‹ Romans: contes et voyagesChapitre 19 sur 67 · LA MEUNIÈRE DU MOUUN A EAU · texte numérisé non relu

LA MEUNIÈRE DU MOUUN A EAU

j*écoutais avee eharme , non pas pour la voix ni pour la chanson (il y en a de plus mauvaises), mais à cause du théâtre. Tout d*un coup , au-dessous du chemin , j*entrevis une belle fille de dix-sept ans à peine et un âne assez indolent, qu'elle chassait devant elle avec un rameau de noisetier . A ma vue elle se tut et rougit. Je m'arrêtai contre le tronc d*un pommier pour mieux la voir passer. (Test ici le lieu de vous faire son portrait, un simple portrait au pastel. Elle avait alors une^petite figure tout enjouée et toute printanière , pleine de sourires et de roses. Quel éclat et quelle fraîcheur! quelle innocence et quelle gaieté! des dents blanches comme du lait, des cheveux blonds, dont quelques touffes rebelles s'échappaient du peigne et du petit bonnet; pas la moindre parure : ni collier ni pendans d'o* reilles,pas môme une rose ni un bouquet de violettes au cor* sage! Et quel joli corsage, pourtant! Mais n'allons pas tà loin.

Sans trop m'en douter, je suivis l'âne et la belle fille dans le sentier du moulin, dont la chanson monotone retentissait dans toute la petite vallée. La jeune meunière tourna autour derétang, jeta le blé près d'une porte et chassa Tâiie vers l'é* curie, après quoi elle vint près de moi détourner les grandes herbes amassées devant la roue. Je voulais lui parler, mais je ne savais que lui dire. Elle semblait surprise de mon silence; elle me regardait d'un air tout apprivoisé; enfin elle s'éloigna avec une petite moue candide, en songeant sans doute que jo n'avais pas grand esprit. Elle s'arrêta à la porte d'un petit jardin où il y avait plus de salades et de betteraves que de roses ou de jacinthes. Cette fois j'allai à elle, la parole sur les lèvres. Je lui demandai quelques violettes de son jardin, sans oublier de vanter les roses de ses joues.

Elle me sourit en rougissant et s^agenouilla pour cueillir des violettes. En vérité , je me s^*ais bien agenouillé moimême pour cueillir avec mes lèvres les roses en question. A

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