UVRE IV
I. Le lendemain finissaient les jeux et les combats Pythiens ; mais un autre combat était dans toute sa force, celui de nos deux jeunes gens; l'Amour luimême y présidait et devait décerner le prix ; il voulait, en mettant aux prises ces deux athlètes, montrer par ce seul exemple qu'aucune lutte n'est comparable à celle engagée sous ses auspices. Voici en eflfet ce qui eut lieu : la Grèce contemplait ; les Amphictyons étaient juges ; déjà tous les autres prix avaient été disputés avec éclat; la course, la lutte, le pugilat étaient terminés, Enfin le héraut fait entendre cette proclamation : « Hoplites, avancez. » En même temps, la prêtresse Chariclée brille tout-à-coup à l'extrémité du stade. Elle était venue pour obéir à l'usage, mais bien plus encore dans l'espoir de découvrir Théagène, de côté ou d'autre. Sa main gauche était armée d'une torche enflammée ; la droite présentait une branche de pal-
98 THEAGENE ET CMARICLEE.
mier. Quand elle apparut, les jeux de tous les spectateurs se tournèrent vers elle ; mais déjà le regard de Théagène les avait devancés ; car Toeil de Tamant est merveilleusement prompt à découvrir ce qu'il désire ; prévenu d'ailleurs de ce qui allait se passer, il n'avait qu'une seule pensée, obscirver son arrivée. Aussi ne put-il se contenir : comme il s'était à dessein assis à côté de moi, il médit tout bas : <k C'est elle, Chariclée ! » Je l'engageai à se tenir en repos.
II. A l'appel du héraut, on vit s'avancer un homme richement armé, fier de contenance, supérieur évidemment à tous ses rivaux, et déjà couronné dans plusieurs combats précédents. Cette fois, il n'avait pas de concurrents, personne n'ayant osé sans doute lutter avec lui. Les Amphictyons le renvoyèrent ; car la loi ne permettait pas que la couronne fût décernée sans combat. Cependant il demanda qu'une nouvelle proclamation du héraut invitât à se présenter ceux qui voudraient lui disputer le prix ; sur un signe des juges, le héraut provoqua les concurrents à descendre dans la lice. — c( C'est moi qu'il appelle, » me dit Théagène. — Comment, repris-je; qu'entends-tu dire? — Ce qui sera, mon père ; il ne sera pas dit qu'un autre, en ma présence, sous mes yeux, aura reçu la palme des mains de Chariclée. — Mais ne comptes-tu pour rien, lui dis-je, la défaite et le déshonneur qui en est la suite. — Et qui donc, dit-il, est possédé comme moi de la fureur de voir, d'approcher Chariclée, au point de me devancer ; à qui sa vue prêtera-t-elle, comme à moi, des ailes, pour se transportera travers les airs? Ne savezvous pas que les peintres donnent des ailes à l'Amour, pour exprimer la légèreté de ceux qui sont sous sa loi ? Enfin, s'il est nécessaire d'ajouter ici mon éloge, personne, jusqu'à ce jour, n'a pu se vanter de m'avoir devancé à la course. »
III. Il dit et s'élança. Arrivé dans la lice, il donna son nom, déclara sa patrie et tira au sort sa place pour