‹ Romans grecsChapitre 128 sur 179 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

proche du couchant et n'envoya plus ses rayons qu'obliquement, la troupe de Bagoas se disposa à se remettre en marche. Mais à ce moment parut un cavalier, soutenant à peine son cheval inondé de sueur, et haletant lui-même, on le voyait, d'une course longue et soutenue. Après a,voir dit à Bagoas quelques mots en particulier, il .alla se reposer. Bagoas baissa un instant la tête et parut méditer sur la nouvelle qu'il venait de recevoir : a Étrangers, dit-il ensuite, ayez bon courage ; justice vous est faite de votre ennemie. Arsacé est morte : elle s'est pendue elle-même, lorsqu'elle eut appris votre départ avec nous; elle a prévenu ainsi par une fin volontaire une mort inévitable. Car elle n'eût point échappé à la vengeance d'Oroondatès et du Roi : ou elle eût été mise à mort, ou tout le reste de sa vie se fût passé dans l'opprobre. C'est là ce que me fait dire Euphratës, par le messager qui vient d'arriver. Ayez donc meilleur espoir et reprenez confiance, puisque vous n'avez rien fait de mal, je le sais parfaitement, et que votre persécutrice n'est plus sur votre route. En leur parlant ainsi, Bagoas s'était placé debout à côté d'eux; il balbutiait péniblement la langue grecque; sa parole était traînante et incorrecte; maison voyait qu'il éprouvait lui-même un certain plaisir à leur annoncer cette nouvelle : la vie honteuse et la tyrannie d'Arsacé lui pesaient; il désirait d'un autre côté consoler et réconforter ces jeunes gens : car il espérait, ce qui était beaucoup pour lui, qu'Oroondatès lui saurait infiniment de gré de lui amener, sains et saufs, un jeune homme qui éclipserait tous les autres serviteurs du satrape, et une jeune fille d'une incomparable beauté, dont il pourrait faire sa femme, maintenant qu'Arsacé était morte. Théagène et Chariclée se réjouirent aussi à cette nouvelle; ils rendirent grâce aux Dieux tout puissants et à la Justice. 11 ne pouvait plus leur arriver mal désormais, pensaient-ils, quand bien même les plus rudes épreuves les attendraient, puisque leui^ ennemie achar-

née était à terre. Ainsi quelquefois la mort même est douce, du moment où Ton a la joie de voir auparavant succomber ses ennemis. Sur le soir, une brise légère s*étant répandue dans Tair, et une agréable fraîcheur les invitant à continuer leur route, ils poussèrent en avant. Ils marchèrent ainsi le reste de la soirée, la nuit suivante et la matinéedu lendemain, faisant toute diligence afin de rencontrer, s'il était possible, Oroondatës à Thèbes. Mais ils n*y purent parvenir, un émissaire envoyé de l'armée, qu'ils rencontrèrent en route, leur ayant appris que déjà le satrape n'était plus à Thèbes. Lui-même était envoyé pour faire diriger en toute hâte sur Syène tous les soldats armés, même ceux laissés à la garde des villes : car la confusion était partout; il était à craindre que la ville ne fût prise et que le satrape n'arrivât trop tard, l'invasion de l'armée éthiopienne ayant devancé toute nouvelle. Aussitôt Bagoas quitta la route de Thèbes, et poussa sur Syène.

XVI. Déjà ils approchaient , lorsqu'ils tombèrent dans une embuscade. C'était un corps nombreux de jeunes Éthiopiens bien armés, qui avaient été envoyés en avant pour éclairer la route et s'assurer par leur propre expérience que toute l'armée pouvait avancer en sûreté. Arrêtés par la nuit et l'ignorance des lieux (car ils avaient ordre de se porter le plus loin qu'ils pourraient en avant des leurs), ils se jetèrent dans un fourré au bord du fleuve et y passèrent toute la nuit, éveillés et en alerte, tant pour se garder de toute surprise que pour surprendre eux-mêmes les ennemis. Au point du jour; ils \irent passer Bagoas et ses cavaliers. Après avoir reconnu à travers les broussailles qu'ils étaient peu nombreux, ils leur laissèrent prendre un peu d'avance, pour se bien assurer qu'ils n'étaient pas suivis par d'autres; puis ils se préciRjltèrent tout-à-coup hors du marais, en poussant de grands cris, et se mirent à leur poursuite. Bagoas et ses cavaliers furent consternés de celte clameur imprévue; il$

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