CHAPITRE XXXIV ET DER>IER
Conclusion*
J L serait impossible de décrire Fimpression avec laquelle Ouilia monta Tescalier d'Emma , ouvrit la porte de sa petite chambre , et appejcut sou père. Le vieux Rkimm ne recOiii.ut pas d'abord sa fille ; mais Emma s tétant nommée , et ayant inondé fa main de ses larmes , il reprit T'asage de sa raison. Hé quoi ! Ottilia, ditil , lu vis encore? Où as -tu été?
Vois comme je suis devenu infirme €t malheureux ; pourquoi m'as - tu quitté ? Je serais perdu sans Fange que Dieu a daigné m'envoyer.
C'est vous qui m'avez bannie , répondit Ottilia humiliée d'un tel re-
proche. Emma prit aiissitôt la parole , et expliqua au vieillard ce qui s'était ' passé. Il récouta avec attention , et parut sortir d'un rêve. Oui , oui , dit-il, je sais tout. Hé bien ! ne pleure pas , continua-t-il en caressant Ot-
tilia je n^ai manqué de rien ; j^ai
encore une autre fille.
Oui, interrompit Emma, pour prévenir tout éclaircissement ultérieur ; oui , vous êtes mon bon père , vous m'avez permis de vous donner le nom de fille.
Oh! ma sœur î dit Ottilia en la
pressant tendrement sur son sein.
Après ces épanchements mutuels , on se mit à parler de ce qui s'était passé à Grafenrode. Ottilia dit qu'elle était venue le solliciter d'accorder son consentement à un mariage qui la mettrait à même de lui procurcF tous les soulagements possibles daus
sa vieillesse. Le Tieiilard murmura des paroles inintelligibles , ensuite il se frappa le front , et prononça ces Toots d'une manière plus distincte :
Que me veux-tu donc , Ottilia? J^aurais juré que tu étais déjà mariée.
Mon père , répondit Ottilia les regards baissés , eut autrefois le projet de m'unir à M. de Stolzenbeck
Ce n'est pas celui - là , répartit Kbimm , cela est ancien. Je veux parler d'un autre dont on m'a entretenu plusieurs fois.
Emma prit Ottilia à part , et lui dit que vraisemblablement le malade voulait parler de Théodore , qui était venu lui demander et avait obtenu son consentement dans la prison.
Et vous le saviez , demanda Ottilia toute interdite? — Oui, répondit jEmma, j'étais présente. — Et vous 33e vous y êtes pas opposée? — De»
vais-je mettre obstacle au bonheur de mon bienfaiteur, dont je connaissais Tamour inexprimable pour tous ?
Ottilia voulut répliquer ; la confusion lui ferma la bouche. Mais , ditelle enfin, mon père avait maudit ce mariage. Quelle fut son angoisse d'entendre dire à Emma que le vieillard , dans un moment de raison , avait dit au jeune homme, elle présente, qu'il permettait à sa fille de choisir librement un époux.
Le mal était sans remède. Ottilia recueillit toutes ses forces pour accomplir le sacrifice auquel eile s'était résolue. Elle fit sur elle-même un effort victorieux , et demanda à son père la permission de lui présenter le soir Tépoux qu'elle avait choisi.
Fersberg arriva, et se concilia bientôt , par sa franchise , Taffection du yieillard. 11 n'en fut pas de même (\q
madame Bartels , qui Toulut dès le premier quart-d'heure lui prescrire toutes sort es de remèdes pour une prompte guérison.
Le mariage d Ottilia fut seulement retardé de quelques semaines , afin qu'on eût le temps de choisir un logement propre à recevoir toute la famille. Otiilia fut charmée qu'Emma elle - même en fît partie. Depuis qu'Emma lui avait raconté toute son histoire 31 excepté le secret de sa naissance , et lui avait expliqué ses relations avec Théodore , elle avait conçu pour elle beaucoup d'attachement.
Elle reprit , en qualité de femme-dechambre , sa bonne Marie , et ne l'eût pas oubliée , quand môme elle n'eût pas été parente de Théodore. Ottilia lui demanda ce qu'était devenu le jeune docteur ; Marie ne savait pas autre chose que ce que rapportait le
bruit public. Hélas! dit Marie eu soupirant , il a abandonné sa croyance pour se faire Turc. Cela n'est pas possible, dit Ottilia avec vivacité.
Dieu le veuille , répondit cette bonne femme ! Depuis ce moment , il ne fut plus question entr'elles de Théodore , et Ottilia vit avec un serrement de cœur , mais avec courage, s'approcher le jour qui devait l'unir pour jamais à Fersberg.
Qu'y a-t-il de nouveau, demanda riorio au maître de poste de la dernière station , avant d'arriver à la ville natale de Théodore ? Cet homme débita une foule de nouvelles qui intéressaient fort peu les voyageurs. Enfin il dit : Si vous conuaissez quelqu un de la famille de Klumm , vous pourrez être invités demain à une belle noce.