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CHAPITRE XXIII

— Écoute-moi, dit-il enfin, et, quand j'aurai parlé, tu seras juge dans ta propre cause. Il ne te sera fait exactement que ce que tu croiras avoir mérité. Je crois, moi, que tu as mérité de mourir, et je suis venu pour te tuer. Mais si tu en décides autrement, tu vivras. Écoute donc, et sois calme, car tu partiras, je te le jure ; seulement le voyage sera plus ou moins long, voilà tout.

— Tuez-moi tout de suite, je ne demande paâ mieux, s'écria-t-elle.

— Non, dit Henry, il faut d'abord que tu m'écoutes. — Je ne pense pas qu'il y ait au monde une créature plus ingrate que toi envers la destinée ; je ne crois pas qu'il soit sur terre un être qui ait renié plus d'afïections sacrées que tu n'en as renié ; tu vas en juger. Tu avais une sœur adorable, un ange de grâce et de vertu, une âme toute divine ; je ne sais même pas comment tu as jamais osé me parler d'elle ; quand tu me parlais d'elle, je rougissais pour toi. Elle t'aimait, comme la mère la plus tendre peut aimer une tille adorée : tu étais sa joie, son orgueil, sa sollicitude ; elle eût donné sa vie pour ménager la tienne. Cette sœur que je t'enviais, cette âme céleste qui ne vivait qu'en toi, tu l'as quittée. Tu avais un époux, noble esprit, noble cœur, honneur intact, probité sainte ; toi-même ne parles de lui qu'avec respect et vénération. Il avait mis en toi tout son espoir. Il n'est pas une femme qui n'eût été heureuse et fiière de porter le nom de cet homme et de s'appuyer sur son bras ; tu l'as quitté. Pour qui ? pour des gens qui ne sont pas dignes de lui serrer la main : pour un Bussy et pour un enfant ! Tu avais un intérieur charmant où tu régnais en souvel^ine, où chacun n'avait d'autre soin que de sourire h tes caprices. Tu avais des amis dévoués ; autour de toi s'empressaient des serviteurs soumis et fidèles ; on rayon de tes yeux, un sourire de tes lèvres faisait le soleil à Blanfort. Tu n'as eu pitié de rien ; sœur, époux, frère, amis, patrie, tu as tout quitté! Dieu, en te privant du bonheur d'être mère, a voulu l'épargner un cfoie. Remercie-le de ne t'a-

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