‹ Romans grecsChapitre 179 sur 179 · II · texte numérisé non relu

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ctl^ien cultivé. Une terre déserte au contraire n'est pas seulBoient an bien inutile pour qui la possède, c'est de plus unec^ose profondément triste et qui accuse en quelque sorte la misère du propriétaire. A mon airis, le mieui^ serait d'engager tous ceux des dtoyens qne vous pourriez à recevoir des terres du domaine public pour les cultiver., les riches plus, les pauvres suivant leurs moyens. De cette façon votre territoire sera mis en rapport, et les citoyens de bonne volonté se trouveront affranchis de deux grands fléaux, r<»isivelé et la mîske. Que la coBceasion soit donc gratuite pendant dix ans; après ce. temps on paiera comme redevance une partie déterminée du produit des terres, mais rion pour les troupeaux. Si quelque étranger veut profiter des mêmes avantages, qu'il n'ait rien à payer pendant cinq ans, après quoi sa redevance sera double de celle des citoyens. Enfin que tout étranger qui aura mis en culture deux cents plèthres devienne citoyen par cela seul, afin d'exciter autant que possible l'émulation et la confiance; car aujourd'hui, regardez même à nos portes : tout y est sauvage, triste et désolé. On se croirait au fond du plus affreux désert et non dans le voisinage d'une ville. En retour, on voit dans l'intérieur des murs une foule de terrains cultivés et même de pâturages. Aussi ne saurait-on trop admirer vos rhéteurs de venir calomnier ceux qui cultivent le promontoire de Capharée, aux extrémités de l'Eubée, et de ne rien trouver à redire quand sous leurs yeux on ensemence notre gymnase et qu'on fait de la place publique un pâturage pour les troupeaux. Voyez plutôt vous-mêmes : on a fait de votre Agora un champ de labour, si bien que maintenant les statues d'Hercule, des autres Dieux et des Héros sont ensevelies sous les épis. Bien plus, chaque jour, les troupeaux de cet orateur si rigide vont brouter l'herbe jusqu'aux portes du sénat et autour du palais, objet de risée ou de pitié pour l'étranger qui voit cette ville pour la première fois ! » La

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foute, remuée par ces paroles, commençait à s'agiter et à mumurer contre mon accusateur, a Et pourtant, reprit Torateur, c'est cet homme si peu scrupuleux qui ose parler de prison contre de pauvres gens du peuple ; sans doute afin que personne ne travaille désormais, et qu'on ne trouve plus au dehors que des voleurs, au de^ dans que des complices de leurs crimes. Mon avis est donc qu'on leur laisse la jouissance des propriétés créées par eux, à la seule condition de payer à i'ave^ nir une modique rétribution. Quant au passé, faitesleur remise de tout impôt pour avoir cuftiv* et rendu productif un terrain auparavant stérite et abandonné. Si on veut absolument qu'ils paient le prix des-terres, qu'on les leur donne à de meilleures conditions qu'à d'autres. »

Lorsqu'il eut ainsi parlé, le premier reprit à son tour, et longtemps ils ne firent que s'injurier. A la fin on m'ordonna de parler à ma guise. « Et que dois-je dire? m'écriai-je. — Réponds à ce qu'on aditcontre toi, me cria un des assistants. — Alors, repris-je, je décïare que rien de ce qu'il a dit n'est vraL II me semblait rêver, ci* toyeps, en l'entendant parler de champs, de fermes et de toutes ces billevesées. De fait, nous n'avons ni forme, ni chevaux, ni ânes, ni bœufs. Et plût aux Dieux que nous eussions tous les biens qu'il a dit; nous vous en abandonnerions volontiers une partie, et avec le surplus nous serions heureux. Au reste, ce que nous avons nous suffit. Si vous en voulez quelque chose, prenez-le; si vous désirez le tout, nous travaillerons à nous faire d'autres ressources. » Ces parole's furent fort applaudies. Le magistrat me demanda ensuite ce que nous pourrions donner au peuple, a Trois magnifiques peaux de cerf, répondis-je. » Tout le monde se mit à rire, excepté le magistrat qui se mit en colère contre moi. «Je ne vous offre pas les peaux d'ours, repris-je alors, parce qu'elles sont trop rudes, ni celles de bouc, parce qu'elles ne valent pas les peaux de

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cerf. Les autres que nous avons «ont ou trop vieilles ou trop petites ; si pourtant vous les voulez, t)fene«-les aussi. Sa colère redoubla ; il me dit que j'étais un vrai rustre à renvoyer à mes terres. « Eh quoi ! repris-je, toi aussi tu parles de terres! N*as-tu pas entendu que nous n'avons point de terres? » Il me demtinda si nous consentirions à payer chacun un talent attique ^ «. Nullement, lui dis-je; nous sommes loin d'avoir un pareil poids de viande : si nous l'avions, nous le donnerions volontiers. Nous avons quelques viandes salées, d'autres famées qui ne le cèdent guères aux premières, quelques gigots de cerf, des jambons d« sanglier, ^t d'autres pièces de choix. » Ici grand tumulte; on me traite de menteur. Le magistrat me demanda ensuite si nous avions du blé, et en quelle quantité; je lui répondis sans détour : deux médimnes de froment, quatre d'avoine, autant de millet et un deraisetier de fèves , car elles n'ont pas réussi cette année. Prenez le froment et l'orge; mais laissez*nous le millet. SI pourtant le billet vous est nécessaire, prenez-le iussi. — Ne récoltez-vous pas de vin, me demanda un autre. — Sans doute, lui dis-je, et si quelqu'un de fous vient à notre logis, nous lui en donnerons, pourvu qu'il apporte avec lui une outre, car nous n'en possédons pas. — Et combien avez-vous donc de vignes? — Deux devant la porte, et vingt dans l'intérieur de la cour; de l'autre côté du ruisseau, une vingtaine d'autres que nous plantâmes l'an dernier. Elles sont excellentes et nous rapportent de magnifiques grappes, quand les passants n'y mettent pas la main. Mais pour que vous ne vous fatiguiez pas à nous interroger sur

> Le talent était* tout è la fois une somme d'argent et un poids déterminé ; ainsi on com^^il par talents la charge des navires : uii vaisseau de cent, de deux cents talents ; c'est ainsi que chez nous le tonneau est un poids de 1000 kilogr. Le paysan ne connaît que la dernière acception du mot talent.

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chaque cbose une à- une, je vais vous dire le reste de notr^ avoir : huit chèvres, une vache boiteuse et son veau ; il est fort joli ; quatre faux, quatre hoyaux, trois épieux et un couteau de chasse pour chacun de nous. Quant à la vaisselle de terre, à quoi bon en parler? Nous avons nos femmes et nos enfants; pour demeure deux jolies cabanes ; une troisième nous sert à déposer nos provisions et nos peaux. — Mais, par Jupiter, s'exclama notre orateur, vous avez certainement de l'argent; où Tenfouisseznvous? — Viens-y voir; lui dis-je, et déterre-le, sot personnage ; qui donc s'avise d'enterrer de l'argent? Rien ne pousse à la place. » Tout le monde se mit à rire, et il me sembla bien que les rieurs n'étaient pas de son côté. Voilà tout ce que nous possédons ; si vous le voulez, nous vous l'abandonnerons volontairement, sans qu'il vous soit besoin de nous l'enlever de force, comme à des étrangers ou des voleurs. Car nous sommes citoyens de cette ville, à ce que m'a appris mon père. 11 lui arriva même un jour do se trouver ici lors d'une distribution d'argent, et il en reçut sa part, comme les autres citoyens. Nous élevons nos enfants pour être vos concitoyens, et si jamais vous avez besoin de leur concours contre les brigands ou les ennemis, il ne vous fera pas défaut. Vous êtes en paix maintenant ; mais que l'occasion se présente, et vous souhaiterez d'avoir beaucoup de citoyens semblables à nous. Ce n'est pas ce parleur, soyez-en persuadés, qui combattra alors pour vous, à moins que ce ne soit à coups d'injures comme les femmes. Quant au produit de notre chasse et à nos peaux, toutes les fois que nousaufons pris quelque bête, nous vous en donnerons une partie; seulement envoyez quelqu'un pour la prendre. Ordonnez-nous de démolir nos cabanes, si elles vous portent quelque préjudice, et nous les démolirons; mais alors donnez-nous ici des maisons; car, autrement, comment pourrions-nous passer l'hiver? Vous avez dans l'enceinte de vos murs une foule

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de grands bâUments que personne n'babite^ join 3eul nous suffira. Quant à vivre ici, à venir augtiientei: encore cette multitude qui se presse sur un étroit espace,, si nous ne le faisons pas, ce n'est certes point là un crime qui mérite Texil. A regard des naufragés, ce dont il nous accuse est tellement infâme et impie que i'ai presque oublié d*ea parler, quoique j'eusse dû m'en justifier avant tout. Mais qui donc de vous pourrait y ajouter foi? Indépendammej[it des sentiments de piété qui nous animent, il est impossible de recueillir quoi que ce soit sur cette côte, où le bois mêmesemble réduit en poussière, tant sont petits les fragments que rejette la mer. Aucun rivage, vous le savez, n'est plus inabordable. Une seule fois j'y ai trouvé des mouettes rejetées par la vague, et je les ai suspendues. à un chêne sacré, au bord de la mer. Ah ! me préserve à jamais Jupiter de tirer ainsi profit du malheur des autres hommes! Bien souvent, au contraire, j'ai accueilli des naufragés jetés sur nos côtes, je les ai reçus dans ma cabane, je les ai fait asî^eoir à ma table ; non content de leur donner tous les secours en mon pouvoir, je les ai reconduits jusqu'aux premières habitations. Mais où ^ont ceux maintenant qui pourraient me rendre témoignage? Aussi bien ne l'ai-je pas fait en vue de leur .témoignage et de leur reconnaissance, puisque je ne savais pas même d'où ils étaient; même en ce moment loin de moi la pensée de désirer que personne de vous soit jamais tombé dans une pareille infortune. »

» A ces mots, un homme se lève du milieu de l'assemblée. Je me disais en moi-même que peut-être il allait, lui aussi, débiter contre moi quelque mensonge. «Citoyens, dit-il, depuis, longtemps déjà je croyais recoçnaître cet homrpe ; mais j'hésitais encore; maintenant que je n'ai plus aucun doute, il me semblerait injuste, impie même, de ne pas dire ce que je sais, et de ne point lui rendre par mon témoignage une faible partie des services signalés que j'ai reçus do lui. Je suis, vous

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Je savez, citoyen de cette ville, ainsi que mon père que voici. » En parlant ainsi il montrait un vieillard assis à ses côtés, qui se leva aussitôt. « Nous nous étions embarqués, il y a trois ans de cela, sur le vaisseau de Socles. Notre bâtiment fut mis en pièces surlesécueils deCapharée, et nous parvînmes seuls à nous échapper avec un petit nombre de passagers. Les autres ayant sauvé quelqu*argent prirent passage sur des barques de pêcheurs de pourpre. Pour nous, jetés entièrement nus sur le rivage, nous nous mîmes à suivre un sentier battu, dans Tespoir qu'il nous conduirait à quelque hutte de berger ou de bouvier. A la fin, épuisés de faim et de soif, nous arrivâmes à quelques misérables cabanes; un homme en sortit à nos cris; c'était celui-là même que vous voyez. H nous fit entrer et nous réchauffa à un feu léger et doucement ménagé ; puis, aidé de sa femme, il nous frotta de graisse, à défaut d'huile, nous versa de Teau tiède sur le corpsy^ît parvint à ranimer en nous la chaleur. Ensuite, ils nous firent asseoir, nous couvrirent du peu de vêtements qu'ils avaient, et nous offrirent des pains de froment, tandis qu'eux-mêmes ne mangeaient que du mil bouilli ; ils nous donnèrent du vin à boire, et ng[ burent que de l'eau; des viandes de cerfs, rôties ou bouillies, nous furent servies en abondance. Le lendemain nous voulions partir, mais ils nous retinrent trois jours entiers. Après ce temps, ils nous reconduisirent eux-mêmes vers le plat pays, et nous donnèrent, au départ, de la venaison, avec une très-belle peau de cerf chacun. Cet homme hospitalier, voyant qjie je souffrais encore des suites de mes fatigues, prit le manteau de sa fille, qui se couvrit de quelque autre haillon, et m'en revêtit. Je le lui rendis en arrivant au premier village. Ainsi, citoyens^ aprè« les Dieux, c'est à cti homme surtout que nous sommes redevables de notre salut. »

Tout le peuple accueillit avec joie ces paroles et me

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combla d'éloges. J'avais moi-même reconnu mon hôte. éi Salut, Sotadès, lui dis-je ; et m'approchant de lui, je l'embrassai, ainsi que son père. On rit beaucoup en me voyait faire, et j'appris ainsi que, dans les villes, Tusage n'est point de s'embrasser l'un l'autre. '

Cependant, l'homme bienveillant qui déjà une première fois avait parlé pour moi, s'avança de nouveau : « Citoyens, dit-tl, mon avis est que cet homme soit reçu au Prytanée pour sa généreuse hospitalité. En effet, si le soldat qui, à la guerre, a sauvé un citoyen en le couvrant de son bouclier, est généreusement récompensé par vous, comment celui-ci, pour en avoir sauvé deux, et peut-être un plus grand nombre qui ne sont point ici en ce moment, n'obtiendrait-il pas de vous quelque honneur? Pour le manteau dont il a dépouillé sa fille, afin d'en couvrir un citoyen en danger, je demande qu'il lui soit donné aux frais de l'État un manteau et une tunique, afin d'encourager les autres à pratiquer la justice et à s'entr'aider : décrétons en outre qu'ils jouiront des terres qu'ils occupent, eux ot leurs enfants, sans que jamais personne puisse les inquiéter. Ajoutons-y enfin un don de cent drachmes j)Our leur ménage. Je m'offre à donner moi-même cet argent de mes propres deniers, au nom de la ville. » On refusa Cette dernière proposition ; mais tout le reste fut voté avec empressement, et sur-le-champ on fit apporter au théâtre les vêtements et l'argent. Je ne voulais absolu ment rien recevoir. « Mais, me dit-on, comment pourras-tu dîner en public avec ta peau? — Eh bîenl répondis-je, je me passerai aujourd'hui de dîner. » Néanmoins on me revêtit de la tunique et on me jeta le manteau sur les épaules. Je voulais mettre ma peau par-dessus, mais on ne me le permit pas. Pour l'argent, je le refusai nettement, et je protestai que jô n'en prendrais rien. « Si voiis cherchez, ajoutai-je, quelqu'un qui veuille te prendre, donnez-le à cet orateur pour l'enterrer; il sait comment cela se

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pratique. » Depuis ce jaur, personne ne nous a jamaijs inquiétés. »

A peu près au moment où il terminait ce récit, nous arrivâmes aux cabanes. Je lui dis en riant : « Mais voici quelque chose que tu as caché aux habitants de la ville, le meilleur de ton avoir. — Quoi donc, me ditil? — Ce magnifique jardin, rempli d*arbres à fruits et de légumes. — Il n'existait pas alors, reprit-il ; nous ne Tavons fait que plus tard. » Étant entrés, nous nous mîmes à table et nous y passâmes gaiment le reste du jour. Nous étions assis, mon hôte et moi, sur un lit de feuillage assez élevé, recouvert de peaux; sa femme était à ses côtés ; sa fille, jeune personne en âge d'être mariée, nous servait et nous versait à boire un vin rouge d'un goût fort agréable. Les autres enfants préparaient les mets^ les apportaient et mangeaient avec nous. J'admirais le bonheur de cette famille, et je me disais que jamais je n'avais rencontré pareille féliiité* Pourtant j'avais vu les maisons et les tables des riches, non-seulement des simples particuliers, mais des satrapes et des rois. Ils m'avaient toujours semblé misérables; ils me le parurent bien plus alors, è la vue de ces hommes pauvres et libres, à qui rien ne manquait de ce qui contribue aux plaisirs de la table, et qui, même à cet égard, étaient plus favorisés que les riches. Nous avions presque fini, lorsque arriva l'ami de mon hôte. U était accompagné de son fils, jeune homme d'une figure agréable, qui portait un lièvta à la main. En entrant, il rougit, et pendant que son père nou« saluait, il alla embrasser la jeune fille, et lui remit le lièvre. Elle cessa de servir, s'assit à côté de sa mère et laissa le jeune homme continuer le service à sa place. « Est-ce là, dis-je à mon hôte, celle que vous avez dépouillée de son manteau, pour le donner ai\ naufragé ? — Oh non ! dit-il en riant, celle-là est mariée ëipuis longtemps et elle a dts enfants déjà grands; elle a épousé un homme riche du village. — Alors, reprisn. 33

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j«, ils vous fournissent tout ce dont vous avez besoin. -*— Nous ne manquons de rien, dit la femme ; c'est nous au contraire qui leur donnons, tantôt quelque pièce de gibier, tantôt des fruits ou des légumes ; car ils n'ont pas de jardin. Une fois nous avons reçu d'eux du froment pour semence^ et nous le leur avons rendu aussitôt la moisson. — Très-bien, repris-je ; mais ne songez-vous pas aussi à marier celle-ci à un homme riche, afin qu'elle vous prête à son tour du froment? » A cette question , les deux jeunes gens se prirent à rougir. a Nullement, dit le père de la jeune fille ; elle épousera un homme pauvre, un chasseur comme moi; » et il sourit en jetant uncoupd'œil au jeune homme, oc Et qu'attendez-vous donc pour la marier, lui dis-je? Fautil que le futur vous vienne du village? — Si je ne me trompe, dit le père, il n'est pas bien loin ; nous l'avons à la maison, ici même; aussi ferons-nous la noce dès qu^ous pourrons tomber sur un jour heureux. — Et à quoi, m'écriai-je, reconnaissez-vous un jour heureux? — C'est, dit-il, quand la lune est grande, l'air pur, le ciel brillant. — Du moins, repris-je, est-il réellement bon diasseur? — Moi! dit le jeune homme, je faligue un cerf; je le prends à la course; demain tu me verras à l'œuyre, ô étranger, si tu le veux, — Et ce lièvre, est-ce toi qui l'as pris? — Sans doute, dit-il en riant; je l'ai pris cette nuit au lacet. Oh! comme le ciel était pur! et la lune, jamais je ne l'ai vue aussi grande! » {^epèredu jeune homme et celui de la jeune fille se mirent ensemble à rire. 11 rougit et se tut. « MQty enfant, lui dit le père de sa fiancée, ce n'est pas moi qui apporte aucun retard ; mais ton père attend qu'il puisse aller acheter une victime; car il faut sacrifier aux Dieux. — Si ce n'est que cela, dit le petit frère de ^jeune fille, la victime est toute prête ; il j a lon^emps qu'il se l'est procurée lui-même. Elle est là à l'abri derrière la cabane, bien nourrie et belle à plaisir. » On demanda au jeune homme si c'était vrai.

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« Très-vrai, dit-il. -^Et d*où donc la tiens-tu? — Vous vous rappelez, dit-il, eette laie que nous avons prise et dont tous les marcassins se sont sauvés ; car ils couraient plus vite que des lièvres : pourtant je suis parvenu à en atteindre un d'un coup de pierre et j'en ai arrêté un autre en lui jetant mon lacet. J'ai conduit ceîui-là au village et je l'ai échangé contre un petit cochon que je nourris dans une hutte construite par moi derrière la maison. — C'est donc cela, dit le père, que ta mère riait si bien toutes les fois que je m'étonnais d'entendre des grognements; je comprends pourquoi tu faisais si vite marcher mon orge. — Aussi bien, reprit-il, il n'y a pas d'autre moyen d'engraisser ces Eubéens-là, surtout quand ils ne veulent pas manger deglands. Mais, si vous voulez le voir, j'irai le chercher. — Voyons, lui dit-on; » et il partit suivi des enfants de la maison, tous riant et gambadant à l'envi. Pendant ce temps la jeune fille s'étant lovée alla chei^er dans l'autre cabane des cornouilles, des nèfles, des pommes d'hiver et de magnifiques grappes d'un raisin généreux. Elle essuya la table avec des feuilles, lorsque les viandes eurent disparu, la couvrit d'une verte et fraîche fougère, et y déposa les fruits. Les enfants arrivèrent alors, ramenant la victime, avec force rires et gambades. A côté d'eux marchait la mère du jeune homme accompagnée de deux jeunes enfants. 11$ apportaient des pains de pur froment, et, dans des éc*el les de bois, des œufs durs et des pois secs. Lé mère, après avoir embrassé son frère, sa belle-sœur et sa nièce, alla s'asseoir à côté de son mari, a Voici, dit-elle, la victime qu'il élève depuis longtemps pour ses noces; tous les autres préparatifs sont faits de notre côté ; les gâteaux d'orge et de froment sont prêts : il n'y a que le vin qui nous manquera peut-être; mais il ne sera pas difficile d'en trouver au village. » A côté d'elles tait assis le jeune homme, interrogeant des yeux le père de sa fiancée. Celui-ci reprit en souriant : « Mais c'est

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