‹ Romans et nouvelles (volume 2)Chapitre 145 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

jie savais qut vous me reviendriez ; Richard, vous êtes revenu. J'avais, durant votre absence, préparé ma sœur à vous aimer ; vous avez achevé mon œuvre. J'ai va l'amour se glisser dans son cœur ; j'ai vu le vôtre se relever et prêt à fleurir. Nobles enfants, vous étiez dignes l'un de l'autre ! Par quelle fatalité, quand je touchais au but de mes rêves, avezvous surpris le secret que je croyais enfoui dans mon sein? Je ne sais; mais, quoi que décide votre haine, monsieur de Beaumeillant, je suis prêt.

— Ah ! malheureux, — s'écria Richard avec un affreux désespoir, — je ne puis vous haïr. »

Puis, atterré sous le coup des paroles qu'il avait entendues, M. de Beaumeillant resta muet.

C'était donc là cet homme qu'il avait si longtemps cherché, qu'il avait si longtemps poursuivi de ses imprécations et de sa colère ! C'était là cet infâme qu'il avait tant de fois maudit ! Richard baissa la tête, et pour la dernière fois il pleura sa mère ; en perdant sa haine, il avait perdu son amour.

M. de la Tremblaye se leva, courut à lui et voulut le prendre dans ses bras ; M. de Beaumeillant le repoussa avec dignité,

« Monsieur, — lui dit-il, — vous aviez surpris mon cœur, je le retire. Je ne puis vous haïr, je ne puis vous aimer. Ma main ne se souvient déjà plus d'avoir rencontré la vôtre. »

A ces mots, M. de Beaumeillant fit quelques pas pour sortir ; Évariste se jeta devant la porte comme pour lui barrer le passage.

(( Qu'espérez-vous donc, Monsieur? — demanda fièrement Richard. Attendez-vous que je consente à

VOUS appeler mon frère ; à vous devoir l*amour, le bonheur, la richesse; à vivre avec vous sous le même toit ; à mêler mon sang à votre sang, et mon existence à la vôtre ? Avez-vous oublié qui vous êtes et qui je suis? Voulez-vous que les os de mon père se lèvent pour me maudire?

— Si je m'exilais de votre bonheur, — dit M. de la /remblaye ; — si j'allais loin de vous, pauvre, seul, ignoré, achever tristement ma vie comme vous avez commencé la vôtre ; si vous ne deviez plus jamais entendre parler de cet homme, accepteriez-vous à ce prix la main de ma sœur avec le don de ma fortune ?»

M. de Beaumeillant ne répondit pas.

11 se laissa tomber sur un siège, cacha sa tête enire ses mains et versa des larmes silencieuses.

II demeura longtemps ainsi, tandis qu'Évariste se tenait derrière lui, pâle, muet, immobile, comme un coupable qui attend l'arrêt de son juge.

Enfin Richard se leva.

(( C'est à moi de partir, — dit-il ; — à moi d'aller vivre etvieillir dans la tristesse et dans la solitude : depuis longtemps. Monsieur, vous m'en avez appris le chemin. Je ne veux pas mêler le nom de mademoiselle de la Tremblaye à ces tristes débats. Cette jeune et chaste créature ne doit point trouver place dans une si lamentable histoire. Continuez de veiller sur elle ; vous avez fait pour votre sœur ce que ma mère n'a pas fait pour son fils. Je vous abandonne le soin de l'instruire de mon départ. Consolez-la, s'il en est besoin. Laissez-la m'accuser plutôt que de ternir la pureté de son cœur par des révélations impru-

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