LIVRE I
^nner de la réalité. Mais quand ses étreintes devinrent plus pressantes, ses baisers plus ardents qu'il ne convenait ; quand, bannissant toute retenue, elle me couvrit de ses regards brûlants, il fallut bien ouvrir les yeux. Mille choses d'ailleurs vinrent confirmer mes soupçons : je l'évitai alors, je repoussai ses approches. Mais pourquoi vous fatiguer de tous ces détails et vous raconter longuement ses tentatives de séduction, les promesses qu'elle me fit, comment elle m'appelait son flllot, son mignon, ou bien encore son héritier, puis son âme et sa vie; comment enfin, toujours en quête de ce qui pouvait m'attirer à elle, elle mêlait les appellations honnêtes aux provocations lascives, affectant dans les premières les sentiments d'une mère, témoignant clairement par l'inconvenance des autres l'amour qui la possédait?
X. » J'arrive à la catastrophe : un jour de fête des grandes Panathénées, solennité où les Athéniens traînent à terre un vaisseau, en l'honneur de Minerve, j'entrais dans l'adolescence, et j'avaischantélePéan accoutumé en l'honneur de la déesse : après avoir tenu une place dans le cortège, suivant les rites établis, je rentrai à la maison, revêtu encore de mes habits de fête, avec la robe et les couronnes. A peine m'eut-elle aperçu, que, cessantde seconteniret de déguiser son amour, elle se précipita vers moi avec toute .l'ardeur d'une passion sans retenue ; et, me serrant dans ses bras : « jeune flippolyte, s'écria-t-elle, ô mon Thésée ! » Je vous laisse à penser ce que je devins alors, moi qui, même maintenant, rougis en le racontant. Quand le soir fut venu, mon père alla dîner au Prylanée, où il devait, conformément à l'usage de ces solennités et des repas publics, passer toute la nuit. Elle vint me trouver la nuit, et s'efforça d'obtenir de moi une chose détestable ; mais quand elle vit que je résistais absolument, que je repoussais invinciblement ses avances, ses promesses et ses menaces, elle poussa un long et profond gémisse-
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ment, me laissa et partit. Il ne fallut que cette seute nuit à la misérable pour ourdir contre moi un projet de vengeance qu'elle mit aussitôt à exécution. D*abord elle ne se leva pas de son lit le matin, et, quand mon père, à son retour, lui en demanda la raison, elle fei^ gnit d'être malade, sans vouloir répondre autre chose. Comme il insistait et lui demandait itérativement ce qu'elle avait : <( Ce jeune homme, dit-elle, si char^mant, mêixie à mon égard, votre fils et le mien, celui que souvent j'ai aimé plus que vous-même, les Dieux m'en soient témoins! il a découvert à certains indices que j'étais enceinte, chose que je vous avais cachée jusqu'à présent, afin d'attendre que j'eusse une entière certitude ; il a épié le moment de votre absence; et, comme je lui adressais les conseils qu'on a coutume de donner aux jeunes gens, l'exhortant à vivre sagement, à ne point s'abandonner aux courtisanes et à l'ivresse (car j'ai découvert que telle est sa conduite, quoique je ne vous en aie rien dit, pour ne point paraître marâtre), il a profité du moment où je l'entretenais seul à seul , pour ménager sa susceptir bilité, et s'est porté envers vous et envers moi à mille outrages que je rougirais de raconter ; sachez seulor ment qu'il m'a sauté à deux pieds sur le ventre et m'a mise dans l'état où vous me voyez. »
XI. » A ce récit, mon père ne suppose pas un instant qu'elle puisse mentir, elle si bien disposée à mon égard : sans rien dire, sansm'interroger, sans me mettre en demeure de me justifier, il accourt aussi tôt dans l'état où il se trouve, et, nie rencontrant dans un coin de la maison, il m'assomme de coups de poing avant toute explication ; puis il appelle ses esclaves et me fait fouetter, sans même que je puisse deviner, ce qui est le moins en pareil cas, pourquoi je suis battu. Lorsque sa colère fut assouvie : « Maintenant, du moins, lui dis-je, puisque vous ne l'avez pas fait plus tôt, il serait juste, mon père, de m'apprendre le motif de ces coups.»