‹ Romans: contes et voyagesChapitre 40 sur 67 · A H. LE CONTE DE R · texte numérisé non relu

A H. LE CONTE DE R

Près de Padoue, au sein de ce riche pays

Où le pampre s'étend sur le blé de maïs

(Que n'ai-je vos pinceaux, Titien ou Véronèse,

Pour ce divin tableau digne de la Genèse ! ) ,

Une femme était Jà, caressant de la main

Un bambino coucbé sur Tberbe du chemin :

Plus souples et plus longs que les rameaux du saule,

Ses cheveux abondans tombaient sur son épaule ;

Elle était presque nue, à peine un peu de lin

Lui glissait au genou ; plus d'un regard malin

Gourait comme le feu de sa jambe hardie

 sa gorge orgueilleuse en plein marbre arrondie.

Elle se laissait voir naïve en sa beauté Sans songer à voiler sa chaste nudité; Dieu l'avait faite ainsi, comme il avait fait Eve, Un matin qu'il voulait réaliser un rêve :

Pourquoi cacher au jour ce chef-d'œuvre charmant Créé pour être vu, divin enchantement!

A la fin, devinapt qu'on \^ trouvait trop belle. Elle voulut voiler cette gorge rebeUe; Elle étendit la main, mais le voile flottait. Son front avait rougi ; de femme qu'elle était Elle redevint mère : — avec un doux sourire, Un sourire plus doux que je ne saurais dire, A son petit enfant elle donna son sein, sublime action! Les anges par essaim.

Chantant Dieu^ sont venus pour voiler de leurs ailes L'altière volupté de ces saintes mamelles.

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