clarisse (même genre) ; Les lions (tableau d'une petite ville, volupté brutale, un prêtre très fantaisiste) ; Stéphanie (histoire d'un homme do quarante ans qui immole son amour aux intérêts de ses collatéraux qui guettent son héritage ; peu intéressant ) ; etc.
Contes à thèses : Le conte futur ; La parade amoureuse ; Tentatives passionnées...
Tous les ouvrages de Paul Adam sont d'une profonde originalité ; mais ils sont, dit M. Adolphe Brisson, copieux, encombrés de végétations parasites, désordonnés et fatigants jusqu'à congestionner le lecteur. — Le génie de révolte indéterminée et de luxure qui est en lui est presque son tout (Jules Lemaître, Echo de Paris, 7 mars 1899). Ne laissez jamais votre femme lire. Les romans perdent le cœur eui vantant la corruption et le sentiment( Paul Adam. La force du mal, page 179).
\fadame Edmond Adam, de son nom de jeune fîlle Jtjliette Lamber, née en 1836, femme de lettre» « salonnière », fondatrice de la Nouvelle Ttèvue.
Ses nouvelles, esquisses et rom<ins sont pleins de charmantes descriptions et traversés de souffle patriotique : Mon village ; "Récits d^ine paif.^nnne . Voyage autour du Grand Pin (paysages de Cannes) . Dans les Alpes ; La Sainte Bussie ; Impressions fran
ises en Russie. M™« Adam est une amante de la nature.
Elle est souvent appelée « la grande française » ; elle »a, en effet, au dire de ses amis et d'après ses mémoires récemment parus {Roman de mon enfance et de ma première jeunesse ; Mes premières armes ; Mes illusions, Nos souffrances, etc., etc.), rendu de grands services à son parti et à son pays, en faisant aimer la République, — une République franchement libérale — et en faisant aimer la France aux étrangers.
Mais ce qui caractérise l'emsemble de son œuvre, c'est la doctrine païenne et antichrélienne, qu'on a appelée assez improprement le néo-hellénisme. L'hellénisme, dit Jules L^maître, est pour les hommes d'aujourd'hui, un rêve de vie naturelle et heureuse, dominée par l'amour et la recherche de la beauté surtout plastique, et débarrassée de tout soin ultraterrestre. Ce rêve passe, à tort ou à raison, pour avoir été réalisé jadis par les Hellènes... » Mais peu importe, le néo-hellénisme est païen ; et M"' Adam, qui en est devenue l'apôtre, est païenne. « Je suis païenne, dit-elle elle-même (1) et c'est ce qui me distingue des autres femmes ». « Le paganisme de Mme Juliette Lamber, ajoute Jules Lemaître, est au fond une protestation passionnée contre ce qu'il y a, dans la croyance chrétienne, d'hostile au corps et à la vie terrestre, d'antinaturel et de surnaturel, et pour préciser encore, contre le dogme du péché originel et de ses conséquences... »
Ceci, on le sait, c'est Madame Adam d'hier. Hier, elle adorait Zeus : aujourd'hui, elle adore Jésus. Hier, elle invoquait Pallas-Athéné ; aujourd'hui, elle invoque Jeanne d'Arc. En 1913, Madame Adam s'est
<i) Dans Laide et dans PaUnne, livre très hardî qui scandalisa le Gil Blas et L* Voltairt.
couvertie : elle a écrit Chrétienne, roman par lettresT^ livre sain et réconfortant pour les gens du monde.
Comtesse d'Agoult (Marie de Flavigny, dite Daniq. Sterti ou), femme auteur et <( salonnière » (1805-1876). S€s articles et romans, violemment attaqués par Proudhon, rappellent les idées socialistes de George S and et nie sont plus guère lus que par des spécialistes.
Jean Ajalbert, né en 1863, avocat et écrivain gouailleur, exalté, voluptueux, qui a décrit l'Auvergne et le Laos, dans quelques romans. La fille Elisa, tirée dlu roman d-e Concourt, est un drame réaliste <|ui fut condamné par la censure et discuté à )a <^:hambre : Mgr Freppel sortit, pendant qu'on en lisait ([uelques passages très crus.
Paul Alexis (1847-1901) fut un ami, un disciple et
un admirateur de Zola. C'est assez dire qu'il appartient à l'école ultra-naturaliste.
Claude Anet, de son vrai nom Jean Schopfer, écrivain (le talent, dont Les Bergeries ont pris une bonne place dans la littérature rosse.
Alfred Assolant (1827-188(>). Il a ecru puur la jeimesse certains récits de voyages et quelques romans aussi instructifs que dramatiques, mais neutres : Aventures du capitaine Corcoran ; Le docteur Judassohn (la guerre de 1870) ; Montluc le Bouge ; Pendnqrnn (Histoire d'Alexandre-le-Grand et d'un gaulois chevaleresque) : François Buchamor ; Histnirr du célèbre Pierrot ; La chasse aux lions. Malheuie II. sèment, comme About son maître, il se réclame et se ressent trop de Voltaire dans la plupart d<e ses autrrs npuvm^ '
EN VERTi: DE LA I\IOR.\LE CHRÉTIENNE 79
TtEorges Auriol, né en 1863, humoriste qui conte -Ips historiettes saugrenues et incongrues.
Comme Coui-teline, J. Renard, Capus, Tristan Ber- Tiard, Veber, Willy, Grosclaude, Chavette, Théo- Cïitt, et toute une catégorie d'auteurs gais, Auriol .5ème sies livres d'épisodes dé])lacé&, de propos égril- Jards, de détails grossiers, d'allusions polissonnes, d3 mots indécents... Il est périlleux, pour un homme •desprit, die vouloir, à tout prix, faire rire : outre que le rire ne s'adresse guère aux facultés les plus nobles de l'homme, il est d'expérience que la plupart des humoristes ont souillé leur talent et leur plume eTi faisant appel aux mauvais instincts. C'est pour ces raisons que nous les avons placés dans cette catégorie.
L'Auteur d'Amitié (unoureuse, de son vrai nom Madame Lecomte du Nouy, aUas Hermine Oudinot, née ein 1855, n'a publié que des romajis d'amour stuvent vulgaires et terre-à-terre, « où elle se joue des sujets traités d'immoraux par la morale courante ». Ce jugement est emprunté à Vinformateur des ficns de Lettres : il s'applique même à certain livre diêdié à une jeune fille.
Théodore de Banville (1823-1891), poète lyrique, nuteur de Contes ot de Souvenirs en prose (15 volumes).
Comme poète, c'est un magicien, idolâtre de la rime, qui n'a vécu que de. mots et de cadences, « comme les divines cigales se nourrissent de leurs chants. »
Dans ses contes et ses comédies, autant que dans ses vers, il n mêlé les allégories gi'ecques aux choses modernes.
Nous ne le proscrivons que dans la mesure où il '"-* à propos de bannir la vie et la mythologie anti-
(jues ; la fameuse pièce Gringoire -est même représentée dans les œuvres catholiques.
Jules Barbey cf Aurevilly (1808-1809), critique original et violent, penseur de haute race, écrivain qui rappelle Tacite et Saint-Simon, historien de la Basse Nwmandie, romancier dont les œuvres remplies de catholicisme exalté, de satanisme, d'horreurs, de morbidesses et de dandysme (1) ne sauraient convenir à des lecteurs non prévenus.
Violent et paradoxal, il fut souvent excessif, injuste et faux, même dans son catholicisme : Lamartine Pavait surnommé le duc de Guise de la littérature.
« J'ai beau faire, dit Jules Lemaître, rien ne me semble moins chrétien que le catholicisme de M. d'Aurevilly... Son œuvre entière respire les sentiments les plus opposés à ceux que doit avoir un enfant de Dieu, entre autres l'admiration la plus éperdhie pour les forts et les superbes, fussent-ils des ennemis de Dieu, de grands mondains, des viveurs et des Don Juan » {Les Contemporains, 4™® série).
En réalité, il appartient à l'Eglise par la sincérité de sa foi, et par l'intrépidité avec laquelle il a combattu les auteurs impies et malsains de son époque. Ce qui lui manque surtout, c'est la virginité dn tnlent et l'intégrité de doctrine.
Ce catholicisme bâtard est mêlé d'hystérie, û». .. u me et surtout de diablerie. D'après le critique déjà cité, le satanisme de d'Aurevilly consiste à voir le diable partout, à nous raconter avec complaisance des actes d'impiété ou des cas surprenants de perversité morale, (Le bonheur dans le crime : Ce qui ne meurt pas ; Une histoire sans nom ; Le rideau cramoisi ; A un dîner d'athées, etc.) ; ou encore à nous
(i) Comme études de dandysme, r Brummet
impossible ; La bagtie d'Annibal.
EN VERTU DE LA MORALE CHRÉTIENNE Si
montrer l'action directe du diable dans des faits inexplicables [Vensovccbh'. ; Une vieille maîtresse ; Les diaboliques, etc.)
Les deux chefs-d'œuvre de ce « maitre^écrivain )> sont Le Chevalier des Touches et Le Prêtre marié , le premier ne contient qu'une nudité au dénouement ; le second est beaucoup moins inquiétant que son titre.
Marcel Batilliat, ué à Lyon en 1871. Disciple de Zola, il quitta l'école et la naanière naturaliste pour entreprendre dans quelques romans « abscons » Tinterprétation de la beauté, de la pensée moderne et de la vie !
Sond.ernlor ouvrage, La Lihcrlr, (pu-iles (]ue soient les intentions de l'auteur, renferme des sophismes et des pages déplacées qui motivent un jugement sévère.
lloGER de Beauvoir, (Edouard-Roger de Bully,
(lit; 18f;!)-IH(;cV 1 >..,-:;.... rnn-K'd'ios pt rouinct.nis imnibreux.
Adolphe Belot, né à la Pointe-à-Pître en 1829, mort en 1890. Vint à Paris faire son droit et dut son premier succès à une comédie célèbre : Le Testament de César Girodof. 11 est l'auteur de Mademoiselle Giraud, ma femme, et ses 40 ou 50 romans sont tellement émaillés de détails physiologiques, qu'ils lui valurent le nom de (( Dupuytren de la littérature. » Cependant Le piqeon (recueil de nouvelles) convient même aux enfants.
Emile Bergerat, ué à Paris en 1845, a épousé une fille de Tiiéophile Gautier. Il publia au Voltaire, sous le pseudonyme de <( l'Homme masqué », des articles impies ; il est surtout connu par les chroniques qu'il signa Caliban au Figaro.
Xi R(3MAN.S A PHOSCHIHK
Dans ses poésies, ses pièces de théâtre et ses romans, il sème beaucoup trop de mots corrupteui's. à la manière de son beau-père, pour que nous puissions le recommander. Citons Le Petit Moreau (roman audacieux contre les unions consanguines, thèse exagérée) ; Les source}; de Calibangrëve (assez honnête) ; Faublas maUfir lui (sujet malpropre).
?^RÉDÉRic Berthold, écrivain biutalement ré.diotc, (j[ui expose les inégalités sociales et les misères physiologiques dans Enigme fatala, défend la cause du diivorce dans Enchaînes et combat la chasteté religieuse dans Mirage d'amour. 11 n'est même pas irréprochable au point de vue moral idans Rivaux (rivalité entre époux, homme et femme de lettres) <^i dans Ce qnlionneifr veuf ^omnn-feuilleton très dramatique).
GEOH(i£s Bonnamour n toin- à tour étudié les perversités féminines dans des romans psychologiques, et les violences anarchistes dans une trilogie sociale intitulée Uévoltr et Liberté. Depuis, il a obtenu le.: faveuis de TAcadémie ])our son dernier ouvrage VHevre de Dieu. Aujourd'hui, rédncteur au jouninl L'Eelair.
Pai'l Bonnetain, 185K-1801)), officier d'infanterie
de ULariii'-. 'fii" V('MMit nu S(iud.m et on l'.xtrôme- Orient.
Après cl \ > Il I I p 1 1 1 » . 1 1 ■ u t- II A I 1 '1 1 1 .1 1 1 ^ . I i »- 'I li 1 1 K'i 1 1 1^ 1 1 ' ■-
blés {Autour de la caserne : (liarlot .v'amî/.vp), il éludiîi icliins divei's ouvrages malsains {Au Tonkiti : Dans la broiis.'fr . \)nours mnnades ; Uopium) la vie colonial' - tii \r.-. -.s gaietés et ses d<*-
sordre*^ (1).
(i) l/uii (K- ces livres fut poursuivi p.ir la Cour d'assises de la S(i:u. cil 1ÎW7... Depuis cette époque, aucun ouvrage scan-
Elémir Bourges, né eu 1852, collaborateur au Journai des Débat a et à la Revue des Deux-Monde s y romancier artiste et pessimiste.
Le crépuscide des dieux (amalgame historique peu intéressant, mais beaucoup loué) ; Les rois en exil ; Sous la hache (genre du 03 de Victor Hugo) ; La nef ; [.es oisriiii.r s'enrolrul et les fleurs tofuhent, ont pour thème fondamental la <( maladie de l'infini » ! La luxure, le meurtre, l'ambition et le dégoût y bouillonnent au travers de pages harmonieuses et parfois languissantes.
Alexis Bouvier (183(^1892), ancien ciseleur eu bronze. Ses chansons, .-^es pièces die théâtre et ses uombreux romans-feuilletons ne sont ni d'un raffiné, ni d'un délicat. Ce sont des récits mouvementés, touffus, naturalistes, qui peignent surtout les mœurs du })euple vicieux.
Raymond Brucker 1805-1874). Successivement ou-" vrier, journaliste, poète, romancier, tribun, apôtre de la foi, il publia d'abord une trentaine de volumes impies et révolutionnaires. Après une série de luttes intimes, que Paul Féval a décrites dans Les Etapes d'une conversion {P^ partie), il triompha enfin de lui-même en 1839, et brûla ce qu'il avait adoré. Depuis -cette époque, il a beaucoup agi et parlé ; il s'est contenté d'écrire Les Docteurs du jour devant Il famille, terrible pamphlet contre Quinet, Michelet et leur école.
flaleux n'avait attiré l'attention des tribunaux. En octobre 1907 rependant, trois accusés comparurent devant le jury, pour avoir publié sans nom d'auteur ni d'imprimeur un livre incontestablement obscène, qui, d'après l'acte d'accusation, « n'est qu'un amas de récits et de tableaux libidineux offerts en pâture aux curiosités malsaines ». L;i Cour rendit un arrêt d'acquittement.
Ni ROMANS A PROSCRIRE
Camille Bruno, do son vrai nom, M""* la baronne de la Tombelle!
Ses romans sont en général passionnés, voluptueux, scabreux : Uim posture ; 1.' essai du bonheur ; La fin d'une amante (Mémoires de femme, pains dans Le Journal) ; Madame Florent (un peu plus honnête).
Ses vingt nouvelles réunies sous le titre En désordre sont plus réservées.
Victor-Edouard Gadol, (183 1-1898), romaacier qui met dans ses ouvrages tous les piments des romans à sensation. Sa bonne humeur lîontinue u pu lui giag-ner des sympathies ; nous croyons cependant que ses œuvres sont à proscrire, sauf' Gilberte ; Mademoiselle ; Secrétaire lyarticulirr (12 nouvelles médiocres).
Théodore Cahu, né à Beaiugen<y en 1853, ancit n officier. 11 a publié sous son nom et sous le pseudonyme de Théo-Critt, des livres de différentes classes : farces militaires qui n'ont rien des sentiment.ilités roucoulantes du capitaine dos dragons Florian ; romans-feuilletons d'amour {Vendus à Vennemi ; La rançon de Vhonneur ; Les drames de Kermor, etc.) ; lécits irréprochables au points 'de vue moral (Perdus dans V espace ; L'héritage dans les airs) ; badinages poui' enianis •{Mémoires de Cigarettes) ; et plus récemment, un ouvrage dont nous ne voulons pas même citer le titre, des nouvelles spirites et anticléricales ; etc.
Alfred Capus, né on 1858, ancien élève de l'Ecole des Mines. Journaliste, romancier et conteur, auteur dramatique, membre de l'Académie française.
Il a collaboré à divers journaux. Il donne encore au Figaro des <( courriers » hebdomadaires' qui sont réunis en volumes sont le titre de ^fœ^lrs du temps.
Ces chroniques, où tout n'est pas irréprochable, sont ^^ependant plus sages que ses ouvrages antérieurs. M. Capus s'y révèle « réactionnaire » ; il n'est pas nôtre assurément, mais il s-emble se ranger parmi Ilo^J alliés du dehors que l'instinct de la conservation sociale rapproche de l'Eglise.
Outre deux recueils de nouvelles très répréhensthles {Les honnêtes gens et Monsieur veut rire), il ti publié trois romans : Qui perd gagne ; Faux départ; Années d'aventures, où il raconte, sans la flétrir, l'histoire des jeunes gens instruits, qui, ayant raté leiu" carrière, mènent 'en redingote une vie de bohèiries, de joueurs et de fêtards ; Histoires de parisiens: Jiobinson.
Dans ces œuvres et dans les comédies à succès qui les ont suivies {Les maris de Léontine ; Les deux écoles ; Notre jeuniesse ; etc, etc.) Alfred Capus s'attachant'à décrire la vie, en traite les réalités avec un optimisme souriant et un imperturbable sangfroid ; mais il affecte une désinvolture' distinguée, et d'autant plus pernicieuse, à l'égard de 'la vie régulière et du mariage.
Jules Case, né à Sens en 1856. Romans libertins €t irréligieux ; pièces, pai-mi lesquelles La Vassale est encore actuellement jouée avec succès.
FÉLICIEN Champsaur, né en 1859, a fait des piècee, des poésies et des romans-feuilletons. Ceux-ci, très touffus et immoraux, ont été interdits naguère par la justice belge. Quant à ses 'nouvelles, elles sont pleines d'entrain et de vice.
Tous ses livres, dit Maurice Barrés, {Les chroniques, septembre 1887) sont des confessions, poèmes brutaux ou mieux encore affiches d'amour.
M»»» Champseix, de son nom de jeun-e fille Léonib Béra (1820-1900). Très liée avec Benoît Malon, le doc-
''^*' KOMANS A l'HOSCHlHK
leur socialiste, elle s'est rendue célèbre par ses équ^. pées et des énit^ rpvnlntinnnîiii-fc .n,'"!!*' -i^. André Léo.
Elle pi'éconisu dans ses œuvres ia relurnie di3 ItMiucation de la jeune fille, les droits de ramour sou\rrain, la conscience ûe la femme supérieure à la'<( ba- Jialité de la vertu » ; en un mot tons les prinrip-- <lu féminisme outré.
Armand Charpentier, né à Brest en 1854. Violent adversaire de la leligion, il a écrit au Souverain l^ontife pour le supplier de supprimer « les dogm^-suiannés et les superstitions •')), et a développé dcins plusieurs romans {VEvangile du JUmheur, dédié a Léon XIII, etc.), des 'idées opposées à la doctrine »: à la morale chrétiennes.
EiGKNE Chavette, pseudonyme d'EuGÈNE Vachette. (1827-1902), à la spécialité du genre gai : c'est i- Xfonnier des concierges. Ses nouvelles à la main, sf^ \audevilles, ses r(mians, d'ailleurs foi-tement ch:\'pentés, sont souvent railleurs et indécents.
LÉON Chavignaud, iné en 1861, fils d'un imprimeui da Châteaulin. A i*ecueilli dans ses voyages en Orient, en Amérique et dans les différents pays do l'Europe, des observations nombreuses qu'il a épary)illés. dans des romans mondains, pimentés et tiv^ voluptueux.
Albert Cim (Albert Cimochowski, dit), jouma liste -et romancier français, né en 18*5. .Actuellemen' bibliothécaire au sous-secrétariat des postes et télé- •^raphes.
Au point de vue littéraire et moral, il semble n--» viser qu'au déballage : aussi ses œuvres sont-elkv très variées. Il figure dans les bibliothèques naturalistes avec toute une collection de livres brutaux.
E.\ VERTU DE LA MOK.VLE CHRÉTIENNE S 7
joyeux ou très lestes, en mêuie temps qu'il intéresse fjL jeunesse par Mea amis à mol ; Grand'mère er petit-fils ; Mademoiselle Cœur d'Ange ; Spectacles enfantin^ ' ; Entre camarades ; Contes et Souvenir;^ de mon pays ; Fils unique ; Le petit Lé veillé ; Mes vacances ; Disparu.
LÉON Gladel (1834-1872). Fils criin bourrelier di^ Montauban. Après avoir été clerc d'avoué et homme de peine, il se mit à écrire. Il présenta dans un styl-e rutilant, échevelé, horrifique, les paysans du Quercy, les miséreux et les va-nu-})ieds. Clovis Hugues, son « copain », dit que c'est un sauvage ; nous ajoutons qu'il est immoral et ianpie.
Michel Gorday, de son vrai nom :m. Polletj ^é eji 1870. Ancien officier fin génie, critique littérairen La Lanterne.
Il publia d'abord, sur !a vie intime des officiei-s, une quantité de nouvelles qui remplissent quatre volumes : Femmes d'officiers : i^œurs de soldats ; Intérieurs d'officiers ; Les Bleaux.
Depuis il a surtout traité les sujets physiologiques, dans des romans sans valeur littéraire, où les collégiens gâteux et les vieilles dames en «enfance cherchent des émotions inavouables. La mémoire du cœur tend à prouver que l'homme et surtout la femme sont nécessairement déterminés à suivre leurs mauvais instincts. Quant à Monsieur, Madame t-f Vauto, il ferait croire assez facilement que le sport est un exercice très hygiénique pour les écrivains. Même note pour Les Casseurs de hois. Plaisirs d'auto est une série de nouvelles risquées.
Certains romans plus récents ne peuvent se réclaclamer que de la morale de l'ilote Ivi^e : Mariage de demain ; Les révélées ; Vénus ou les deux risques : Les convenus.