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CHAPITRE X

A l'heure où M. Valtone et le capitaine Gérard

i ru JIARIANNA.

sortaient du café de Péripord, George était dans sa chambre, occupé à écrire. Couché sur le divan, un blond et frêle jeune homme le contemplait en silence, d'un air mélancolique et doux. Parfois, George tournait vers lui un regard affectueux qu'il accompagnait d'un triste sourire. Alors le jeune homme souriait plus tristement encore, et tous deux échangeaient une muette pression de main. Quand George eut achevé d'écrire, il prit sur son bureau deux lettres sous enveloppe, les scella de son cachet, et les présentant à son jeune ami :

— Henry, lui dit-il, l'une de ces lettres renferme mes dernières dispositions, l'autre...

Ici, deux grosses larmes roulèrent dans les yeux de l'enfant, et, tombant des cils abaissés, tracèrent sur les joues deux sillons humides.

— Allons, dit Bussy avec humeur, voilà que tu vas pleurer comme une femme. Tu m'avais promis d'avoir du courage. Voyons, essuie tes yeux et sois homme, sinon tu m'obligerais à invoquer une autre assistance que la tienne. Pourquoi t'effrayer d'avance? Il en est des duels comme de la guerre : on en revient. Songe donc que chacun de nous a par jour vingt chances de mort; les jours de duel, il y a une chance de plus, voilà tout. Tu pleures, parce que tu prévois que je me battrai demain; qui te dit que dans une heure le plafond de cette chambre n'aura pas croulé sur nos têtes? D'ailleurs, il n'est pas sûr que je me batte : la journée s'achève, personne encore ne s'est présenté; et, quoi qu'il arrive, Henry, à la garde de Dieu et démon épée! Voyons,

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nssuic tes yeux, répéta-t-il en s'asseyant près de lui. Prends ces deux lettres. L'une renferme les dispositions que j'ai prises relativement à ma fortune. L'autre est adressée à madame de Belnave. Écoute' moi donc tranquillement ! S'il y a lieu, tu remettras cette lettre à madame de Belnave avec les papiers que voici, ajouta-t-il en tirant d'une boîte de cèdre les lettres de Marianna réunies sous une même enveloppe. Ce dépôt que je te confie, tu le remettras toi-même à elle-même. Tu la verras; tu verras qu'elle est belle ! aussi noble que belle, Henry ! Dis- 3ui, ah! dis-lui bien que ma dernière pensée a été pour elle, que mes lèvres se sont fermées en murmurant son nom. Dis-lui que je l'ai bien aimée. Dis-lui que je n'ai pas cru trop payer de ma mort le bonheur de ma vie. Que ma mémoire lui soit chère! Que mon souvenir lui soit doux! J'ignore hélas ! quel avenir lui réserve le sort. Si j'ai brisé sa destinée, dis-lui de pardonner; si mon amour a passé comme la foudre sur sa jeunesse, dis-lui de pardonner encore. N'est-ce pas, Henry, tu lui diras tout cela? Qu'elle ne se reproche pas ma mort, que sa conscience n'en soit pas troublée; ajoute que je lui dois de m'être éteint dans la fraîcheur de mes illusions renaissantes, et que mieux valait s'éteindre ainsi que de survivre à une seconde ruine.

— George, s'écria le jeune homme, vous voyez bien que vous allez mourir.

— Et tu la consoleras, Henry ; tu auras pour elle des paroles bonnes et tendres. Si elle a besoin d'appui, tu la protégeras ; tu seras son frère et son ami.

Je le f rie pour elle, je l'ai priée pour toi, car vouiî êtes à vous deux toute ma tendresse et toute mo sollicitude. Bien que vous ne vous connaissiez pas , je vous confie l'un à l'autre : il m'est doux de penser que vous garderez longtemps l'un pour l'autre un reflet de l'ami qui ne vivra plus qu'en vous.

Sans laisser à Henry le temps de répliquer, il lu» passa son bras autour du col , et le contemplant avec une ineffable expression de tendresse :

— Je t'aime , lui dit-il d'une voix caressante. 11 y a autour de toi un charme que je ne saurais exprimer, un parfum du sol natal qui réveille en mon cœur toutes les sensations du jeune âge. Parfois, en t'examinant, il me semble que mon être est double : l'un au matin de la vie, l'autre au déclin de toutes choses; et celui-ci, las et découragé, sourit Iristcment au premier, rempli d'ardeur et d'es|)érance. Je me demande souvent si ce n'est pas moi que j'aime en toi, j'ai peur d'êtie égoïste en l'aimaflt. Mais comment ne t'aimerais-je pas? Tu ressembles tant à ta mère! Son regard était doux comme k tien, sa voix douce comme la tienne. Regarde-moi '. l'azur de tes yeux réfléchit les joies de mon passé. Parle-moi : ta voix est l'écho des mélodies de mon enfance.

Et il le pressait doucement sur son sein. A les voir tous deux ainsi , l'un dans la fleur de ses grâces natives, adolescent au front virginal, au regard limpide, à la taille mince et flexible, heureux enfant, pour qui l'existence n'avait encore eu que des sourires; l'autre, énrouvé par la douleur, au visage

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