‹ Romans grecsChapitre 124 sur 179 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

sur le prodige du bùeher. Théagëne en rapportait la cause à la bonté des Dieux, indignés des odieuses ealomnies d'Arsacé et touchés de compassion pour Tinnocence de Chariclée injustement accusée. Chariclée au contraire paraissait avoir quelque doute : « Le prodige inouï de cette délivrance, disait-elle, a toute Tapparence d'une faveur surnaturelle de la bonté divine ; mais, pour être accablés sans relâche par de telles calamités, pour être ainsi en proie à d'intolérables misères de tout genre, il faut être poursuivis par la colère céleste, en butte aux vengeances de quelque puissance supérieure. A moins cependant que ce ne soit quelque miracle de la Providence, qui nous jette dans les plus extrêmes misères, pour nous sauver ensuite contre tout espoir.

XL Elle finissait à peine de parler; Théagène l'exhortait à avoir plus de confiance dans les Dieux, à mettre la piété au-dessus même de la chasteté, lorsqu'elle s'écria tout-à-coup : « Dieux, soyez-nous propices 1 quel songe me revient en ce moment à la mémoire! quelle vision, peut-être ! Cette vision m'est apparue la nuit dernière, et je ne sais comment depuis lors j'en avais tout-à-fait perdu le souvenir : tout-àl'heure elle s'est représentée à ma pensée. Le songe affectait la forme poétique : c'étaient des vers que me chantait le divin Calasiris, soit qu'une illusion du sommeil me fit croire à sa présence, soit qu'il fût réellement sous mes yeux : voici à peu-près, je crois, ses paroles :

«( Portant la pantarbe, ne redoute point la violence du feu : même ce dont on désespère est facile aux Deslins. »

Théagène, à ces mots, s'agita à son tour comme s'il eût été possédé de l'esprit divin : il se leva brusquement, autant que le permettaient ses fers, en s'écriant : a Dieux, soyez-nous propices ! et moi aussi je suis poète par le souvenir : une révélation m'a été faite par le même devin, que ce soit Calasiris, ou un Dieu sous

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la forme de Calasiris ! Il me sembla qu'il me parlait ainsi :

« Tu arriveras à la terre des Éthiopiens avec la jeune fille; demain tu auras échappé aux liens d*Arsacé. y>

Je comprends bien la portée de ce dernier oracle : les Éthiopiens sont les habitants des demeures souterraines, et je doiSf en compagnie de la jeune fille, aller trouver Proserpine. Les chaînes dont je dois être délivré, sontremblême de Taffranchissement des liens du corps. Mais que signifient ces vers que tu me rapportes, et où se heurtent des paroles contradictoires? Le nom de pantarbe signifie : qui redoute tout ; et le sens de l'oracle est de ne rien craindre des flammes. — mon cher Théagène, lui dit Chariclée, l'habitude du malheur te fait tout voir en noir, tout interpréter à mal. C'est ainsi que l'homme a coutume d'accommoder sa pensée aux événements. Pour moi, je vois dans ces oracles l'annonce d'un avenir plus heureux que tu ne supposes : peut-être suis-je cette jeune fille avec qui tu dois atteindre l'Ethiopie, ma patrie, délivré enfin d'Arsacé et des chaînes d'Arsacé. Comment cela se fera-t-il-?. je l'ignore; mais je n'ai aucune crainte; car les Dieux en ont le pouvoir, et c'est affaire à ceux qui nous ont envoyé la prophétie. Déjà ce qui me concerne s'est accompli, par leur volonté; je vis maintenant pour toi, moi dont le salut était tout-à-fait désespéré; je portais avec moi ma délivrance, et je l'ignorais alors; mais en ce moment je crois comprendre. Ces signes de reconnaissance exposés avec moi, que j'avais toujours eu la précaution, jusque-là, de porter sur moi, j'ai eu soin de ne point m'en séparer, surtout au moment où j'allais être jugée, et oii j'attendais ma dernière heure. Je les portais alors attachés secrètement sur ma poitrine, comme une ressource pour subvenir aux nécessités de la vie, si j'étais sauvée, comme un dernier ornement et une offrande funèbre, si je devais mourir. Parmi ces objets, qui sont des colliers précieux, des pierres de

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