CHAPITRE IX
Debout devant Marianna, M. de Belnave la contemplait ea silence, triste et grave, mais sans colère.
— Est-ce à vous, dcmanda-t-il enfin d'une voix lente, est-ce bien à vous que fut adressée cette lettre ?
Marianna ne répondit pas.
M. de Belnave fit deux pas vers Bussy, et lui montrant la lettre fatale : — Monsieur, lui dit-il, est-ce-vous qui l'avez écrite ?
— C'est moi, répliqua George avec fermeté. Ma
vie vous appartient : en tout, lieu, à toute heure, je la tiens désormais à votre disposition.
— Vous êtes libre de vous retirer, répondit froidement M. de Belnave.
George fit une légère inclination de tête et sortit.
M. de Belnave s'était assis près de sa femme. Il lui prit une main, et d'un ton de douloureux reproche : — Marianna, dit-il, vous m'avez trompé.
— Il est donc vrai, poursuivit-il tristement, vous m'avez trompé ! J'avais mis en vous tant d'aveugle confiance, qu'en cet instant même, si vous protestiez de votre innocence, je douterais de mon malheur. J'avais pour vous tant de vénération, vous étiez si bien le Dieu visible de ma destinée, qu'à cette heure encore il m'est moins facile de croire en moi qu'en vous-même ; m'interrogeant avec anxiété, je me demande si, par quelque faute que j'ignore, je n'ai pas mérité de voir votre amour se retirer de moi et chercher une autre tendresse. Dites : sans le vouloir, me serais-je montré l'ennemi de votre bonheur? Parlez : à mon insu, aurais-je été pour vous un maître jaloux et sévère ? J'ai peut-être opprimé votre jeunesse; peut-être ai-]e été dur, égoïste et méchant? Je ne sais ; mais accusez-moi, car je voudrais me trouver coupable, afin de pouvoir vous absoudre ; je ne sais, mais il faut bien que je sois coupable en effet, puisque, hélas! vous ra'ave? trompé.
Marianna avait compté sur de violentes récriminations ; son orgueil s'était roidi d'avance pour résister à la Icmpête. Elle n'eût point fléchi sous le