CHAPITRE XXV
et par la solitude, Marianna grossissait de tous les rêves d'une imagination maladive les tristes réalités qui pesaient sur elle. L'incertitude dans laquelle elle se trouvait sur la destinée d'Henry ne lui laissait pas un moment de calme et de répit; c'était une anxiété de tous les instants. Partois cette anxiété devenait si intolérable, que madame de Belnave se décidait tout à coup à partir. Prenant alors l'irritation de la douleur pour un retour de la jeunesse, pour l'énergie du cœur la surexcitation du cerveau, il lui semblait qu'elle n'en avait pas complètement fini avec l'amour. Elle entrevoyait pour elle et pour Henry mille secrets de félicité qui lui étaient échappés. Elle enfantait mille plans de réforme; elle se disait que l'expérience seule leur avait manqué, et que la science de la vie les ramènerait au bonheur. Alors son teint se colorait, ses yeux brillaient d'un éclat soudain. Elle demandait des chevaux, elle voulait partir. Elle sentait bondir son cœur à la pensée de revoir Henry, de le presser follement sur son sein, de relever cette âme qu'elle avait fatalement brisée. Exaltation passagère qui s'abattait au premier souffle de la raison ! Le passé était là tout saignant, tout palpitant : il criait à Marianna que le mal était sans remède, et qu'elle ne pouvait plus rien pour Henry, ni pour elle-même. Au souvenir de leurs tortures, elle reculait d'effroi et ne trouvait plus l'énergie d'affronter de nouveaux orages. Une fois elle partit ; mais, arrivée à la Châtre, elle n'eut pas la force d'aller plus loin, et les chevaux la ramenèrent à Vieilleville. Que devenait Henry, cepen'