‹ Romans à lire et romans à proscrire; essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers de notre époque (1800-1914) avec notes et indications pratiquesChapitre 7 sur 35 · NS · texte numérisé non relu

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ROMANS A PROSCIURK

r.EORGES Courteline, (Georges Moinaux, dit). Un humoriste bouffon qui raconte des hostoires insolites <ei baroques avec le &ang-froid d'un pince-sans-rire

ôt parfois avec la grossièreté d'un pioupiou sans retenue. Ses recueils do scènes militaires (Le train de 8 h. 47), etc. ; et. surtout ses petites pièces de théâtre : Le gendarme est sans pitié (convenable), etc., ont obtenu un vif succès : mais ils sont, dit Gilbert, « caractérisés par la recherche du scabreux ^t Vamoralité inconsciente. »

Il n'a publié que deux romans, Les hannetons, et

Les Linottes, qui bravent impud-emment l'honnêteté.

Li ciE Delarue-Mardrus, née à Honfleur en 1880. Poëte-sse, dramatiste, collaboratric-e du Journal; elle appartient à cette pléiade de femmes qui travaillent à restaurer les lettres païennes.

Ses quelques romans sont de mauvais livres ; la passion s'y étj^le dans toute sa brutalité. Le roman fie six petites filles renferme en outre des diatribes contre la religion.

Eugène Demolder, né en 186:2, écrivain bruxellois, ide l'école naturaliste. Ses quelqpies œuvres ont pour objet d'évoquer les horreurs morales du passé : Contes d'Yperdaninie (les mœurs du moyen âge flamand : ses rêveries mystiques et son pantagruélisme) ; Boute d'Emeraude, (la vie luxurieuse et païenne de la Hollande, à l'époque de la Renaissance) ; Le jardinier de la Pompadour (la galanterie et les massacres, à la. fin du XVIIP siècle) ; Quatuor (recueil de nouvelles naturalistes). Pour tous : Le cœur des pauvres, contes pour Les enfants.

Alfred Delvau (1825-1867), étudia les mœurs parisiennes dans les cabarets, les » Cythères » et les Académies de langue verte, et les fmdnisit hardiment dans ses œuvres.

»<.iEORGES Denoinville, de son vrai nom Georges B^nus, né à Paris en 185i, fils d'un peintre paysagiste.

Nous ne citerons pas ses romans : l'auteur est un nouvelliste du Supplément.

Lucien Descaves, née en 1861, romancier et auteur dramatique, s'est surtout rendu célèbre par un roman antimilitariste, intitulé Les sous-offs, pour lequel il fut traduit en cour d'assises et acquitté.

Ses autres œuvres sont dans le même ton et contiennent des violences excessives.

Jean-Louis Dubut de la Forest, né en 1853, ancien conseiller de préfecture, romancier anticlérical et obscène, se donna la mort en so jetant du i" étage où il habitait (1902).

Il s'attacha surtout à exciier la curiosité publique, en peignant les mauvaises mœurs, les dessous répugnants de Paris et î-es cas tératologiques. Il provoqua de tels scandales que le 15 mars 1886, il fut traduit pour un de ses livres idievant le jury de la Seine, et condamné à deux mois de prison et 1.000 francs d'amende.

EnouARD Ducoté, né à Douai en 1870. Il s'est signalé à l'attention des intellectuels de la critique officielle par Le Servage (asservissement d'un enfant, fils unique, par des pai^ents bourgeois et cléricaux). Il avait précédemment publié quelques récits symboliques et libres ; Aventures ; Merveilles et moralités, et des poésies philosophiques et lestes.

Georges Eckhoud, écrivain belge, né à Anvers en 1854. Dans un style heurté et puissant, il a célébré les (( polders » de sa terre natale et décrit avec admiration les vices et les goinfreries.

Ses premiers ouvrages, à savoir Kermesses ; Kees

';'" IlOM\i\S A PROSCRIRE

Door'icU ; Les fiisUlrs de Matines, et même La w-n celle CarUiar/c, sont lionnêtes, mais pas pour tou<. Les autres' suut pessimistes, malsains et souvent i.^pugnants.

EDOUAun Estaunié, né à Uiion en 18r>2, ancien },olytechnicien, directeur au sous-secrétariat des P. T. T.

Il débuta dans la littérature par Un simple uJ apprend, après de longues investigations et angoisses, que sa mère adorée se conduit mal, et il se suicide). Il publia successivement Bonne Dame (soito <i'i belle-mère (inriot) ; Vemyreinte (pamphlet dirige^ contre l'éducation donnée par les Jésuites) ; Uépui <• (antichrétien, essai de morale indépendante) ; Le firment (les troubles sociaux occasionnés par la surnbondance des diplômés universitaires) ; La tne secri t" (récit de rêves intérieurs qui n'ont rien d'édifiant..

Son dernier roman, Les choses voient, est conçu dans une note différente : ces « propos de meubles > intéresseront certainement les grandes personnes.

Camille Flammarion, né en 1842, est l'apôtre d. l'astronomie et son œuvne tout entière a pour but de vulgariser cette science.

Ses théories scientifiques sont exposées avec withousiasme et d'une manière séduisante ; le malheur est qu'elles ne sont point irréprochables, soit au point de vue critique, soit au point de vue religieux.

Beaucoup de vrais savants ont reproché à Flammarion d'avoir trop souvent mêlé l'imagination et la science ; par exemple, il affirme à tout propos la pluralité des mondes liabités, l'existence des Martien.^. etc.

Les catholiques, de leur côté, regrettent qu'il ait inséré, dans la plupart dee ses œuvres, des thèses et defc idées philosophiques et religieuses. ''^' ' '^ • ^t-

-'>nt fort contestables, et d'autres tout à fait inadmissibles.

Flariniiarion n'est pas athée ni même absolmnent panthéiste ; son livre Dieu, dans la nature atteste, 4an,s de très belles pages, sa croyance à rexistence <le Dieu et son spiritualisme ; mais il laisse presque -ins réponse les (questions de la destinée, de la vie iiture et d'antres qu'il est amené à traiter.

De plus, il nie la révélation positive ; il soutient les transmigrations des âmes et leurs épreuves successives dans les astres, l'éternité de l'univers matév\A (dans La. fin du inondé, où il se moque en paissant de la croyance catholique), l'origine simienne <]e l'homme (dans L'astronomie populaire -et Les con~ Irmplations scientifiques, où il contemple surtout \ énus), la pluralité de l'espèce humaine ; il prétend (expliquer le labarum et toutes les croix lumineuses (lune manière naturelle ; il plaisante sur la Dible à laquelle il rend hommage en d'autres occasions ; il ronnnet des bévues théologiques et attribue à la -('ience sacrée, pour la mieux combattre, des thèses qu'elle n'a jamais défendues ; il demande aux astres (\v< leçoixs de sensualité (Stella, roman) ; etc., etc.

Foutes ces erreurs ne sont pas égfilem-mt opposé-^? a Jenseignement de l'Eglise ; elles ne .sont pas non plu?' la pnrtie la plus importante des llvMs de Flam- Miarion ; enfin, elles ne sont 'pas répandues dans ia. inèm<^ mesure, au travers de son oeuvre ; Les merriùlles célestes : La pluralité des mondes habités ; L'fisfro7iomie des Dames ; La planète Mars, et ses ronditions dliabitahilité ; L'atmosphère ; La terre, la lune et le soleil, pourraient même être recommandés sans restriction, si le nom et l'action de Dieu n'en •taipnt exclus. Cependant, nous persistons à penser (ne la lecture des œuvres complètes de cet auteur ■ loit être interdite à tous ceux qui n'auraient pa.*^ —

'>^ ROMANS A PROSCRIIŒ

et ils sont légion dans le monde — des idées préci>' s et des convictions sérieuses siq^ les points fondani. i;taux de la doctrine catholique.

.Marqi;is de Poudras (1800-1872) fit du journalisme

légitimiste, des vers et de nombreux romans où il décrit, avec wne grainde distinction de style ,les mauvaises mœurs du grand monde. Il a produit jusqu'à trente livres en un an, et il.... est tombé dans l'oubli. Ou peut lire : Jacques de Briançon ; Suzanne iVEstouville ; Les qenHlshoynmes chasseurs ; Madame <!r Miremont.

Anatole France (Anatole-François Thibault, dit) poète, romancier et critique littéraire, né en 1844. Membre de l'Académie française. <( Il est, d'après ime i^vue ecclésiastique très autorisée, le plus mauvais des écrivains d'aujourd'hui. Chez aucun, l'impiété n'est aussi complète, ni l'immoralité aussi animale. )) {UAmi du Clergé, 1897, page 246). Quelques mots sur sa carrière littérniv.. i.nffir,.nt ■'. in^r;ri..icette appréciation.

Anatole France débuta par des puesies, toujours élégantes, mais toujoui's aussi licencieuces et impies: Les poèmes dorés ; Les noces corinthiennes (cri de r^ge contre le christianisme, ce « spectre qui vient troubler les fêtes de la vie, etc. »), ou frondeuse? «^t révolutionnaires : Les léyions de Va rus, etc.

Il se consacra bientôt à des romans et à des contes de genres fort divers. Ce sont des inventions baro- (fues, ou des histoires du monde ancien, qui servejit de prétexte à des peintures voluptueuses : Lé lys rouge (pèlerinage de deux amants en Italie ; mélange immonde de débauche et de piété) ; Thaïs, qui s^ résume dans cette déclaration empruntée textuellement à l'ouvrage : « La matière première de la sainteté est la concupiscence, l'incontinence, toutes 1 >

impuretés de la chair et de l'esprit » ; Le janlni (VEpicure (idée générale : il n'y a ri^en au monde qui soit digne d'amour ni même de pensée) ; etc., etc.

Ce sont aussi des romans philosophiques où conversent, dans un cadre de fantaisie, des hommes ironiques, désahusés, sceptiques. Les héros de ces romans parlent toujours et raillent tout : la métaphysique qui est un rêve, la leligion qui est un mensonge, la morale qui n'est qu'hypocrisie, la chasteté qui n'est qu'une sottise. Ils inclinent même à croire que la vie idiéale est celle des animaux à qui la nature a donné un sûr instinct pour se procurer du plaisir et pour fuir la douleur. La liôtûsene de la reine Pédauque et Les Opinions de Hrôme Coignard sont, à ce titre, des livres cyniques.

Il y a quelques années, Anatole Fiance entreprit d'écrire une a Histoire conlemporaine », et créa alors le type de M. Bergeret, qui, d'abord pédant ridicule, devint sceptique autant que France lui-même. Cette série compte plusieurs volumes : L'Orme du Malt, satire du Clergé que La Revue bleue (6 février 1897> trouve très choquante ; Le mannequin d'osier ; Vanneau d'améthyste ; M. Bergeret à Paris...

p:ile fut interrompue par la part que prit :si. France à « l'Affaire )>, et depuis à toutes no^ InUcb politiques et religieuses. Le » fin lettié )) >f lii n'ir^ï anarchiste et apôtre du jacobinisme, accusa dans ses manifestes la religion catholique d'être immorale et les congrégations de corrompre la jeunesse {Opinions sociales, 2 volumes). Il alla plus loin encore, il parla à la « fête inaugurale pour l'Emancipation », à la fête en l'honneur de Diderot (1902), devant la statue de Renan à T réguler (1908), écrivit pour les discours de M. Combes une préface lyrique, et se jeta avec ardeur dans la lutte antimilitariste, anticléricale et antirusse.

En pleine campagne, il écrivit un roman dialogué intitulé Sur la pierre blanche (1). C'est du France première manière : quelques amis assis sur la pierre blanche, à Rome, au milieu du peuple des songes, s'entretiennent de Saint-Paul (qui ne savait pas ce qu'il disait), des origin-es du christianisme (la religion catholique est une impiété et la plus grande de toutes, dit l'un d'eux, de la guerre russo-japonaise (vivent les nippons !) et entrevoient pour l'an 2.270, un-e société basée exclusivement sur la science, le socialisme et l'intemationalisme... Son Histoire comique est une fantaisie macabre mêlée de tnhlemix grivois et de dissertations pessimistes.

Dans ces dernières années, il a successivement publié, outre le pamphlet célèbre qui a nom Vie de ■feanfiie d'Arc, Uile des Pingouins, Les contes de ■Jacques Tournehroche, Les sept femmes de Barbe hlcue, La révolte des anqes, tous d'une perversité et «l'un scepticisme plus qu'ordinaires.

Lps Dirux ont soif, bien ipril vilipende la Révolution française, n'en est pas moins malfaisant, teinté de nihilisme, et à <'<Mtni|..>; pMp;«w. t'>ut à fait licencieux.

l^ntre temps, Ariattjle i-rauce a rédige [es. clironfqiu's hebdomadaires dw Temps, réunies depuis en volumes sous le titre La vie littéraire ; il devint i'hagiographe habituel de VEchn de Paris {Le puits de Sainte-Claire, mélange de christianisme et d'im- ]fureté, etc.) ; il coUaliora ^nfin aux Annales politiques et littéraires.

En résumé, par son scepticisme, son dédain du

christiani'^fnf^ "t di> la .-ha^t.'ip ^.m fafali<nitv son

(i) Un d< r<- livris dont on iiml (lir< qu il<; vont rr profaso

contra fidem, comme on peut le dÎTC, je crois, de tout ce' qu'il écrit aujourd'hui et A peu près di- * ■ '' - - — -" /.--•.

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