LA JEUNE MÈRE
Avant d'arriver à l'époque de ma vie qui fait le sujet de ce récit, je dois dire en trois mots qui je suis.
Je suis le fils d'un pauvre ténor italien et d'une belle dame française. Mon père se nommait Teaklo Soavi ; je ne nommerai point ma mère. Je ne fus jamais avoué par elle, ce qui ne l'empêcha point d'être bonne et généreuse pour moi. .le dirai seulement que je fus élevé dans la maison de la marquise de..., à Turin et à Paris, sous un nom de fantaisie.
La marquise aimait les artistes sans aimer les arts. Elle n'y entendait rien et prenait un égal plaisir à entendre "une valse de Strauss et une fugue de Bach En peinture, elle avait un faible pour les étoffes vert et or, et elle ne pouvait souffrir une toile mal encadrée. Légère et charmante, elle dansait à quarante ans comme une sylphide et fumait des cigarettes de contrebande avec une grâce que je n'ai vue qu'à elle. Elle n'avait aucun remords d'avoir cédé à quelques entraînements de jeunesse et ne s'en cachait point trop, mais elle eût trouvé de mauvais goût de les afficher. Elle eut de son mari un fils que je ne nommai jamais mon frère, mais qui est toujours pour moi un bon camarade et un aimable ami.
Je fus élevé comme il plut à Dieu ; l'argent n'y fut pas épargné. La marquise était riche, et, pourvu qu'elle n'eût à prendre aucun souci de mes aptitudes et de mes progrès, elle se faisait un devoir de ne me refuser aucun moyen de développement. Si elle n'eût été en réalité que ma parente éloignée et ma bienfaitrice, comme elle l'était officiellement, j'aurais été le plus heureux et le plus reconnaissant des orphelins; mais les femmes de chambre avaient eu trop de part à ma première éducation pour que j'ignorasse le secret de ma naissance. Des que je pus sortir de leurs mains, je m'efforçai d'oublier la douleur et l'effroi qu1 leur indiscrétion m'avait causés. .Ma mère me permit de voir le monde à ses côtés, et je reconnus, à la frivolité bienvedlante de son caractère, au pou de soin mental qu'elle prenait de son bis légitime, que je n'avais aucun sujet de me plaindre. Je ne. conservai donc point d'amertume contre elle, je n'en eus jamais le droit; mais une sorte de mélancolie, jointe à beaucoup de patience, de tolérance extérieure et de résolution intime, se trouva être au fond de mon esprit, de bonne heure et pour toujours.
J'éprouvais parfois un violent désir d'aimer et d'embrasser ma mère. Elle m'accordait un sourire en passant , une caresse à la dérobée. Elle me consultait sur le choix de ses bijoux et de ses chevaux ; elle me félicitait
d'avoir du goût , donnait des éloges à mes instincts de savoir-vivre, et ne nie gronda pas une seule fois en sa vie; mais jamais aussi elle ne comprit mon besoin d'expansion avec elle. Le seul mot maternel qui lui échappa fut pour me demander, un jour qu'elle s'aperçut de ma tristesse, si j'étais jaloux de son fils, et si je ne me trouvais pas aussi bien traité que l'enfant de la maison. Or, comme, sauf le plaisir très-creux d'avoir un nom et le bonheur très-faux d'avoir dans le monde une position toute faite pour l'oisiveté, mon frère n'était effectivement pas mieux traité que moi , je compris une fois pour toutes, dans un âge encore assez tendre, que tout sentiment d'envie et de dépit serait de ma part ingratitude et lâcheté. Je reconnus que ma mère m'aimait autant qu'elle pouvait aimer, plus peut-être qu'elle n'aimait mon frère, car j'étais l'enfant de l'amour, et ma figure lui plaisait plus que la ressemblance de son héritier avec son mari.
Je m'attachai donc à lui complaire, en prenant mieux que lui les leçons qu'elle payait pour nous deux avec une égale libéralité, une égale insouciance. Un beau jour, elle s'aperçut que j'avais profité, et que j'étais capable de me tirer d'affaire clans la vie. « Et mon fils? dit-elle avec un sourire; il risque fort d'être ignorant et paresseux, n'est-ce pas?... » Puis elle ajouta naïvement : -•< Voyez comme c'est heureux, que ces deux enfants aient compris chacun sa position! » Elle m'embrassa au front, et tout fut dit. Mon frère n'essuya aucun reproche de sa part. Sans s'en douter, et grâce à ses instincts débonnaires, elle avait détruit entre nous tout levain d'émulation, et l'on conçoit qu'entre un fils légitime et un bâtard l'émulation eût pu se changer fort aisément en aversion et en jalousie.
Je travaillai donc pour mon propre compte , et je pus me livrer sans anxiété et sans amour-propre maladif au plaisir que je trouvais naturellement à m'instruire. Entouré d'artistes et de gens du monde, mon choix se fit tout aussi naturellement. Je me sentais artiste, et, si j'eusse été maltraité par ceux qui ne l'étaient pas. je me serais élancé dans la carrière avec une sorte d'âpreté chagrine et hautaine. 11 n'en fut rien. Tous les amis de ma mère m'encourageaient de leur bienveillance, et moi , ne me sentant blessé nulle part , j'entrai dans la voie qui me parut la mienne avec le calme et la séiénité d'une âme qui prend librement possession de son domaine.
Je portai dans l'étude de la peinture toutes les facultés qui étaient en moi , sans fièvre, sans irritation , sans impatience. A vingt-cinq ans seulement, je me sentis arrivé au premier degré de développement de ma force, et je n'eus pas lieu de regrelier mes tâtonnements.
Ma mère n'était plus ; elle m'avait oublié dans son testament, mais elle était morte en me faisant éciire un billet fort gracieux pour me féliciter de mes premiers succès, et en donnant une signature à son banquier pour payer les premières dettes de mon frère. Elle avait fait autant pour moi que pour lui, puisqu'elle nous avait mis tous les deux à même de devenir des hommes. J'étais arrivé au but le premier ; je ne dépendais plus que de mon courage et de mon intelligence. Mon frère dépendait de sa fortune et de ses habitudes; je n'eusse pas changé son sort contre le mien.
Depuis quelques années, je ne voyais plus ma mère que rarement. Je lui écrivais à d'assez longs intervalles. Il m'en coûtait de l'appeler, conformément à ses criptions, ma bonne protectrice. Ses lettres ne me causaient qu'une joie mélancolique, car elles ne contenaient guère que des questions de détail matériel et des offres d'argent relativement à mon travail, a H vie semble, écrivait-elle, qu'il y a quelque temps que vous ne m'ave2 rien demandé, el je vous supplie de ne point faire de dettes, puisque ma bourse est toujours à votre disposition. Traitez-moi toujours en ceci comme votre véritable amie. »
Cela était bon et généreux, sans doute, mais cela me blessait chaque fois davantage. Elle ne remarquait pas que, depuis plusieurs années, je ne lui coûtais plus rien ,
LE CHATEAU DES DÉSERTES
[oui en ne faisant poinl de dettes Quand je l'eu3 perdue, n ai le plus, ce fut 1 espérance que j'avais vaguetneni nourrie qu'elle m'aimerait un jour; ce qui me lii verser des larmes, ce fut la pensée que j'aurais pu l'aimer passionnémenl , -i elle l'eût bien voulu. Enfin , jo pleura s de ne pouvoir pleurer vrain ent ma mère.
Toul ce que j i \ ien de ra tonter n'a aucun rapport avec l'épisode de ma vie que je vais retracer. Il ne se i a aucun lien entre le souvenir de ma première jomic.-se i I les aventures qui on uni rempli la seconde pério e J'aurais donc pu me dispenser de cette exposition; mais H m'a semblé pourtant qu'elle était nécessaire, ("n narrateur esl un être passif qui ennuie quand il ne rapporte pas les faiti qui le toui henl â sa propre individualité bien constatée, .l'ai toujours délesté le.-, histoires qui procèdent pur je, et si je ne raconte pas lu mienne à la troisième personne, oesl que je me sens capable «le 1 1 ipte de moi-même, et délie, sinon
incipàl) du moins un personnage actif dans les événements donl j'évoque le souvenir.
J'intitule ce petit drame du nom d'un lieu où ma vie
B'esl révélée el dénouée. Mon nom, à moi , e'e>t à-dire
le i i qu'on m'a choisi en naissant , est Adorno Saien-
tini. Je ne suis pas pourquoi je ne me semis pas appelé Soavt, comme mon père. Peut-être quo en n'était pus non plus son nom. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il mourut siins savoir que j'existais, Ma mère, aussi vite épouvantée qu'éprise, lui avait caché le> conséquences de leur liaison pour pouvoir la rompre plus entièrement,
Pour toutes les causes qui précèdent) me voyant et me sentant doublement orphelin dans la vie, j'étais tout accoutumé à ne compter que sur moi-même. Je pris des habitudes de discrétion et de réserve en raison des instincts de o i de fierté que jo cultivais on moi avec soin.
Deux ans après la mort de ma mère, c'est-à-dire à vingt-sept ans. j'étais déjà fort et libre au gré de mon ambition . car je gagnais un peu d'argent , el l'avais très-peu de besoins; j'arrivais a une certaine réputation sans avoir eu trop de protecteurs, à un certain talent sans trop craindre ni rechercher les conseils de personne, à une certaine satisfaction intérieure, car je me trouvais sur la i i d'un progrès assuré, el je voyais asses Clair dans mon avenir d'artiste. Tout ce qui nie manquait encore, je le sentais couver en silence lians mon sein, et j'en attendais l'éclosion avec une joie société qui me. soutenait , et une apparence de calme qui m'empêchait d'avoii des ennemis. Personne encore ne pressentait en moi un rival bien terrible: moi, je no me sentais pas de rivaux funestes. Aucune gloire officielle ne me faisait peur, Je souriais intérieurement de voir des hommes, plus inquiets et plus pressés que moi, s'enivrer d'un succè préi lire, houx et facile à vivre, je pouvais constater en moi une force de patience dont je savais bien être incapables les nal mes violentes, emportées autour de moi
cou > des feuilles par le vent d orage. Enfin j'offrais â
l'œil de celui qui voit tout, ce que je cachais au regard dangereux et trouble des hommes: le contraste d'un tempérament paisible avec une imagination vive et une volonté prompte.
A vingi-sepl ans, je n'avais pas encore aimé, et certes ce n'était pas faute d'amour dans le sang et dans la tôle; mais mon cœur no s'était jamais donné, .le le reconnaissais si bion , que je rougissais d'un plaisir comme d'une faiblesse, et que je me reprochais presque co qu'un
autre eût appelé Bes bonnes fbrti s. Pourquoi mon
cœur se refusait-il a partager l'enivrement de ma jeunesse?Je l'ignore. Il n'esl point d'homme qui puisse se définir au point de n'être pas, sous quelque rapport , un mj itère pour lui-môme. Je ne pins donc m'expliquer ma froideur intérieurs que par induction. Peut-être ma volonté était-elle trop tondue vers le progrès dans mon art. Peut-être élais-je trop fier pour me livrer avant n'avoir le droit d'être compris Peut-être encore, et il me semble que je retrouve celle émotion dans mes vagues souvenirs, peut-être avais-je dans l'âme un idéal de femme quo je no me croyais pas encore digne de poss
et pour lequel jo voulais mo conserver pur do tout sei va ;e.
i pendant mon temp appn criait. A mesure quo la m. unie talion de ma vie me devenait plus fai ile dans la peinture, l'explosion de ma puissance cachée se préparait dans mon sein par une inquiétude croissante. A Vienne, pendant un rude biver, je connus la duchesse de... noble italienne, belle connue un camée antique, éblouissante femme du inonde, et dilettante è tous les de l'art. Le hasard lui lit voir une peinturede moi. Elle la oomprit mieux quo toutes les personnes qui l'i iraient. Elle s'exprima sur mon compte en des tet mes qui caressèrent mon amour-propre. Je sus qu'elle
me plaçait plus haut que ne faisait encore le publ C, et quelle travaillait à ma gloire sans me connaître, par pur amour de l'art. J'en fus Qatté; la reconnaissance vint attendrir l'orgueil dans mon sein, .le disirai lui être présenté : le fus accueilli mieux encore que je ne m'y attendais. Ma ligure et mon langage parurent lui plaire, et elle me du , presque a la première entrevue, qu'en moi l'homme elail encore supérieur au peintre. Je me senlis plus ému par sa grâce, son élégance el sa beauté, que je ne l'avais encore élé auprès d'aucune femme.
Une seule chose me chagrinait : certaines habitudes de mollesse, certaines locutions d'éloges officiels, certaines formules de sympathie et d'encouragement, me rappelaient la douce, libérale et insoucieuse femme dont j'avais été le fils et le protégé. Parloisj 'essayais de me persuader que c'était une raison de plus pour moi de m'atlacher à elle; mais parfois aussi je tremblais de retrouver; sous cette enveloppe charmante, la femme du monde, cet être banal et froid, habile dans l'art des niaiseries, maladroit dans les choses sérieuses, généreux de fait sans l'être d'intention, aimant à faire le bonheur d'autriii, à la condition de ne pas compromettre le sien.
J'aimais, j'e doutais, je souffrais, Elle n'avait pas une réputation d'austérité bien établie, quoique ses faiblesses n'eussent jamais fait scandale. J'avais tout lieu d'espérer un délicieux caprice de sa part. Cela ne m'enivrait pus. Je n'étais plus assez enfant pour me glorifier d'inspirer un caprice : j'étais assez, homme pour aspirer a être I objet d'une passion. Je brûlais d'un feu mystérieux trop longtemps comprimé pour ne pas m 'avouer que j'allais être en proie moi-même à une passion énergique; mais, lorsque je me sentais sur le point d'y céder, j'étais épouvanté de l'idée que j'allais donner tout pour recevoir peu... peut-être rien J'avais peur, non pas précisément de devenir dans le monde une dupe de plus ; qu'importe, quand relieur est douce et profonde? mais peur d'user mon âme, ma force morale, l'avenir de mon talent, dans une lutte pleine d'angoisses et de mécomptes. Je pourrais dire que j'avais peur enfin de n'être pas complètement dupe, el que je me méfiais du retour de ma clairvoyance prête a m échapper.
Un soir, nous allâmes ensemble au théâtre. Il v avait plusieurs jours que je no l'avais vue. Elle avait été malade; du moins sa porte avait été fermée, et ses traits étaient légèrement altérés, Elle m'avait envoyé une place dans sa loge pour assister avec moi et un autre de sis amis, espèce de sigisbée insignifiant) au début d'un jeune homme dans un opéra italien.
J'avais travaillé avec beaucoup d'ardeur et avec une sorte de dépit fiévreux durant la maladie feinte ou réelle de la duchesse. Jo n'étais pas sorti de mon atelier, je n'avais vu personne, je n'étais plus au courant des nom elles de la ville.
— Qui dune débute ce soir? lui demandai-je un instant avant l'ouverture.
— Quoi ! vous ne le savex pas? me dit-elle avec un sourire caressant , qui semblait me remercier de mon indifférence a toul ce qui n'élail pas elle.
Puis elle reprit d'un air d'indifférence :
— C'est un tout jeune homme, mais dont on espère beaucoup. Il porte un nom célèbre au théâtre; il s'appelle Célio Floriani.
— Est-il parent, demandai-je, de la célèbre Lucrezia Floriani , qui est morte il y a deux ou trois ans?
LE CHATEAU DES DÉSERTES
— Son propre fils, répondit la duchesse, un garçon de vingt-quatre ans, beau comme sa mère et intelligent comme elle.
Je trouvai cet éloge trop complet; l'instinct jaloux se développait en moi ; a mon gré la duchesse se hâtait trop d'admirer les jeunes talents. J'oubliai d'être reconnaissant pour mon propre compte.
— Vous le connaissez? lui dîs-je avec d'autant plus de calme que je me sentais plus ému.
— Oui, je le connais un peu, répondit-elle en dépliant son éventail; je l'ai entendu deux fois depuis qu'il est ici.
Je ne répondis rien. Je fis faire un détour à la conversation, pour obtenir, par surprise, l'aveu que je redoutais. Au bout de cinq minutes de propos oiseux en apparence, j'appris que la duchesse avait entendu chanter deux fois dans son salon le jeune Célio Floriani, pendant que la porte m'était fermée, car ce débutant n'était arrivé à Vienne que depuis cinq jours.
Je renfermai ma colère, mais elle fut devinée', et la duchesse s'en lira aussi bien que possible. Je n'étais pas encore assez lié avec elle pour avoir le droit d'attendre une justification. Elle daigna me la donner assez satisfaisante, et mon amertume fit place à la reconnaissance. Elle avait beaucoup connu la fameuse Floriani et vu son fils adolescent auprès d'elle. Il était venu naturellement la saluer à son arrivée, et, croyant lui devoir aide et protection, elle avait consenti à le recevoir et à l'entendre, quoique malade et séquestrée. Il avait chanté pour elle devant son médecin, elle l'avait écouté par ordonnance de médecin. «Je ne sais si c'est que je m'ennuyais d'être seule, ajouta-t-elle d'un ton languissant, ou si mes nerfs étaient détendus par le régime; mais il est certain qu'il m'a fait plaisir et que j'ai bien auguré de son début. Il a une voix magnifique, une belle méthode et un extérieur agréable; mais que sera-t-il sur la scène? C'est si différent d'entendre un virtuose à huis clos! Je crains pour ce pauvre enfant l'épreuve terrible du public. Le nom qu'il porte est un rude fardeau à soutenir; on attend beaucoup de lui : noblesse oblige!
— C'est une cruauté, Madame, dit le marquis IL, qui se tenait au fond de la loge, le public est bête; il devrait savoir que les personnes de génie ne mettent au monde que des enfants bètes. C'est une loi de nature.
— J'aime à croire que vous vous trompez, ou que la nature ne se trompe pas toujours si sottement, répondit la duchesse d'un air narquois. Votre fille est une personne charmante et pleine d'esprit.» — Puis, comme pour atténuer l'effet désagréable que pouvait produire sur moi cette repartie un peu vive, elle me dit tout bas, derrière son éventail : « J'ai choisi le marquis pour être avec nous ce soir, parce qu'il est le plus bête de tous mes amis. »
Je savais que le marquis s'endormait toujours au lever du rideau; je me sentis heureux et tout disposé à la bienveillance pour le débutant.
— Quelle voix a-t-il? demandai-je.
— Qui? le marquis? reprit-elle en riant.
— Non, votre protégé !
— Primo basso cantante. Il se risque dans un rôle bien fort, ce soir. Tenez, on commence; il entre en scène ! voyez. Pauvre enfant ! comme il doit trembler !
Elle agita son éventail. Quelques claques saluèrent l'entrée de Célio. Elle y joignit si vivement le faible bruit de ses petites mains, que son éventail tomba. « Allons, me dit-elle, comme je le ramassais, applaudissez aussi le nom de la Floriani , c'est un grand nom en Ilahe, et, nous autres Italiens , nous devons le soutenir. Cette femme a été une de nos gloires.
— Je l'ai entendue dans mon enfance, répondis-je ; mais c'est donc depuis qu'elle était retirée du théâtre que vous l'avez particulièrement connue? car vous êtes trop jeune...
Ce n'était pas le moment de faire une circonlocution pour apprendre si la duchesse avait vu la Floriani une fois ou vingt fois en sa vie. J'ai su plus tard qu'elle ne l'avait jamais vue que de sa loge, et que Célio lui avait
été simplement recommandé par le comte Albani. J'ai su bien d'autres choses... Mais Célio débitait son récitatif, et la duchesse toussait trop pour me répondre. Elle avait été si enrhumée !