LIVRE X. 2Sâ
à la Lune, 11 y eut dès lors dans toute la ville un empressement, un élan irrésistible. Sans attendre même le jour fixé , les habitants se hâtaient , dès le soir, de traverser le fleuve Astaborras, les uns par le pont, les autres sur des barques de roseau, amarrées en grand nombre le long du rivage et destinées à abréger la traversée à ceux qui demeuraient trop loin du pont. Ces barques sont d'une excessive légèreté, grâce à la matière dont elles sont faites et au peu de charge qu'elles reçoivent (deux ou trois personnes au plus). Ce sont de simples roseaux fendus en deux, et dont chaque moitié forme une nacelle.
V. La ville de Méroé, capitale de TÉthiopie, est située dans une île de forme triangulaire, entourée par des fleuves navigables, le Nil, TAstaborras etTAsasobas. Le Nil débouche sur le sommet du triangle et se partage en deux bras qui Tenveloppent : les deux autres fleuves, après avoir coulé quelque temps de part et d'autre de chacun de ses bras se rapprochent et vont perdre leurs eaux et leur nom dans la masse plus considérable des eaux du Nil, au-dessous du point où elles se réunissent en un seul lit. L'île a une immense étendue et ressemble à un véritable continent ; car elle a trois mille stades de long sur mille de large : elle nourrit d'énormes animaux , entre autres des éléphants. Elle produit tous les arbres qui croissent dans les régions les plus favorisées , à cette différence près que les palmiers y atteignent une hauteur extraordinaire et donnent des fruits aussi remarquables par leur grosseur que par leur saveur. Les froments et les orges y poussent à une telle hauteur qu'un cheval, quelquefois même un chameau , peut s'y abriter avec son cavalier. Le grain y rend jusqu'à trois cents pour un. On y voit croître aussi les roseaux dont il a été question plus haut.
VL Toute la nuit il y eut un mouvement continuel de gens qui passaient le fleuve tour à tour pour se por-
2â«, THEAGENE ET CHARiaEE.
ter au-devant d'Hydaspe. Le peuple alla ainsi à sa rencontre jusqu'à une grande distance, et le couvrit d'applaudissements et de bénédictions à régal d'un Dieu. Les gymnosophistes, qui Tattendaient un peu en avant du cbaipp sacré, lui prirent la main et Tembrassèrent. Un peu plus loin, dans l'intérieur de l'enceinte et sous le portique du temple, se tenait Persina. Après s'être prosternés aux pieds des Dieux pour les adorer et leur rendre grâce de la victoire et du salut du roi, les prêtres sortirent de l'enceinte pour le sacrifice public, et allèrent se placer sous une tent« préparée au milieu de la plaine. C'était un pavillon carré, soutenu aux quatre angles, au lieu de colonnes, par quatre roseaux nouvellement coupés, dont le sommet se recourbait en forme de dôme et soutenait des branches de palmier enlacées qui formaient comme un toit. Dans une autre tente, à peu de distance,^ sur un piédestal élevé, étaient les statues des Dieux nationaux et celles des demi-Dieux Memnon , Persée et Andromède, que les rois d'Ethiopie regardent comme les chefs de leur race. Au-dessous, sur un degré inférieur, étaient assis les gymnosophistes, ayant en quelque sorte les Dieux sur leur tête. Venait ensuite un corps d'hoplites qui les entourait : leurs boucliers fichés en terre et joints ensemble leur servaient à s'appuyer, pour tenir la foule à distance et maintenir libre l'espace où devait s'accomplir le sacrifice. Hydaspe, après avoir adressé au peuple quelques paroles , pour lui annoncer sa victoire et les succès qu'il avait obtenus dans l'intérêt général, ordonna aux sacrificateurs de commencer. Trois autels avaient été dressés; deuxréunis entre eux pour le Soleil et la Lune, le troisième séparé, pour Bacchus. Sur ce dernier on immola des animaux de tout genre, sans doute parce que c'est un Dieu populaire, bienveillant pour tous et qu'on peuj se rendre favorable par toute espèce de victimes. Sur les autres autels, on sacrifia au Soleil quatre chevaux blancs, hommage du plus rapide