‹ Romans et nouvellesChapitre 38 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Je vous demande ce que vous avez fait de Marianna, reprit madame Valtone.

— Pour Mariarma, répondit tranquillement M. de Belnave, je n'ai pas voulu soumettre ses plaisirs aux exigences de nos intérêts : je l'ai engagée à prolonger son séjour à Paris de six semaines...

— Six semaines ! s'écria Noëmi atterrée.

— Epoque à laquelle mes afilaires me permettront d'aller la chercher, ajouta-t-il avec une imperturbable assurance. Si d'ici là le mal du pays la tourmente, elle est libre de revenir à nous : sa femme de chambre l'accompagne, et le trajet de Paris à Blanfort est une promenade d'enfant.

La foudre en tombant aux pieds de Noëmi l'aurait frappée de moins de stupeur. Elle écoutait son beau-frère d'un air égaré, et celui-ci ne put s'empêcher de lui demander :

— Qu'avez-vous?

— Rien, répondit-elle; seulement je trouve singulier que vous ayez consenti à laisser Marianna, toute seule, à Paris.

— Quoi de plus simple? répliqua M. de Belnave. D'abord Marianna n'est pas seule : ma sœur est heureuse de l'avoir auprès d'elle...

— Sans doute, dit Noëmi affectant une sécurité qui était bien loin de son cœur. — Et comme M. Valtone accourait : — Ce que vous avez fait est bien fait, ajouta-t-elle en refoulant dans son sein les mille pensées qui l'agitaient.

M. Valtone s'empara de M. de Belnave, et la discussion des aflaires î^bsorba le reste de la journée.

Vers le soir, la conversation prit une tournure moins grave, et Noëmi put y prendre part . Il fut question de la capitale, de ses plaisirs et de ses fêtes. Cachant sa sollicitude alarmée sous un air de curiosité féminine, Noëmi interrogea son beau-frère sur le séjour de sa sœur à Paris. M. de Belnave n'épargna point les détails ; il e\alta surtout le dévouement de Bussy, et se loua de la façon toute charmante avec laquelle George avait pris sa revanche sur l'hospitalité de Blanfort. Noëmi l'écoutait avec une anxiété avide ; dans les lettres de Marianna, il n'avait pas été question une seule fois de George Bussy.

M. de Belnave se retira de bonne heure. Piestée seule avec son mari :

— Mon ami, lui dit Noëmi d'une voix brève, as-tu confiance en moi ?

— Comme en Dieu, répondit sans hésiter M. Valtone.

— Eh bien , si j'étais obligée de m'absenter durant quelques jours, si ma présence était nécessaire à Vieilleville ou ailleurs, si mon départ avait besoin d'un impénétrable mystère ; si les motifs devaient en être ignorés de tous, même de toi ; s'il n>e ftillait partir, partir seule, sans autre confident que moi-môme, sans autre guide que ma volonté, que dirais-tu?

En parlant ainsi, la douce Noëmi avait un air si décidé, si grave, si solennel ; ses paroles contrastaient si singulièrement avec ses habitudes paisibles et sédentaires, que M. Valtone la regarda d'un air étonné, et ne répondit pas.

— Eh bien ? demanda-t-elle avec ce ton de ca-

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