LA MEUNIÈRE DU NOULIN A EAU
joies de la terre par le spectacle de la fleur et du fruit , des bouquets , des moissons et des vendanges ? Cette vallée de Ravenay est si bien bénie du ciel, qu'on y chercherait en vain un arpent de terre stérile; il n'est pas jusqu'aux chemins qui n'y produisent l'herbe la plus touffue et la plus odorante. Ainsi la douleur y serait toute dépaysée. Où aller pour pleurer quand tous les chemins sont verts, quand tous les buissons vous jettent au passage des chansons et des parfums? On aura beau faire pour rencontrer une image de mort : la vie est partout, même dans le cimetière , qui est encadré d'une haie fleurie et où il y a plus de pommiers que d'épitaphes. Mais, qu'ai-je dit! la douleur est de tous les pays ; car la douleur entraine avec elle ce monde de Famé qui nous cache l'autre et qui est plus souvent le désert que la verte oasis.
Dans cette vallée de Ravenay, j'ai assisté de loin en loin au spectacle d'un amour qui m'a touché. Je veux le retracer ici tel que je l'ai vu dans la poésie de la jeunesse et de la campagne. Ne vous attendez pas h quelque scène dramatique ou passionnéd. Je n'ai guère pour moi que l'attrait da la vérité.
En 1839, vers la fin du mois de mai , je passais par la vallée de Ravenay, qui déployait un luxe inouï; les cerisiers, les pommiers et les aubépines secouaient sur les marges vertes du chemin une neige odorante qui cachait les marguerites. J'allais lent^uent dans le riant cortège de la jeunesse et de la poésie, quand tout à coup Pamour se mit de la partie, en offrant à mes regards ravis une douce image que je vois encore dans mon cœur. J'écoutais depuis quelques minutes une voix agréable qui chantait cette vieille chanson de Quinault et de Lulli :
C'est Tamour qui retient dans ses chaînes Mille oiseaux qu*en ces bois nuit et jour Ton entend.
Si Tamour ne causait que des peines, Les dseaiii amoureui ne chanter«t6iit ms t«nt.