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CHAPITRE XV

partir seule, livrée aux conseils de votre désespoir ? avez-vous oublié les jours où vous me mêliez fraternellement à tous vos rêves d'avenir? L'avenir était riant alors, et vous me faisiez une place dans votre bonheur. Convive des jours heureux, n'ai -je pas droit à ma part de vos infortunes? Oui, je vous ai suivie; oui, j'étais là, près de vous, sans cesse: car j'avais bien compris, cruelle, que vous méditiez quelque funeste dessein.

— Cher enfant ! mais pourquoi m'avoir laissé ignorer qu'une affection si tendre veillait auprès de moi?

— Quand vous avez quitté Paris, vous n'espériez pas me retrouver sur les côtes de la Bretagne.

— Je n'espérais rien que la mort ; et quelque douce à mon cœur que soit votre présence, si vous m'eussiez consultée, Henry, je n'aurais pas accepté l'offre de votre dévouement.

— Rassurez-vous, répondit le jeune homme ; jusqu'à ce jour, je n'ai pas été pour vous un compagnon bien importun : il en sera toujours ainsi. Vous ne me verrez pas, seulement vous saurez que je suis près de vous; quand la solitude vous sera trop amère, vous m'appellerez, je viendrai. Dites, ne le voulez-vous pas ? Ne suis-je plus votre ami, votre frère? N'est-ce pas ainsi que vous m'appeliez autrefois ?

— Toujours, ah ! toujours ainsi ! s'écria madame de Belnave d'une voix émue, en pressant le bras d'Henry contre son sein.

— N'avez-vous pas des heures où l'isolement

212 MARÏANNA.

VOUS accable, des heures de tristesse et d'ennui, où votre cœur voudrait s'épancher ? Ne vous serait-il pas doux parfois de pouvoir parler des bons et des mauvais jours? N'est-il pas des souvenirs qui vous oppressent ? un nom que vous aimeriez à dire et à entendre? Ce nom cher et maudit, nous le dirons ensemble. Je serai l'écho de vos douleurs.

— Vous m'auriez bien aimée, vous ! dit Marianna avec mélancolie. Oui, cher enfant, oui, ajouta-t-elio, j'ai des heures où la solitude pèse sur moi, comme un manteau de plomb ; des heures horribles où je crie mon désespoir aux nuages, aux vagues, aux rochers du rivage ; des heures où ma pauvre tête s'égare, où je crains, où je sens, où je vois la folie ! Oui, vous me seriez doux alors et bienfaisant. Mais partez, Henry, je le veux, il le faut! J'aurais honte et remords à prolonger un si généreux sacrifice. Partez, et que ma destinée s'achève.

— Je ne vous ai rien sacrifié.

— Vos travaux, vos plaisirs.

— Mes travaux, je suis jeune ; mes plaisirs, je ne les connais pas.

— Et que puis-je donner en échange d'une amitié si noble et si dévouée ? pas même l'espoir de me laisser consoler par elle.

— Je ne demande que le droit de vous aider à Boulfrir.

— Ah ! n'êtes-vous pas rassasié de mes larmes ?

— Non, dit Henry, pleurez.

La malheureuse pleurait en effet.

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