‹ Romans grecsChapitre 129 sur 179 · LIVRE Vm · texte numérisé non relu

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virent bien à la couleur que c'étaient des Éthiopiens, et reconnurent eh même temps à leur nombre qu'il , était impossible de leur tenir tête ; car ce corps d'éclaireurs ne formait pas moins de mille hommes armés à la légère. Sans prendre même le temps de les examiner attentivement, ils se mirent à fuir, mais avec moins de rapidité d'abord qu'ils n'auraient pu, et de manière à ne pas laisser croire qu'ils se sauvaient en désordre. Les Éthiopiens se mirent à leur poursuite et lancèrent en avant tous les Troglodytes qu'ils avaient avec eux, au nombre d'environ deux cents. Ces Troglodytes sont une peuplade éthiopienne, nomade et confinant aux Arabes. La légèreté à la course est chez eux une qualité naturelle, perfectionnée dès l'enfance par l'exercice. L'habitude de porter des armes pesantes leur est complètement inconnue. Dans les combats ils escarmouchesLt de loin, armés de la fronde, et mettent lears adversaires en désordre à la première attaque ; ou, s'ils se sentent inférieurs, ils s'esquivent et s'enfuient au plus vite. L'ennemi ne cherche même pas à les poursuivre, sachant qu'ils ont des ailes pour la course et qu'ils se dérobent en se cachant dans des souterrains étroits d'embouchure, et dans les cavernes les plus ignorées des rochers. Quoique à pied, ils ne tardèrent pas à atteindre les cavaliers, et parvinrent même à en blesser quelques-uns à coups de fronde. Cependant, lorsque ceux-ci se retournèrent contre eux, ils n'attendirent pas leur choc et s'enfuirent de toute leur vitesse vers le gros de leur troupe qu'ils avaient laissée bien loin en arrière. A cette vue, les Perses, enhardis par leur petit nombre, les attaquèrent à leur tour sans hésiter et balayèrent en un instant tout ce qui se trouvait devant eux; puis ils reprirent leur course rapide, pressant leurs chevaux de l'éperon et les lançant à toute bride tant qu'ils avaient de force et d'haleine. Ils ne tardèrent pas à se mettre hors de portée, en se jetant derrière un coude du Nil, où l'élévation des rives et les

massifs d'arbres interposés les dérobèrent à la vue de Tennemi. Mais Bagoas fut jeté à terfe par son cheval qui s'abattit : blessé d'une cuisse, au point de ne pouvoir faire un mouvement, il tomba aux mains de l'ennemi. Théagène et Chariciée furent pris également : Vraisemblablement ils auraient pu s'échapper; mais ils mirent pied à terre, ne pouvant se résigner à abandonner Bagoas, qui leur avait témoigné jusque-là tant d'égards, et sur lequel ils n'avaient pas moins compté pour l'avenir. Un autre motif, plus puissant encore, les avait décidés à se rendre volontairement; Théagène avait dit à Chariciée : a C'est là mon songe; ce sont les Éthiopiens au pays desquels il est dans notre destinée d'être emmenés captifs; mieux vaut nous remettre entre leurs mains et préférer à un danger indubitable auprès d'Oroondatès les chances d'une fortune au moins incertaine. ,

XVII. Chariciée, de son côté, sentit alors que les destinées la conduisaient désormais comme par la main ; elle commença à espérer un meilleur avenir, et vit dans ceux qui venaient à eux plutôt des amis que des ennemis. Sans rien dire cependant à Théagène de ce qu'elle pensait, elle lui fit signe qu'elle ne voulait avoir d'autre avis que le sien. Les Éthiopiens s'étant approchés, reconnurent à première vue que Bagoas était un eunuque et non un homme de guerre. Lorsqu'ils aperçurent sans armes et enchaînés deux jeunes gens aussi remarquables par leur beauté que par leur jeunesse. Us leur demandèrent qui ils étaient. Un Égyptien, enrôlé parmi eux et qui parlait aussi le perse, fut chargé de les interroger, espérant qu'ils entendraient au moins l'une des deux langues. Car les éclaireurs, les espions envoyés pour observer ce qui se fait et ce qui se dit, ont appris de la nécessité à emmener avec eux des interprètes qui parlent la même langue, le même idiome que les ennemis. Théagène, déjà familiarisé par un long séjour avec la langue

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égyptienne, comprit d'autant mieux la question qu'elle était courte. Il répondit que Teunuque était un des premiers dignitaires du satrape des Perses; que luimême et Chariclée étaient Grecs, prisonniers des Perses auparavant, et maintenant, pour leur bonheur peutêtre, livrés par la fortune aux mains des Éthiopiens. Ceux-ci résolurent de les emmener prisonniers afin d'offrir à leur roi, comme les prémices et la plus noble partie de leurs prises, ce que le satrape possédait de plus précieux : car, dans la cour des rois perses, les eunuques sont l'œil et l'oreille du prince; ils n'ont ni enfants, ni Camille pour partager leur affection, et dépendent uniquement de ceux qui ont mis en eux leur confiance. Quant aux jeunes gens, ils les regardaient comme un présent de grand prix à offrir au roi pour le service de la cour. Us les placèrent donc sur des chevaux, l'un parce qu'il était blessé, les autres parce que leurs liens ne leur auraient pas permis de suivre l'armée dans ses rapides mouvements, et ils les emmêlèrent. On eût cru réellement assister au prologue, au début d'un drame : des prisonniers chargés de chaînes, après avoir vu quelques instants auparavant la mort suspendue sur leur tête, étaient entraînés ou plutôt conduits solennellement, dans l'attitude de simples captifs, gardés par ceux qui bientôt après devaient être leurs sujets. Telle était alors leur situation.

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