CHAPITRE IX
courroux du maître : elle se trouva sans force devant la douleur de l'époux. C'était de ces âmes à la fois superbes et tendres qu'aucune rigueur ne saurait dompter, mais qu'amollit aisément une larme de cire pour fondre et d'acier pour ployer.
— Tuez-moi, monsieur, tuez-moi ! s'écria-t-elle en se frappant la poitrine.
— Et je vous aimais bien, pourtant ! continua M. de Belnave. Il me semble que je vous aimais bien ! Orgueil de ma vie, joie de ma maison, votre présence égayait mes ennuis; votre sourire me délassait de mes travaux. Le jour qui vous vit entrer sous mon toit restait un jour béni entre tous. Épouse de mon cœur, vous m'étiez aussi une fille chérie, une sœur adorée. Tout me plaisait en vous; je subissais en toutes choses l'influence de votre grâce ; je me disais que c'était entre nous une affection sérieuse et profonde, et que nous vivrions ainsi, et que nous vieillirions de la sorte : vous, le charme demesjours;moi, l'appui devotrefaiblesse. A vous aussi, Marianna, ne semble-t-il pas que je vous aimais bien ? Apprenez-moi donc comment j'ai mérité le coup dont je saigne à cette heure ; car il faut que je sois coupable, puisque enfin vous m'avez trompé.
Aux pieds de M. de Belnave, la tête cachée entre ses genoux, Marianna versait d'abondantes larmei\
— Tuez-moi ! tuez-moi ! répétait-elle d'une voix déchirante ; tuez-moi avant que je meure de honte à vos pieds !
M. de Belnave la regardait en silence, et n'osait plus interroger tant de remords et de désespoir.
130 BIARIANNA.
— Marianna! dit-il enfin après une longue hésitation — et les tortures de son cœur se peignirent Bur son visage — Marianna, tout est-il fini entre nous? tout est-il perdu sans retour? Si nous nous sommes fait du mal l'un à l'autre, ce mal est-il irréparable? ne rcste-t-il plus de place au pardon?
L'infortunée ne répondait que par des sanglots Inspirée de Dieu, madame Valtone se leva :
— 0 mon frère ! ô ma sœur! dit-elle en les enlaçant de ses bras, en les réunissant tous deux dans une même étreinte ; non, tout n'est pas perdu, tout peut se réparer. Vois, ma sœur, vois comme il t'aimait! Vois que de biens tu as méconnus ! Ces biens, dont tu n'as pas su jouir, l'avenir te les réserve encore : n'est-il pas vrai, mon frère ? Car, voyez : nous partions, nous retournions à vousj déjà nous étions plus loin de nos erreurs que nous ne l'avions jamais été de nos devoirs. Nous partions pour aller retrouver près de vous l'estime de nous-mêmes et la sérénité de notre âme. Nous renoncions pour jamais à nos égarements : quand vous avez paru, c'était entre eux et nous une rupture éternelle. Nous vous rapportions un cœur épuré par le sacrifice ; nous vous revenions éprouvées et meilleures. Non, tout n'est pas perdu : notre repentir a dépassé nos fautes ; nos remords vous ont assez vengé, et vous pouvez pardonner, mon frère.
En parlant ainsi, elle s'était agenouillée près de ça sœur, et, lui passant son bras autour du col, elle semblait s'offrir avec elle au pardon. M. deBelnave pressa de ses mains ces deux têtes charmantes;