‹ Romans diversChapitre 102 sur 113 · LE CHATEAU DES DÉSBB II! S · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DES DÉSBB II! S

ou, si elles nous aiment un peu, c'est par rapport à elles, a cause de la satisfaction que nous donnons à leurs appétits de vanité ou do libertinage. Que nous ne leur soj "lis plus bons a rien , elles nous brisent et nous marrhenl sur la figure, et vous voudriez que j'eusse du respect pour ces créatures ambitieuses ou sensuelles , qui remarquent que je suis beau et que je pourrais bien avoir de l'avenir! Oh! ma mère m'eût aimé bossu et idiot! mais les autres!... Essayez, essaye/, d'y croire, Salcntini, et vous verrez !

— Mon cher Célio, vous avez raison en général ; mais, en faveur des exceptions possibles, vous ne devriez pas tant vous hâter de tout maudire. -Moi qui n'ai jamais élé gâté, ft qui n'ai encore été aimé de personne, j'espère encore, j'attends toujours.

— Vous n'avez jamais été aimé de personne'?... Vous n'avez pas eu de mère?... ou la vôtre ne valait pas mieux que vos maîtresses? Pauvre garçon ! En ce cas, vous avez toujours été seul avec vous-même, et il n'y a point de plus terrible tète-à-tète. Ah! je voudrais être aimant, Salentini, je vous aimerais, car ce doit èlre un grand bonheur que de pouvoir faire le bonheur d'un autre !

— Étrange cœur que vous êtes, Célio ! Je ne vous comprends pas encore; mais je veux vous connaître, car il me semble qu'en dépit de vos contradictions et de votre inconséquence, en dépit de votre prétention à la haine, à l'égoïsme, a la dureté, il y a en vous quelque chose de l'âme qui vous a versé ses trésors.

— Quelque chose de ma mère? je ne le crois pas. Elle était si humble dans sa grandeur, celte âme incomparable, qu'elle craignait toujours de détruire mon individualité en y substituant la sienne. Elle me développait dans le sens que je lui manifestais, elle me prenait tel que je suis, sans se douter que je puisse être mauvais. Ah ! c'est là aimer, et ce n'est pas ainsi que nos maîtresses nous aiment, convenez-en.

— Comment se fait-il que, comprenant si bien la grandeur et la beauté du dévouement dans l'amour, vous ne le sentiez pas vivre ou germer dans votre propre sein?

— Et vous, Salentini, répondit-il en m'arrètant avec vivacité, que portez-vous ou que couvez-vous dans votre âme? Est-ce le dévouement aux autres ? non, c'est le dévouement à vous-même, car vous êtes artiste. Soyez sincère, je ne suis pas de ceux qui se paient des mots sonores vulgairement appelés blagues de sentiment.

— Vous me faites trembler, Célio, lui dis-je, et, en me pénétrant d'un examen si froid, vous me feriez douter de moi-même. Laissez-moi jusqu'à demain pour vous répondre, car nie voici à ma porte, et je crains que vous ne soyez fatigué. Où demeurez-vous, et à quelle heure secouez-vous les pavots du sommeil?

— Le sommeil! encore une blague! répondit-il; je suis toujours éveillé. Venez me demander à déjeuner aussitôt que vous voudrez. Voilà ma carte.

Il ralluma son cigare au mien, et s'éloigna.

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