‹ Romans grecsChapitre 153 sur 179 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

tiODales ne permettent pas de supprimer. Mais il vous faudra ensuite vous purifier, ou plutôt, peut-être n'en aurez-vous pas besoin ; car je ne crois pas que ce sacrifice s'accomplisse jusqu'au bout, si j'en crois une foule de présages célestes et surtout la lumière surnaturelle qui environne ces étrangers, témoignage assuré que quelqu'un des immortels combat pour eux.»

X. A ces mots, il se leva avec tout le reste du sacré collège et se disposa à se retirer. A ce moment, Chariclée s'élança du foyer et courut se jeter aux genoux de Sisimithrès, malgré l'opposition absolue des sacrificateurs persuadés que ses supplications n'avaient d'autre objet que d'échapper à la mort. « Très-sages pontifes, dit-elle, attendez un peu ; j'ai à plaider ma cause contre le roi et la reine, et j'ai appris que, seuls, vous pouvez prononcer même sur les rois. Soyez donc arbitres dans ce combat que je soutiens pour ma vie ; vous reconnaîtrez qu'il n'est ni possible, ni juste que je sois immolée aux Dieux. » Les prêtres i'écoutèrent avec plaisir. « roi, dirent-ils, vous entendez la sommation et les allégations de cette étrangère? — Et de quel procès, dit en riant Hydaspe, peut-il être question? Qu'y a-t-il de commun entre elle et moi? A quelle occasion ? Quel droit allègue-t-elle? — C'est ce qu'on verra, dit Sisimithrès, par ce qu'elle va dire. — Cela ne semblera-t-il pas, dit Hydaspe, une moquerie plutôt qu'un jugement, si moi qui suis roi, je me soumets à plaider contre une captive. — La justice, lui répondit Sisimithrès, ne s'inquiète point de la différence des rangs ; à ses yeux celui-là seul est roi qui allègue les meilleures raisons. — La loi, dit Hydaspe, vous autorise à juger les différends des rois avec leurs sujets, mais non avec les étrangers. — L'honnêteté, dit Sisimithrès, ne se contente pas seulement de l'extérieur et des apparences de la justice , elle s'attache au fond et à la réalité. — Il est évident , reprit Hydaspe, qu'elle n*a rien de sérieux à alléguer ; elle va , comme

tous les malheureux réduits à la dernière extrémité, prétexter quelque vaine raison , quelque mensonge, pour différer le moment ; cependant qu'elle parle, puisqu*ainsi le veut Sisimithrës.»

XI. Chariclée, toute rayonnante déjà de l'espoir de sa prochaine délivrance, fuf plus joyeuse encore lorsqu'elle entendit le nom de Sisimithrës ; car c'était lui qui l'avait recueillie quand elle fut exposée à sa naissance, et qui, dix ans auparavant, l'avait confiée à Chariclës, lors de son ambassade à Catadupœ, auprès d'Oroondatès, au sujet des mines de diamant. Il était alors confondu dans les rangs des simples gymnosophistes ; mais depuis, il était devenu président de leur collège. Chariclée ne s'était point rappelé ses traits, ayant été séparée de lui extrêmement jeune, dès l'âge de sept ans; mais elle reconnut soû nom, et en ressentit une joie plus vive encore dans l'espoir qu'il serait pour elle un avocat, et qu'il aiderait à la faire reconnaître. Elle leva les mains au ciel, et s'écria de manière à être entendue de l'assemblée : a Soleil , duquel descendent mes ancêtres, vous tous, Dieux du ciel, et vous Héros, chefs de notre race, soyez- moi témoins que je ne dirai rien que de véritable. Venez en aide à mon bon droit, dans le jugemeut que j'ai maintenant à subir. Avant tout, j'adresserai une question : roi, la loi ordonne-t-elle de sacrifier seulement des étrangers, ou s'applique-t-elle aussi aux nationaux? — Aux étrangers seulement, dit-il. — Alors, il vous faut chercher d'autres victimes ; car vous reconnaîtrez que je suis Éthiopienne. »

XII. Comme le roi témoignait son incrédulité, et taxait cette allégation de fable ; « Ce dont vous vous émerveillez, dit Chariclée, n'est rien encore, en comparaison de ce qui me reste à dire : car vous reconnaîtrez que je suis non-seulement Éthiopienne, mais de race royale, et que personne n'occupe un plus haut rang, plus près du trône. » Hydaspe fit un nouveau

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