LIVRE X
que quelques-uns n*en pouvaient pas supporter un instant le simple contact. Car l'épreuve se fait sur un réchaud recouvert de barreaux d*or entrelacés auxquels a été communiquée par une vertu secrète la propriété de brûler quieonque n'est pas pur, ou s'est souillé de quelque parjure ; tandis que ceux dont la vie est irréprochable peuvent y marcher impunément. Ceux qui ne purent soutenir l'épreuve furent mis à part pour être sacriflés à Bacchus et aux autres Dieux. Un'y eut que deux ou trois jeunes Grecques qui prouvèrent à l'épreuve du foyer qu'elles étaient vierges.
IX. Théagène y étant monté à son tour, l'épreuve constata également sa virginité. Tous furent saisis d'admiration en le voyant si grand, si beau, si florissant de jeunesse , et pourtant étranger aux plaisirs de Vénus. On le destina donc à être immolé au Soleil. « Voilà , dit-il tout bas à Chariclée, la récompense d'une vie pure, chez les Ethiopiens, l'immolation. Pour prix de la chasteté, le sacrifice et la mort. Mais, chère Chariclée, pourquoi ne point se faire connaître? Que tardes-tu encore? Veux-tu attendre qu'on nous égorge? Parle, révèle-toi, je t'en supplie ; peut-être me sauveras-tu moi-même quand on saura qui tu es, et que tu me réclameras ; sinon, tu échapperas du moins certainement au péril, et, quand je te saurai sauvée, c'en sera assez pour moi, la naort même ne me causera point de regrets. — L'instant fatal approche, dit Chariclée ; voici le moment où s'agite notre destinée ! » Et, sans attendre l'ordre des gardiens, elle tira d'un sachet qu'elle portait avec elle sa tunique de Delphes, brochée d'or, toute parsemée de rayons écarlates, et s'en revêtit. Puis, laissant tomber ses cheveux, elle courut, semblable à une inspirée , et s'élança sur la grille ardente. Longtemps elle s'y tint immobile, sans ressentir aucune atteinte. Sa beauté, plus éclatante encore, lançait des éclairs ; du haut du foyer, elle dominait la foule, visible pour tous; sous ses vêtements sacerdo-
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taux elle ressemblait plotôt à une statue de Déesse qu'à une mortelle. A cet aspect, toute la multitude fut frappée d'étonnement. Un cri immense, confus, inarticulé, témoigna de Tenthousiasme universel. On admirait tout en elle, mais surtout cette beauté tellement surhumaine qui avait traversé pure les séductions de Tadolescence, cette chasteté qui se montrait relevée encore par les plus merveilleux attraits. Beaucoup s'affligeaient de ce qu'elle eût été trouvée propre au sacrifice ; malgré leurs superstitions ils l'eussent vue avec joie sauvée par quelque miracle. Persina surtout ne pouvait contenir sa douleur, à ce point qu'elle dit à Hydaspe : « Combien est à plaindre et infortunée cette jeune fille ! On exalte à grands cris sa pureté, si funeste pour elle, et, en retour de ces nombreux éloges elle va donner sa vie ! Mais que pourraiton donc faire, seigneur? — C'est en vain, reprit-il, que vous me pressez, et que vous vous apitoyez ; elle ne peut être sauvée; elle a été, j'imagine, destinée aux Dieux dès sa naissance, à cause de l'excellence de sa nature. » Et, s'adressant aux gymnosophistes : « Trèssages pontifes, dit-il, tout est préparé, pourquoi ne pas commencer la térémonie religieuse? — De grâce, épargnez-nous le reste, répondit en grec Sisimithrès, pour n'être pas entendu de la foule. Nous sommes assez souillés par ce que nous avons vu et entendu jusqu'ici. Nous allons rentrer au temple; car, pour nous, nous ne saurions approuver ces affreux sacrifices où l'on immole des victimes humaines, et nous ne croyons pas que la Divinité les approuve. Que ne pouvonsnous même empêcher tous les sacrifices où l'on égorge des animaux. Car, à notre sentiment, les prières et les parfums sont une offrande suffisante. Pour vous, restez ; car un roi est quelquefois obligé à se soumettre aux entraînements, même irréfléchis, de la multitude; accomplissez ce sacrifice, horrible sans doute, mais que les lois établies et les coutumes na-