LIVRE X. Sm
des animaux au plus impétueux des Dieux ; à la Lune deux bœufs de labour, sans doute comme emblème des travaux de la terre, consacrés à la Déesse qui en est la plus rapprochée.
Vil. Ce sacrifice n'était pas encore terminé, qu'il s'éleva tout-à-coup une clameur confuse et tumultueuse, comme peut en pousser une immense multitude assemblée. «Qu'on respecte les anciens usages, criaient les assistants, qu'on offre maintenant le sacrifice ordinaire pour le salut de la nation ; que les prémices de la guerre soient consacrées aux Dieux. » Hydaspe comprit qu'ils réclamaient le sacrifice humain, qu'on avait coutume d'offrir seulement à l'occasion des victoires sur les nations étrangères, et où l'on immolait des prisonniers. Il les calma d'un geste, leur fit comprendre d'un signe de tète qu'on allait faire sur-lechamp ce qu'ils demandaient, et ordonna d'amener les prisonniers destinés dès longtemps à cet usage. Théagène et Chariclée furent amenés avec les autres, libres de chaînes et entourés de gardes. Tous étaient tristes, comme il est naturel , Théagène cependant moins que les autres. Chariclée seule montrait un visage gai et souriant. Elle tenait ses regards fixés «ur Persina avec une telle persistance, que la reine elle-même se sentit émue à sa vue, et poussa un profond gémissement : « mon époux, s'écria-t-elle, quelle jeune fille vous avez choisie pour le sacrifice ! Je ne crois pas avoir vu jamais beauté comparable. Que de noblesse dans son regard ! quelle grandeur d'âme contre les coups de la fortune ! combien sa jeunesse est digne de pitié ! Si nous avions conservé notre unique enfant, la fille que nous avons si malheureusement perdue, elle aurait à peu près cet âge. Mais, plût aux Dieux» seigneur, qu'il y eût quelque moyen de sauver cette jeune fille ! Ce serait pour moi une grande consolation de l'avoir à mon service. Peut-être même la malheureuse est-elle Grecque ; car son visage n'annonce point une Égyp-