MAKI AN MA
dant? où allait celte destinée qu'elle avait égarée? quelle main amie pansait les blessures qu'elle avait faites ? A ces questions, sa tête se perdait, et Màrianna regrettait le temps où elle avait souffert par Bussy tout ce qu'Henry soufliait en ce moment par elle.
Ses journées se traînaient inoccupées. Ses livres favoris ne la charmaient plus ; elle laissait son cheval errer en liberté dans les prairies. Toutes ses ardeurs de jeunesse étaient éteintes. Elle n'avait aucun retiige contre elle-même. La prière l'aurait consolée; mais cette âme tenait encore, par la douleur, de trop près à la terre pour pouvoir s'en détacher, et se retirer en Dieu. La mélancolie de l'automne semblait seule apporter quelque allégement à ses maux. Elle se plaisait à marcher dans les bois à demi dépouillés, à mêler le deuil de ses pensées au deuil de la nature. Souvent elle passait des jours entiers assise entre des touffes de bruyères, sans penser ni souffrir, et comme anéantie. Elle écoutait les feuilles s'abattre autour d'elle, et demeurait de longues heures à suivre du regard les iils de la vierge qui se promenaient dans le ciel. Elle ne pensait pas, elle ne souffrait pas; seulement deux ruisseaux de larmes coulaient de ses yeux sans effort et sans bruit, et baignaient son visage immobile. A la tombée de la nuit, elle se levait et retournait d'un pas lent au château ; c'étaient là ses meilleurs jours.
Un soir, comme le soleil près de s'éteindre ne jetatt plus que de pâles rayons, elle était sur son lit, prêtant une oreille charmée aux mélodies du jour qui finissait. C'était la première fois, depuis son re-
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tour à Vieilleville, qu'elle se trouvait dans une disposition si paisible. 1 es parfums de la saison entraient par la fenêtre ouverte ; une folle brise agitait les rideaux du lit i t jouait dans les cheveux de Marianna. Pour la première fois, depuis bien longtemps, Marianna respirait avec un sentiment de bien-être. Ses pensées orageuses sommeillaient; il se faisait en elle un de ces silences qui succèdent aux grandes tourmentes. Subitement amolli par je ne sais quelles influences, son cœur éprouvait un vague besoin d'affections douces et tendres. Elle se reportait aux jours de Blanfort ; elle se rappelait les veillées autour de l'âtre, les promenades du soir, les repas pris en famille; les souvenirs de cette vie, si longtemps outragée, passaient sur son âme comme des brises bienfaisantes. Blanfort lui apparaissait confusément, comme au matelot, battu par la tempête, le port où les vents ne le ramèneront jamais. Comme elle était bercée par ces rêves, elle tourna ses yeux vers le Christ d'ivoire que dorait le dernier reflet du couchant ; entre le fond de velours noir et la tête couronnée d'épines, elle aperçut un papier que jusqu'alorselle n'avait pas remarqué. Elle se leva et le prit. C'était une lettre à l'adresse de Marianna; aux teintes flétries de l'enveloppe, il était aisé de voir qu'elle avait été déposée là depuis plusieurs années. A la suscription, madame de Belnave reconnut l'écriture de Noëmi. Elle baisa les caractères avec transport ; puis, dans un sentiment de reconnaissance, elle appliqu î ses lèvres sur les pieds du Christ, qui semblait lui envoyer cette consolation du ciel.
Cette lettre ne renfermait que quelques lignes évidemment écrites à la hâte, et sans doute le jour où madame Valtone avait acconipagné M, de Beinave.
a Ma S(£URy
e Tu reviendras un jour à Vieilleville. Quand tu liras ces lignes, tu seras bien malheureuse ! Quelque immense que soit ta douleur, quelque protond que soit ton désespoir, n'oublie pas, ma sœur, que Dieu est bon et que je t'aime. Appelle-moi ou viens à moi. Viens sur ce cœur qui n'aura pas cessé un instant de l'appartenir, viens dans ces bras qui s'ouvriront avec amour pour te recevoir.
NOEMU »
— C'est toi, c'est toujours toi ! s'écria Marianna. — Elle ne put en dire davantage ; sa voix fut étouffée par les sanglots.
Son premier mouvement fut d'écrire à Noëmi et de l'appeler à Vieilleville. Mais, cédant à ce besoin d'émotions qui ne meurt jamais en nous, elle résolut d'aller la trouver à Blanf'ort. Elle voulait seulement, cachée dans quelque ferme isolée, rôder, la nuit, autour de la maison qui ne devait plus s'ouvrir pour 3lle; voir sa sœur, sa nièce, les presser toutes deux 5ur son sein ; puis, reprenant la route de son exil, aller où Dieu la conduirait.
— Nous partons, Mariette, nous partons ! s'écriat-elle avec des transports d'enfant.
— Nous partons , madame ! dit Mariette avec