LIVRE III
site par ce que j'avais vu et entendu, j'allai à dessein trouver Chariclès : — « Vous avez vu, me dit-il, ma gloire et celle de Delphes, Chariclée? — Ce n'est pas la première fois, répondis-je; je l'avais déjà vue souvent, quand elle se rencontrait au temple avec moi. Et même ce n'est pas en passant, comme on dit, que je l'ai aperçue; j'ai bien des fois sacrifié avec elle; bien des fois elle m'a interrogé sur les choses divines et humaines, quand elle rencontrait quelque difficulté, et je me suis plu k l'instruire. — Comment vous a-t-elle donc paru en cette circonstance, mon ami? ajoutait-elle quelque ornement à la solennité? — Ne blasphémez pas, Chariclès, lui dis-je; c'est comme si vous demandiez si la lune se distingue au milieu des autres astres. — On avait aussi des éloges, reprit-il, pour le jeune Thessalien. — Oui, sans doute, on lui donnait le second, et même le troisième rang; mais tous s'accordaient à dire que votre fille était la couronne et pour ainsi dire l'œil de la solennité. » Chariclès m'écoutait avec un visible plaisir, et, tout en disant la vérité, j'atteignais mon but, qui était de lui inspirer en moi une entière confiance. Il sourit et me dit : « Je vais maintenant auprès d'elle; si vous le désirez, n'ayez aucun scrupule; venez avec moi, voir si le tumulte et la foule ne lui ont point laissé quelque fatigue. » J'acceptai avec joie, tout en lui laissant entendre que je n'avais rien plus à cœur que de lui être agréable.
VII. » Arrivés à la chambre, nous la trouvâmes, en entrant, langoureusement étendue sur son lit, les yeux humides et gonflés d'amour. Son père, après l'avoir embrassée comme de coutume, lui demanda ce qu'elle avait. Elle se plaignit d'un violent mal de tête et dit qu'elle reposerait volontiers, si on le lui permettait. Chariclès sortit alors de la chambre avec moi, recommanda aux servantes de ne faire aucun bruit, et fit quelques pas en avant de la maison. — Que signifie cela, mon cher Calasiris? quelle est cette langueur où