‹ Romans diversChapitre 113 sur 113 · I.AYINIA · texte numérisé non relu

I.AYINIA

i son cœur el le Ql tressaillir. Cétail le parfum que

L ivinia prél ail une espèce d'herbe aromatique

qui croit dans l'Inde, el donl elle avail

d'impré mer si si - meubles. Ce parfum de

t tout un mon e de souvenirs , ti ute une

nnooi ; c'était une émanation de la première femme que Lio I .mur;'. S i vue se troubla , ses ai lères

olemmenl ; il lui sembla qu'uu nuage flotta il devant lui , el , dans ce nu eize ans .

brune , mince , vivo i - : la juive Lavinia,

i huit amour. Il la vi yail passer rapide comme un daim, effleurant les bruyères, foulanl les plaines gide on pai c . lanç ml s i haquônée noire à travers le . rieuse) ardente el fantasque comme Diana Vernon, ou comme les fées joyeuses de la verte Irlande.

Bientôt il i n i honte de sa faiblesse', en songeant à l'ennui qui avait flétri cei amour 01 tous les autres. Il jeta un regard tristement philosophique sur les dix années de

ilive qui le séparaient de ces jours d'é et de po sie; puis il invoqua l'avenir, la gloire parlementaire et l'éclat île la vie politique Bous Ifl ferme de miss Margarel Ellis, qu'il invoqua elle-même sous la

de sa dot, et enfin il se mit à parcourir la pièce où il se trouvait, en étant autour de lui le sceptique rei usé M d'un homme île trente ans

aux prises avec la \ ie sociale.

Onestsimpl m uX eaux des Pyrénées ; mais,

grâce aux avalam h s el aux torrents qui , chaque hiver ,

dévastent les habitations, à eh., que printemps on voit

n rajeunir 1 s ornements el le mobilier. La

que Lavinia avai loué ■ éta l bâtie i n marbre

brul et tuile lambrissée en buis résineux à l'intérieur.

-, peint en blanc, avait l'éclat et la fraîcheur du stuc. Une natte de joncs; tissue en Espagne el nuancée de plusieurs cduleurs, servait de tapis. Des rideaux de b. 1,-in bien blancs recevaient l'ombre mouvante des sapins qui secouaient leurs chevelures noires au vent de la ;. lit -"us l'humide regard dé la lune. Oc petits seaux de bois d'olivier verni étaient remplis des plus belles fleurs de la montagne: Lavinia aVait cueilli elle-même, dans les plus désertes vallées et sur les plus heutes cimes, ces

lies .m si i" ■'. i m - au cimier d'azur,

au calice vénéneux ; ces sylènes blanc et rose , dont le?

- sont si délicatement

, ces clochettes transparentes el plissé s comme de la mousseline; ces valérianes de pourpre; toutes ces sauvages filles de la solitù le . si embaumées et si fraîches, que le chamois craint de les Dêli ir en les effli uranl dans s.i course, et que l'eau i es sources inconnues au chasseur les couche a peine sous son flux nonchalant t I silencieux.

Celle chambrette blanche et parfumée avait, en vérité, et, comme à son insu , un air de rendez-vous; mais elle semblait aussi le sanctuaire d'un amour virginal et pur. Les b mgies jetaient une clarté timide; les Heurs semblaient ferrner modestement lent sein à la lumière; aucun vêtement de femme, aucun vestige de coquetterie ne s'était oublié è traîner sur lés meubles : seulement un pi nsées flétries el un gant blanc décousu gisaient côte a côte sur la cheminée. Lionel, poussé par un mouvement irrésistibles prit le gant el le froissa dans . ; ici mn e i . i e nte oom ulsi .e el rroi le d'un dernier adieu. 11 prit le bouquet sans parfum , le contempla un instant, fil une allusion amêre aux Heurs qui le composaient, et le rejeta brusquement loin de ! i. L vinia avait-elle | & là ce bouquet avec le dessein qu'il lui commenté par s, n ancien amant?

Lionel s'approcha de la fenêtre et écarta les rideaux poui faire diversion, par le spectacle de là nature, à l'humeur qui le gagnait de pins en plus. Ce spectacle était magique La maison, plantée dans le roc, servaii de ba l esque muraille - taillés

a pic, dont le G. le pied. A droite tbmbaii la

te avec un bruil furieux; à gauche u

ûchait sur I au loin se déployait la

vahée incertaine et blanchie par la lune. Uu grand lau-

sail dans une crevasse du apportait se- Ion ;ues feuilles luisantes au bord de la fenêtre* el la luise, en les froissant l'une contre l'autre , semblait prononcer de mj sté ieusi

Lavinia i ntra, tandis que Lionel était | lans cette plation ; le bruit du torrent el de la bi ise cha qu'il ne l'entendit. Elle resta plusieurs minuti bout derrière lui, occupée sans doute à se recueillir, el se demandant peut-être si c'était là l'homme qi elle < il tant aimé; car , à cette heure d'émotion obligée el le situation prévue, Lavinia croyait pourtant fain rêve

Bile se rappelait le temps où il lui aurait semblé impossible de revoir sir Lionel sans tomb r i te de ci

lie douleur. Et maintenant elle était là, douce, calme . indifférente peut-être:::

Lionel se retourna machinalement el la vit. Il ne s'j attendait pas. un cri lui échappa; puis, honteux d'une telle inconvenance) confondu de ce qu'il éprouvait, il lii Un violent effort pour adresser à lady Lavinia un salut, correct ei irréprochable.

M. ns, malgré lui, un troublé imprévu, une agitation invincible, paralysail son esprit ingénieux et frivole, cet esprit si docile , si complaisant , qui se tenait toujours prêt, suivant les lois de l'amabilité, à se jeter tout entier dans h circulation, el à passer, comme l'or, de main en main pi ur l'usage du premier venu. Cette fuis, l'esprit rebelle se taisait et restait éperdu à contempler lady Lavinia.

G'esl qu'il ne s'attendait pas à la revoir si belle... Il l'avait laissée bien souffrante cl bien altérée. Dans ce Lemps-là les larmes avaient flétri ses joues i le chagrin avait amaigri sa taille; elle avait l'œil éteint, la n sèche, une parure négligée. Elle s'enlaidissait imprudemment alors, la pauvre Lavinia ! sans songer que la douleur n'embellit que le cœur de la femme, et que la plupart des hommes nieraient volontiers l'existence de chez la femme, comme il fut fait en un certain concile de prélats italiens.

Maintenant Lavinia était, dans tout l'éclat de celle seconde beauté qui revient aux femmes quand elles n'ont pas reçu au cœur d'atteintes irréparables dans leur première jeunesse. C'était toujours une mince et | aie I or- . d'un reflet un peu bronzé, d'un profil un peu sévère; mais son regard et ses manières avaient pris i ute l'aménité) toute la grâce caressante des Françaises. Sa peau brune était veloutée par l'effet d'une santé calme ei raffermie; son frêle corsage avail retrouvé la souplesse ei la vivacité florissante de la jeunesse ; ses cheveux, qu'elle avail coupés jadis pour en faire un sacrifice a l'am ur, se déployaient maintenant dans tout leur luxe en épaisses torsa les sur son front lisse ei um; sa toilette se composait d'une robe de mousseline de I In le et d'une touffe de bruyère blanche cueillie dans le ravin el mêlée h'eveux. Il n'est pas de plus gracieuse [il. iule que la bruyère blanche; on eut dit, a la voir balancer ses tes girandoles sur les cheveux noirs de Lavinia, des

grappes de pelles vivantes. Un goût exquis avait présidé

a ci i e i oiiiure el à celte simple toilette, où l'ingénieuse

coquetier. e de la femme se révélait a force de se cacher.

Jamais Lionel n'avait vu Lavinia si séduisante. Il faillit un instant se prosterner el lui demander pardon; mais le sourire calme qu'il vit sur son visage lui ren lit le d -

amertume nécessaire pour supporter l'eu avec toutes les apparences de la dignité-.

A défaut de phrase convenable, il tira de son sein un paquet soigneusement cacheté, et , le déposant sur la table :

« .Madame, lui dit-il d'une voix assurée , vous voyez que j'ai obéi eu esclave; puis-je croire , qu'à compter de ce jour, ma libelle me sera rendue?

— li me semble) lui répondit Lavinia avec une expression de gaieté mélancolique, que, jusqu'ici, votre

seriez-vous resté ti ps dans mes fers? J'avoue

que je n i m' i. i ai - p :• H ittée.

— On ! Madame , au nom du ciel , ne raillons pas ' N'est-ce pas un Inste moment que celui-ci?

1Di

LAVINIA

— C'est une vieille tradition , répondit-elle , un dénoùment convenu, une situation inévitable dans toutes les histoires d'amour. Et, si, lorsqu'on s'écrit, on était pénétré de la nécessité future de s'arracher mutuellement ses lettres avec méfiance... Mais on n'y songe point. A vingt ans, on écrit avec la profonde sécurité d'avoir échangé des serments éternels: on sourit de pitié en songeant à ces vulgaires résultats de toutes les passions qui s'éteignent; on a l'orgueil de croire que, seul entre tous , on servira d'exception à cette grande loi de la fragilité humaine ! Noble erreur , heureuse fatuité d'où naissent la grandeur et les illusions de la jeunesse ! n'est-ce pas, Lionel? »

Lionel restait muet et stupéfait. Ce langage tristement philosophique, quoique bien naturel dans la bouche de Lavinia, lui semblait un monstrueux contre-sens, car il ne l'avait jamais vue ainsi : il l'avait vue, faible enfant, se livrer aveuglément à toutes les erreurs de la vie, s'abandonner confiante à tous les orages de la passion ; et, lorsqu'il l'avait laissée brisée de douleur, il l'avait entendue encore protester d'une fidélité éternelle à l'auteur de son désespoir.

Mais la voir ainsi prononcer l'arrêt de mort sur toutes les illusions du passé , c'était une chose pénible et effrayante. Cette femme qui se survivait à elle-même , et qui ne craignait pas de faire l'oraison funèbre de sa vie , c'était un spectacle profondément triste, et que Lionel ne put contempler sans douleur. Il ne trouva rien à répondre. Il savait bien mieux que personne tout ce qui pouvait être dit en pareil cas; mais il n'avait pas le courage d'aider Lavinia à se suicider.

Comme , dans son trouble , il froissait le paquet de lettres dans ses mains :

«Vous me connaissez assez, lui dit -elle; je devrais dire que vous vous souvenez encore assez de moi, pour être bien sûr que je ne réclame ces gages d'une ancienne affection par aucun de ces motifs de prudence dont les femmes s'avisent quand elles n'aiment plus. Si vous aviez un tel soupçon , il suffirait, pour me justiGer, de rappeler que, depuis dix ans, ces gages sont restés entre vos mains , sans que j'aie songé à vous les retirer. Je ne m'y serais jamais déterminée si le repos d'une autre femme n'était compromis par l'existence de ces papiers... »

Lionel regarda fixement Lavinia , attentif au moindre signe d'amertume ou de chagrin que la pensée de Margaret Ellis ferait naître en elle; mais il lui fut impossible de trouver la plus légère altération dans son regard ou dans sa voix. Lavinia semblait être invulnérable désormais.

« Cette femme s'est-elle changée en diamant ou en glace? » se demanda-t-il.

« Vous êtes généreuse , lui dit-il avec un mélange de reconnaissance et d'ironie , si c'est là votre unique motif.

— Quel autre pourrais-je avoir, sir Lionel? Vous plairait-il de me le dire?

— Je pourrais présumer , Madame , si j'avais envie de nier votre générosité (ce qu'à Dieu ne plaise ! ), que des motifs personnels vous font désirer de rentrer dans la possession de ces lettres et de ce portrait.

— Ce serait m'y prendre un peu tard, dit Lavinia en riant; à coup sûr, si je vous disais que j'ai attendu jusqu'à ce jour pour avoir des motifs personnels { c'est votre expression ) , vous auriez de grands remords, n'est-ce

pas?

Madame , vous m'embarrassez beaucoup , » dit Lionel ; et il prononça ces mots avec aisance , car là il se retrouvait sur son terrain. Il avait prévu des reproches, et il était préparé à l'attaque ; mais il n'eut pas cet avantage; l'ennemi changea de position sur-le-champ.

« Allons, mon cher Lionel, dit-elle en souriant avec un regard plein de bonté qu'il ne lui connaissait pas encore,lui qui n'avait connu d'elle que la femme passionnée , ne craignez pas que j'abuse de l'occasion. Avec l'âge, la raison m'est venue , et j'ai fort bien compris, depuis longtemps, que vous n'étiez point coupable envers moi. C'est moi qui le fus envers moi-même , envers la société,

envers vous peut-être; car, entre deux amants aussi jeunes que nous l'étions, la femme devrait être le guide de l'homme. Au lieu de l'égarer dans les voies d'une destinée fausse et impossible , elle devrait le conserver au monde , en l'attirant à elle. Moi , je n'ai rien su faire à propos ; j'ai élevé mille obstacles dans votre vie ; j'ai été la cause involontaire , mais imprudente , des longs cris de réprobation qui vous ont poursuivi; j'ai eu l'affreuse douleur de voir vos jours menacés par des vengeurs que je reniais , mais qui s'élevaient , malgré moi , contre vous ; j'ai été le tourment de votre jeunesse et la malédiction de votre virilité. Pardonnez-le-moi, j'ai bien expié le mal que je vous ai fait. »

Lionel marchait de surprise en surprise. Il était venu là comme un accusé qui va s'asseoira contre-cœur sur la sellette, et on le traitait comme un juge dont la miséricorde est implorée humblement. Lionel était né avec un noble cœur; c'était le souffle des vanités du monde qui l'avait flétri dans sa fleur. La générosité do lady Lavinia excita en lui un attendrissement d'autant plus vif qu'il n'y était pas préparé. Dominé par la beauté du caractère qui se révélait à lui , il courba la tête et plia le genou.

« Je ne vous avaisjamais comprise, Madame, lui dit-il d'une voix altérée; je ne savais point ce que vous valez : j'étais indigne de vous, et j'en rougis.

— Ne dites pas cela, Lionel , répondit-elle en lui tendant la main pour le relever. Quand vous m'avez connue , je n'étais pas ce que je suis aujourd'hui. Si le passé pouvait se transposer, si aujourd'hui je recevais l'hommage d'un homme placé comme vous l'êtes dans le monde...

— Hypocrite! pensa Lionel: elle est adorée du comte de Morangy , le plus fashionable des grands seigneurs !

— Si j'avais, continua-t-elle avec modestie, à décider de la vie extérieure et publique d'un homme aimé, je saurais peut-être ajouter à son bonheur , au lieu de chercher à le détruire...

— Est-ce une avance? se demanda Lionel éperdu. Et, dans son trouble, il porta avec ardeur la main de

Lavinia à ses lèvres. En même temps, il jeta un regard sur cette main, qui était remarquablement blanche et mignonne. Dans la première jeunesse des femmes, leurs mains sont souvent rouges et gonflées; plus tard, elles pâlissent, s'allongent, et prennent des proportions plus élégantes.

Plus il la regardait, plus il l'écoutait, et plus il s'étonnait de lui découvrir des perfections nouvellement acquises. Entre autres choses, elle parlait maintenant l'anglais avec une pureté extrême, elle n'avait conservé de l'accent étranger et des mauvaises locutions dont jadis Lionel l'avait impitoyablement raillée , que ce qu'il fallait pour donner à sa phrase et à sa prononciation une originalité élégante et gracieuse. Ce qu'il y avait de fier et d'un peu sauvage dans son caractère s'était concentré peut-être au fond de son âme; mais son extérieur n'en trahissait plus rien. Moins tranchée, moins saillante, moins poétique peut-être qu'elle ne l'avait été, elle était désormais bien plus séduisante aux yeux de Lionel; elle était mieux selon ses idées, selon le monde.

Que vous dirai-je? Au bout d'une heure d'entretien , Lionel avait oublié les dix années qui le séparaient de Lavinia, ou plutôt il avait oublié toute sa vie ; il se croyait auprès d'une femme nouvelle, qu'il aimait pour la première fois; car le passé lui rappelait Lavinia chagrine, jalouse, exigeante; il montrait surtout Lionel coupable à ses propres yeux ; et , comme Lavinia comprenait ce que les souvenirs auraient eu pour lui de pénible., elle eut la délicatesse de n'y toucher qu'avec précaution.

Ils se racontèrent mutuellement la vie qui s'était écoulée depuis leur séparation. Lavinia questionnait Lionel sur ses amours nouvelles avec l'impartialité d'une sœur ; elle vantait la beauté de miss Ellis, et s'informait avec intérêt et bienveillance de son caractère et des avantages qu'un tel hymen devait apporter à son ancien ami. De son côté , elle raconta d'une manière brisée , mais piquante et fine, ses voyages, ses amitiés, son mariage avec un vieux lord , son veuvage et l'emploi qu'elle faisait désormais de sa fortune et de sa liberté. Dans tout

LAVINIA

Vl'o

ce qu'ello disait, il y avait bien un peu d'ironie; tout en rendant hommage au pouvoir do la raison, un peu d'amertume secrète se montrait contre cette impérieuse puissance , so trahissait sous la forme du badinago. Mais la miséricorde et l'indulgence dominaient dans celte ûmo dévastée do bonne heure , et lui imprimaient quelque chose de grand qui relevait au-dessus do toutes les autres.

Plus d'uno heure s'était écoulée. Lionel ne comptait pas les instants; il s'abondonnait à sos nouvelles impressions avec cette ardeur subite et passagère qui est la dernière faculté des cœurs usés. Il essayait, par toutes les insinuations possibles, d'animer l'entretien , en amenant Lavinia à lui parler do la situation réelle de son cœur; mais ses efforts étaient vains : la femme était plus mobile et plus adroite que lui. Dés qu'il croyait avoir touché une corde de son âme , il ne lui restait plus dans la main qu'un cheveu. Dès qu'il espérait saisir l'être moral et l'étreindre pour l'analyser, le fantôme glissait comme un souffle et s'enfuyait insaisissable comme l'air.

Tout à coup on frappa avec force ; car le bruit du torrent, qui couvrait tout, avait empêché d'entendre les premiers coups; et maintenant on les réitérait avec impatience. Lady Lavinia tressaillit.

« C'est Henry qui vient m' avertir, lui dit sir Lionel; mais , si vous daignez m'accorder encore quelques instants, je vais lui dire d'attendre. Obtiendrai-je cetto grâce , Madame'?' »

Lionel se préparait à l'implorer obstinément, lorsque Pepa entra d'un air empressé.

« Monsieur lo comte de Morangy veut entrer à toute force, dit-elle en portugais à sa maîtresse. Il est là... il n'écoute rien...

— Ah ! mon Dieu ! s'écria ingénument Lavinia en anglais; il est si jaloux ! Que vais-je faire de vous, Lionel'.'»

Lionel resta comme frappé de la foudre.

« Faites-le entrer , dit vivement Lavinia à la négresse. Et vous, dit-elle à sir Lionel, passez sur ce balcon. Il fait un temps magnifique ; vous pouvez bien attendre là cinq minutes pour me rendre service. »

Et elle le poussa vivement sur le balcon. Puis elle fit retomber le rideau de basin, et, s' adressant au comte qui entrait :

« Que signifie le bruit que vous faites? lui dit-elle avec aisance. C'est une véritable invasion.

— Ah ! pardonnez-moi, Madame ! s'écria le comte de Morangy ; j'implore ma grâce à deux genoux. Vous voyant sortir brusquement du bal avec Pepa , j'ai cru que vous étiez malade. Ces jours derniers vous avez été indisposée ; j'ai été si effrayé ! Mon Dieu ! pardonnez-moi, Lavinia, je suis un étourdi, un fou... mais, je vous aime tant , que je ne sais plus ce que je fais... »

Pendant que le comte parlait, Lionel, à peine revenu de sa surprise , s'abandonnait à un violent accès de colère.

« Impertinente femme ! pensait-il , qui ose bien me prier d'assister à un tôte-à-tète avec son amant ! Ah ! si c'est une vengeance préméditée, si c'est une insulte volontaire , qu'on prenne garde à moi ! Mais quelle folie ! si je montrais du dépit, ce serait la faire triompher... Voyons ! assistons à la scène d'amour avec le sang-froid d'un vrai philosophe... »

11 se pencha vers l'embrasure de la fenêtre , et se hasarda à élargir avec le bout de sa cravache la fente que laissaient les deux rideaux en se joignant. Il put ainsi voir et entendre.

Le comte de Morangy était un des plus beaux hommes de France, blond, grand, d'une figure plus imposante qu'expressive, parfaitement frisé , dandy des pieds jusqu'à la tète. Le son de sa voix était doux et velouté. Il grasseyait un peu en parlant; il avait l'œil grand , mais , sans éclat; la bouche fine et moqueuse, la main blanche comme une femme, et le pied chaussé dans une perfection indicible. Aux yeux de sir Lionel, c'était le rival le plus redoutable qu'il fut possible d'avoir à combattre ; c'était un adversaire digne de lui , depuis le favori jusqu'à l'orteil.

Lo comte parlait français, et Lavinia répondait dans cetto langue , qu'elle possédait aussi bien que l'anglais. Encoro un talent nouveau do Lavinia ! Elle écoutait les fadeurs du beau talon rouge avec une complaisanco singulière. Le comte hasarda deux ou trois phrases passionnées , qui parurent à Lionel s'écarter un peu des règles du bon goût et do la convenance dramatique. Lavinia ne se fâcha point; il n'y eut même presque pas do raillerie dans ses sourires. Elle pressait le comte de retourner au bal le premier, lui disant qu'il n'était pas convenable qu'elle y rentrât avec lui. Mais il s'obstinait à vouloir la conduire jusqu'à la porte, en jurant qu'il n'entrerait qu'un quart d'heure après. Tout en parlant, il s'emparait des mains de lady Blake, qui les lui abandonnait avec une insouciance paresseuse et agaçante. La patience échappait à sir Lionel.

« Je suis bien sot, se dit-il enfin, d'assister patiemment à cette mystification, quand je puis sortir... »

Il marcha jusqu'au bout du balcon. Mais le balcon était fermé, et au-dessous s'étendait une corniche de rochers qui ne ressemblait pas trop à un sentier. Néanmoins Lionel se hasarda courageusement à enjamber la balustrade et à faire quelques pas sur cette corniche ; mais il fut bientôt forcé de s'arrêter : la corniche s'interrompait brusquement à l'endroit de la cataracte , et un chamois eût hésité à faire un pas de plus. La lune, montant sur le ciel , montra en cet instant à Lionel la profondeur de l'abîme, dont quelques pouces de roc le séparaient. Il fut obligé de fermer les yeux pour résister au vertige qui s'emparait de lui et de regagner avec peine le balcon. Quand il eut réussi à repasser la balustrade , et qu'il vit enfin ce frêle rempart entre lui et le précipice, il se crut le plus heureux des hommes , dùt-il payer l'asile qu'il atteignait au prix du triomphe de son rival. Il fallut donc se résigner à entendre les tirades sentimentales du comte de Morangy.

« Madame, disait-il, c'est trop longtemps feindre avec moi. II est impossible que vous ne sachiez pas combien je vous aime, et je vous trouve cruelle de me traiter comme s'il s'agissait d'une de ces fantaisies qui naissent et meurent dans un jour. L'amour que j'ai pour vous est un sentiment de toute la vie ; et si vous n'acceptez le vœu que je fais de vous consacrer la mienne, vous verrez, Madame, qu'un homme du monde peut perdre tout respect des convenances et se soustraire à l'empire de la froide raison. Oh ! ne me réduisez pas au désespoir, ou craignezen les effets.

— Vous voulez donc que je m'explique décidément ? répondit Lavinia. Eh bien ! je vais le faire. Savez-vous mon histoire, Monsieur?

— Oui, Madame, je sais tout; je sais qu'un misérable, que je regarde comme le dernier des hommes , vous a indignement trompée et délaissée. La compassion que votre infortune m'inspire ajoute à mon enthousiasme. Il n'y a que les grandes âmes qui soient condamnées à être victimes des hommes et de l'opinion.

— Eh bien ! Monsieur reprit Lavinia , sachez que j'ai su profiler des rudes leçons de ma destinée; sachez qu'aujourd'hui je suis en garde contre mon propre cœur el contre celui d'aulrui. Je sais qu'il n'esl pas toujours au pouvoir do l'homme de tenir ses serments, et qu'il abuse aussitôt qu'il obtient. D'après cela, Monsieur, n'espérez pas me fléchir. Si vous parlez sérieusement, voici ma réponse : «Je suis invulnérable. Cette femme tant décriée pour l'erreur de sa jeunesse est entourée désormais d'un rempart plus solide que la vertu, la méfiance. »

— Ah ! c'est que vous ne m'entendez pas , Madame , s'écria lo comte en se jetant à ses genoux. Que je sois maudit si j'ai jamais eu la pensée de m'autonser de vos malheurs pour espérer des sacrifices que votre fierté condamne...

— Ètes-vous bien sûr, en effet, de ne l'avoir eue jamais? dit Lavinia avec son triste sourire.

— Eh bien, je serai franc, dit M. de Morangy avec un accent de vérité où la manière du grand seigneur disparut entièrement. Peut-être l'ai-je eue avant de vous connaître, cette pensée que je repousse maintenant avec re-

LAVINIA

mords. Devant vous la feinte est impossible , Lavinia; VOUS subjuguez a m Imite, vous anéantiriez la rqse, vous commandez la vénération. Oh ! depuis que je tais ce que vous êtes, je juie (lue mon adoration a été digne de vous. Écoutez moi, Ma lame, et laissez-mui à VOS pieds attendre

l'j i (le ma vie. C'est par d'indissulubles serments que

je veux vous dévouer tout mon avenir. C'est un nom hun rable, j'ose le croire, et une brillante fortune, dont je ne suis pas vain, vous le savez, que je \iens mettre à vos pieds, en même temps qu'une àme qui vous adore, un cœur qui ne bal que. pour vous.

— C'est donc réélit ment un mariage que vous me proposez? dit lady Lavinia sans temo gner au comte une surprise injurieuse, Lh bien, Monsieur, je vous remercie de cette marque d'estime et d'attachement. »

Et elle lui tendit la main avec cordialité. « Dieu de bonté ! elle accepte ! s'écria le comte en couvrant, cette main de baisers.

— Non pis, Mon-icur, dit Lavinia; je vous demande le temps de la réflexion.

— Hélas ! mais puis-je espérer?

— Je ne sais pas; mais comptez sur ma reconnaissance. Adieu. Retournez au bal ; je l'exige. J'y serai dans un instant. »

Le comte baisa le bord de son écharpe avec passion et sortit. Aussitôt qu'il eut refermé la poiie, Lionel écarta tout à fait le rideau, s'.ppi riant a recevoir de lady lîl.ike l'autorisation de rentrer. Mais lady BJake était assi e sur te sofa, le dos tourné à la fenêtre. Lionel vit sa ligure se refléter dans la glace placée vis-à vis d'eux. Ses yeux étaient fixés sur le parquet, son attitude murne et pensive. Plongée dans une profonde méditation, elle avait complètement oublié Lionel, et l'exclamation de surprise qui lui échappa lorsque celui-ci saula au milieu de la chambre lut l'aveu ingénu de cette cruelle distraction.

Il était pale de dépit; mais il se contint.

«Vous conviendrez, lui dit-il , que j'ai respecté vos nouvelles affections, Madame. Il m'a fallu un prpfond desintéressement pour ni'entendie insulter à dessein

peut-être et pour rester impassible dans ma ca-

chette.

— A dessein? répéta Lavinia en le fixant d'un air sévère. (Jii'osrz-vous penser de moi, Monsieur? Si ce sont là vos idées, sortez!

— Non, non, ce ne sont pas là mes idées, dit Lionel en marchant vers elle et en 1 .1 prenant le bras avec agitatiim Ne faites pas attention a ce que je dis. Je suis fort trouble... C'est tpi'aussi vous avez bi n compté sur ma raison en me faisant assister à une semblable scène.

— Sur votre raison, Lionel ! Je ne comprends pas ce mot. Vous voulez dire que j'ai compté sur votre înditlereuce'.'

— Raillez-moi tant que vous voudrez , soyez cruelle, foulez-moi aux i iedsl vous en avez le droit... Mais je suis bit n malheureux !... »

H était fortement ému. Lavinia crut ou feignit de croire qu'il jouait la comédie.

« Kinissuis-en, lui dit-elle en se levant. Vous auriez dû faire votre profit de ce que vous m'avez entendue rép n die au comte de M. langy; et pif.it, int faineur de cet homme ne m'offense pas... Ad eu, Lionel. (Jiiiltons-m.us pour toujours, mais quittons-nous sans amertume. Voici votre poitrail et vos lettres... Allons, laissez ma main, il faut que je retourne au I al.

— Il faut que vous retourniez danser avec M. de Mor; .u:\ , n'est-ce i as".' d I Lionel en jetant son portrait avec colère et en le broyant de si n lalon.

— Écoulez donc', dit Layip a un peu pâle, mais, calme, le comte de Morangy m'offre u i rang et une haute r< habilitât on dans le monde. L'allj nce cl un vieux lord ne m'a jamais bien lavée de la la. he cruelle qui cauvie une femme délaissée. On sait qu'un yiei lard n c il toujours plus qu'il ne donne. Mais un homme jeune, riche, noble, envié, aimé des lemmts... ces! différent! Cela, mérite qu'on v pense, L il; et je SUIS bien aise d'avoir jusqu'ici ménagé le comte. Je oe.inais depuis longtemps la loyauté de ses intentions.

— 0 femmes ! la vanité ne meurt point en vous! » s'écria Lionel avec dépit lorsqu'elle fut partie.

Il alla rejoindre Henry à l'hôtellerie. Celui-ci l'attendait avec impatience.

« Damnation sur vous, Lionel! s'érria-t-il. 11 y a une grande heure que je vous attends sur mes étriers. Comment ! deux heures pour une semblable entievue! All< us, en route ! vous me raconterez cela chemin faisant.

— Bonsoir, Henry. Allez-vous-en dire à miss Margaret que le traversin qui est couché à ma place dans mon lit est au plus mal. Moi, je reste.

— peux et terre! qu'eniends-je 1 s'écria Henry; vous ne voulez point aller à Luchon?

— J'irai une autre fois; je leste ici maintenant.

— Mais c'est impossible! Vous rêvez. Vous n'éles point réconcilié avec lady Blake?

— Non pas, que je sache; tant s'en faut! Mais je suis fatigué, j'ai le spleen, j'ai une courbature. Je reste. »

Henry tombait des nues. Il épuisa toute son éloquence, pour entraîner Lionel ; mais ne pouvant y réussir, il descendit, de cheval, et jetant la bride au palefrenier ■

o Eh bien, s'il en est ainsi, je reste aussi, s'écria-t-il. La chose me paraît si plaisante que j'en veux ètie ténu in jusqu'au bout. Au diable les amours de Bagnères et les I rojetS de grande route ! Mon digne ami sir Lient 1 Btidgement me donne la comédie ; je serai le spectateur assidu et palpitant de son drame. »

Lionel eut donné tout au monde pour se débarrasser de ce surveillant étourdi et goguenard ; mais cela fut impossible.

« Puisque vous êtes déterminé à me suivre, lui dit-il, je vous préviens que je vais au bal.

— Au bal? soit. La danse est un excellent remède pour le spleen et les courbatures. »

Lavima dansait avec M. de M raii-y. Lionel no l'avait jamais vue danser. Lorsqu'elle était venue en Angleterre, elle ne connaissait que le boléro, et elle ne s'é'ait lam.iis permis de le danser sous le i ici austère de la Grande- Bretagne. Depuis, elle avait appris nos contredanses, et elle y portait la grâce voluptueuse des Espagnoles jointe à je ne sais quel reflet de pruderie anglaise qui en modérait l'essor. On montait sur les banquettes pour la \mr danser. Le comte de Morangy était triomphant. Lionel était perdu dans la foule.

Il y a tant de vanité dans le cœur de l'homme ! Lionel souffrait amèrement de voir celle qui fut longtemps dominée et emprisonnée dans son amour, celle qui jadis n'était qu à lui, et que le monde n'eût osé venir réplam x dans ses bras, libre et liere maintenant, environnée d hommages et trouvant dans chaque regard une vengeance ou une repaialion tlu passé. Lorsqu'elle ielouina à sa place, au moment où le eomle avait une distraction, L onel se glissa ai.ro, tement auprès d'elle et ramassa son éventail qu'elle venait eje laisser tonifier. Lavinia, ne s'atténua.t point à le trouver là. Un faible cri lui échappa, el si u teint pâlit sensiblement.

u Ah ! mon Dieu ! lui dit-elle, je vous croyais sur la roule tle Bagnères.

— Ne craignez rien, Madame, lui dit-il à voix basse; je ne vous compromettrai point auprès du comte de Morangy. »

i ependant il n'y put tenir longtemps, et bientôt il revint i inviter à danser

Eile accepta.

« Ne l'audra-t-il pas aussi que j'en demande la permission a M. le comte de Morangy ? n lui uit-il.

Le bal dura jusqu'au jour. La.iy Lavinia était sûre de faire durer un bal tant qu'elle y resterait. A la faveur nu désorore qui se glisse peu a peu dans une fêle a mesure que la nuit s'avance, Lionel put lui parler souvent. Celle nuit acheva de lui fane tourner la lete. Enivré par les charmes de lady BJake , ex'cjte par la rivalité du Comte, irrite par les hommages dt; la foule qui à chaque instant se jetait entre elle et lui, il s'acharna de tout son pouvoir à réveiller cette passiun éteinte, et l'amour-propre lui lit sentir si vivement son aiguillon qu'il sortit du bal dans un état de délire inconcevable.

LAVINIA

Il pssaya en vain de dormir. Henry, qui avail fail la rour à toutes les f mmes el dansé toutes les contredanses, ronfla de toute sa tète. Des qu'il fut éveillé :

« Eh bien, Lionel, dit-il en se frottant les yeux, vive Dieu! mon ami, c'est une histoire piquante que votre réconciliation avec ma cousine; car n'e péri pas me tromper, je sus à présent le secret. Quand nous sommes au bal, Lavinia élail triste el dansail d'un a r ajstraitjdi i'i i vous a vu, son çeil s'est animé, son fronl s'est éclairci. Elle était rayonnante à la valse quanij vous

il une plume à trayers la foule, Heureux

l ionel : à Lucbon une I elle fiancée el une I elle îlot, à Saint-Sauveur une belle maîtresse et un grand triomphe !

— Laissez-mpi tranquille aveq vos balivernes I « dit Lionel avec humeur.

Henrj élail habillé le premier, Il sortit pour voir ce. quj sait, el ravinl bientôt en faisant son vacarme ao coutu alier.

« Hélas : Henry, lui dit son ami, ne perdrez-vous point ci te ii \ haletante et ce geste effaré ? On dirait toujours que vous venez de lancer le lièvre el que vous prenez les gens .1 qui unis i niiez pour i es limiers découplés.

— A cheval : à i h val ! cr a Henry, Lady Lavinia Blake est àrhé al : elle part pour Gèdi s avec dix autres jeunes fo les et je ne sais combien de go lelureaux, le co

Mil- ii j\ en tète.,, Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'ait que le corn e de Morai g\ en tête : entendpns-nous !

— Silence, clown .' s écria Lionel. A cheval en effet, el i ar on»! »

l a < avalcade avait i ris de l'avance sur eux, La route di (Je re esl un sentier escarpé, une sorte descalier taillé dai - li i c, côtoyanl le précipice, offrant mille difficultés aus chevaux, nulle dangers très-réels aux voyageqrs. Lionel lai, .a son cfyeval au grand galqp. Henry crut qu .1 élail l"u ; niais, pensanl qu'il y allait de son honneur de ne pas rester en arrière, il s élança sqr ses trac<s. Lcùi arrivée fut un jncideni fantastique pour la caiavape. Lavinia frémissail à la vue de ces, m u\ écerreli s pouranl ainsi sur le revers d'un abime effroyable. (Juan | elle reconnu! Lionel et son cousin, elle devint pâle i I l.i; lu toml er i e cheval. Le comte de Morangy s'en aperçut el ne la. qui ta plus du regard. Il était jaloux.

C'était un ai.nu Ion ue plqs pour Lionel. Tout le Ipng de la journée il disputa le moini re regard de Lavinia avec obstination. La difticulté de loi parler, lagjtatjon de l.i course, les émotions que faisait naître le sublime spectacle des lieux qu'ils parcouraient, la résistance adroite el toujours aimable de lady Blake, son haï ilelé a guider son cheval, son courage, sa grappe, l'expression toujours p étique m toujours naturelle de ses ?ensalions, tout a- heva d'exaltei sir Lionel, lie fut une journée bien failli, ir pour cette pauvre femme obsédée de deux amants entre lesquels elle voulait tenir la balance égale : aussi

accueillait-elle avec re naissance sop jo eux cousin et

ses grosses folies lorsqu'il venait caracoler entré elle et

ses a loi ateui s.

A l'entrée de la nuit le ciel se couvrit de nuages. Un

érieux s'annonçait. La cavalcade doubla le pas;

mais elle était encore à [ lus d'une lieue de Saint-Sapveur

B éclata. L'obscurité devint complète :

les chevaux s'effrayèrent , celui du comte de Morangy

I | m; -,i l,i ,ui loin. La ppti e troilj e se deU.n la, el il fallut

tous les efforts des guides qui ['escortaient à pie l pour en pécher ,, lentssérieux ne vinssent terminer

tristement un jour si gai meut commencé.

Lionel, perdu daps d'affreuses ténèbres, forcé de mari cher le long du lochcr en tirant Sun cheval par la bride, de peur de se jeter avec lui dans le précipice, était domine par une inquiétude bien plus vive, il avail perdu, Lavinia majgré tous ses effqrts , et il la cherchai! avec é di p u- un quart d'heure, lorsqu'qn éclair lui montra une femme assise sur un rocher un peu au-deS: sus du chemin. Il s'arrêta, prêta l'oreille et, reconnut la voix de lad} Blake : mais un lioni.i e était avec elle : ce ne pouvail être que M. de Morangy Lionel le maudil dans son âme ; et, résolu au moins a troub er le bon e r de ce rival, n se dirigea comme il put vers le couple.

Qui lie fui - 1 oie en rec nnaissant Henry auprè di

Celui-ci. en b il in toucianl « ompagnon , Lu

péda la place, el sélo gna même pour garder les chevaux. Rien n'est -i solennel el si beau que le bruil do l'orage utagnes. La grande voix du lonnei re, en roulant sur <le- abîmes, se répète el rptentil dans leur profondeur ; le vent, qui fouette les longues forêts de sapins el les colle sur le roc perpendiculaire comme un vèlemenl s flancs humains, s'engouffre aussi dans les oi es et y jette de grandes pi, unie- aiguës et traînantes comme nglots. Lavinia, recueillie dans la contemplation de cel imposant spei tacle, êcqutail les nulle bruits de la :'ie ébranlée, en attendant qu'un nouvel éclair (eue sur le paysage. Elle tressailli) lorsqu'il vint lui montrer sir Lionel assis près d'elle a la place q l'occupail son cousin un instanl auparavant, Lionel pensa, qu'elle étail effrayée par l'orage, et il prit sa main P iur la rassurer. Un autre éclair lui munira Lavinia un ion, le appuyé sur un geuou el le inen'on enfoncé dans sa main, regardant d'un air d'enthousiasme la grande ène de ments bouleversés. «Oh! mon Dieu 1 que cela est beau I lui dit-elle, que celle clarté bleue est vivo douce •! la foisl Avez^vous vu. ces dëclyquetures du in lier rayonner comme des saphirs, et ce I unlain livide où les cimes des glaciers se levaient comme de grands spectres dans leurs linceuls? Avez-vous remarqué aussi que, dans le brusque pa sage des ténèbres à la lumière el de la lumière aux tenèl res, tout semblait se mouvoir, s'agiter comme si ces monts s'ébranlaient pi ur s'écrouler?

— Je no vois rien ici que vous Lavinia, lui dil-il avec force; je n'entends, de voix que la vôtre, je ne respire d'air que voire soumq, je n'ai d'émoi ion qu'à vous .- ni r près de moi. Sa\ez-vuiis bien que je vous aime éperdument?Oui, vous |e savez; vous l'avez bien vu aujourd'hui, et peui-i'iie vous l'avez voulu. Eli bien ! triomphez s il en est ainsi. Je suis à vos pieds, je vous demande le pardon et l'oubli du passé, le fronl dans la poussière; |c \ uns uoniandc l'avenir, oli ! je vous le demande avec passion, et il faudra bien m i l'accorder, Lavinia; car je vous \eux fortement, et j'ai des droits sur vous...

— Des droits? répondit-elle en lui retirant sa main.

— N'est-ce donc pas un droit, un affreux droit, que le mal que je t'ai fait, Lavinia? Lt si tu me l'as laissé prendre pour briser ta vie, peux-tu me l'ôter aujourd'hui que je veux la relever et reparer mes crimes?

On sait tout ce qu'un homme peut due en pareil cas. Lionel fut plus éloquent que je ne saurais I être à sa place. Il se moula singulièrement la tète; et, désespérant de vaincre autrement la résistance de lady BJake, voyant bien d'ailleurs qu'en restant au-dessous des soumissions de son rival il lui faisait un avantage trop réel, il s é > va au même dévouement : il offrit son nom et sa fortune à lad] Lavinia.

« Y songez-vous! lui dit-elle avec émotion. Vous renonceriez à miss Ellis lorsqu'elle vous est promise, lorsque yotre mariage esl arrêté .'

— Je le ferai, répondit-il. Je ferai une action que lo monde [ruinera insolente et coupable. 11 faudra peut-être, la laver oans mon sang; mais je suis prèl à tout pour VOUS obtenir : car le plus grand mime de nia vie , c'psl de vous avoir méconnue, et m m premier devoir', c'esl (le revenir à vous. Oh! parlez, Lavinia, rendez-moi le bonheur que j'ai perdu en vous perdant. Aujourd'hui je sa irai l'apprécier et le conserver, car moi aussi j'ai chan ; I je ne suis plus cet homme ambitieux et inquiet quun

. i.ir inconnu torturait de ses menteuses pro ness ■-. .le sais la vie aujourd'hui, je sais ce que vaut le mon I el son faux éclat. Je sais que pas un de rues triomphés n'a valu un seul de vi | i >, et la chimère du bunheur que j'ai poursuivie m'a toujours fui jusqu'au jour où elle nie ramené a unis. ( )|i ! Lavinia, reviens à moi aussi! Qui t'ai m ei a comme mojV qui verra cpmme moi ce qu'il \ a de grandeur, de patience el de misirip rde dans ton ame '.' »

Lavinia gardait le silence, mais son cœur kutlaitavco une violence dppl s'apercevait Lionel. Sa main tremblai l d ins i,i sienne, et elle ne cherchait pas a la retirer, non

LAVINIA

plus qu'une tresse de ses cheveux que le vent avait détachée et que Lionel couvrait de baisers. Ils ne sentaient pas la pluie qui tombait en gouttes larges et rares. Le vent avait diminué, le ciel s'éclaircissait un peu, et le comte de Morangy venait à eux aussi vite que pouvait le lui permettre son cheval déferré et boiteux, qui avait failli le tuer en tombant contre un rocher.

Lavinia l'aperçut enfin et s'arracha brusquement aux transports de Lionel. Celui-ci, furieux de ce contre-temps, mais plein d'espérance et d'amour, l'aida à se remettre à cheval, et l'accompagna jusqu'à la porte de sa maison. Là elle lui dit en baissant la voix : « Lionel, vous m'avez fait des offres dont je sens tout le prix. Je n'y peux répondre sans y avoir mûrement réfléchi...

— 0 Dieu! c'est la même réponse qu'à M. de Morangy !

— Non , non , ce n'est pas la même chose , réponditelle d'une voix altérée. Mais votre présence ici peut faire naître bien des bruits ridicules. Si vous m'aimez vraiment, Lionel, vous allez me jurer de m'obéir.

— Je le jure par Dieu et par vous.

— Eh bien ! partez sur-le-champ, et retournez à Bagnères; je vous jure à mon tour que dans quarante heures vous aurez ma réponse.

— Mais que deviendrai-je , grand Dieu! pendant ce siècle d'attente?

— Vous espérerez, lui dit Lavinia en refermant précipitamment la porte sur elle, comme si elle eut craint d'en dire trop. »

Lionel espéra en effet. Il avait pour motifs une parole de Lavinia et tous les arguments de son amour-propre.

« Vous avez tort d'abandonner la partie , lui disait Henry en chemin ; Lavinia commençait à s'attendrir. Sur ma parole, je ne vous reconnais pas là, Lionel. Quand ce n'eût été que pour ne pas laisser Morangy maître du champ de bataille... Allons ! vous êtes plus amoureux de miss Ellis que je ne pensais. »

Lionel était trop préoccupé pour l'écouter. Il passa le temps que Lavinia lui avait fixé enfermé dans sa chambre , où il se fit passer pour malade , et ne daigna pas désabuser sir Henry, qui se perdait en commentaires sur sa conduite. Enfin, la lettre arriva; la voici :

« Ni l'un ni l'aiitre. Quand vous recevrez cette lettre, quand M. de Morangy, que j'ai envoyé à Tarbes, recevra ma réponse , je serai loin de vous deux ; je serai partie, partie à tout jamais , perdue sans retour pour vous et pour lui.

« Vous m'offrez un nom, un rang, une fortune ; vous croyez qu'un grand éclat dans le monde est une grande séduction pour une femme. Oh! non, pas pour celle qui le connaît et le méprise comme je le fais. Mais pourtant ne croyez pas , Lionel , que je dédaigne l'offre que vous m'avez faite de sacrifier un mariage brillant et de vous enchaîner à moi pour toujours.

« Vous avez compris ce qu'il y a de cruel pour l'amourpropre d'une femme à être abandonnée, ce qu'il y a de glorieux à ramener à ses pieds un infidèle, et vous avez voulu me dédommager par ce triomphe de tout ce que j'ai souffert ; aussi je vous rends toute mon estime, et je vous pardonnerais le passé si cela n'était pas fait depuis longtemps.

« Mais sachez, Lionel, qu'il n'est pas en votre pouvoir de réparer ce mal. Non, cela n'est au pouvoir d'aucun homme. Le coup que j'ai reçu est mortel : il a tué pour jamais en moi la puissance d'aimer ; il a éteint le (lambeau des illusions, et la vie m'apparaît sous son jour terne et misérable.

« Eh bien , je ne me plains pas de ma destinée ; cela devait arriver tôt ou tard. Nous vivons tous pour vieillir et pour voir les déceptiuns en\ahir chacune de nos joies. J'ai été désabusée un peu jeune, il est vrai, et le besoin d'aimer a longtemps survécu à la faculté de croire. J'ai longtemps, j'ai souvent lutté contre ma jeunesse comme contre un ennemi acharne; j'ai toujours réussi à la vaincre.

« Et croyez-vous que cette dernière lutte contre vous, ' cette résistance aux promesses que vous me faites ne

soit pas bien cruelle et bien difficile? Je peux le dire à présent que la fuite me met à l'abri du danger de succomber : je vous aime encore , je le sens ; l'empreinte du premier objet qu'on a aimé ne s'efface jamais entièrement ; elle semble évanouie ; on s'endort dans l'oubli des maux qu'on a soufferts ; mais que l'image du passé se lève, que l'ancienne idole reparaisse, et nous sommes encore prêts à plier le genou devant elle. Oh! fuyez! fuyez, fantôme et mensonge ! vous n'êtes qu'une ombre, et si je me hasardais à vous suivie, vous me conduiriez encore parmi les écueils pour m'y laisser mourante et brisée. Fuyez! je ne crois plus en vous. Je sais que vous ne disposez pas de l'avenir, et que si votre bouche est sincère aujourd'hui, la fragilité de votre cœur vous forcera de mentir demain.

« Et pourquoi vous accuserais-je d'être ainsi? ne sommes-nous pas tous faibles et mobiles? Moi-même n'étaisje pas calme et froide quand je vous ai abordé hier? N'étais-je pas convaincue que je ne pouvais pas vous aimer ? N'avais-je pas encouragé les prétentions du comte de Morangy ? Et pourtant le soir, quand vous étiez assis près de moi sur ce rocher, quand vous me parliez d'une voix si passionnée au milieu du vent et de 1 orage, n'ai-je pas senti mon âme se fondre et s'amollir? Oh! quand j'y songe, c'était votre voix des temps passés, c'était votre passion des anciens jours, c'était vous, c'était mon premier amour, c'était ma jeunesse que je retrouvais tout à la fois !

« Et puis à présent que je suis de sang-froid , je me sens triste jusqu'à la mort ; car je m'éveille et me souviens d'avoir fait un beau rêve au milieu d'une triste vie.

« Adieu, Lionel. En supposant que votre désir de m'épouser se fût soutenu jusqu'au moment de se réaliser (et à l'heure qu'il est, peut-être, vous sentez déjà que je puis avoir raison de vous refuser), vous eussiez été malheureux sous l'étreinte d'un lien pareil ; vous auriez vu le monde , toujours ingrat et avare de louanges devant nos bonnes actions, considérer la vôtre comme l'accomplissement d'un devoir, et vous refuser le triomphe que vous en attendiez peut-être. Puis vous auriez perdu le contentement de vous-même en n'obtenant pas l'admiration sur laquelle vous comptiez. Qui sait ! j'aurais peutêtre moi-même oublié trop vite ce qu'il y avait de beau dans votre retour, et accepté votre amour nouveau comme une réparation due à votre honneur. Oh ! ne gâtons pas cette heure d'élan et de confiance que nous avons goûtée ce soir ; gardons-en le souvenir, mais ne cherchons pas à la retrouver.

« N'ayez aucune crainte d'amour-propre en ce qui concerne le comte de Morangy; je ne l'ai jamais aimé. Il est un des mille impuissants qui n'ont pu (moi aidant, hélas ! ) faire palpiter mon cœur éteint. Je ne voudrais pas même de lui pour époux. Un homme de son rang vend toujours trop cher la protection qu il accorde en la faisant sentir. Et puis je hais le mariage, je hais tous les hommes, je hais les engagements éternels, les promesses, les projets, l'avenir arrangé à l'avance par des contrats et des marchés dont le destin se rit toujours. Je n'aime plus que les voyages, la rêverie , la solitude, le bruit du monde, pour le traverser et en rire , puis la poésie pour supporter le passé, et Dieu pour espérer l'avenir. »

Sir Lionel Bridgemont éprouva d'abord une grande mortification d'amour-propre ; car il faut le dire pour consoler le lecteur qui s'intéresserait trop à lui , depuis quarante heures il avait fait bien des réflexions. D'abord il songea à monter à cheval, à suivre lady Blake, à vaincre sa résistance, à triompher de sa froide raison. Et puis il songea qu'elle pourrait bien persister dans son refus, et que pendant ce temps miss Ellis pourrait bien s'offenser de sa conduite et repousser son alliance... Il resta.

« Allons, lui dit Henry le lendemain en le voyant baiser la main de miss Margaret , qui lui accordait cette marque de pardon après une querelle assez vive sur son absence, l'année prochaine nous siégerons au parlement. »

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