‹ Romans et nouvellesChapitre 37 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

M. de Belnave trouva à Saint-Etienne des affaires plus sérieuses et plus compliquées qu'il ne l'avait prévu , et son séjour s'y prolongea au delà du temps qu'il s'était assigné. Il écrivit à M. Valtone et à Marianna, à l'un pour le mettre au courant de ses opérations, à l'autre pour la rassurer. Par je ne sais quelle réserve que les âmes délicates et les esprits déliés s'expliqueront peut-être, Marianna, dans ses lettres, n'osa point instruire sa sœur de l'absence de son mari; et, par un autre motif plus facile à comprendre, M. Valtone cacha à Noëmi le séjour de M. de Belnave à Saint-Étienne. Par cette discrétion, il s'épargnait l'ennui d'expliquer à ma-

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dame Valtone la nécessité de ce voyage ; d'ailleurs c'était une vieille habitude entre les deux amis de ne point mêler leurs femmes au mouvement de leurs affaires, et de les préserver ainsi des ennuis rongeurs du commerce. Noëmi ignora donc les daiîgers auxc[uels était exposée sa sœur, et put croire que M. de Beinave n'avait point cessé de veiller sur elle. Cependant les lettres de Marianna devenaient plus rares : embarrassées dans l'expression, chaque phrase y révélait un sentiment de gêne et de contrainte ; et madame Valtone, en les lisant, se sentait oppressée par une mortelle inquiétude.

Au bout de quinze jours, les intérêts de l'association ramenèrent directement M. de Beinave à Blanfort. Il arriva en même temps que la lettre qui annonçait son arrivée; M. Valtone était aux forges. En le voyant descendre seul de la chaise de poste qui l'avait amené, madame Valtone pâlit, et d'une voix altérée :

— Ju'avez-vous fait de Marianna ? lui demandât-elle aussitôt.

— Marianna est à Paris, répondit-il ; j'arrive de Saint-Etienne.

— De Saint-Étienne ! s'écria Noëmi de plus en plus troublée.

— Je vois bien, répliqua M. de Beinave, que Valtone ne vous a instruite de rien. Dieu merci ! les choses vont mieux que nous n'avions osé l'espérer. Les temps sont mauvais, les hommes ne valent guère mieux, mais nous triompherons de tout : faites taire vos inquiétudes.

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