LIVRE VIII
expédition. Lorsqu'il supposa que ses ambassadeurs avaient dépassé Phiié, et que l'annonce d'une mission toute pacifique et même amicale avait disposé les habitants et la garde à moins de surveillance, il se présenta tout-à-coup, et, après deux ou trois jours de résistance, il chassa la garnison, incapable de tenir contre la multitude des ennemis et les machines de siège. La plac^ occupée, il ne fit aucun mal à aucun des habitants. Quand Achéménès arriva, il trouva Oroondatès tout bouleversé de cet événement, dont il avait appris tous les détails par les fugitifs; mais il fut bien plus troublé encore, en voyant Achéménès paraître sans être ni attendu, ni mandé. 11 lui demanda aussitôt s'il était arrivé quelque malheur à Arsacé ou au reste de la maispn. Achéménès répondit que oui; mais qu'il voulait lui parler en particulier. Lorsqu'ils se furent retirés à l'écart, il lui dénonça toute l'intrigue : comment Théagène, fait prisonnier par Mitranès, avait été envoyé à Oroondatès pour être donné par lui, s'il le jugeait à propos, en présent au Grand Roi; il|| ajoutait que le jeune homme était tout-à-fail digne de la cour et de la table royale; comment il avait été enlevé par les Besséens, qui avaient aussi tué Mitranès; comment ensuite il était venu à Memphis. Il joignit à ce récit les détails qui concernaient Thyamis, pour arriver enfin à l'amour d' Arsacé pour Théagène, à l'introduction de ce dernier dans le palais, aux prévenances dont il était l'objet, au service dont il était chargé et à ses fonctions d'échanson. Il dit que, cependant, il était vraisemblable qu'il ne s'était encore rien passé de criminel, grâce à la résistance que le jeune homme avait opposée jusque-là; mais qu'il était à craindre qu'il ne fût forcé de haute lutte, ou qu'il ne finit par succomber avec le temps, si on ne prenait les devants en l'enlevant de Memphis, pour couper court à l'amour d'Arsacé. C'était pour cela qu'il avait fait diligence, et qu'il était ac-
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couru tout révéler à Oroondatès, son dévouement pour son maître ne lui permettant pas de lui celer ce qui se tramait contre lui.
IL Lorsqu'il eut pat ce récit enflammé la colère d'Oroondatës, et qu'il le vit tout entier à la fureur et à la vengeance, il passa, pour le passionner plus vivement encore, à l'éloge de Chariclée : il l'exalta avec un enthousiasme légitime d'ailleurs; il ne tarit pas sur la. grâce toute divine, sur la beauté de la jeune fille, la plus ravissante, disait-il, qu'on eût jamais vue et qu'on pût voir jamais. « Croyez bien, lui dit-il, que toutes vos concubines, non-seulement celles de Memphis, mais même celles qui vous suivent, ne sont rien en comparaison. » Tous ces témoignages d'admiration et mille autres semblables avaient un but. Achéménès espérait qu'une fois qu'Oroondatès aurait joui de Chariclée, il pourrait lui-même la réclamer au bout de quelque temps,[comme prix de sa dénonciation, et l'obtenir en mariage. Déjà, en effet, le satrape était tout feu et toute ardeur ; la colère et l'amour se réunissaient comme pour l'enlacer dans un double filet. Sans perdre un instant, il manda Bagoas, l'un de ses eunuques de confiance, lui confia cinquante cavaliers et l'envoya à Memphis, avec ordre de lui ramener au plus vite Théagène et Chariclée, en quelque lieu qu'il les trouvât.
IIL En même temps il lui remit des lettres : celle pour Arsacé était ainsi conçue : « Oroondatès a Arsacé. Envoyez-moi Théagène et Chariclée, deux captifs, frère et sœur, esclaves du roi, pour les lui transmettre. Envoyez-les de bon gré; car on les amènera même contre votre volonté, et Achéménès sera cru de tout point. » A Euphratès, chef des eunuques, à Memphis, il écrivit en ces, termes : « Tu me rendras compte de ta négligence dans la surveillance de ma maison. Pour le présent, remets à Bagoas deux jeunes étrangers grecs, mes prisonniers, pour me les amener. Qu 'Arsacé consente,