VIII PREFACE
tentes secrètes, des accords féconds ; Monsieur Boylesve a trouvé entre les horizons mesurés de son pays natal le climat qui exaltait ses dons.
Entre la nature et l'œuvre la ressemblance peut se poursuivre. Monsieur Boylesve pense quun voyageur discret pourrait traverser son pays « sans prendre garde au sens si ferme et si délicat, si riche et si varié, et de goût toujours si pur de ses traits ». De même, le lecteur inattentif peut parcourir ses livres « sans prendre garde », sans discerner dans ses récits si simples, si clairs, de rares qualités de pénétration, d'ingéniosité créatrice, de réalisme intransigeant, sans brutalité de termes, ni de gestes, sans parti pris de visions hideuses et d'effets violents exprimés par un vocabulaire similaire ; le réalisme de M. Boylesve est l'impartiale constatation d'un regard scrupuleux sur la vie.
La réalité un peu terne-, quotidienne, que note Monsieur Boylesve, son émotion d'artiste la transforme, comme la douce lumière de Touraine embellit le paysage sobre ; sa sensibilité l'anime, discrète et par cela même si touchante. Par son art de poète intuitif, ces surprenantes métamorphoses sont créées. Monsieur Boylesve bannit de ses récits toute péripétie dramatique, réduit l'intrigue, néglige l'effet ; ainsi, de sa propre volonté, ses livres ressemblent le moins possible à ce qu'on appelle « un roman ».
Pas d'épisodes romanesques, d'accidents sensationnels.