‹ Romans grecsChapitre 97 sur 179 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

haut des murs le petit nombre des assaillants; aussitôt il s'empressèrent de réunir les quelques archers et cavaliers laissés à la garde de la ville, armèrent le peuple de tout ce qu'on put trouver, et se disposèrent à faire une sortie contre l'ennemi. Mais un vieillard, homme de crédit et d'autorité, s'y opposa ; il leur remontra que, puisque le satrape Oroondatès se trouvait absent et retenu au dehors par une guerre contre les Éthiopiens, il convenait du moins de faire part de ce qui arrivait à Arsacé, sa femme ; que, du moment où ils agiraient par ses ordres, les troupes qu'ils pourraient trouver dans la ville montreraient plus d'empressement à se réunir, plus d'ardeur à les défendre.

IL Cet avis fut goûté, et tous coururent au palais du roi, habitation ordinaire des satrapes, lorsque le roi était absent. Arsacé était belle, grande, d'une intelligence active, d'une noblesse de sentiments en rapport avec sa haute naissance, telle enfin qu'il convenait à la sœur duGrand Roi. Mais sa vie n'était point sans re* proche : portée à la volupté, elle ne savait point mettre un frein à ses passions deshonnêtes : elle avait en particulier à se reprocher de n'être pas étrangère à l'exil de Thyamis. Lorsque Calasiris, à la suite des avertissements des Dieux au sujet de ses enfants, se fut exilé de Memphis à l'insu de tout le monde, et que sa disparition donna lieu de supposer qu'il était mort, Xhyamis fut appelé à la dignité pontificale, comme l'aîné de ses fils. Le jour où il célébrait son entrée en fonctions, par un sacrifice public, Arsacé était venue au temple d'isis : voyant là un jeune homme plein de grâce, dans la fleur de l'âge, embelli encore de tout l'éclat de la solennité qu'il accomplissait, elle jeta sur lui des regards de convoitise, et lui fit des gestes où se peignaient ses honteux désirs. Thyamis ne s'en aperçut même pas ; car il était naturellement chaste, et cette qualité avait été cultivée en lui avec soin dès l'enfance. il était loin de soupçonner le sens et l'intention de

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ces gestes; et, tout entier à son saint ministère, il supposait qu'ils devaient avoir quelqu*autre objet. Mais son frère Pétosiris, jaloux de lui à cause de la prêtrise, ayant observé les avances d*Arsacé, prit occasion de ses criminelles tentatives pour calomnier et perdre Thyamis. Il alla secrètement trouver Oroondatès, et, non content de lui dénoncer la passion d'Arsacé, il ajouta, contrairement à la vérité, que Thyamis était d'accord avec elle. Oroondatès crut facilement cet avis, qui ne faisait que confirmer ses soupçons antérieurs contre Arsacé; cependant il ne témoigna aucun mécontentement contre elle, soit parce qu'il n'avait pas de preuve certaine, soit parce que la crainte, le respect du sang royal le forçaient à dissimuler, en dépit de ses soupçons. Quant à Thyamis, il ne cessa de le menacer ouvertement de la mort, et ne lui laissa aucun repos, qu'il ne l'eût forcé à s'exiler, pour installer à sa place Pétosiris dans les fonctions sacerdotales.

ITI. Mais c'étaient là des faits déjà anciens, au moment où la multitude se précipita vers la demeure d'Arsacé pour lui apprendre attaque, qu'elle-même connaissait déjà d'ailleurs, et pour la prier d'enjoihdre aux soldats dont elle disposait de sortir avec le peuple contre l'ennemi. Elle répondit qu'elle ne donnerait pas un pareil ordre à la légère, sans savoir encore ni quel était le nombre des assaillants, ni qui ils étaient et d'où ils venaient; surtout sans connaître même les motifs de leur attaque. Il fallait, disait-elle, aller d'abord aux murs, tout observer de là, réunir d'autres troupes et agir dans les limites du possible. On applaudit à cette décision, et, sans désemparer, on courut aux murs. Arsacé y fit dresser une tente de drap d'or et de pourpre. Elle-même s'avança dans le plus somptueux appareil, et vint prendre place sur un trône élevé, autour duquel se rangèrent ses gardes sous leurs armes dorées et étincelantes. Elle fit élever un caducée, symbole d'une entrevue pacifique, et invita les premiers et les plus

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