‹ Romans grecsChapitre 143 sur 179 · LIVRE IX. 21b · texte numérisé non relu

LIVRE IX. 21b

laisser ma générosité au-dessous de sa cupidité? D'ailleurs les lois de la guerre autorisent le vainqueur à dépouiller son prisonnier. Qu'il s'en aille donc et emporte, avec nion assentiment, ce qu'il eût pu du reste aisément cacher et garder sans mon aveu.

XXIII. Vinrent ensuite ceux qui avaient pris Théagëne etChariclée. «Grand Roi, dirent-ils, notre butin ne consiste ni en or, ni en pierres précieuses, choses communes en Ethiopie et entassées par monceaux dans les palais royaux. Nous vous avons amené un jeune homme et une jeune fille, frère et sœur, Grecs tous deux, et supérieurs, pour la taille et la beauté, à tous les hommes, vous seul excepté. Nous vous prions donc de nous faire participer à votre royale munificence. — C'est juste, dit le roi ; vous faites bien de me les rappeler; car je ne les ai vus qu'en passant et au milieu des préoccupations de la guerre, quand vous me les avez présentés. Qu'on les conduise donc ici, et que les autres captifs soient amenés également. » Ils ne tardèrent pas à arriver; un exprès ayant couru aussitôt hors de la ville jusqu'aux bagages pour ordonner aux gardiens de les amener au roi sur-le-champ. Chemin faisant, ils demandèrent à un des gardiens, semi-grec de naissance, où on les conduisait. Celui-ci leur ayant répondu que le roi Hydaspe faisait la revue des prisonniers, « Dieux sauveurs ! » s'écrièrent en même temps les jeunes gens, à ce nom d'Hydaspe : car jusqu'à ce moment ils avaient ignoré si c'était un autre prince qui régnait alors. Théagène dil tout bas à Chariclée : « Tu vas sans doute, chère Chariclée, révéler au roi qui nous sommes; car voici cet Hydaspe que tu m'as dit bien des fois être ton père. — mon doux ami, dit Chariclée, les grandes choses exigent une longue préparation ; ce dont la DivJnité a embarrassé les débuts de tant d'entraves, ne peut nécessairement arriver à bonne fm qu'à travers de longs et pénibles détours. D'ailleurs il n'est point prudent de découvrir brusquement et en

2f76 THÉAGÉNE ET CHARICLÉE.

UD instant des faits que tant d'années ont couverts d'un épais nuage, surtout quand Tunique fondement de toutes nos espérances, celle de laquelle dépend tout le nœud de Tintrigue et la reconnaissance, quand ma mère Persina enfin est absente. — Mais si on nous immole auparavant, ditlhéagène, ou si le roi nous donne comme esclaves en présent à quelqu'un, et nous ferme par là tout espoir de retourner en Ethiopie? — Tout au contraire, dit Chariclée; car nous avons bien des foisentendu dire à nos gardiens qu'on nous nourrit comme des victimes réservées, afin de nous sacrifier aux Dieux qui sont à Méroé. Nous n'avons donc pas à craindre d'être donnés en présent ou immolés auparavant, puisque nous sommes consacrés aux Dieux par une promesse que ne peuvent violer des hommes d'une piété aussi rigide. Mais si, cédant à un entraînen^ent irréfléchi, éblouis par la fortune qui nous attend, nous livrons imprudemment notre secret, sans attendre môme la présence de ceux qui peuvent nous reconnaître et confirmer nos dires, nous ne pouvons manquer d'exciter la colère de ceux qui nous écouteront : naturellement on s'indignera, on se croira joué et bafoué, en voyant des prisonniers, destinés à l'esclavage, prétendre tout-à-coup, comme par une inspiration subite, par une invraisemblable invention, qu'ils sont les fils du roi. — Mais, dit Théagène, les signes de reconnaissance que tu conserves, et que tu portes sur toi, je le sais, aideront à prouver qu'il n'y a ni invention ni fourberie de notre part. — Sans doute, dit Chariclée, ce sont des signes de reconnaissance pour ceux qui les connaissent et qui les ont exposés ; mais pour ceux qui les ignorent ou qui ne les connaissent qu'en partie, ce sont des bijoux sans aucune signification, des colliers, bons tout au plus peut-être à faire soupçonner de vol et de brigandage ceux qui les possèdent. Et quand bien même Hydaspe reconnaîtrait quelqu'un de ces objets, qui lui persuadera que c'est Persina qui les

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