‹ Romans grecsChapitre 41 sur 179 · LIVRE in · texte numérisé non relu

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venirs qu'elle me rappelle, et pour toi que je crains de fatiguer jusqu'à satiété par cette interminable histoire. Mais, puisque tu te montres auditeur patient, insatiable de récits honnêtes, reprenons, je le veux bien, ma narration au point où je Tai laissée. Allumons d'abord la lampe, et faisons les libations du soir aux Dieux nocturnes, afin de pouvoir, ce devoir accompli, continuer tranquillement notre entretien pendant la nuit. »

V. Ainsi parla le vieillard. Une servante apporta par son ordre la lampe allumée, et tout aussitôt il se mit à faire des libations, à invoquer les Dieux, surtout Mercure, qu'il supplia d'écarter de lui les tristes visions, et de lui montrer, au moins en songe, ses chers enfants. Cette prière terminée, Calasiris continua ainsi : « Lorsque la procession eut fait le tour du monument de Néoptolème et que, par trois fois, les jeunes gens eurent fait voltiger leurs chevaux à l'entour, les femmes poussèrent des cris plaintifs, et les hommes un belliqueux alala. Aussitôt, comme à un signal donné, bœufs, béliers, chèvres furent immolés; il semblait qu'une même main les eût sacrifiés tous ensemble. Un autel immense fut couvert d'une infinité de fragments de bois, et, après y avoir entassé les parties des victimes consacrées aux Dieux, ils prièrent le prêtre d'Apollon de faire les libations et d'allumer le feu sous l'autel. Chariclès répondit que c'était à lui en effet de faire les libations; mais que le chef de l'ambassade sacrée devait allumer le feu avec la torche que lui remettrait la prêtresse, cette coutume étant consacrée par les rites religieux. Théagène alla prendre la torche : alors, mon cher Cnémon, il nous fallut bien reconnaître, convaincus par les faits, qu'il y a dans nos âmes quelque chose de divin, et qu'elles tiennent d'en haut une sorte de parenté entre elles. En effet, se voir et s'aimer ne fut qu'un pour ces jeunes gens, comme si dès la première rencontre leurs âmes eussent re-

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connu qu^elles se ressemblaient; on eût dit que, se sentant parentes par la noblesse, elles s'élançaient Tune vers l'autre. Tout d'abord ils restèrent immobiles et comme frappés de stupeur, elle, présentant toujours la torche, et lui, le bras tendu pour la recevoir. Longtemps ils restèrent ainsi, les yeux fixés l'un sur l'autre, comme si, s'étant connus ou vus auparavant, ils cherchaient à recueillir leurs souvenirs. Puis ils sourirent doucement, à la dérobée, d'un sourire qui ne se trahissait que par l'épanouissement de leurs yeux : bientôt, comme s'ils avaient honte de ce qui venait de se passer, ils rougirent tous deux; et, un instant après, quand l'émotion sans doute eut pénétré jusqu'au cœur, ils pâlirent. En un mot, mille transformations s'opérèrent en. un moment sur leur visage, mille changements de couleur et de physionomie trahirent l'agitation de leur âme. Tout cela échappa à la multitude, on le conçoit aisément, chacun étant occupé de soins, de pensées différentes. Chariclès lui-même, tout entier à la récitation de la prière et à l'invocation d'usage, ne s'en aperçut pas. Mais moi, je n'étais occupé qu'à observer les deux jeunes gens; car, depuis que j'avais entendu l'oracle rendu à Théagène, au moment où il sacrifiait dans le temple, leurs noms mêmes éveillaient en moi quelque soupçon de ce qui allait arriver. Cependant je ne démêlais pas encore exactement la suite de la prophétie.

VI. » A la fin, Théagène s'éloigna de la jeune fille, comme à regret et par une sorte de violence : il plaça la torche sous l'autel et y mit le feu. Le cortège se sépara ensuite; un festin réunit les Thessaliens, et chacun se retira dans sa demeure. Chariclée jeta un surtout blanc par-dessus son manteau, et regagna avec quelques compagnes sa demeure, dans l'enceinte du temple : car elle n'habitait pas même avec celui qui passait pour son père; elle s'isolait, pour se consacrer entièrement aux pratiques religieuses. Piqué de curio-

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