‹ Romans grecsChapitre 115 sur 179 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

coup d'autres analogues, Théagène la disposa à quelque peu d'espérance. Le lendemain, Achéménès l'emmena pour servir à table, conformément aux ordres d'Arsacé. 11 lui fallut se revêtir d'un magnifique habillement persique qu'elle lui avait envoyé, et se parer, moitié de gré, moitié de force, de bracelets d'or et de colliers enrichis de pierreries. Achéménès voulut lui donner quelques conseils, pour le préparer à ses fonctions d'échanson. Mais Théagène, courut à l'un des trépieds chargés de coupes, et en prit une des plus riches, en disant : « Je n'ai pas besoin de maître; je saurai de moi-même servir ma maîtresse, sans me faire valoir pour de semblables misères. Toi, à la bonne heure, mon cher; ta condition t'oblige à avoir fait une pareille étude : mais moi, la nature et les circonstances suffisent à me conseiller ce que je dois faire. » En même temps il présenta la coupe à Arsacé, versa le vin avec autant de légèreté que d'élégance, et la lui ofifrit délicatement du bout des doigts. Cette boisson donna plus d'ardeur encore à sa passion : tout en buvant, elle le regardait fixement, et savourait à longs traits l'amour, plus encore que la liqueur. Au lieu de vider entièrement la coupe, elle laissa à dessein un léger reste dans le fond, comme pour indiquer qu'elle buvait à Théagène. Achéménès, d'un autre côté, était blessé au vif; sa colère et sa jalousie n'échappèrent même pas à Arsacé, non plus que les regards courroucés qu'il lui lança, et les plaintes qu'il murmurait tout bas à l'oreille de ses Voisins. A la fin du repas, Théagène dit à Arsacé : « Je vous demande une première grâce, ô ma maîtresse : ordonnez que je ne me pare de cet habit que pour le temps du service. » Sur son autorisation, il reprit ses vêtements habituels et sortit. Achéménès sortit avec lui, et lui adressa de nombreux reproches sur sa pétulance et sa précipitation toute juvénile. Il lui dit que sa maîtresse avait pardonné, pour une première fois, a sa qualité d'étranger et à son inexpé-

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rience; mais que, s'il persistait dans ce sans-façon, il ne pouvait manquer de lui déplaire. Du reste, ajoutait-il, s'il lui donnait ce conseil, c'était comme ami, et mieux encore, puisqu'il devait peu après entrer dans sa famille et devenir le mari de sa sœur, conformément à la promesse de leur maîtresse. Au milieu de toutes ces remontrances, Théagène semblait ne rien entendre et continuait son chemin les yeux fixés à terre, lorsqu'ils rencontrèrent Cybèle qui courait coucher sa maîtresse pour la méridienne. Remarquant la sombre tristesse de son fils, elle lui en demanda la raison : « Ce jeune imberbe, cet étranger, dit-il, nous est préféré; hier et aujourd'hui, il s'est insinué à notre plac«; il s'est arrogé de verser à boire; et, sans s'inquiéter ni d'échansons, ni de maîtres d'hôtel, il présente la coupe et se tient près de la personne royale; il nous écarte dédaigneusement du coude, et fait fi de notre dignité, réduite à un vain nom. Qu'on l'honore, qu'on lui accorde même davantage encore, qu'on l'associe aux secrets les plus intimes, grâce à mon lâche silence et à ma connivence, je m'y résignerais encore, quelque intolérable que ce fût. Mais ne pourrait-on pas du moins faire cela sans nous outrager, nous, ses ministres, ses serviteurs dans les choses honnêtes et avouables?

XXVIIl. » Mais nous reparlerons de cela plus tard : pour le moment je voudrais, ma mère, voir ma fiancée, la douce, la tout aimable Chariclée, afin que sa vue guérisse, s'il est possible, la blessure qu'elle a faite à mon âme. — Quelle fiancée, mon fils, dit Cybèle? il me semble que tu t'indignes bien fort pour les outrages les plus légers et que tu ne connais même pas les plus graves : on ne te donne plus Chariclée en mariage. — Que dites-vous? s'écria-t-il ; je ne sliis pas digne d'épouser une esclave comme moi? et quelle en est la cause, ma mère? — Nous-mêmes, nous, te disjc, avec notre sot dévouement et notre fidélité à Arsacé.

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