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CHAPITRE

rencontré aux bains de Lucques et qui le retrouvèrent aux Pyrénées, le surnommaient Tristan h voijngmr. II était beau d'ailleurs, et sa tristesse seyait bien à sa beauté. Son regard était fier, mais on devinait aisément que l'amour devait en adoucir l'expression impérieuse et sévère. Ses lèvres minces, qui ne bouriaient jamais, semblaient un arc au repos. Son visage était pâle; les femmes lisaient quelque chose de fatal sur son front dévasté.

Parmi celles qui se disputaient la royauté des eaux, plusieurs étaient parées de charmes, d'esprit et de grâces; toutes abdiquèrent leurs prétentions aux pieds de madame de Beinave, et le sceptre échut à la seule d'entre elles qui ne l'eût point sollicité. Jeune, belle, d'une beauté que relevait encore un air de souffrance rêveuse, Marianna apparut à Bagnères comme une de ces créations qu'enfante seul le génie des poètes. C'était une de ces âmes qui ne doivent rien au monde, qui ne les connaît pas. Élevée aux champs, qu'elle désertait pour la première fois, ses manières offraient un singulier mélange de hardiesse et de timidité ; parfois même elles affectaient je ne sais quelle brusquerie pétulante qui venait d'une secrète inquiétude et d'une ardeur inoccupée. Familière et presque virile , son intimité était d'un facile accès; mais sa fière chasteté et sou instinctive noblesse mêlaient au laisser-aller de toute sa personne des airs de vierge et de duchesse qui contrastaient d'une façon étrange avec son mépris des convenances et son ignorance du monde; et si nulle ne savait mieux qu'elle encourager les syra-

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pathios, elle savait mieux que toute autre leur cominander un saint res|tect. Tout révélait en elle une nature luxuriante qui s'agitait impatienmient sous le poids de ses richesses inactives. On eût dit qun U \ ie circulait frémissante entre les boucles de son épaisse et noire chevelure. On sentait comme un feu caché sous cette peau brune, fine et transparente. Sa taille était frêle, mais soutenue par une svelte et gracieuse audace. Son front net et pur disait bien que les orages de la passion n'avaient point grondé sur celte noble tête; mais l'expression de ses yeux, brûlante, fatiguée, maladive, accusait des luttes intérieures, terribles, incessantes, inavouées.

M. de Belnave accompagnait sa femme. C'était un homme d'un abord froid, d'une gravité simple, un véritable gentilhomme. Son maintien était austère, ges traits réguliers, son élégance compassée; son aspect, ses gestes, son langage exhalaient un parfum d'aristocratie native que n'avaient pu altérer le commerce ni l'industrie. Il paraissait se ployer avec une indulgence paternelle au caractère deMarianna; la chevaleresque confiance qu'il mettait en elle honorait également l'un et l'autre époux.

M. de Belnave était propriétaire des forges de Blanforf, qu'il exploitait avec son associé, M. Valtone. M. Valtone avait épousé la sœur de Marianna, f't les deux ménages vivaient sous le même toit, unis par le double lien des affections et des intérêts. Bien que d'une nature moins élevée que celle de ôî. de Belnave, M. Valtone était une haute probité, tiii8 intelligence active et rompue aux affaires, un

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