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CHAPITRE XIV

meubles grossiers, les murs blanchis à la chaux : mais qu'importait à Marianna ? Elle ne cherchait qu'une tombe.

Elle souffrit d'un cœur vaillant, qui aime son mal et veut en mourir. Ce mal est encore de l'amour : elle s'y plongea avec volupté. Elle déchira ses blessures de ses propres mains : elle s'abreuva tout à loisir de son sang et de ses larmes. 0 vanité de la douleur! En présence de la mer, Marianna ne s'humilia pas devant cette grande désolée, qui remplit ses rivages de lamentations éternelles. Elle crut entendre une âme répondre aux sanglots de la sienne. Bientôt, en effet, ce fut comme deux âmes conversant et se comprenant l'une l'autre. Il s'établit entre elles je ne sais quelles communications mystérieuses. Quand les vagues soulevées bondissaient en fureur, — cavales à la blanche crinière, — pâle, échevelée, elle allait sur la grève ; et là, pareille à l'Esprit de la Tempête, elle mêlait ses cris aux clameurs de l'ouragan. — Bien ! disait-elle en marchant contre la lame; bien! tourmentée comme moi, c'est ainsi que je t'aime ! — Et s'offrant avec une sombre joie à l'écume glacée que le vent lui jetait au visage, elle croyait recevoir le baiser de la sœur de son désespoir. Quand l'onde miroitée reposait au soleil, elle s'étendait sur le sable; ou bien, assise, comme une mouette, sur un des rochers de la rive, elle écoutait le langage des flots. Alors, comme les flots caressant la plage, les souvenirs du bonheur venaient baigner son cœur apaisé. Elle suivait du regard le» voiles qui glissaient à l'horizon, comme des rêves

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de son passé. Elle disait à la mer ses joies éteintes, ses félicités évanouies. Elle appelait George avec amour et se plaignait doucement à lui, tout en le pressant sur son sein. Elle passait ainsi des journées entières, et que de nuits, accoudée sur sa fenêtre ouverte, à contempler, dans de douloureuses extases, les vagues dont la lune blanchissait la crête !

Cette perpétuelle contemplation de l'Océan, jointe à l'exaltation de la douleur, avait fini par exercer sur madame de Belnave une fascination étrange. Parfois, assise sur la grève, le regard fixé sur la mer, elle se sentait invinciblement attirée par la lame, et, pour ne pas céder à cette attraction magnétique, elle était obligée de se cramponner aux aspérités du rivage.

Alors, frappée d'épouvante, il lui semblait que chaque vague prenait une voix pour la rassurer.

— Viens ! disaient ces voix caressantes, viens mêler tes douleurs aux nôtres. Nous sommes des âmes désolées comme toi ; comme nous, condamnée à une plaiiite sans fin, viens pleurer avec tes sœurs. Que ferais tu sur la terre? La terre fleurit et chante : nous autres, nous gémissons toujours. Tu manques à nos concerts. Nous avons des grottes d'azur, toutes humides de nos larmes : nous t'y porterons mollement sur nos seins gonflés de soupirs. Viens, livre-toi sans crainte à celle d'entre nous qui s'avance vers toi sur la grève. C'est la plus douce de nos compagnes. Ne la vois-tu pas qui relève, pour t'emporter, la frange d'argent de sa robe?

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