LIVRE VIL
leur visage accoutumés; mais ils ne purent cacher à la vieille les larmes qui erraient encoredansleursyeux: « Que vois-je, mes chers enfants, s*écria-t-elle! pourquoi s'affliger ainsi hors de propos, quand il convient de vous réjouir, quand vous devriez vous applaudir de votre bonne fortune? Arsacé a sur vous les desseins les plus magnifiques, les plus brillants que vous puissiez désirer; elle consent à vous voir dès demain; dès à présent, elle veut que vous soyez traités avec tous les soins, toutes les attentions imaginables. Mais, rejetez donc bien loin ces gémissements*ridicules et vraiment puérils; observez-vous vous-mêmes, voyez à vous contenir, à vous acxîommoder et à vous soumettre aux desseins d'Arsacé. » Théagène reprit : a Ma mère, c'est le souvenir de la mort de Calasiris, qui a réveillé notre affliction; la perte de son affection paternelle envers nous, nous a fait verser des larmes. — Niaiseries que tout cela! dit-elle : Calasiris! un père simulé, un vieillard qui a payé son tribut à Tâge et à la loi commune de la nature ! Vous avez tous les biens en un seul, puissance, richesses, délices, plaisirs de la jeunesse : en un mot, regardez Arsacé comme votre bonne fortune, et adorez-la. Suivez seulement mes conseils : je vous dirai comment il faut Taborderet la voir, quand elle le permettra, comment il faut en user avec elle et la servir, quand elle donnera quelque ordre. Elle a, vous le savez, le cœur grand, élevé et vraiment royal; elle a de plus toute l'ardeur de la jeunesse et de là beauté, et ne sait pas, quand elle ordonne, endurer un refus.
XVIII. A tout cela, Théagène ne répondit rien : il songeait en lui-même qu'à travers ces insinuations, perçait quelque chose d'odieux et de détestable. Peu après, des eunuques arrivèrent, apportant sur des plats d'or les restes de la table du satrape : On ne saurait imaginer rien de plus exquis, ni de plus recherché. c( C'est ainsi, dirent-ils, que, pour le moment, II. la
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notre mallresse accueille et honore ses hôtes; » et après avoir servi les mets devant les jeunes gens, ils se retirèrent sur le champ. Quant à eux, il fallut les instances de Cybèle et la crainte de paraître dédaigner cette faveur pour les décider à porter la bouche à ces mets. La même chose eut lieu le soir et les jours suivants. Le lendemain, vers la première heure du jour, les mêmes eunuques se présentèrent devant Théagène : <t Vous êtes mandé, lui dirent-ils, heureux jeune homme, par notre maîtresse; nous avons ordre de vous conduire devant elle. Venez donc jouir d'un bonheur qu'elle n'accorde que rarement et à bien peu de mortels. » Théagène, après être resté un instant immobile, comme un homme qui ne cède qu'à la violence, se leva et leur dit : « M*a-t-elle mandé seul, ou ma sœur que voici doit-elle m'accompagner? » Ils répondirent qu'il devait venir seul, et qu'elle serait admise séparément à son tour; qu'Arsacé était en ce moment entourée de quelques-uns des grands dignitaires perses, et que d'ailleurs il était d'usage de donner audience séparément aux hommes et aux femmes. Théagène, se penchant alors vers Chariclée, lui dit tout bas que tout cela lui semblait louche et suspect. Cependant, invité par elle à ne point résister en face, mais à témoigner d'abord de la condescendance et à affecter une déférence entière pour les volontés d'Arsacé, il suivit ses guides. A leurs instructions sur la manière de se présenter devant Arsacé et de lui adresser la parole, sur l'usage où l'on était de l'adorer en entrant, il ne répondit pas un mot.
XiX. Introduit devant elle, il la trouva assise sur un trône élevé, revêtue d'une robe de pourpre éclatante de broderies d'or, couverte de riches colliers, dressant fièrement la tête sous la tiare, emblée de sa dignité, parée de tout ce que le luxe et la recherche la plus exquise peuvent imaginer pour ajouter à l'élégance. Ses gardes étaient devant elle; do part et d'autre du trône