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CHAPITRE XIV

Je ne sache pas qu'il y ait au monde une plus grande dculeur que celle de l'amour délaissé. J'ai

assisté bien des misères, et j'ai pu me convaincre qu'il n'est pas de plus grand désespoir. Il faut avoir pleuré les vivants, pour comprendre qu'il peut être doux de pleurer les morts. Oui, c'est une incommensurable douleur. Madame de Belnave y creusa sa tombe, et s'y enferma pour mourir. Suivie de Mariette qui ne voulut jamais consentir à l'abandonner, elle partit au bout de quelques jours et se dirigea vers les côtes delà Bretagne. On l'avait souvent entretenue de la mélancolie de ces grèves désertes, et la plainte éternelle de l'Océan l'attirait par d'ineffables sympathies. Henry l'accompagna jusqu'à la voiture. A l'heure du départ, il voulut lui baiser les mains ; elle l'appela sur son cœur.

— Cher enfant, lui dit-elle, vous avez été bon pour la pauvre délaissée !

— Nous nous reverrons bientôt, répondit le jeune homme.

— Bientôt? répéta Marianna en secouant la tête d'un air de doute. Vous êtes bien jeune pour me suivre où je vais, dit-elle.

Les chevaux s'élancèrent au galop. Madame de Belnave ouvrit le vasistas et se pencha pour envoyer à Henry un dernier adieu. Il était à la même place, sombre et le regard attaché sur la diligence qui semblait emporter sa vie tout entière.

Fut-il jamais créature plus misérable ! Jusqu';» ce moment suprême, Marianna, dût-on l'accuser de folie, avait douté de son désastre. Est-il besoin de dire ce que l'infortunée n'avait pas osé s'avouer à elle-même ? Ce départ était un dernifr essai, une

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