‹ Romans: contes et voyagesChapitre 34 sur 67 · D*UNË FLEURISTE ET D*UM ÉTUDIANT · texte numérisé non relu

D*UNË FLEURISTE ET D*UM ÉTUDIANT

irous plus crueli Adolphe, mon juge, quand je vous avoueriai tout?

a Votre pauvre et désolée

a ANAÏ6. »

Anùïs à Adolphe*

« J'ai beau aller au-devant de vous, vous vous détournez de moi ; hier vous m'avez coudoyée sans me regarder: quel coup j'ai reçu dans le cœur! Vous refusez de m'entendre! cependant je ne veux parler que de mon amour ; j'en puis parler à présent... Je suis malade, tant mieux ! Si tu ne viens pas, la mort viepdra... Je suis bien malheureuse, Adolphe! Où est ma gaieté? En vous perdant j'ai tout perdu. Si je voulais des amans, je n'aurais qu'à me baisser, et encore pas trop bas. D'abord j'espérais me distraire dans un autre amour: mon pauvre cœur n'est pas une girouette: il est tourné vers toi; il ne pourrait tourner ailleurs. Depuis que je ne vous vois plus, je suis tombée dans une tristesse affreuse. Ah ! si vous saviez comme je souffre? Écrivez-moi ; votre lettre me fera du bien, fût-elle plus méchante que la dernière : ce sera quelque chose de vous. Ah ! si nos amours pouvaient recommencer ! Je te renvoie les cheveux de ta eœur ; je te les ai pris un soir par jalousie. Je te renvoie aussi tes pantoufles: j'espérais bien que tu ne les userais pas ailleurs. Hélas! je ne puis m'imaginer que je ne vous reverrai pas ; je t'aime trop^ méehant, pour ne pas te revoir. J'espère toujours que tu vas venir ; je suis assise toute la journée devant le feu ; j'essuie mes larmes ; je ne puis rien faire autre chose. J'écoute, j'écoute. Quand quelqu'un monte l'escalier, mon cœur bat comme une horloge^ j'étouffe^ je ne vois plus clair ; quand j'entends maroher dans le corridor^ je nie seilë mourir... Hélas ! on ne s'arrête jamais à ma porte.» .

340 LES AVENTUI4BS SENTIIlEiNTALES

« De temp6 en temps je me traîne à ma fenêtre et je regarde les passans pendant des heures entières. Anne, m scBur Anne^ ne vois-tu rien venirt Ah ! si seulement tu passais dans la rue et si tu levais la tète ! Je crois que je me jetterais dans tes bras. J'ai usé sous mes lèvres la petite rose de Bei»gale: c'était ton dernier sourire pour moi. Hélas! lu m'aimais encore, je le voyais dans tes regards le jour où tu nTas attaché celte pauvre rose dans les cheveux. Pourquoi ne m'aimez-vous plus? Je les ai toujours ces longs cheveux. Ah! je suis bien changée pourtant! En voyant ma triste mine, Adolphe, vous vous trouveriez trop vengé : j'ai joué avec l'amour ; l'amour m'a bien punie.

« Adieu ! adieu !

« Anaîs. h

Quand Anaïs eut écrit cette lettre, elle la passa devant le feu, non pour sécher l'encre, mais pour sécher les larmes répandues sur chaque mot. « C'est la dernière fois que j'écris, » murmura-t-elle.

Et elle jeta sa plume.

Elle se leva péniblement, se couvrit de son grand châle rouge et s'en alla clopin-clopant vers la poste voisine. A peine fut-elle de retour dans sa chambre qu'elle se mit à sa fenêtre, comme si la lettre eût déjà appelé Adolphe. Bientôt elle chancela ; elle s'imagina qu'elle allait mourir. Elle se coucha sur son grabat, en priant Dieu d'avoir pitié de sa douleur. Gomme elle n'avait pas dormi depuis deux jours, elle finit par s'assoupir ; mais à chaque instant elle était réveillée par les rêves du délire ou par les bruits de la maison, a Le voilà ! » disait-elle en se soulevant. Et elle courait à la porte et à la fenêtre : il n'était ni d'un côté ni de l'autre. Dans la rue nul passant ne levait la tête, dans le corridor nul arrivant ne s'arrêtait à sa porte.

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