LIVRE Vm
rinde etde TÉthiopie du plus haut prix, se trouve un anneau, don de mon père à ma mère lors de son mariage. Dans le chaton est une pierre appelée pantarbe, où sont gravés des caractères sacrés, et à laquelle certaine consécration mystique a sans doute communiqué une vertu spéciale qui lui donne, je suppose, la propriété d*écarter les flammes, de préserver de toute atteinte, au milieu du feu, ceux qui la portent. C'est elle peut-être qui m'aura sauvée, par la faveur des Dieux. Ce qui me confirme surtout dans cette supposition et cette croyance, c'est que le divin Calasiris m'a souvent parlé de cette propriété, en me disant que c'était là précisément ce qu'indiquaient et révélaient les caractères tracés sur une bandelette exposée avec moi et que je porte maintenant enroulée sur mon sein. — C'est là, dit Théagène, l'explication la plus vraisemblable, celle qui s'accorde le mieux avec ce qui t'est arrivé; mais les dangers de demain, quelle autre pantarbe nous en tirera ? Car elle n'a pas sans doute (et plût aux Dieux cependant que cela fût!) la prétention do donner l'immortalité, comme elle préserve des atteintes du feu. I/infâme Arsacé médite maintenant, il est facile de le prévoir, quelque nouveau genre de supplice plus affreux encore. Si du moins elle nous condamnait tous les deux à mourir ensemble, du même supplice, à la même heure ! ce serait pour moi non pas la mort, mais le repos de tous mes maux. — Aie bon courage, lui dit Chariclée; nous avons une autre pantarbe dans la prédiction qui nous a été faite : confions-nous aux Dieux; notre délivrance en sera plus douce; notre sacrifice, s'il le faut, s'accomplira avec plus de résignation.
XTI. Tels étaient leurs entretiens sur les visions de la nuit : tantôt ils éclataient en gémissements ; chacun d'eux jurait que ses plus grandes souffrances, ses angoisses les plus vives tenaient aux douleurs de l'autre; tantôt ils s'adressaient mutuellement les serments d'a- II. 21.
242 THEAGENE ET CHARICLEE.
dieu; ils se promettaient, en prenant à témoin les Dieux et leur fortune présente, de rester jusqu'à la mort fidèles à leur amour. Ainsi le temps s*écoulait pour eux. Cependant Bagoas et ses cinquante cavaliers arrivent à Memphis au milieu de la nuit, pendant que tout est encore plongé dans le sommeil. Ils éveillent doucement les gardiens des portes, se nomment et se font reconnaître ; puis tous ensemble courent en toute hftte au palais du satrape. Là, Bagoas, après avoir rangé ses cavaliers en cercle autour du palais, pour qu'ils fussent prêts à le défendre, en cas de résistance, se dirigea luimême vers une petite porte secrète et força la barre qui était peu solide. S'étant fait connaître des gens de l'intérieur, il leur ordonna de se taire, et courut vers Euphratès, ce qui lui était facile, grâce à son expérience et à sa connaissance des lieux, grâce aussi à la lune qui éclairait alors faiblement. Il le trouva au lit. « Qui va là? » s'écria Euphratès tout troublé. Bagoas l'arrêta en disant : a C'est moi; fais apporter de la lumière. » 11 appela un jeune esclave attaché à son service, lui ordonna d'allumer la lampe et de laisser dormir les autres. L'esclave arriva à cet appel, plaça la lampe sur son support et se retira, a Quel malheur imprévu, dit alors Euphratès, nous annonce ton arrivée si soudaine, si inattendue? — Il n'est pas besoin de longs propos, répondit-il : Prends et lis cette lettre; auparavant reconnais le cachet dont elle est scellée; sache que c'est Oroondatès qui te donne ses ordres, et obéis à ses commandements. Prends pour auxiliaires la promptitude et la nuit, afin de n'être pas découvert. Quant à la lettre à Arsacé, juge toi-même s'il est utile de la lui remettre d'abord. »
XIII. Euphratès prit les lettres et les parcourut l'une et l'autre. « Je ne vois là rien de bon, dit-il, pour Arsacé. Pour le moment, d'ailleurs, elle est à la dernière extrémité. Hier la fièvre Ta prise subitement et comme par un coup du ciel ; puis est venue une ardeur dévo-