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210 OTTILIA.
Eh ! qui donc se marie chez M. Rlumm , dit Florio ? Est ce que le Tieux pécheur réparerait l'honneur de sa maîtresse ?
— Sa maîtresse ? Non , ^Monsieur »
îe pauvre diable est trop malade ; mais il vient de lui arriver un grand bonheur. H vient de trouver un gendre riche comme im Crésus. On dit que c'est demain que se fait le mariage.
- — Eh quoi î mademoiselle Klumm est déjà veuve ?
— Comment, veuve î Elle n'a jamais été mariée.
Théodore rougit et pâlit tour-àtour. Florio parla du consul de Smyrne y qui avait assisté au mariage. Le maître de poste ne put résoudre cette énigme. — - Mais , continua Florio , elle n'a donc point fait de Toyage en Italie ?
Le maître de poste n^eii était pas plus informé. Tout ce qu'il savait , c'était que la future épouse avait demeuré à Grafenrode , d'où elle était revenue avec son prétendu. C'est une fort jolie demoiselle , continiia-t-il ; ils sont entrés ici ; elle s'est reposée précisément à la place où est maintenant assis M. le docteur.
Le pauvre Théodore était plus mort que vif pendant toute cette conversation. Il se retira à Fécart pour cacher son li^ouble.
Comment s'appèle le futur époux , demanda Florio? Le maître de poste examina son registre , et y trouva le nom de Fersberg.
Fersberg ! s'écria Florio tout étonné. Comment , il existe encore un Fersberg dans le monde ? Qui est-il ?
D'où vient-il ?
C'est ce que je ne saurais vous dire, répartit le maître de la poste.
— Est-il jeune ou vieux ? — C'est un homme d'un certain âge , mais d'une santé robuste.
Florio courut du côté de son ami qui, en le voyant s'approcher, lui cria de loin : Si tu m'aimes , nous allons retourner sur nos pas.
Pas du tout , reprit Florio ; il faut pénétrer cette histoire merveilleuse.
Tant que le prêtre n'a pas béni le mariage , il y a de la ressource.
D'ailleurs , j'ai peut-être plus d'intérêt à la chose que tu ne penses.
As-tu à cela quelque répugnance ?
Je ne demande pas que tu sois présent à Texplication , car tu pourrais tout gâter. Attends -moi ici ; je vais seul à la ville ; je pourrai y arriver ce soir ; si je t'apporte de mauvaises
nouvelles , nous rebrousserons cliemin.
Sans attendre la réponse de son ami , Florio sauta dans la voiture et se fit conduire à la ville. Il ne prit pas le temps de changer ses habits de voyage ; il se rendit de suite chez M. Klumm , entra fort agité dans la maison , et demanda à dii e un mot en particulier à M. Fersberg. Celuici lui donna audience dans une chambre écartée. Florio le considéra avec attention , et en même temps avec un mélange de sensibilité. Fersberg , curieux de savoir à quoi aboutirait cette aventure bizarre , rompit le premier le silence , et lui demanda ce qu'il voulait.
Dieu soit loué , répondit Florio , votre physionomie m'inspire la confiance. Alors il lui raconta briève-
ment ce qu'il savait des amours de Théodore et d'Ottilia.
Vous ne m'apprenez rien de nouveau , répondit tranquillement Fersberg ; mais ce Théodore est en Toyage ^ et paraît avoir oublié son ancienne amante.
Il est , répliqua bien vite Florio , à la poste voisine. Nous y avons appris votre prochain mariage , au moment où il se proposait de mettre aux pieds d'Ottilia une fortune acquise par des travaux honorables ; ei je ne répondrais pas que le pauvre diable n'en perdît la tête de désespoir.
Fersberg fut singulièrement ému de ce qu^ii apprenait ; il resta muet , indécis; FJorio garda aussi le silence, mais ne cessa point de Texaminer avec soin.
Après un combat pénible avec lui-
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même , Fersberg reprit cciirage , et dit avec dignité : INÎonsieur , si ce que vous avancez est vrai , allez trouver votre ami , et dites -lui qu'Oltilia l'aime encore. Amenez-le , et qu'il la reçoive de ma main.
Bravo ! s'écria Florio les larmes aux yeux , et en embrassant avec transport Thonnéte Fersberg. Ah !
si vous eussiez tenu une conduite différente, je serais parti , et vous n'eussiez jamais appris un secret qui
va encore plus vous étonner
vous êtes mon père.
Votre père , s'écria Fersberg î Du moins je le crois , répliqua Florio ; excusez ma précipitation :
N'ctes-vous pas de Bergheim?
— Oui , sans doute , répondit Fersberg.
— Et vous en avez été exilé pour des opinions politiques ?
— Assurément.
— Grand Dieu î je suis Louis , votre fils.
Nous n'entreprendrons pas de décrire les détails de ce qui se passa entre eux pendant une heure. Nous passerons également sous silence les preuves sans réplique par lesquelles Florio justifia sa filiation. Il n'était pas étonnant qu'il n'eût rien appris des recherches de son père ; car il ne lisait jamais les gazettes. Il avait jugé à propos de changer le nom un peu dur de Fersberg contre celui de Florio^ qui lui paraissait plus harmonieux. Il savait que pour réussir en Allemagne dans le grand monde, il faut que tout maître de danse ait un nom français , et tout musicien un
nom italien,
Toute la nuit se serait écoulée dans un délicieux entretien ^ sans que
ni riin ni l'autre songeassent qu'il existait d'autres personnes au monde.
Ottilia envoya prier Fersberg de faire entrer l'étranger dans le saloa. Fersberg répondit : Aujourd'hui l'étraager ne peut pas paraître ; mais demain il assistera à la noce.
Jl déclara alors à son ills qu'il voulait surprendre Ottilia ; il lui recommanda de retourner sur - le - champ à *^^, où il avait laissé Théodore.
Florio, ivre de joie , chanta pendant tout le chemin. Arrivé près de la poste , il s'empara du cor du postillon, ei ùt retentir 1 air d'allégresse.
Il arriva à la poste à mi'uit; il accourut auprès de l'héodore , et lui dit : Réjouissons-nous , mon ami !
Théodore écouta, avec un trouble inexprimable, le récit de Florio.
Quand il vit que ce n'était pas uo, rêve, que son bonheur était certain.
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il monta dans une voiture , et ils ordonnèrent au postillon de les conduire au galop.
Lorsque Fersberg fut rentré près de la société , Ottilia remarqua en sa personne un grand changement. 11 parlait peu, mais il portait sans cesse les yeux sur elle. Un mélange de tristesse et de plaisir semblait Fagiter. Il doit s'être passé quelque chose d'extraordinaire , dit Ottilia en elle-même, lorsque fort tard dans la nuit , elle se rendit dans sa chambre. Mais qu'est-ce qui a pu arriver? C'était ce dont elle ne pouvait se rendre raison.
Le jour qui devait éclairer le marhge parut. Dès le matin , elle se glissa dans la chambre de son père :
elle trouva le vieillard livré à un profond sommeil ; elle se mit à genoux devant son lit , et demanda à Dieu la faveur d'avoir assez de force pour
consommer un sacrifice, le seul qui put assurer le bonheur de ses jours.
Elle se releva avec ce courage que donne la conscience d'une bonne action , puis elle se fit habiller par Marie.
Sa toilette élégante , quoique sim-pie , était terminée , lorsqu^on lui annonça Tarrivée de son futur époux.
Ottilia se leva toute émue pour le recevoir. Quelle fut sa surprise ^ lorsqu'elle vit entrer Fersberg , qui tenait Théodore par la main !
Dans le moment où Ottilia hors d'elle-même était soutenue dans les bras de son amant , Florio serrait sur son cœur Emma , qui répondit par un cri de joie à son premier baiser. Les amants avaient dès-lors oublié toutes leurs infortunes passées.
Tous les soupçons de Florio à l'égard du vieux Klumm étaient dis-
sipés , et ii était ferniemeot résolu à épouser Emma.
Les noces furent célébrées avec magnificence , mais au grand déplaisir de madame Bartels , qui parla beaucoup sans que personne écoutât ses conseils. A Ja vérité , on les recula de quelques jours, parce que Flon'o voulut que les deux mariages fussent y)rononcés en même temps.
Le généreux Fersberg se promit bien de passer le reste de ses jours avec les deux familles dont le bonheur était son ouvrage. Le vieux Klumnî dut encore quelques mois la vie aux seins assidus de Théodore ; mais enfin il mourut, pleuré de ses deux filles , les seules peut-être qui accordèrent des regrets à sa mémoire.
Lorsqu'il eut fermé les yeux , Emma raconta à son époux les mo
tiîs delà conduite qu'elle avait tenue avec son père ; mais nprès lui avoir fait solennellement promettre de ne point révéler ce secret. H tint parole, et Oitilia ne sut jamais que celle qu'elle prenait plaisir à appeler ^a sœur , Tétait en effet.
Fin d'OniJû
JL y a environ cinquante ans , im prince d'Allemagne correspondait avec un médecin célèbre au sujet de sa maladie ; et comme il croyait qu'il ne convient pas de ne parler à im grand savant que des choses de son métier, ses lettres roulaient souvent sur des objets étrangers à la médecine. Par exemple , il lui écrivit un jour : connaissez-vous Algarotli ? Je vous prie de me dire ce que vous en pensez.
Le docteur n'avait jamais ouï parler du Newton des dames, mais il connaissait fort bien la poudre d'algaroth, qui est une préparation de mercure. II répondit en ces termes ?
que Tolre altesse se défie de cet algaroth; il est blanc, insipide, lourd, et excite des nausées.
Le prince fut bien étonné , car il connaissait le comte Algarotti; il savait qu'il était noir, léger et fort spirituel.
» Celli qui se vante de posséder » Tart d'aimer, dit la Rochefoucault, » est indigne du bonheur. )) — 11 a raison, car un art doit être appris ; le véritable amour ne s'apprend point , et par conséquent n'est pas un art.
Ovide, à la vérité, a composé l'Art d'Aimer, mais le titre est faux (i) ; il
(i) Laharpe observe dans son Cours de Littérature , que le titre latin ne présente pas tont-à-fait l'idée que nous attachons à ce mot aimer. « Ce titre artis amatoriœ , sii) gnifie proprement Vart défaire Vamour;
B'a décrit que TArt de séduire leô femmes.
Chacun doit dire en amour comm« Orosmane :
L'art le plnsinnocent tient de la peiâdie.
Chacun sait que, de nos jours ^ les jeunes seigneurs qui reviènent de leurs voyages arrivent à peu piès aussi ignorants qu'ils étaient partis.
Cependant ils se piquent d'avoir acjquis des connaissances , et ont toujours ^épo^ise à tout. On de^nandait à un jeune allemand, du temps cù Voltaire était dans toute la force de «on génie, si Alzire et Zaïre comp-
« et en cela le poète a raison -, car Tun ne j) s'apprend pas, et l'autre peut en effet se p réduire en art. »
( IKcte du rédacteur . )
tmcni toujours le même nombre cFadïrs ira leurs?
Sans doute, répondit notre jeune geniilhormme, ces deux dames sont pliis célèbres que jamais , et ions les jeunes seii^neurs anglais se les arrachent.
Le même regardait le fameux commentaire du chef d'œupre d'un mconmi comni« un ouvraae très- «crienx; il disait que ie tîuc-€'.:r Mathan^^sius éiait professeur de médecine à Fiuiiversiié de Leyde. 11 prétendait aussi avoir connu en Angleterre le c; pitaine Gnîliver , et aYoir appris de sa fcoucîie sur les Lilliputiens des choses qui n'étaient pas encore imprimées.
iLn'eftpasrareque des p:ens d esprit et de goût portent des jugements
très-faux , surtout lorsque ceux sur lesquels ils prononcent , ont le malheur d'être leurs contemporains.
En 1742 , Ramsay écrivait à Louis Racine en ces termes : « Locke est )i un génie superficiel , et un socinien » déclaré j qui, au lieu de développer ^) les principes de la philosophie ^ ne » fait que la ramener à son berceau. »
Voici la réponse'<jue lui fit le fils du célèbre auteur tragique : k Je suis w charmé de voir que l'amour de la » vérité remporte en vous sur votre » affection pour vos compatriotes , » dont vous ne vous dissimulez pas » les erreurs. »
Ainsi voilà Locke tenu sans difficulté pour un génie superficiel et un socinien.
La Beaumeîle, dans ses Pensées ^ traite Hugues Grotius de pédant ; et
plusieurs politiques ont reproché à ce grand homme d'avoir manqué de la souplesse nécessaire à un ambassadeur , en refusant son approbation à un mauvais drame du cardinal de Richelieu. Ces messieurs ne savaient pas que Groiius avait reçu l'ordre exprès de la reine Christine d'humilier par tous les moyens possibles l'amour propre du cardinal.
J.-J. Rousseau a traité avec peu de respect, dans son Emile et dans son Contrat Social , la mémoire de cet homme célèbre. On dirait que les écrivains , même les plus distingués , ne sauraient cultiver des fleurs sans fouler aux pieds les parterres de leurs voisins.
OiN a observé avec raison que les hommes les plus spirituels couser-
Teiil quelques préjugés de Tenfance , ou même en certaines choses , redeviènenttout-à-faii enfants. De-là vient que les hommes les plus instruits s'occupent tiès-séiieusemei.t de puérilités. Fontenelle , par exemple, aimait à chercher les propriétés du nombre g. N'est-il pas ctonnani, ditil, que 2 fois 9 fassent i8, et que i et 8 fassent encore 9? 5 fois 9 donnent 27 , er 2 et 7 font encore 9; il en est de même en le muii^pliani par les autres unités.
Cette propriété merveilleuse du TiO^ubre 9 s étend encore au-delà de 100 jusqu'aux multiples les plus élevés possibles; 10 fois 9 font 90, et vous îctf'ouveriz 9 en supprimant le o. II fois 9 fort 99 ; c'est la répétition du même chiffre. 12 fois 9 font ïo8; ôtez le o , et additionnez i et 8 , vous reirouvez toujours 9.
MÉLANGES. 22g
Suivant Coeliiis de Rhodes, (lib. 23, cap. 8) ce nombre était consacré aux 9 mus es. Ce fïu peut-être pour récompenser Fontenelle de sa vénération pour ce nombre mystérieux , qu'elles ordonnèrent aux trois Parques de prolonger sa vie jusqu^à Fàge de 99 ans , 9 mois et 9 semaines. Il mourut, ce qu'il faut encore remarquer, le 9 janvier 1757. 11 avait prononcé soixaiite-Tzez//' éloges à Tacadémie.
Les remarques de Fontenelle sur le nombre 9 conduisirent sans doute l'ingénieux Mairan à une découverte neuve, et qui ne laisse pas d'être, importante. Il trouva que les nombres , qui sont Fanagrarame les uns des autres , quelle que soit la quantité des chiffres , présentent pour différence 9 ou un multiple de 9*.
Par exemple , retranchez 12 de 21 ouïes deux mêmes chiffres sont re-
d5o mélanges.
tournés , il reste g. De 62 ôtez 25 , il reste 27 , c'est-à-dire 5 fois 9. De 40,80 1 retranchez 10,804, vous avez pour résultat 29,997 où 9 se trouye exactement 5555 t'ois.
C^est dommage qu'en y regardant de près , on trouve que tout le prestige roule, non pas sur le nombre 9 en lui-même, mais sur les combinaisons de la numération arabe. Il n'en est plus de même si vous employez les chiffres romains, ou si vous écrivez en toutes lettres ; par exemple II fois IX font XVIÏI , ou deux fois neuf ïont dix-huit. Sans employer les chiffres de notre arithmétique , on peut certainement résoudre avec l'algèbre les plusbeaux problèmes de la géométrie.
Sans nos chiffres , Alphonse X, roi de Castillö, n'a-t-ilpas été en état, en 1270, de rédiger ses tables alphon^ siennes? N'aurions nous pas de même
les tiibles rodolphiennes que Tycho- Brahé commença , et qui furent terminées par Reppler, au 17« siècle?
Au surplus , ce jeu sur les nombres, depuis Pythagore jusqu'à Fontenelie , a toujours eu un cluuine incroyable pour les hommes.
Hippocrate appliquait à la médecine les propriétés prétendues des nombres, découvertes par Pyiliagore, et les modernes regardent encore dans les maladies graves le 9" jour comme celui d'une crise importante.
L'empereur Auguste s'estimait heureux de ce qu'il avait dépassé sa 65" année , parce que 7 fois 9 produisent 63.
Platon mourut dans sa 81* année ; ( 9 fois 9 donnent 81 ) et dans la 108« olympiade ; en additionnant ces chiffres, on trouve encore 9.