‹ Romans grecsChapitre 77 sur 179 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

esl indispensable de connaître. Une bande de pirates épie le vaisseau phénicien, cachée derrière le promontoire, dans un pli de la côte ; leurs espions se relèvent incessamment pour observer le départ du' bâtiment; voyez donc, soyez sur vos gardes, et songez à ce que vous devez faire. Car c/est à cause de vous, ou plutôt de votre fille, qu'ils méditent cef infâme dessein, bien conforme d'ailleurs à leurs habitudes. — Que les Dieux, lui dis-je, vous récompensent, pour cet avis, comme vous le méritez : mais comment, Tyrrhénus, avez-vous découvert ce complot? — Mon métier, reprit-il, me met en rapport avec ces hommes; je leur fournis des vivres, qu'ils me paient plus cher que d'autres. Hier j'étais à lever des nasses au milieu des rochers, lorsque le chef des pirates m'aborda et me demanda si je savais quand les Phéniciens devaient mettre à la voile. Comprenant qu'il y avait sous cette question quelque piège : « Je ne saurais vous le dire exactement, répondisje, Trachinus, mais je pense qu'ils quitteront le port aux premiers jours du printemps. — Et la jeune fille qui habite chez vous, reprit-il, doit-elle s'embarquer avec eux? — Je ne sais; mais pourquoi ce souci? — C'est que j'en suis amoureux fou, pour l'avoir vue une seule fois; car je ne sache pas avoir rencontré jamais beauté comparable, quoique j'aie enlevé bien des captives; et je puis dire même qu'elles n'étaient pas sans charme. » Voulant l'amener insensiblement à me découvrir son dessein tout entier, « Pourquoi, lui disje, en venir aux mains avec les Phéniciens, au lieu de l'enlever de chez moi sans effusion de sang, et avant qu'elle s'embarque? — Les pirates même, dit-il, ont quelquelque cx)nscience et quelque bienveillance pour ceux qu'ils connaissent : j'hésite par égard pour vous, dans la crainte de vous causer quelque embarras, si l'on vous demandait de représenter vos hôtes. D'ailleurs, je veux d'un seul coup gagner deux choses également précieuses, la riche cargaison du navire et la II. 13.

main de la jeune fille : sans compter qu'une entreprise pareille ne serait pas sans danger à quelques pas de la ville ; car on ne pourrait manquer de s'en apercevoir sur-le-champ et de nous poursuivre. » J'approuvai beaucoup sa prudence, et m'en allai. Quant à vous, je vous dénonce le complot tramé par ces brigands, et je vous supplie de songer sérieusement à votre salut et à celui des vôtres.

XXI. » Je m'en allai tout attristé par ces révélations, roulant inille desseins dans mon esprit. J'en étais là, lorsque le hasard me fit rencontrer de nouveau mon marchand. En revenant à son sujet favori, il me fit songer à un expédient pour nous tirer d'affaire. Je lui cachai ce que je voulus des révélations de Tyrrhénus, et lui découvris seulement que quelqu'un des habitants de l'île, contre qui il n'était pas en état de lutter, songeait à enlever la jeune fille. « Pour moi, lui dis-je, j'aimerais mieux vous l'accorder à vous, parce que déjà je vous connais, que vous êtes riche, et surtout parce que vous m'avez offert spontanément d'habiter notre pays, si vous l'obteniez en mariage. Si donc vous avez la chose à cœur, il nous faut hâter notre départ d'ici, avant d'être prévenus par quelque surprise, contre laquelle notre volonté serait impuissaDte.»Celte offre le transporta de joie. « A merveille, mon père, s'écriat-il , » en accourant m'embrasser la tête. Il me demanda ensuite quand je voulais lever l'ancre, ajoutant que, si la saison n'était pas encore propre à la navigation, on pouvait néanmoins se transporter dans un autre port, et attendre là, à l'abri des tentatives dirigées contre nous, que le printemps fût tout-à-fait venu. (( Cela étant, lui dis-je, je voudrais, si mon opinion a quelque poids, mettre à la voile au commencement de la nuit. — Vous serez obéi, dit-il, » et il s'en alla. Je retournai de mon côté à la maison, et, sans rien dire à Tyrrhénus, j'avertis les enfants qu'il nous faudrait reprendre la mer le jour même, à une heure avancée

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