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CHAPITRE IX. i

tait elle ; Cerbère, c'était ton serviteur. J'étais aussi 16 dragoii qui veillait à la porte du jardin aes Hespériûes. Quelle bévue ! moi qui n'ai jamais servi que Gans le? hussards !

— Au tait ! dit M. Valtone, au tait !

— A quoi bon '! Je pouvais venger d'un seul coup l'honneur de mon colonel et le mien. Puisque me voici, le reste se devine.

— Tu t'es battu ? s'écria M. Valtone.

— Comment, si je me suis battu ! Le grand saint Georges, qui ne détestait ni les coups d'épée ni les calembours, & dit : — Ne manquons point ceux qui nous manquent.

— Tu t'es battu ? répéta M. Valtone d'un air préoccupé.

— Ah çà! Valtone, qu'est-ce à dire? As-tu laissé la raison au tond de ton verre? ou, depuis que tu fabriques du fer, ne sais-tu plus t'en servir ? Si je me suis battu, mille diables ! Un blanc-bec qui volait l'épouse de mon ami, et qui, par-dessus le marché, me mettait de planton devant la grille du jardin des Hespérides ! Un drôle qui m'appelait Cerbère ! Je me suis battu, et l'ai tué comme un chien. Ainsi, justice a deux fois été faite ; et, comme j'étais seul dans le secret de cette double vengeance, le monde n'a rien su, l'honneur de mon colonel a été sauvé, la réputation de sa femme est demeurée intacte. Remarque bien, Valtone, que c'est là le beau de l'aftaire.

— Et la femme est morte de chagrin, dit M. Valtone en secouant la tête.

lS2 MARIANNA.

— En voilà bien d'une autre! s'écria le capitaine. Morte de ctiagnn ? Interroge les archives de la médecine : il est des temmes qui meurent de la poitrine, d'autres du toie, d'autres de l'estomac; il en est qui meurent en couche ; il en est d'autres que !a fièvre enlève ; il en est, hélas ! qui meurent de vieillesse ; de chagrin ? aucune. Ce n'est pas à un vieux renanl comme moi qu'on tait avaler de pareilles couleuvres. Morte de chagrin! Je l'ai vue au dernier bal de la préfecture : blanche comme un lis, mon cher, et fraîche comme une rose !

M. Valtone n'écoutait plus. Après avoir gardé quelques instants un silence rêveur, il se leva et se prit à marcher de long en large dans la chambre. Le capitaine avait allumé son dixième cigare et s'amusait à suivre d'un regard nonchalant les ondulations de la fumée autour du globe de la lampe. H allait entamer un nouveau chant du poëine de son existence, lorsqu'il remarqua l'air sombre et pensif de son compagnon.

— Qu'est-ce donc, Valtone? demanda-t-il aussitôt : tu as le vin triste, cher ami? Au régiment tu n'étais pas tel après boire. Aussi, pourquoi nous as-tu quittés? Abandonner la noble profession des armes pour celle df forgeron, c'est fâcheux, Valtone, c'est éternellement regrettable.

M. Valtone ne répondit pas.

— Voyons, parle, qu'as-tu? Es-tu gêné dans te.s affaires ? Tu sais que j'ai toujours mon petit doniauie (le la Koche. Es-tu blessé dans ton honneur? Voici mon bras. Es-tu malade? Voici du rhum.

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