Romans de Charles Nodier
Les romans qui composent ce volume sont les mêmes que ceux qui se trouvent dans notre édition de 1840; seulement, nous avons rétabli entre ces divers morceaux l’ordre chronologique de publication, afin de faire mieux apprécier les développements et les évolutions successives du talent de Nodier; de plus, nous y avons ajouté la remarquable étude intitulée Des Types en littérature, pour donner la poétique de l'auteur comme romancier.
Ce volume, dans sa composition définitive, présente un double intérêt, l’un absolu qui résulte du mérite de l'œuvre en elle-même, l’autre relatif et qui se rattache à l'histoire littéraire de notre temps.
« Le roman moral, a dit avec raison un éminent critique, ce genre de littérature presque absolument inconnu à l'antiquité, est presque l'expression la plus vivante et la plus fidèle de notre civilisation moderne : il est l hisloire privée de la société, tandis que l’histoire elle- même n’est que la peinture des hommes publics et des événements extérieurs. De plus, ce reproche fait par un homme d’esprit à la nation française, de n'avoir pas la tête épique , appartient un peu à tous nos peuples modernes, si enfoncés dans les intérêts matériels de la
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vie, si entravés, si préoccupés de tous les soins de leur civilisation élégante et industrieuse. Il faut le dire, le roman éloquent, le roman passionné, le roman moral et vertueux est, sous certains rapports, le poëme épique des nations modernes. Sans doute ce nom ne sera réservé que pour un bien petit nombre de romans privilégiés, mais ils le méritent. De même que chez les peuples poétiques de l'antiquité, au milieu de celle vie toute musicale qui les transportait sous leur beau climat, les chants conservés de quelques bardes ravissaient les imaginations; ainsi, dans notre vie à la fois plus sociale et plus oisive, ainsi, dans nos mœurs de salon substituées aux mœurs de Y Agora et du Forma, quelques-unes de ces inventions savantes, ou spirituelles, ou passionnées, qui régnent dans les romans , préoccupent tous les esprits et produisent presque l’impression que ces chants populaires des premiers temps faisaient sur les âmes plus naïves des nations antiques*. »
Adèle, Thérèse Aubert, sont sans aucun doute du petit nombre de ces romans privilégiés dontM. Villemain parle en si bons termes, et si notre rôle d’éditeur faisait suspecter nos éloges de partialité, les nombreuses éditions qui ont été faite» de ces productions charmantes répondraient suffisamment pour nous. Le public ne se lasse point de les lire, et, comme le talent de l’auteur, il semble qu’elles s'embellissent avec les années, car ou l’a dit justement à propos de Thérèse Aubert, les divines aspirations de la jeunesse restent éternellement jeunes et fraîches.
Considérés au point de vue de l’histoire littéraire, les romans de Nodier, et principalement le Peintre de Sultxbourg et Jean Sbogar, méritent aussi de fixer l’attention. Le Peintre de Saltzbourg, qui date de 1805, se rattache à Saint-Preux; mais, ain i que l’a remarqué M. Sainte-Beuve, à Saint-Preux germanisé, vaporisé, werthérisé, et ce roman est en quelque sorte le
• Villemain, Cours de littérature française, tableau du dix-huitième siècle, U” partie, i" leçon.