‹ Romans et nouvellesChapitre 100 sur 177 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

— Pourquoi m'avez-vous sauvée ? s'écria-t-elle en quittant le bras qui la soutenait ; pourquoi m'avez-vous arrachée à la mort ? Sans vous, sans votre cruelle pitié, je reposerais à cette heure. Que voulez-vous que je lasse ici-bas ? Je n'attends plus rien de la vie : que ne me laissiez-vous mourir !

— J'ai vu George avant mon départ, dit le jeune homme d'un air distrait.

— Vous l'avez vu ! dit Marianna reprenant avec empressement le bras qu'elle avait repoussé. Eh bien, Henry, que se passait-il en lui ? ne souffrait-il pas un peu de mon absence ? ne lui manquais-je pas un peu ? Car enfin, j'étais bien quelque chose dans son existence ! Où trouvera-t-il une affection comme la mienne? Ah! dites, n'avait-il pas quelque pitié de sa victime ? quelque souci de ce lugubre voyage, que j'accomplissais seule, et la mort dans le sein ? Ne vous a-t-il pas confié pour moi quelques regrets, quelques paroles de tendresse? N'estce pas lui qui vous envoie ? Dites, ah ! dites, Henry, sait-il du moins comment je l'aimais ? sait-il bien qu'il aura été mon premier, mon dernier amour 1 ne se plaint-il jamais de moi? lui aurai-je laissé quelques chers souvenirs î

Ils avaient, en causant, suivi le sentier qui conduit à Pornic. Ils se trouvèrent, sans y songer, devant la tour, qui veille, comme une sentinelle, sur la plage, au pied de la ville. C'est une tour crénelé^; s'évasant, par une courbe gracieuse, du sommet à la base, et laissant pendre de ses flancs des touffes

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(le pariétaire. C'était là, dans la partie la plus élevée, que le jeune homme avait loué une chambre, qu'il disputait aux chouettes et aux orfraies. Cette chambre, madame de Belnave eut faniaisie de la visiter. Tout reposait dans la petite cité. Ils passèrent sur le pont-leviset pénétrèrent dans le donjon. La lampe, qui chaque soir attendait Henry, brûlait sur la première marche. Il la prit, et, à la lueur vacillante de la mèche qui crépitait dans l'humidité, tous deux gravirent l'escalier de pierre. L'appartement d'Henry était plus que modeste : une couchette, d'un aspect dur et froid, une table boiteuse et deux chaises en composaient tout l'ameublement ; quelques livres apportés de Paris, de l'encre, du papier et des plumes, étaient dispersés sur la table.

— Eh quoi ! dit Marianna en promenant un triste regard autour des murs nus et glacés, est-ce donc là que vous avez passé de longues nuits d'hiver ? Tant d'amitié me décourage : Henry, vous humiliez l'amour.

— Ne me plaignez pas, répondit le jeune homme, et dites si le palais d'un roi a jamais enfermé plus de luxe et de magnificence.

A ces mots, il ouvrit la fenêtre ; et tous deux, appuyés sur la barre de fer, contemplèrent le plu? beau spectacle qui puisse s'offrir au regard de l'homme. La lune dormait sur un banc de nuages ; on n'entendait que le bruit des vagues qui s'enlaçaient avec amour ; et, comme un phare perdu dana Timniensité, la tour domicait une mer sans ri lages.

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