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DES TYPES EN LITTÉRATURE

l'inconsolable désespoir d'une agonie sans avenir; c'est le rri effrayant de la création sociale au moment de se dissoudre. H y a dans Werther l'émotion profonde de quelques généralions souffrantes; il y a dans Pie/ie la dernière convulsion d'un monde qui meurt.

Les Anglois, dont la pliysionnomie morale est plus variée que la nôtre, ont été p'us à portée que nous de multiplier les types dans leurs romans. Fielding en a d'ingénieux et de frappants, Richardson de naïfs et de sublimes. Walter Scott, dont les fables trop diffuses, les sujets principaux trop sacrifiés aux accessoires, les dénoûments trop précipités, ne remplissent pas toujours exactement les conditions d'une composition bien entendue, doit probablement l'immense popularité do son génie à l'abondance et à la nouveauté de ses tyj^es. Il est vr-âi qu'il en a pris un certain nombre dans une nature fantastique, où l'imagination paroît plus à l'aise, parce qu'elle dispose alors d'une création qui lui appartient en propre, et qui ne reconnoît pour règle que la puissance magique dont elle est l'ouvrage; mais on auroil tort d'en conclure que ces types manquassent du degré de vérité relative qui est le caractère essentiel du beau dans les ouvrages de j'bomme. Peu importe le système idéal ou positif dans lequel l'auteur place ses personnnges, pourvu qu'il leur attacbe un sceau d'itlen. tité reconnoissable à jamais. Ce n'est évidemment qu'en vertu d'une fiction très-invraisemblable et d'une allusion très-large, que nous attribuons aux animaux des mœurs et des passions qui sont les nôtres, et cependant La Fontaine est plus riche lui seul en types d'une étonnante réalité que tout le reste des poêles. Les gens sensés ne croient ni au diable ni à la sorcellerie, et tout le monde

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convient que Faust et Méphistophélès sont des types admirables.

Il n'y a donc, selon moi, que le génie qui invente des types, et c'est en cela que l'imitation la plus adroite ne sauroit le contrefaire. La contre-épreuve d'un type se trahit elle-même par les efforts qu'a faits l'esprit pour la soustraire à la comparaison, et ses efforts sont d'autant plus maladroits, qu'on ne peut rien produire de vraisemblable en altérant une nature vraie. Il vaut mieux se renfermer alors dans les attributions modestes du traducteur et du copiste, destination littéraire qui n'a rien d'ailleurs d'absolument humiliant en soi, car il y a cent mille copistes pour un inventeur. Une traduction spirituelle, une imitation bien faite, un pastiche habile, pour n'être pas des œuvres de génie, n'en sont pas moins des œuvres de goût et de talent; et puis, si l'on ne sait pas se contenter de ce lot, qui est le partage de tous les écrivains distingués, si l'on se trouve à l'étroit dans ces rangs au-dessus desquels s'élèvent à peine quelques génies doués du plus rare des privilèges ; si l'on est pourvu d'une de ces présomptions robustes qui tiennent pour usurpées toutes les gloires dont elles n'atteignent pas la hauteur, on a une ressource encore, on peut citer Âristote, la Harpe et Marmontel ; on peut crier à la barbarie et à la stupidité sur le chemin des triomphateurs ; on peut se réfugier, comme Achille dans sa tente, au milieu des honneurs de l'Académie : c'est une grande consolation.

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